Partager
Littérature
Publiés aux éditions des Syrtes

Fils de la poétesse russe Marina Tsvetaeva, Gueorgui Efron, affectueusement surnommé Murr par sa mère, est un adolescent cultivé et éveillé. Il livre dans son Journal un témoignage poignant sur les années qu’il a passées en URSS entre 1939 et 1944.

Entre soucis d’adolescents, réflexions sur la situation politique en Europe et quotidien d’un citoyen soviétique, ce Journal plonge le lecteur dans la réalité implacable de ce pays avant et durant la guerre. Murr commence ainsi à tenir son Journal dès son arrivée en URSS. Les dernières notes datent d’août 1943, quelques mois avant sa mort. Ce document relate le destin d’un adolescent happé par la terreur stalinienne et les années de guerre. Ce sont aussi les derniers moments et la fin tragique de Marina Tsvetaeva.

La première partie nous plonge dans la réalité soviétique la plus ordinaire et la plus brutale qui soit. Le lot commun de millions de Soviétiques. Murr l’observe et l’analyse au fur et à mesure qu’il la subit : files d’attente au guichet des prisons pour déposer des colis, s’enquérir du sort de Sergueï et Ariadna, méandres de la bureaucratie carcérale, difficultés pour se loger, se nourrir, trouver de l’argent, s’inscrire à l’école, etc.

La seconde partie s’ouvre sur la terrible année 1941. C’est l’invasion de l’URSS par l’Allemagne, l’évacuation précipitée en Tatarie, puis le suicide de Tsvetaeva. Murr, devenu orphelin, désormais livré à lui-même, commence une vie errante et incertaine. Affaibli par la maladie, tourmenté par la faim devenue obsessionnelle, isolé et sans argent, il n’échappera pas à la mobilisation.

Avant-propos de Georges Nivat.
Préface d’Elena Takho-Godi.
Postface de Luba Jurgenson

La correspondance des époux Lossev est un document exceptionnel sur le quotidien du camp: le froid, la faim, les travaux « généraux », les criminels, les transferts, les incessantes démarches entreprises dans le but d’obtenir une révision de peine, l’obscurité, l’humidité, les châlits rapprochés, l’existence dans des « baraquements où les hommes sont serrés comme des harengs ». Dans les tréfonds de cet enfer résonnent deux voix qui n’en forment qu’une. La première est inquiète, interrogative, révoltée, en quête de sérénité. Alors que la seconde est douce, régulière, tendre, très proche, très intime.  Valentina Losseva cherche à bercer l’âme épuisée de son compagnon. 

La correspondance des Lossev n’a été publiée dans son intégralité, en Russie, qu’en 2005. C’est ainsi une occasion unique d’entrevoir l’âme du penseur, de connaître le regard qu’il a posé sur une situation existentielle extrême qui contribuait à révéler l’essence de l’homme.

Dans cette « fiction documentaire » d’une extraordinaire richesse, Florina Ilis reconstitue la dernière partie de la vie du poète Mihai Eminescu, et même au-delà, c’est-à-dire cent cinquante ans d’existence du mythe. Sa vie, son sacrifice pour l’œuvre littéraire et pour l’Amour sont en effet devenus un matériel de propagande politique pour les différents régimes. Sa pensée, à l’origine conservatrice va être récupérée par les extrêmes. De la droite (déformée dans le sens racial par l’extrême droite des années 1930) à la gauche (déformée dans le sens prolétaire, social, par le pouvoir stalinien des années 1950-1960), pour devenir nationaliste (dans le sens de la propagande patriotique nationaliste de Ceausescu).

Florina Ilis s’emploie à démystifier le culte du poète national. Elle superpose à des éléments biographiques d’Eminescu des voyages dans le temps et déroule un ensemble de vérités, y insérant des détails « visualisables », sortes de didascalies qui proposent des connexions entre époques-faits-personnages. L’écrivaine met en parallèle la vie réelle d’Eminescu avec les images successives de ses postérités. Elle combine avec brio des documents réels au jeu subtil de l’imagination. Le poète devient ainsi un être humain en chair et en os, avec ses souffrances et ses doutes.

