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Littérature hongroise
Publiés aux éditions des Syrtes
Préface de François Fejtö

Ce roman d’András Hevesi met en scène Goeorges, un jeune Hongrois arrivé à Paris en 1924 pour achever ses études. Il découvre alors la ville avec des yeux neufs et une certaine innocence. C’est dans la capitale cosmopolite des lendemains de la Grande Guerre qu’il va faire son éducation sentimentale et intellectuelle. Parti en quête de cette indéfinissable ambiance française qui semble lui échapper, deux personnages vont bouleverser sa vie. Turauskas, tourmenté et marginal, ainsi que Méla, belle étudiante dont il veut faire sa femme sans vraiment la désirer…

Printemps mortel relate les amours tragiques d’un jeune Hongrois du début du siècle. Ardent et romantique, il s’éprend d’Edit, fille d’un général de l’armée. Se croyant trahi, il se livre alors au démon du jeu en dilapidant sa fortune. Mais alors qu’il renoue avec l’espoir et le bonheur de vivre, nés d’une nouvelle rencontre et d’un mariage imminent, une lettre d’Edit vient tout bouleverser.

Voici livrées, dans ce bref roman de Lajos Zilahy, les passions violentes, les extases et le désespoir à la veille de l’effondrement de l’Empire austro-hongrois. La détresse et la mélancolie du héros sont aussi celles d’un peuple qui regarde son âge d’or s’éloigner derrière lui.

ÉPUISÉ. DISPONIBLE EN POCHE ICI.

Après un an d’emprisonnement politique au début des années 1930, un jeune écrivain entreprend un long et salutaire voyage vers ses origines. Ce retour à la liberté est l’occasion d’une promenade à travers l’Europe centrale, dans les miettes du défunt Empire austro-hongrois. Il redécouvre ainsi Zagreb, Dubrovnik, Fiume… Entremêlant passé et présent, François Fejtö croque avec une tendresse malicieuse et nostalgique tout à la fois des portraits d’êtres aimés ou croisés au hasard.

 

Sans jamais départir de la distance que créent l’humour et l’absurde, Frigyes Karinthy offre au lecteur dans ce recueil, un festival de drôlerie, oscillant entre exaspération et admiration, entre affection et moquerie sur le mystère féminin et les relations hommes/femmes. Un brin misogyne, il analyse au scalpel et à la loupe les ressorts de la cruauté humaine et les mesquineries individuelles.

Critique aigu des imperfections humaines, il peut se montrer indulgent ou compréhensif envers ses héros, mais il traque leurs travers : « beauté physique », « la femme qui zézaye » ou « polygamie ». Ou la belle qui décide que « la mort est tout de même la meilleure cure d’amaigrissement », tandis qu’Alàdar vit dans un harem dont les femmes sont reines et les hommes leurs serviteurs. Il se montre féroce lorsque la psychanalyse s’en mêle : Marie-Anne, pauvre héroïne, amoureuse de Mérimé, l’amant du pôle Nord est ridiculisée devant son enfant qui mord le chien enragé ou le mari cocu se jetant par la fenêtre. Les relations hommes / femmes ont évolué ces cinquante dernières années, mais la vision de Frigyes Karinthy transcende ces transformations, allant toujours à l’essentiel sans avoir l’air d’y toucher. La Ballade des hommes muets est une musique dont les paroles ne demandent pas de réponse, mais dont les hommes comprennent la mélodie.

L’Ombre du mur est une « géographie personnelle » et littéraire de ce mur tombé, vécue et écrite par douze écrivains venus de l’Europe de l’Est.

Le « cercle » de Velibor Colic, Bosniaque; « l’étonnement infini » de Bessa Myftiu, Albanaise; le « lieu de la croisée des chemins » du roumain Norman Manea; la « mesure du temps » de l’allemand Lutz Seiler; les « portes de l’enfer » de Luan Starova, Macédonien; les « anges échafaudés » du Hongrois László Garaczi; les « transitions » de Théodora Dimova: pour eux comme pour bien d’autres, le mur de Berlin est une ombre qui continue de les hanter.

Préface de Carol Iancu

Eva Heyman représente pour Oradea ce que Anne Frank signifie pour Amsterdam. Deux adolescentes juives qui, chacune, ont tenu et gardé un journal, pendant que le monde était en train de changer suite à l’occupation nazie. Les deux sont mortes dans un camp d’extermination, Eva à Auschwitz et Anne à Bergen-Belsen.

