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Syrtes Poche
Publiés aux éditions des Syrtes
Les éditions des Syrtes lancent une nouvelle collection de livres de poche
Pour donner une deuxième vie à nos titres anciens ou épuisés, une collection de poche semblait tomber sous le sens. Nous en sommes déjà à treize titres. A vos lectures! La vie de l’archiprêtre Avvakum par lui-même Dernière nuit d’amour, première nuit de guerre, de Camil Petrescu La Terreur rouge en Russie (1918-1924), de Sergueï Melgounov Nina Schenk von Stauffenberg, un portrait, de Konstanze von Schultess Journal (1867), d’Anna Dostoïevski Poltava, suivi du Cavalier de bronze, d’Alexandre Pouchkine Le baron Ungern, khan des steppes, de Leonid Youzefovitch En escarpins dans les neiges de Sibérie, de Sandra Kalniete À la conquête du Caucase, Eric Hoesli Mères, Théodora Dimova Le Maître d’armes, Alexandre Dumas Correspondance (1922-1936), Marina Tsvetaeva et Boris Pasternak
Préface de Dominique Fernandez
Fasciné par le génie politique et militaire de Pierre le Grand, Pouchkine publie en 1828 le chef-d’œuvre, Poltava. C’est un éloge à la prestigieuse bataille remportée par le tsar et qui, au début du XVIIIe siècle, ouvrit à la Russie les portes du cercle restreint des grandes puissances européennes. Cinq ans plus tard, épuisé par la censure permanente que lui inflige le pouvoir, le poète fougueux et épris de justice s’oppose ouvertement à la monarchie et écrit Le Cavalier de bronze. Dans ce récit pétersbourgeois, à travers les ravages causés par l’inondation de la Neva en novembre  1824, il dénonce le rêve mégalomaniaque de Pierre. Le tsar, un siècle plus tôt, avait ainsi fait construire la ville impériale au mépris des règles élémentaires de l’urbanisme. Et le petit peuple payait déjà le prix en dizaines de milliers de vies sacrifiées dans les eaux glacées du fleuve.  
Juin 1941 : les autorités soviétiques, qui occupent le territoire de Lettonie depuis un an, organisent l’une des plus meurtrières vagues de répression dans le pays en déportant par convois entiers la population civile. C’est le début de l’horreur pour des dizaines de milliers d’innocents qui disparaissent sans laisser de traces dans les immenses étendues glacées de Sibérie, usés par les privations, ou torturés puis exécutés dans les geôles du NKVD. La famille de Sandra Kalniete ne sera pas épargnée. Sa mère, Ligita, a quatorze ans et demi lorsque, le 14 juin 1941, elle et ses parents sont emmenés. Son grand-père Janis est séparé des siens dès leur arrivée en Russie ; il mourra dans l’enfer des camps. La famille de son père Aivars connaîtra le même sort quelques années plus tard. Sandra est rentrée dans son pays en 1957. Elle n’avait que cinq ans mais jamais elle n’a oublié le regard de sa mère quand celle-ci a pu à nouveau fouler et sentir le sol letton. En escarpins dans les neiges de Sibérie raconte l’histoire bouleversante de sa famille. Et, à travers elle, celle de tout un peuple qui ne retrouvera sa liberté qu’en 1991, au prix d’énormes pertes humaines et de souffrances imposées par cinquante années d’occupation soviétique.  
Publié d’abord dans des revues littéraires en 2003 et 2004, Pathologies a été connu du grand public publié sur Internet. Il a été et salué à l’unanimité par plusieurs vétérans de la guerre, ainsi que par la critique littéraire, avant même sa parution sous forme de livre. Le personnage principal, Egor Tachevski, réserviste pendant le conflit tchétchène, évoque troispériodes de sa vie : sa participation à la guerre, son amour pour Dacha dans le monde « civil »et son enfance. Ces deux dernières lui servent de bouclier contre les horreurs de la guerre au sujet de laquelle il ne se fait pas d’illusions : c’est une injustice, une boucherie où s’il ne tue pas le premier il sera tué à son tour. L’auteur décrit la relation sulfureuse de Egor et Dacha et la vie des soldats russes dans leur QG à Groznyï. Séquence par séquence, les deux parties du roman se déroulent parallèlement. Les soldats russes s’installent tranquillement dans l’école, prennent leurs marques, découvrent la ville. Quelques missions sont effectuées sans trop de difficultés. Mais le premier coup tiré engendre une riposte, le premier camarade tué est vengé par l’exécution de Tchétchènes. C’est un engrenage. Pendant que la violence va crescendo, la jalousie est omniprésente dans la relation de Egor et de Dacha.  