L’art narratif de Florina Ilis se déploie avec une énergie et une maîtrise extraordinaires dans la description réaliste de l’époque. Les Vies parallèles devient ainsi un roman sur la société roumaine, ses légendes, ses obsessions,  et ses craintes. Sur la manière, également, dont elle arrive à aimer et à dévorer ses propres idoles.

Ivan Chemanovski, Irinarkh de son nom orthodoxe, est un jeune homme de vingt-sept ans lorsqu’il est envoyé dans le Grand Nord de la Russie, en Sibérie occidentale, afin d’évangéliser les autochtones. Chasseurs, pêcheurs et éleveurs de rennes, ces populations pratiquaient toujours, en cette fin de XIXe siècle, leurs religions animistes. Chemanovski entreprend sa mission avec enthousiasme, tout en s’interrogeant sur l’accueil qui lui est réservé. Pourquoi ces hommes sont-ils aussi peu réceptifs à sa parole ? Quels sont leurs besoins, spirituels ou matériels ? Alors il écoute et il écrit.

Cet ouvrage se compose de textes publiés par Irinarkh Chemanovski dans des revues orthodoxes russes entre 1903 et 1911. Le lecteur découvre, en même temps que la nature sévère et grandiose, ces peuples appelés aujourd’hui Nenetses et Khantys, tels qu’ils apparaissaient aux yeux d’un homme venu de l’extérieur il y a plus d’un siècle. Nous entendons leur voix, restituée par l’auteur avec respect et modestie, ce qui rend son témoignage unique. Mais Chemanovski est aussi un homme moderne pour son époque. Il tente de faire son travail honnêtement et de comprendre ses semblables si dissemblables. Il n’hésite pas à remettre en cause certaines des idées reçues indiscutées dans la Russie de son temps et, en partie, encore aujourd’hui.

EN RÉIMPRESSION.

Théophile Gautier choisit ici l’Espagne colorée et pittoresque de ses rêves pour théâtre des tribulations amoureuses des personnages de Militona. Un téméraire hidalgo et un ténébreux torero vont s’affronter avec une passion tout hispanique pour les yeux d’une belle Andalouse. L’auteur livre ici belle histoire, romantique à sa façon, où l’amour va triompher de la violence.

Ce roman est initialement paru en feuilleton dans le quotidien La Presse du 1er au 16 janvier 1847.

Marina Tsvetaeva, ma mère rassemble des souvenirs de la petite fille puis de l’adolescente à travers les errances de sa mère. C’est une Tsvetaeva prise dans la vie de tous les jours, celle qui consiste à trouver de quoi manger, de quoi se chauffer, de quoi se vêtir. Ariadna assiste à son travail, à ses rites, à ses habitudes, à ses angoisses face à la création, à la poésie. Elle évoque des bouleversements incessants, des changements de domicile comme de pays ; les villes, les maisons et les gens se succèdent et se superposent. Elle balaie les ombres qui planent sur le personnage de Marina, décrit des périodes et des rencontres, traque les gestes, les regards, les réactions. C’est aussi toute une Russie sur le point de devenir URSS que nous dévoile Ariadna Efron, animée par certains des plus grands esprits de l’époque, intellectuels et artistes : un milieu incroyable, un peu irréel, dans lequel la fille de Marina Tsvetaeva a baigné si longtemps.

Et le portrait qui ressort de ces pages est à l’image de leur relation : tendre, complice, admiratif mais sans l’ombre d’une concession. Un livre essentiel pour une connaissance intime de Marina Tsvetaeva.

Fin du XIXe siècle, Budapest est plongée dans la brume d’hiver. Que vient donc chercher Szomjas, le vieil homme nostalgique, en revenant sur les lieux de sa jeunesse aux Sept Hiboux ? Pourquoi Józsiás, l’écrivain de trente ans en quête de notoriété, doit-il affronter tant d’obstacles dans ses projets littéraires et dans sa vie amoureuse ? Que peuvent enfin bien se dire ces deux personnages ? Krúdy nous fait revivre cette « fin de siècle » où se heurtent les générations et leurs idéaux.