Le journal commence le 13 février 1944 et s’achève le 30 mai 1944. Il a été sorti en cachette du ghetto d’Oradea dans lequel tous les juifs de la ville ont été rassemblés en mai 1944, par Mariska, la cuisinière hongroise de la famille. En juin 1944, Eva a été déportée. Elle est arrivée à Auschwitz le 6 juin, où elle est morte dans la chambre à gaz le 17 octobre. Elle avait treize ans.

Le « petit journal », comme Eva aimait l’appeler, offre des détails pénétrants sur ce que signifiait d’être alors enfant. A une époque où les restrictions avaient été renforcées sans que personne ne sache ce qui allait se passer. Il restitue de manière impressionnante le désastre imminent qui allait s’abattre sur des milliers de juifs d’Oradea. Le journal d’Eva Heyman a, avant tout, une valeur documentaire; il a été écrit entre les murs du plus grand ghetto du nord-ouest de la Transylvanie, déclaré comme modèle par les autorités fascistes de Budapest, en raison de la terreur instaurée.

Fin du XIXe siècle, Budapest est plongée dans la brume d’hiver. Que vient donc chercher Szomjas, le vieil homme nostalgique, en revenant sur les lieux de sa jeunesse aux Sept Hiboux ? Pourquoi Józsiás, l’écrivain de trente ans en quête de notoriété, doit-il affronter tant d’obstacles dans ses projets littéraires et dans sa vie amoureuse ? Que peuvent enfin bien se dire ces deux personnages ? Krúdy nous fait revivre cette « fin de siècle » où se heurtent les générations et leurs idéaux.

Tel le Danube « en marche », le roman nous réserve des surprises. Le courant d’abord léger, malicieux, nous entraîne peu à peu dans les profondeurs de l’âme, les contradictions des personnages complexes et attachants, la tragédie, mais aussi l’amour passionné omniprésent. Les femmes ensuite – Leonóra, Zsófia, Áldáska –, vrais ressorts de ses héros, « mènent le monde ».

Gyula Krúdy, avec l’œil véritable d’un cinéaste, nous offre des tableaux d’hiver envoûtants, propices au rêve et aux visions. Guidé par le désir d’aventure, il nous conduit dans les rues aux noms imagés, donne vie à leurs quartiers, révèle les odeurs, dévoile ses mets préférés.

 

Ce roman constitue le premier volet d’une tétralogie intitulée Il a joué même pour les larrons, achevée en 2002, où l’auteur décrit la vie de son village en Voïvodine, au travers du quotidien de plusieurs familles sur plusieurs générations, de 1898 jusqu’au milieu du XXe siècle. Avec Le Soldat à la fleur (publié en 1973), on est à la veille de la Première Guerre mondiale. Szenttamás, village agricole, vit au rythme des saisons, du dur labeur sur les terres. Les pauvres y côtoient les mieux lotis, les populations allemandes, hongroises et serbes cohabitent tant bien que mal, la violence n’est jamais très loin. István, adolescent hongrois, rêveur, veut échapper à ce monde rural et laid, auquel il paraît destiné. Il gagne sa vie en jouant de la cithare dans les bals. Se réfugiant dans le silence de la terrasse surélevée du calvaire d’où il peut observer la vie des autres, il découvre sur l’une des peintures de la Passion, un soldat romain singulier, arborant une fleur jaune brodée sur son uniforme, étonnamment détaché de la brutalité de la scène. Son expression heureuse et insolite soutient et obsède István. Il veut découvrir la raison de ce bonheur qui, comme chez les autres personnages du tableau, miroir du village, est inexistant chez ses habitants. Rézi, jeune fille allemande rebelle, et Gilike, petit porcher rêveur, l’aident dans sa quête, tout comme, à sa façon, Adám Török, le mauvais garçon insoumis. L’espace étriqué du village contraste avec la nostalgie d’István pour les grands espaces libres parcourus par ses ancêtres bergers nomades, ou encore le rêve de certains de partir pour les contrées lointaines d’Amérique. Mais la déflagration mondiale vient bouleverser cet univers. Le pouvoir a changé, István revient de la guerre, blessé, l’adolescent rêveur est devenu adulte et trouve la paix en épousant Rézi. La vie reprend. Mais avec le recul de l’Histoire, cette fin idyllique n’est-elle pas illusoire ? Le soldat à la fleur est désormais bien loin. Et pour István, convaincu d’être servi par la chance, le passage à l’âge adulte va s’accomplir dans la tourmente et changer bien des choses pour lui-même et ses proches. Nándor Gion sait construire des scènes fortes, notamment celle du téméraire Adám Török qui tient tête au cocher armé d’un fouet, celle des enfants misérables tenus en laisse chez eux comme des animaux, ou encore les deux parties de cartes pipées teintées de vanité ou de sadisme.
Également disponible en version numérique
Syrtes Ottlik Hongrie école frontière
Une école à la frontière est un grand classique de la littérature hongroise introuvable en français, cette publication vient combler un manque. En grande partie autobiographique, le roman a pour cadre une école militaire au milieu des années 1920, à la frontière entre la Hongrie et l’Autriche. On y suit un groupe de jeunes adolescents qui vont faire l’expérience de l’éducation militaire avec ses règles et ses brimades. Ils découvrent un univers sans protection où ils sont soumis à l’injustice de la hiérarchie militaire et des élèves plus âgés. Les réflexions sur l’arbitraire collectif ou les décisions individuelles évoquent Robert Musil et Les Désarrois de l’élève Törless tout en s’inscrivant parfaitement dans la tradition du Bildungsroman, le roman d’apprentissage. Une école à la frontière est donc l’évocation douce-amère du monde de l’enfance, mais aussi un regard acéré sur l’humain et la relation entre individu et société. On peut y lire également une parabole de l’oppression politique, qui a sans aucun doute fait son succès.
 

