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Littérature russe
Publiés aux éditions des Syrtes
  Les deux récits présentés ici retracent les voyages que Boris Zaïtsev fit sur le Mont Athos et à Valaam, en 1927 et 1935. Ce livre est empreint de la touche mystique et poétique qui fait le charme et la marque de l’écriture de Boris Zaïtsev, tout en procédant à une réflexion abordable des grands thèmes de la spiritualité orthodoxe. La dimension poétique laisse penser que ces deux joyaux littéraires, Le Mont Athos et Valaam, ne vieilliront pas. De même, l’intérêt du projet littéraire lui-même ne faiblira jamais. C’est un texte finement rédigé et sans prétentions théologiques, accessible à tout lecteur.

OUVRAGE ÉPUISÉ MAIS DISPONIBLE EN FORMAT DE POCHE ICI   Paru à Berlin en 1921-1922, De l’aigle impérial au drapeau rouge rencontra dès sa parution un immense succès littéraire dans l’émigration russe. Dans un style flamboyant, le livre décrit la vie en Russie depuis le début du règne de Nicolas II jusqu’à la fin de la guerre civile. L’art de Krasnov fait penser à un roman-feuilleton, à l’image de ses prédécesseurs français du XIXe siècle, notamment Alexandre Dumas. Grâce à de nombreux rebondissements et coups de théâtre, l’auteur nous plonge dans le bruit et la fureur de temps devenus lointains. Il décrit la fin d’une époque, n’épargnant au lecteur aucune cruauté de la Grande Guerre, de l’agonie de la Russie impériale et de la terreur tchekiste. Son style mêle brillamment mélancolie et sentimentalisme, courage et euphorie en même temps qu’abattement et recherche du tragique. Tout cela donne au livre une âme éminemment russe et en fait une grande réussite littéraire.  
       

 

L’émigration ou la mort : c’est le choix qui se présente à l’intelligentsia russe au lendemain du coup d’État bolchevik d’octobre 1917. Emporté par le tourbillon de l’histoire avec des millions de ses semblables qui, comme lui, avaient accueilli avec bienveillance la révolution pacifique et libérale intervenue quelques mois plus tôt, l’un des personnages de Suicide s’interroge : « Sommes-nous coupables ? » Embrassant plus de deux décennies de l’histoire russe et européenne (de 1903, année de naissance du parti bolchevik, à 1924, année de la mort de son chef), Suicide mêle habilement des personnages de fiction à des figures historiques telles que Vladimir Lénine, véritable fil conducteur du roman, mais aussi l’industriel et mécène russe Savva Morozov, l’empereur d’Allemagne Guillaume II, le monarque autrichien François-Joseph et bien d’autres encore. Tous portent une part de responsabilité dans le suicide de l’Europe et de la Russie en ce début du XXe siècle. Roman bilan sur les bouleversements historiques de 1917, Suicide décrit, à travers le destin des époux Lastotchkine et de leurs proches, comment l’établissement d’une justice sociale par la violence porte en lui les germes des tragédies. Ivan Bounine, lauréat du prix Nobel de littérature en 1933, l’a proposé à maintes reprises pour cette prestigieuse distinction. Suicide (1956), son dernier roman, est traduit ici pour la première fois en français.
       

 

« Je veux vous raconter une histoire intéressante. Même pas une histoire, une biographie de la peur. Je veux vous raconter comment la terreur qui saisit brusquement un être humain peut changer toute sa vie. » C’est ainsi que nomme Tatiana Alexeïevna l’histoire de sa vie qu’elle confie à Sacha, et le jeune homme fraîchement débarqué dans son immeuble en devient le dépositaire à son corps défendant. Le dialogue qui s’installe entre la vieille dame malade et le jeune arbitre de football évoque des tragédies, historique pour l’une, intime pour l’autre. L’existence de Tatiana est hantée par la question obsédante de la recherche de la vérité tandis que Sacha tente de tourner une page douloureuse afin de continuer de vivre. La croix rouge se mue en attribut de la mémoire. Elle rappelle les prisonniers soviétiques abandonnés pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est aussi le signe que dessine la vieille femme sur les portes pour retrouver celle de son appartement et la croix que portaient les citoyens soviétiques soumis à la terreur ; c’est enfin l’objet des dernières volontés de l’héroïne. Croix rouges est une interrogation sur la mémoire individuelle qui s’efface peu à peu, tout autant que sur la mémoire collective qui disparaît avec les derniers survivants d’une histoire tragique. Premier roman traduit en français du jeune auteur biélorusse Sacha Filipenko, Croix rouges laisse présager d’une belle carrière. Également disponible en version numérique

