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Littérature tchèque
Publiés aux éditions des Syrtes

Au dire de Martin Smaus, cette histoire puise sa source dans son émerveillement face au monde des Tziganes et sa fascination pour des gens qui n’ont pas encore oublié qu’eux aussi ont jadis été enfants, et qui arrivent encore à chercher et à rêver. Mais elle devient universelle face aux êtres marginaux qu’elle dépeint, tant elle saisit la profondeur de leur âme.

L’histoire tragique d’Andrejko, arraché à son hameau et plongé dans le monde des voleurs à Prague, se double, en filigrane, de celle de son peuple. Les Dunka vivent au gré des changements politiques. Ils fuient les nazis puis les Russes. Déplacés de force, ils paient un lourd tribut à l’Histoire dans leur propre chair. Devenu voleur hors pair, Andrejko connaît l’injustice et la haine des gadjé, parfois aussi celle des siens. Il passe de Prague à Plzeň, de la maison de correction à la prison. Lorsqu’il ne se réfugie pas dans sa campagne natale avec sa jolie cousine. Il tente de s’adapter à la société, de retrouver ses racines tziganes, de placer certaines valeurs morales au-dessus de l’argent. Mais il finit seul et le lecteur est aussi libre que lui d’imaginer la suite… 

Petite, allume un feu… est un éloge du sentiment de liberté, une célébration de la quête, à travers l’expérience de la découverte tout comme de la perte. C’est aussi un hymne d’amour au romani chib. Cette langue chargée d’émotion et de violence, émaillée de tout l’imaginaire des croyances populaires. Le destin d’Andrejko porte en lui le sublime et le tragique, dans une prose qui ne saurait laisser indifférent, tant par son réalisme que par sa poésie profonde.

La Fatigue du matériau est LE roman de la migration. Une géographie de la peur qui exhorte ses lecteurs à se mettre dans la peau d’un migrant. Ici pas de réflexion politique, économique ou jugement moral, car “c’est un livre volontairement physique, chaque phrase interpelle le lecteur, et l’oblige à vivre avec le héros”. La force du roman du prometteur écrivain tchèque, Marek Šindelka, tient dans le fait que le lecteur ne consomme pas l’histoire mais la vit profondément, emporté dans le froid, la faim, l’angoisse et le désespoir de ce que l’auteur appelle “la conscience noire de l’Europe”. Sans nom, sans pays, sans destination, les héros deviennent les archétypes du migrant. Deux jeunes frères fuient clandestinement leur pays, après la disparition de leurs parents dans un bombardement. Ils arrivent ainsi séparément en Europe où ils ont prévu de se retrouver. Ce sont alors deux périples qu’entreprend le lecteur dans ce récit court, intense et haletant, au gré des épreuves que traversent les deux frères, dans l’espoir de se voir accorder un nouveau droit à l’existence. Il faut fuir et se cacher, trouver à manger, tenter de se repérer, avancer. Le monde se révèle à travers le prisme de l’angoisse, nous faisant vivre une véritable expérience physique et humaine. Mus par la force du lien fraternel et par la volonté de ne jamais se laisser humilier, Amir et son frère doivent tenir malgré la « fatigue du matériau », c’est-à-dire l’usure extrême du corps. Un puissant remède contre la déshumanisation.
Également disponible en version électronique

Petite, allume un feu… retrace la vie du jeune Tzigane Andrejko, ballotté par l’Histoire et la misère, arraché à son village, survivant entre vols, prisons, foyers et pertes. L’histoire individuelle et familiale se double, en filigrane, de celle du XXe siècle, au gré des grands événements tragiques (Seconde Guerre mondiale, chute du communisme, partition de la Tchécoslovaquie) rapportés du point de vue des Tziganes. Errant entre Prague, Plzeň, Andrejko tente de s’adapter, de retrouver ses racines, mais finit seul, laissant la fin ouverte à l’imagination du lecteur. Ce roman est un hommage à la liberté, à la quête de soi, et une déclaration d’amour à la langue romani, alliant réalisme, poésie et émotion, entre sublime et tragique.

Finaliste du prix Wepler–Fondation La Poste, 2009.