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Préface de Dominic Lieven
À la suite des troubles révolutionnaires de 1905-1906, le tsar Nicolas II, qui traversait alors une phase plus libérale, charge, le 18 juin 1908, le comte Konstantin de Pahlen de conduire une enquête sénatoriale exhaustive sur le Turkestan russe. Il s’agissait de la partie sud-est de l’Empire, sous domination russe depuis le XIXe siècle et qui couvrait une grande partie de l’Asie centrale actuelle, depuis l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Turkménistan, le Kirghizistan jusqu’au sud du Kazakhstan. D’un côté, la Russie cherchait à imposer dans la région sa politique coloniale, ses propres structures sans tenir compte des organisations préexistantes ; de l’autre, les responsables locaux feignaient d’agir pour le bien public tout en s’enrichissant. Le récit de voyage de Konstantin de Pahlen foisonne de détails sur la région et ses habitants. On ressent sa sympathie pour les populations locales qu’il s’efforce de protéger. C’est également une source précieuse sur le mode de fonctionnement des autorités sur place. Il admire la patience des populations musulmanes, leur sens du partage. La condition des jeunes filles vendues en mariage par leur père depuis l’enfance suscite chez lui des critiques répétées. Pendant un an, il inspecta l’ensemble de l’administration régionale pour combattre la corruption. À la suite de ses investigations plusieurs fonctionnaires furent arrêtés et condamnés. Il rédigea ensuite un mémorandum en vingt et un volumes dans lequel il préconisait des réformes. Elles n’aboutirent jamais et de Pahlen renonça au poste de secrétaire d’État lié qui lui fut proposé. Mission au Turkestan a été rédigé en 1922. Il est paru pour la première fois en 1964, en anglais et en 1969 a été publiée sa version allemande.
RENTRÉE LITTÉRAIRE 2026
Sofia, une Roumaine installée depuis vingt ans en Espagne, s’apprête à regagner son pays au moment de la retraite. Pendant quelques jours, elle accueille son fils dans le camping où elle vit et travaille, et où elle se heurte chaque jour à une langue qui la trahit ; lui rappelle sans cesse qu’elle n’est qu’une étrangère de passage… Un endroit à la fois provisoire et profondément enraciné dans sa vie. Ce roman sur l’exil ordinaire explore la manière dont on peut s’installer en un lieu sans jamais véritablement y appartenir. Et comment, au moment du départ, tout devient soudainement, et contre toute attente, irremplaçable. Lavinia Braniște raconte, avec une sobriété bouleversante, la vie d’une femme suspendue entre deux pays où elle n’a plus vraiment de place. Camping dresse le portrait discret mais percutant de milliers d’existences invisibles, prises entre espoir d’ascension et brutalité du réel.
Il a fallu quatorze ans, entre 1960 et 1974, à Mária Földes, pour écrire La Promenade, roman profondément autobiographique.
Sous la forme d’un monologue intérieur et de fragments narratifs, elle revient sur son enfance, la déportation, les traumatismes mais aussi le besoin de continuer à vivre. Des images surgissent, sans chronologie stable, comme des éclats de mémoire. Un simple détail du quotidien – un visage, une rue, un bruit – peut déclencher un retour brutal au passé. Au fil des lieux traversés, l’évocation d’Auschwitz, de la dictature communiste ou des pertes personnelles se fond dans un réseau mémoriel. Les événements reprennent corps avec une intensité saisissante, donnant à qui lit La Promenade la sensation d’avancer pas à pas au côté de la narratrice, en témoin silencieux de son errance intérieure.
Mária Földes (1925-1976) est une écrivaine juive hongroise originaire de Transylvanie, survivante de la Shoah. La Promenade, son roman autobiographique, a été publié en 1974, en langue hongroise. La même année, elle quitte la Roumanie pour l’Israël. Mária Földes met fin à ses jours en 1976.
Avec une préface signée par Ágnes Lev, la fille de Mária Földes.