Tel le Danube « en marche », le roman nous réserve des surprises. Le courant d’abord léger, malicieux, nous entraîne peu à peu dans les profondeurs de l’âme, les contradictions des personnages complexes et attachants, la tragédie, mais aussi l’amour passionné omniprésent. Les femmes ensuite – Leonóra, Zsófia, Áldáska –, vrais ressorts de ses héros, « mènent le monde ».

Gyula Krúdy, avec l’œil véritable d’un cinéaste, nous offre des tableaux d’hiver envoûtants, propices au rêve et aux visions. Guidé par le désir d’aventure, il nous conduit dans les rues aux noms imagés, donne vie à leurs quartiers, révèle les odeurs, dévoile ses mets préférés.

 

L’écrivain Alexeï Remizov et le philosophe Vassili Rozanov étaient amis. Ils étaient voisins, fréquentaient le même milieu littéraire, lisaient les mêmes livres, venaient l’un chez l’autre, subissaient la même dureté des temps de guerre et de révolution. Rozanov mourut en 1919. Remizov quitta aussi la Russie pour l’exil en 1923. C’est cette même année, alors à Berlin, qu’il éleva à son ami défunt un « monument »: il écrivit Koukkha. Ce monument n’est pas coulé dans le bronze, mais semble plutôt fait d’un assemblage de débris, de tessons, une construction à la « Facteur Cheval » : souvenirs de conversations, détails de la vie courante, fragments de lettres, anecdotes, rêves et rêveries – érotiques ou non –, pages d’agendas, coupures de journaux, réflexions philosophiques, littéraires, plaisanteries – osées ou non –, jeux de mots, griffonnages, délires…  
 

Vassili Rozanov« Nous avons devant nous un solitaire, un rêveur égaré dans la réalité et dont les attitudes face aux événements politiques et sociaux sont une succession d’enthousiasmes et d’écoeurements, de coups de cœur, d’émotions exacerbées. L’apocalypse à laquelle il assiste – une Russie bafouée, un empire en loques – et dont les causes selon lui remontent loin dans l’histoire du christianisme, tisse le fil de sa tragédie personnelle au cours des trois dernières années de sa vie. Il ne la vit pas comme le pourfendeur nationaliste de 1914, le monarchiste des combats néoslavophiles d’autrefois, mais comme un être démuni, fragilisé par l’approche inexorable de fatales échéances, implorant, qui, au-delà de ses vieilles manies (le ventre fécondant des femmes, la nature et le rôle de la prostitution), de ses obsessions d’ordre quasi psychanalytique (la symbolique du phallus, l’accouplement), de ses passions « païennes » (la séduction des cultes antiques, la fascination de l’Égypte, l’énergie vitale du paganisme et le secret de leurs « mystères »), de ses bêtes noires aussi (toute la veine « radicale » de la littérature russe, le démonisme de Gogol), et surtout, essentiellement même, au-delà de son tourment intérieur constant : la « face sombre » du Christ, le caractère mortifère de l’enseignement évangélique (tourment qui en 1918 prendra la forme d’un combat pathétique), ne tient qu’à une unique chose : l’amour, ne recherche qu’une unique chose : la tendresse en Dieu. Un amour qui englobe la chaleur vivifiante des corps, la sensualité des contacts, l’intimité des rapports charnels, le tout enveloppé dans une infinie tendresse sous le regard protecteur de Dieu à la fois Père bienveillant et Consolateur pacifiant. » Extrait de la préface de Jacques Michaut-Paterno.

L’Argent et le travail est une réflexion, d’une étonnante actualité, sur l’argent comme fait de société, où assurément celui-ci est désigné comme symptôme et moyen d’asservissement, mais qu’il convient de replacer dans un mécanisme plus général de violence exercé par les uns contre les autres. La ville et ses accumulations parasitaires n’en sont que l’ultime manifestation, la plus perverse, la plus criante, la plus injuste. Le travail manuel devient alors une nécessité vitale et la seule vraie valeur traditionnelle.