Dans Voyage sentimental, après un an d’emprisonnement politique au début des années 1930, un jeune écrivain entreprend un long et salutaire voyage vers ses origines en Yougoslavie. Ce retour à la liberté est l’occasion d’une promenade à travers l’Europe centrale, dans les miettes du défunt Empire austro-hongrois. Il redécouvre ainsi Zagreb, puis Dubrovnik, Fiume, sur la côte d’Istrie et de Dalmatie jusqu’aux Bouches de Kotor. Entremêlant passé et présent, François Fejtö croque avec une tendresse malicieuse et nostalgique tout à la fois des portraits d’êtres aimés ou croisés au hasard. Voyage et souvenirs, passé et présent se succèdent au fil des pages organisées comme un journal de voyage. Volontairement lyrique, le livre révèle un aspect peu connu de cet éminent historien et analyste politique, à l’aurore de son talent.

Publié en 1935, il n’a été réédité en Hongrie qu’en 1989.

 

 

Elemér Tábory, jeune homme bien né et brillant, mène une vie rêvée et prometteuse dans le domaine familial. Mais lorsqu’il s’endort, il laisse place à son alter ego, un misérable apprenti charpentier. Des sensations de déjà vu, des bribes de souvenirs sont les seuls signes de conscience de l’autre. Pourtant, au fil du récit, ces personnalités se rapprochent tant que la vie devient insoutenable, sans issue possible. Ainsi en va-t-il du calife des Mille et Une Nuits transformé en cigogne, qui a oublié la formule magique à prononcer pour redevenir un homme.

L’éternelle histoire du double prend ici une tournure psychopathologique et sociale dans la Hongrie post-impériale, afin d’interroger la morale, le bien et le mal. Paru en 1916, Calife-Cigogne est un roman d’une profonde perspicacité psychologique et d’une maîtrise littéraire frappante.

Mihály Babits (1883-1941) est une figure majeure de la littérature hongroise, poète, romancier et traducteur de grands auteurs européens. Également essayiste accompli, il a écrit une monumentale Histoire de la littérature européenne (1936). Référence de toute une génération, son œuvre n’a cessé de se renouveler.

Il a fallu quatorze ans, entre 1960 et 1974, à Mária Földes, pour écrire La Promenade, roman profondément autobiographique.

Sous la forme d’un monologue intérieur et de fragments narratifs, elle revient sur son enfance, la déportation, les traumatismes mais aussi le besoin de continuer à vivre. Des images surgissent, sans chronologie stable, comme des éclats de mémoire. Un simple détail du quotidien – un visage, une rue, un bruit – peut déclencher un retour brutal au passé. Au fil des lieux traversés, l’évocation d’Auschwitz, de la dictature communiste ou des pertes personnelles se fond dans un réseau mémoriel. Les événements reprennent corps avec une intensité saisissante, donnant à qui lit La Promenade la sensation d’avancer pas à pas au côté de la narratrice, en témoin silencieux de son errance intérieure.

Mária Földes (1925-1976) est une écrivaine juive hongroise originaire de Transylvanie, survivante de la Shoah. La Promenade, son roman autobiographique, a été publié en 1974, en langue hongroise. La même année, elle quitte la Roumanie pour l’Israël. Mária Földes met fin à ses jours en 1976.

Avec une préface signée par Ágnes Lev, la fille de Mária Földes.