Suivi de Le « jeu cérébral », étude sur Pétersbourg par Georges Nivat
Tout Biely est à la jointure entre mort et naissance, entre naissance et mort, qui fait les très grandes œuvres. Pétersbourg est la n d’un monde, la possible naissance d’un autre, à peine entrevu, dessiné dans le brouillard de la ville la plus fantastique et la plus terroriste du monde. Aussi ce roman-poème nous poursuivra longtemps après la dernière page. Longtemps après que nous aurons laissé Nicolas Apollonovitch absorbé par la lecture du philosophe vagabond ukrainien qu’il lit après la bombe, après sa fuite en Égypte, après la mort du sénateur, retombé en enfance…
Un livre mirage, retombée de brouillard, retombée de mots qui persécutent. Georges Nivat
Épuisé en grand format, retrouvez Pétersbourg en livre de poche ou en version numérique

 

Préface de Dominique Fernandez
Fasciné par le génie politique et militaire de Pierre le Grand, Pouchkine publie en 1828 le chef-d’œuvre, Poltava. C’est un éloge à la prestigieuse bataille remportée par le tsar et qui, au début du XVIIIe siècle, ouvrit à la Russie les portes du cercle restreint des grandes puissances européennes. Cinq ans plus tard, épuisé par la censure permanente que lui inflige le pouvoir, le poète fougueux et épris de justice s’oppose ouvertement à la monarchie et écrit Le Cavalier de bronze. Dans ce récit pétersbourgeois, à travers les ravages causés par l’inondation de la Neva en novembre  1824, il dénonce le rêve mégalomaniaque de Pierre. Le tsar, un siècle plus tôt, avait ainsi fait construire la ville impériale au mépris des règles élémentaires de l’urbanisme. Et le petit peuple payait déjà le prix en dizaines de milliers de vies sacrifiées dans les eaux glacées du fleuve.  
Avant-propos Lev Mnoukhine  Postface Hélène Henri, Caroline Bérenger et Elena Korkina
Avec les Grands poèmes en édition bilingue, Véronique Lossky a désormais achevé l’oeuvre de sa vie consacrée à Marina Tsvetaeva. La poétesse russe du XXe siècle est connue en France par la totalité de sa poésie lyrique. Née à Moscou à la fin du XIXe siècle, Marina Tsvetaeva commence à écrire des poésies à sept ans. Elle a été séduite assez tôt par une forme poétique longue ; non pas ses petites pièces de plusieurs quatrains exprimant une situation émotionnelle donnée, mais des œuvres poétiques beaucoup plus amples, de plusieurs centaines, voire de milliers de vers. L’ouvrage contient vingt-et-un longs poèmes: les grands poèmes épiques, les contes d’inspiration folkloriques et les œuvres inachevées. Les grands poèmes correspondent à des étapes importantes de la biographie de Tsvetaeva, mais la transposition poétique est substantielle. Le Magicien est le premier grand poème narratif de Tsvetaeva, composé au printemps 1914. Resté inédit de son vivant, il a été publié une première fois à Paris en 1976. Le Poème de la Montagne et le Poème de la Fin sont les seuls grands poèmes d’amour, inspirés d’une passion réellement vécue par Tsvetaeva à Prague. L’élément ludique quant à lui est très présent dans Envoyé de la mer dédié à Pasternak et l’on peut s’étonner en le lisant de savoir que Tsvetaeva prétendait ne pas aimer la mer qu’elle considérait comme un grand espace perdu pour les promenades. La mer occupe aussi une place de choix dans La Princesse-Amazone. Mais il s’agit bien sûr de la mer – élément de la nature mythique ou transfigurée et non des plages qu’elle a souvent fréquentées. Dans l’œuvre poétique intégrale de Tsvetaeva, pour le moment, l’énigme qui reste est bien Le Poème sur la famille du Tsar, perdu lors du retour en URSS de Marina Tsvetaeva, dont il ne subsiste que des fragments. « Il me semble que du point de vue de la nouveauté d’inspiration mais aussi pour bien d’autres motifs, les grands poèmes ouvrent des perspectives riches pour pénétrer dans l’univers poétique de Tsvetaeva, ils montrent que l’on peut lire toujours davantage et creuser toujours plus loin… » Véronique Lossky