 
Avec deux nouvelles inéditesLe Péché de Zakhar Prilepine est une gourmandise littéraire. Visiblement, il s’est fait une joie de rassembler dans ce recueil les textes dans lesquels il pouvait s’arrêter davantage sur le héros de sa prose : un jeune trentenaire, plein de force et de volonté de vivre en proie avec la réalité russe. Défini par son auteur comme « un roman en nouvelles », Le Péché tourne autour d’un même axe : le personnage de Zakhar. Les onze nouvelles et l’ensemble de vingt-trois poèmes qui le constituent sont autant de fragments de la vie du héros. Ils se succèdent, non dans un ordre chronologique, mais dans celui qu’impose la mémoire. Celle-ci se plait à donner de la force et de la brillance à de menus faits de notre vie, en apparence insignifiants, et épars dans le temps. Tour à tour adolescent en vacances à la campagne, chez ses grands-parents, où il éprouve ses premiers émois sexuels pour sa jeune cousine, maman d’un petit garçon de trois ans, puis videur dans une boîte de nuit, joyeux fossoyeur dans un cimetière, qui se soûle gaiement avec ses compagnons après les enterrements, toujours il promène un regard tendre, étonné,émerveillé et plein d’humour sur le monde. Et sur cette Russie tant aimée, bien que tout y soit glacé et que les saisons y aient toujours un goût de neige. Cette Russie souvent dure, brutale, intolérable, qui le fait souffrir mais pour laquelle il ne cesse de se battre.
 
La rencontre annoncée dans cette correspondance entre deux génies de la poésie russe du XXe siècle est un événement littéraire exceptionnel. Boris Pasternak et Marina Tsvetaeva s’étaient en effet rencontrés à Moscou en 1918. Ce n’est qu’en 1922 qu’ils se sont véritablement découverts à travers leurs écrits respectifs. Pendant quatorze années, ils ont entretenu une correspondance d’une intensité rare où se tissent, étroitement mêlées, passion sentimentale et poésie. Dessinant une courbe en arc de cercle, la relation se noue, suit un mouvement ascendant jusqu’à atteindre un pic paroxystique, décroît, se dénoue et finit par se défaire définitivement. Il faut lire les lettres de Tsvetaeva et de Pasternak comme leur poésie, comme une œuvre à part entière. Véritable laboratoire d’écriture, mais également laboratoire de la vie, car c’est au gré de ces lettres que se façonnent les événements majeurs de leur biographie. Les mots échangés sont dérobés à la vie, au quotidien, à la famille. Également disponible en version numérique
 
Né quelques mois après Staline, l’historien et journaliste Sergueï Melgounov, socialiste russe modéré, dénonce la politique de terreur instaurée dans le pays après la révolution d’Octobre. Pour évoquer les horreurs de la guerre civile et du « communisme militaire », Melgounov ne s’en tient pas au terme « atroce ». Il explicite le mot, comme on défroisse une page pour en étaler l’insoutenable contenu. La valeur de ses propos est d’autant plus précieuse qu’il fait parler les victimes et leurs bourreaux, grâce notamment aux nombreux documents et récits qu’il a pu recueillir. En ce sens, son témoignage préfigure celui de Soljenitsyne sur le Goulag. Contre Lénine, contre Staline, Melgounov et Soljenitsyne ont brandi la morale de l’homme face aux prétendues raisons de l’histoire et de l’État.page1image3707872page1image2977440page1image3719936page1image3720144
La Terreur rouge en Russie a été publié pour la première fois en décembre 1923 à Berlin, après l’expulsion de son auteur d’URSS. Sergueï Melgounov est mort en France, à Champigny-sur-Marne, en cette année 1956 où Moscou connaissait son premier printemps politique.
« La famille Stauffenberg sera détruite jusqu’au dernier membre », a déclaré Hitler après l’attentat manqué du 20 juillet 1944, initié par Claus von Stauffenberg. Nina, son épouse, est arrêtée deux jours plus tard, et commence alors pour elle près d’une année d’isolement : les prisons, puis le camp de concentration de Ravensbrück et, enfin, les hôpitaux. C’est sa grossesse qui l’a sans doute sauvée de l’exécution ; elle a donné naissance à Konstanze, l’auteure de ce livre, en prison. Ses quatre autres enfants sont placés par les nazis dans un orphelinat sous un faux nom, dans le but d’être adoptés.
Basée sur des entretiens, de nombreux documents, lettres et archives, mais aussi des histoires orales transmises de génération en génération, cette chronique familiale se confond avec la grande Histoire dans ses moments les plus tragiques. C’est aussi une lettre d’amour de Konstanze von Schulthess à sa mère et un hommage aux héroïnes inconnues et silencieuses de la Seconde Guerre mondiale.