Le problème central, selon Tolstoï, est donc l’argent : en théorie, il devrait représenter le travail, dans la réalité il n’est que le signe conventionnel qui donne le droit ou le moyen de profiter du travail d’autrui. Tolstoï distingue dans l’histoire de l’humanité trois formes de servitude : l’esclavage personnel imposé par la violence ; l’esclavage imposé par la faim et, enfin, l’asservissement par l’impôt, caractéristique des systèmes monétaires et du despotisme centralisé.

Dans ces conditions, que faire ? Retourner à la campagne, donner son argent et se débarrasser ainsi de la source du mal ? Supprimer les villes, foyers de parasites où le plus riche appauvrit le plus démuni ? Se mettre au travail, en supprimant tous les facteurs d’inégalité, en se rapprochant de la production réelle en vue d’une société fraternelle ? Les deux textes rassemblés ici sous le titre L’Argent et le Travail ont été publiés pour la première fois en 1892. On y découvre l’homme et l’écrivain contestataire, engagé, conscient des contradictions dues à sa propre condition. Ses réflexions trouvent un écho prophétique et visionnaire dans les grands bouleversements politiques du XXe siècle. Et leurs bases dans les secousses économiques du XXIe siècle.

 
Édition bilingue
OUVRAGE ÉPUISÉ. DISPONIBLE EN POCHE ICI.
Suivi de Rythme, sens, sonorité: Tsvetaeva en français, par Tatiana Victoroff

Poèmes de maturité font suite à ses poèmes de Russie. Après la révolution de 1917 et son exil vers l’Europe, Marina Tsvetaeva poursuit une vie difficile. Une réflexion philosophique enrichit les rythmes, des questions métaphysiques se posent auxquelles il est inhabituel d’apporter une réponse poétique. Mais Tsvetaeva emprunte justement cette voie, car selon ses propres paroles, elle ne sait rien faire d’autre qu’écrire. Elle va continuer à composer des poèmes, fidèle à son devoir de création, jusqu’à aux derniers retranchements en URSS où son destine tragique la rattrape.

Extrait: cliquez ici

     
Édition bilingue
OUVRAGE ÉPUISÉ. DISPONIBLE EN POCHE ICI.
Suivi de La porte arrachée par Marina, de Georges Nivat

Les Poèmes de Russie (1912-1920) rassemblent la totalité des poèmes qui nous sont parvenus de Marina Tsvetaeva, depuis le premier recueil jusqu’aux adieux à sa Russie natale.

Extrait : cliquez ici

 
OUVRAGE ÉPUISÉ.

Ce coffret comprend les deux volumes de l’édition bilingue dédiée à la poésie lyrique de Marina Tsvetaeva: Poèmes de Russie (1912-1920) et Poèmes de maturité (1921-1941).

Extrait: cliquez ici

 
« Cycle de tragédies », tel est le sous-titre que Iouri Annenkov donne au Journal de mes rencontres.  Et de fait, elles sont innombrables : suicide d’Essenine, de Maïakovski, de Piast. Gorki est empoisonné, Goumilev, Pilniak, Babel, Meyerhold sont fusillés, Blok, Zochtchenko et Pasternak meurent de chagrin et d’épuisement. Zamiatine fait l’objet d’une chasse à l’homme avant d’obtenir le droit d’émigrer. Victimes de tracasseries ou mis au ban de la vie publique, d’autres courbent l’échine ou se réfugient dans le silence. D’autres, enfin, choisissent l’émigration avec toutes les difficultés qu’implique l’exil. Annenkov rappelle à la vie ceux qui ont jalonné sa longue existence, revisite les lieux qu’il a aimés, et surtout Saint-Pétersbourg. Il ne se lasse pas d’en nommer les rues, les avenues, les restaurants, de citer les vers d’Akhmatova, de Blok, de Gueorgui Ivanov, le « texte de Saint-Pétersbourg », la ville du brouillard, la ville en brouillard qui risque à tout instant de se dissiper comme un rêve et que seule l’écriture peut amarrer au réel. Il revit les entreprises communes, tente d’arracher choses et hommes au néant et à l’oubli. Livre-témoin empli de tendresse à l’égard de ces bâtisseurs dans la tourmente, enfants d’un siècle tragique, Journal de mes rencontres est une œuvre unique, faisant revivre au fil des phrases et des esquisses une époque oubliée et pourtant génitrice du XXe siècle.  