Publié sous la direction de Georges Nivat
Exposition du 19 novembre 2018 au 8 janvier 2019 à la Mairie du Ve arrondissement, Paris.
Le 11 décembre 1918 naissait à Kislovodsk Alexandre Soljenitsyne, l’auteur d’Une journée d’Ivan Denissovitch, de La Maison de Matriona, de L’Archipel du Goulag… Catalogue de l’exposition qui se tiendra à la Mairie du Ve arrondissement à Paris à l’occasion du centenaire de la naissance de l’écrivain, cet ouvrage retrace en neuf chapitres l’itinéraire littéraire et intérieur d’Alexandre Soljenitsyne, un portrait vérité de ce lutteur, poète et prophète sans pareil, qui a marqué à jamais le XXe siècle.
Des documents des archives de la famille Soljenitsyne côtoieront des documents français provenant des archives de Nikita Struve et d’Ymca-Press et des traducteurs José et Geneviève Johannet. Des personnalités prestigieuses, à commencer par Natalia Dmitrievna Soljenitsyne éclairent l’œuvre du grand écrivain : Georges Nivat, commissaire de l’exposition, Hélène Carrère d’Encausse, Chantal Delsol, Hervé Mariton ou Pierre Morel. Illustrations et textes donneront le cheminement hors norme de ce résistant pour qui l’homme, est « de l’espoir et de l’impatience ».
 
La rencontre annoncée dans cette correspondance entre deux génies de la poésie russe du XXe siècle est un événement littéraire exceptionnel. Boris Pasternak et Marina Tsvetaeva s’étaient en effet rencontrés à Moscou en 1918. Ce n’est qu’en 1922 qu’ils se sont véritablement découverts à travers leurs écrits respectifs. Pendant quatorze années, ils ont entretenu une correspondance d’une intensité rare où se tissent, étroitement mêlées, passion sentimentale et poésie. Dessinant une courbe en arc de cercle, la relation se noue, suit un mouvement ascendant jusqu’à atteindre un pic paroxystique, décroît, se dénoue et finit par se défaire définitivement. Il faut lire les lettres de Tsvetaeva et de Pasternak comme leur poésie, comme une œuvre à part entière. Véritable laboratoire d’écriture, mais également laboratoire de la vie, car c’est au gré de ces lettres que se façonnent les événements majeurs de leur biographie. Les mots échangés sont dérobés à la vie, au quotidien, à la famille. Également disponible en version numérique
 