Dernière nuit d’amour, première nuit de guerre est le roman de l’amour fou et de la jalousie vécus dans les méandres de la Première Guerre mondiale. Jeune homme issu de la petite bourgeoisie, Ștefan vit une histoire passionnelle avec Ela, qui deviendra sa femme. Un héritage confortable va bouleverser leur vie, et Ela lui échappera de plus en plus. La séparation devient imminente. Il vit sa dernière nuit d’amour dans les tourments de la jalousie. Commence alors la première nuit de guerre. Dans le journal de campagne de son héros, Camil Petrescu écrit les plus belles et les plus subtiles pages sur la Première Guerre mondiale : une vision personnelle, grinçante et critique, fondée sur son expérience de volontaire. Dernière nuit d’amour, première nuit de guerre est certainement le chef-d’œuvre le plus brillant, le plus profond et le plus riche de Camil Petrescu (1894-1957), dramaturge et romancier, qui a marqué l’entrée de la littérature roumaine dans l’ère moderne.  
Au début du XVIIe siècle, la Moscovie, sortie du temps des troubles, connaît un extraordinaire mouvement de réformes. Le nouveau patriarche Nikon se lance dans une transformation brutale de l’Église, suscitant de nombreuses protestations et aboutissant au schisme entre « vieille » et « nouvelle » foi, en 1667. Le représentant et héros de la vieille foi c’est Avvakum, né en 1620 dans la région de Nijni Novgorod, curé de campagne, archiprêtre, intraitable et tolérant, prophète et père de famille. Avvakum condamne les premières mesures de Nikon. Il est exilé en Sibérie, affecté à une troupe brutale chargée de conquérir le fleuve Amour, confronté en permanence à la mort. Il y restera onze ans et en 1664 il est rappelé à Moscou par le tsar Alexis. Déporté de nouveau, traîné de geôle en geôle, relégué à l’extrémité de la Russie, il sera brûlé vif au bord de l’Océan glacial, en 1682. Pendant tout ce temps, il prêche, écrit, se fait le porte-parole de la vieille foi. Avvakum est un extraordinaire écrivain. Sa Vie, composée par lui-même, est le chef-d’œuvre unique de toute la littérature russe avant le XIXe siècle. Écrite dans sa geôle de Poustozersk, La Vie représente à la fois la fin du Moyen-Âge et une extraordinaire naissance de la prose russe moderne parce qu’elle bouscule les genres, opère des renversements stylistiques et spirituels très modernes. On y voit directement agir, parler, penser les Russes d’avant Pierre le Grand : Avvakum lui-même, le tsar Alexis, son confesseur Stepan, le patriarche Nikon. On y suit, par le Baïkal et l’Angara, la première expédition sur l’Amour, avec Pachkov, féroce conquistador dont Avvakum est à la fois l’aumônier et la victime. Tout cela dans une atmosphère savoureuse de miracles, d’observations précises et de bon sens paysan. Ce texte, traduit du vieux russe, est un document essentiel pour tout curieux des choses russes, mais aussi pour l’historien des découvertes et pour l’ethnographe, pour l’historien de la religion, pour le psychologue et pour l’historien de la civilisation. Mais La Vie a de quoi étonner et captiver bien d’autres lecteurs. Elle est écrite dans une langue imagée et personnelle dont l’imprévu se dispute parfois la rudesse. La postérité de La Vie d’Avvakum est importante dans la culture russe; en 1872, Moussorgski s’en inspire pour son opéra La Khovanchtchina; le personnage de l’archiprêtre Touberozov des Gens d’Église de Nikolaï Leskov fait penser à Avvakum; Merejkovski écrit tout un poème inspiré par Avvakum en 1883, tandis qu’en 1900, Gorki voulait que La Vie entre dans les programmes scolaires.
Pastorale transsibérienne est l’histoire d’une fuite, dans un pays où la nature offre encore des espaces assez grands pour s’y réfugier ou s’y perdre. Au cœur de la Sibérie, Daniil Menchikov rencontre sur les bords du lac Baïkal un émule de l’écrivain Henry David Thoreau, gardien du silence et des oiseaux. L’exemple de cet homme, qui a su rester libre dans le système le plus hostile à l’individu, va donner à Daniil le courage de se révolter. Déserteur, rattrapé puis finalement chassé comme élément perturbateur le jeune homme achète un kayak et remonte le cours d’une rivière vers une contrée mythique, terre de la sagesse ancestrale. Confronté à lui-même et à l’immensité, ses pensées et son corps changent jusqu’à rêver de pouvoir se dissiper dans cette nature… « Il n’était plus le rameur qu’ilavait été. Il était pasteur désormais. Le pâtre de ses pensées dans la vastitude. »  
Tenu par Thomas Mann pour un immense chef-d’œuvre, Le Soleil des morts est un récit autobiographique déchirant. Il retrace les mois vécus par Chmeliov en Crimée sous la terreur rouge après la défaite des Armées blanches. Le narrateur fait défiler le destin de ses habitants : intellectuels, ouvriers, paysans, Tatares ou Russes, hommes ou femmes, jeunes ou vieux tenaillés par la faim et la peur.  Dans ce livre, qui est en fait un journal, Chmeliov décrit comment la faim détruit progressivement tout ce qu’il y a d’humain dans l’homme, et la lente descente aux enfers de tout un monde, avec un sens poétique rare et une retenue qui donnent à ce texte une force unique. 
