Toute la poésie de Marina Tsvetaeva

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Une vie de roman et une oeuvre poétique parmi les plus belles de Russie, l’amour des hommes et des femmes, l’amitié et le respect de ses pairs, des souffrances inouïes, la perte des siens, l’opprobre de son pays, Marina Tsvetaeva a connu tous les extrêmes – et surtout les pires – avant de se suicider en 1941, réduite à la misère. Son parcours l’a menée aux quatre coins de Russie et d’Europe, en passant par Lausanne où une plaque commémorative rappelle sa mémoire. Et certaines correspondances (avec Boris Pasternak ou Nicholas Gronski) vibrent encore de l’intensité qu’elle mettait en toutes choses.

Réunie désormais en un ouvrage de deux tomes, magistralement traduite par Véronique Lossky,  l’oeuvre lyrique de Marina Tsvetaeva reflète les tumultes de son âme, ses interrogations, ses craintes, ses instants de bonheur également, ciselés dans un style inégalé qui inspirera nombre de ses contemporains et de ses successeurs.


À lire
Poésie lyrique (1912-1941), de Marina Tsvetaeva, éd. bilingue, Éditions des Syrtes, 2015
en coffret (deux tomes) ou séparément:
Poèmes de Russie (1912-1920) et Poèmes de maturité (1921-1941)
Du même auteur aux Éditions des Syrtes: cliquez ici


Extraits
Poésie lyrique (1912-1941), de Marina Tsvetaeva, Éditions des Syrtes, 2015

Les pigeons volent, argentés, perdus, le soir…
Que vienne sur toi
Ma bénédiction maternelle,
Mon pauvre petit corbeau!

Si noir, presque bleu
D’être noir, ton plumage
Rude, avide et chaude,
Ta couleur.

Il y en avait deux autres:
De même couleur – éteints en un éclair noir:
Lermontov et Bonaparte.

Je t’ai laissé partir au ciel,
Vole, libre, vole mon bien-aimé,
Les pigeons d’argent
Volent, soumis, bénis,
D’argent, au-dessus de toi.
(Tome I, Verstes (I), p. 247)


Masque et musique! Et le troisième,
Quel est le préféré? Il ne le dira pas,
Moi non plus.

Je sais seulement une chose
Par ma tête folle, je jure
Que ce n’est ni la mère ni la femme.

Je sais seulement une chose
Comme le masque et la musique,
Comme Moscou, le phare, l’aimant…

La tempête et la mazurka
Et ça commence par M.

_ Les mandarines ou la mer?
(Tome I, Autres poèmes (1917-1920), p. 747)


Il commence loin son discours, le poète
Il l’emmène loin, son discours, le poète,

Par astres, marques, chemins détournés,
Paraboles et fossés… Entre oui et non,
Et même jeté du haut d’un clocher,
Il fera un détour… Car la voie des poètes

Est celle des comètes… Rompus les liens
De causes à effet – rien de fixe!
Le front dressé – aucun espoir! Les éclipses
Des poètes ne sont pas dans les calendriers.

Il est celui qui brouille les cartes,
Mélange les poids, mêle les chiffres,
Il interroge le maître, lui – le disciple,
Et il bat Kant à plates coutures.

Dans le cercueil de la Bastille,
Il s’épanouit: toute la splendeur
D’un arbre en fleurs… Il est celui,

Dont on a tous perdu la trace,
Le train – toujours manqué
Car sa voie de poète

Est celle des comètes: il brûle pour chauffer,
Faire pousser? – Il déchire! Explosion, effraction!
Sa route – une courbe échevelée!
N’est pas inscrite dans les calendriers.
(Tome II, Après la Russie, « Les Poètes », p. 393)

La suite ici!  Poésie lyrique (1912-1941), de Marina Tsvetaeva, Éditions des Syrtes, 2015

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