 

 

 

OUVRAGE ÉPUISÉ. DISPONIBLE EN FORMAT DE POCHE ICI
Réédition agrémentée de textes de Vassili Rozanov et Alain Besançon

En 1890, le marxiste Georges Plekhanov notait combien fut réelle l’influence de Nikolaï Tchernychevski, et de son Que faire?  – écrit et publié en 1863 – sur des générations de révolutionnaires russes. « Qui n’a lu et relu ce livre fameux ? Qui n’a subi son attrait et son influence bénéfique, qui ne s’est purifié, amélioré, fortifié, enhardi ? Qui, après avoir lu ce roman, n’a réfléchi sur sa propre vie? N’a pas soumis ses propres aspirations et inclinations à un examen rigoureux ? Nous en avons tiré la force morale et la foi en un avenir meilleur. »

Rééditer Que faire? aujourd’hui c’est permettre de retrouver ces années 1850-1860, une période charnière où émerge en Russie l’intelligentsia, un nouveau groupe social ouvert à la pensée politique occidentale, tout en restant arc-bouté sur les refus slavophiles envers la culture libérale bourgeoise européenne. À l’évidence, ce roman politique est un marqueur dans l’histoire du bolchevisme.

On connaît d’ailleurs son impact sur la structure mentale du jeune Lénine et toute la vie intellectuelle de la Russie pré-révolutionnaire. « Que faire? » témoigne en outre d’une ébauche de rapprochement entre les trois éléments fondamentaux de l’orthodoxie communiste. A savoir la promesse de perfection contenue dans l’utopie d’un côté, la violence rédemptrice de l’autre et enfin la sacralisation de la connaissance du mouvement historique et de ses lois. C’est aussi un plaidoyer pour l’émancipation féminine, à travers le personnage de Véra, engagée sur le chemin de la liberté pour échapper à sa famille

   

 

En 1941, Eugenio Corti (1921-2014) est envoyé, à sa demande, sur le front russe. Ce jeune officier d’artillerie est affecté au Trente-cinquième corps d’armée, l’un des trois corps de l’Armée italienne de Russie qui comprend à l’époque plus de 200 000 hommes.

Les cent lettres qu’Eugenio Corti envoie à sa famille, rassemblées dans ce livre posthume, couvrent la période juin 1942-janvier 1943. On y lit l’arrivée sur le front russe ; les deux avancées des Allemands pendant l’été et l’automne 1942, qui déplacent le front sur le Don ; la formidable offensive russe de décembre. Déclenchée le 16 décembre 1942, elle enferme le Trente-cinquième corps d’armée dans une gigantesque poche. Contraintes de se replier, les unités italiennes et allemandes entament une retraite qui ne prendra fin, pour les rares survivants, dont Corti, que le 17 janvier. Mais à partir du 13 décembre 1942, Corti se tait. C’est ce silence « en creux » qui, paradoxalement, témoigne du terrible drame vécu par les soldats des deux camps. Le journal La Plupart ne reviendront pas (1947) rendra compte de ces tragiques journées de marche et de combats.

Je reviendrai n’est cependant pas qu’un journal de guerre. Les lettres de Corti, qui doivent tenir compte de la censure militaire et de la censure que l’auteur s’impose dans cette correspondance adressée à sa famille, nous renseignent ainsi sur la vie au front d’un jeune officier. Mais elles donnent surtout la mesure de la dimension éthique de l’engagement de Corti. De même que son intérêt pour les populations civiles qui, en dépit de l’oppression qu’elles subissent, ont gardé la foi en l’homme et la foi chrétienne.

« Je reviendrai. » L’assurance avec laquelle Corti affirme qu’il reviendra du front n’est ni de l’inconscience ni de l’orgueil. Elle traduit en effet sa confiance en une mission à accomplir dans la vie ; ce sera sa vocation d’écrivain, qui va précisément naître en Russie.