Postface de Georges Nivat
La rue Potapov, à Moscou : c’est l’adresse de l’appartement où Irina, petite fille de neuf ans a pour la première fois vu la silhouette du poète Boris Pasternak, lié à sa mère Olga Ivinskaïa par le grand amour que le monde entier allait découvrir en lisant Le Docteur Jivago. Irina Emelianova croisera d’autres figures légendaires : l’opiniâtre Ariadna Efron, la fille de Marina Tsvetaeva, survivante de quinze ans de camp après son retour d’émigration ; l’écrivain Varlam Chalamov, dont les Récits de la Kolyma ont gravé à jamais dans la prose russe toute l’horreur glacée de l’enfer sibérien. Autant de légendes qui s’ordonnent autour de celle du grand Boris Pasternak à qui les unit une admiration et une commune ferveur. Les épreuves vécues y sont racontées avec une sorte de légèreté : les grandes figures que l’auteur a croisées, en tout premier lieu sa mère, sont évoquées avec une admiration mêlée de tendresse et d’humour.
 
« L’Histoire de ma sœur ne se raconte pas. Elle se lit comme un poème en prose qui s’ouvre sur un ton mineur par des scènes d’enfance pour se clore en majeur, dans la gravité. C’est l’histoire d’un destin de femme qui périt dans la médiocrité de la vie quotidienne : en sorte, la mort d’un rêve. Michel Ossorguine la connaît bien, cette femme aux ailes brisées : c’est Olga, de sept ans son aînée et sa sœur préférée qui mourut d’un cancer à l’âge de trente-sept ans. Le superbe roman d’un sentiment, depuis la naissance dans les balbutiements de l’enfance jusqu’à l’épanouissement ultime de la mémoire. » Jacques Catteau
Émouvante et rare profession d’amour d’un frère pour sa sœur, le récit tire son charme puissant et de son instance narrative originale. En effet, le narrateur ne s’introduit pas dans l’âme de Katia, il n’usurpe pas sa pensée comme l’aurait fait un romancier, mais préserve son mystère, ses luttes sourdes, sa dérive poignante. Tout est vu par les yeux de Kostia, le petit frère, successivement nourrisson, enfant, adolescent, étudiant en droit, enfin homme âgé, méditatif et nostalgique.  
Dans De l’aigle impérial au drapeau rouge, roman-fleuve publié en 1921, Krasnov s’empare de l’histoire de la Russie de Nicolas II jusqu’à la fin de la dynastie des Romanov : guerre du Japon, Première Guerre mondiale, révolutions de Février et d’Octobre et la guerre civile. Cette grande saga raconte, à travers le destin du personnage central, Alexandre Sabline, celui d’un empire en voie de décomposition. Mêlant fiction et réalité, l’auteur, également acteur des événements, nous fait côtoyer les grandes figures de l’histoire russe de cette époque : Nicolas II et son épouse Alexandra, Raspoutine, Lénine, Trostki… et bien d’autres, qui, grâce à une intrigue habilement menée parsemée de coups de théâtre, des descriptions minutieuses et des dialogues finement ciselés font revivre les dernières années de l’autocratie russe.  
Postface de Nikolaï Kirillovitch Golovkine
Conçu dans les années 1960 par Irina Golovkina et diffusé sous le manteau, Les Vaincus est publié pour la première fois en 1992 avant de connaître un immense succès. Roman de la tragédie russe après les événements de la dictature bolchevique, il évoque les derniers feux d’une noblesse héroïque et d’une intelligentsia idéaliste. Le lecteur suit les destins entrelacés d’une illustre famille et d’une foule de personnages dans leur quotidien harassant. Vente de maigres biens pour survivre, car le travail leur est interdit, assignation à résidence, prisons ou camps. Poursuivis par la Guépéou, exilés, persécutés, exécutés, aucun n’échappera au rouleau compresseur soviétique. Ce sont des individus aux abois, traqués par les dénonciations, les interrogatoires et les arrestations arbitraires. Mais Les Vaincus est aussi une sublime histoire d’amour, celle d’une princesse en haillons, et le lecteur, est emporté par l’émotion que suscite ce drame puissant. Cette saga fleuve remarquable et bouleversante est traduite ici pour la première fois en français.