Dostoïevski, un écrivain dans son temps est un modèle de biographie littéraire. Parue initialement en cinq volumes, dans les années 1970, elle a été condensée par l’auteur en 2010, avec une préface inédite. Joseph Frank aborde la biographie du grand écrivain russe dans une ample vision englobant littérature et temps historique : il entreprend une « reconstruction massive » de l’époque, en y insérant l’œuvre de Dostoïevski afin de mieux l’éclairer. Il s’agit plus précisément d’une expérience qui allie biographie, critique littéraire et histoire socioculturelle, tout en se concentrant sur les idées que Fiodor Dostoïevski a défendu avec vigueur durant sa vie. Trois qualités essentielles se dégagent de cette œuvre. La première réside dansson art de brosser des grands tableaux de la Russie de Dostoïevski et d’en dégager les idées directrices. Il y a ensuite le travail des sources : à chaque moment de la vie de l’écrivain, à chaque description, à chaque analyse de l’œuvre, Joseph Frankrefait une lecture complète des sources, si bien que sa biographie devient critique et analytique. La troisième qualité du biographe est de pénétrer la psychologie profonde, l’esprit de Dostoïevski. Chez Joseph Frank le critique littéraire et le philosophe de l’esthétique cheminent au côté de l’érudit, de l’historien et du biographe.Le travail d’analyse débouche sur des éléments originaux, jamais mis en évidence auparavant. Par exemple, l’affirmation que Dostoïevski est le seul des grands écrivains russes de la première moitié du XIXe siècle qui ne soit pas issu de la noblesse terrienne ; de ce fait, il a été le plus apte à percevoir le conflit entre l’ancien et le nouveau dans la société russe. L’écriture est alerte, ferme, concise, où l’érudition n’entrave jamais la saisie profonde du mouvement de la création. « Un accomplissement monumental. Une histoire exhaustive de l’esprit de Dostoïevski. » New York Times « Une réussite triomphale. » J. M. Coetzee « Un merveilleux portrait de l’homme derrière ses livres. » Nadine Gordimer
Également disponible en version numérique
Si Marina Tsvetaeva (1892-1941) compte aujourd’hui parmi les grands poètes russes du XXe siècle, on le doit au destin et au tempérament hors du commun de sa fille, Ariadna Efron (1912-1975), seule survivante d’une famille broyéepar la Terreur stalinienne. Après seize ans de Goulag, elle consacre les vingt dernières années de son existence à faire publier l’œuvre de Marina. La « fille prodige » deviendra le premier éditeur de sa mère. Je t’aime affreusement est une lettre fictive qu’Ariadna aurait pu écrire, depuis le premier jour de sa libération, en 1955, jusqu’à sa mort, en 1975. Une lettre d’outre-tombe adressée à celle qui est morte depuis longtemps pour lui dire ce qu’elle n’a jamais su : les sentiments qu’elle, Alia, a éprouvés auprès d’une mère à la personnalité excentrique et exaltée, qui lui a transmis le meilleur et le pire, le goût de la littérature et la condamnation à l’exil. Une lettre où elle laisserait enfin éclater sa colère, face à l’injustice, face au sacrifice d’une vie vouée à ce seul devoir : sauver de l’oubli la poésie de Marina. Pour y dire aussi l’impuissance, le pardon, et le mystère d’un père absent. Pour faire entendre la voix de cette fillette aux grands yeux bleus, qui a vécu à l’ombre de sa mère, à l’ombre de l’histoire. Complété par des lettres inédites en français de Marina Tsvetaeva à sa fille.
Également disponible en version numérique
Innokenti Platonov se réveille amnésique dans une chambre d’hôpital. Geiger, son médecin, lui apprend son nom et lui demande de consigner tout ce dont il pourra se souvenir. Il consigne donc dans un journal des fragments chaotiques de souvenirs: visages, images, histoires, odeurs. Peu à peu sa mémoire fait émerger la ville de Saint-Pétersbourg dans les premières années du XXesiècle. Il se remémore l’enfance et ses bonheurs, sa première jeunesse, les études, l’amour, la révolution dont il a subi d’emblée les contrecoups, et, enfin, le camp des Solovki. Et Platonov devine, petit à petit, atterré, qu’il est né en 1900 et s’est réveillé en 1999… À la sortie de l’hôpital une nouvelle vie l’attend. Tel Robinson Crusoé, le héros favori de son enfance, Platonov doit s’adapter dans un monde qui l’a abandonné derrière lui. Le présent tente d’assimiler les leçons du passé, de distinguer la faute du pardon et se diriger vers l’avenir. L’Aviateur de Evgueni Vodolazkine est un roman porteur de réflexions philosophiques profondes – le repentir, la responsabilité, la justice, l’histoire – dans lequel l’écriture fonctionne comme un liant dans un va-et-vient entre passé et présent.  La remémoration fragmentaire est un moteur puissant pour le lecteur. Une histoire bouleversante empreinte de nostalgie sur la mémoire et la culpabilité, sur un amour si puissant qu’il parvient à vaincre le chaos, et même la mort…
Également disponible en version numérique
Né en 1701 à Kiev, Vassili Grigorovitch-Barski est un jeune homme de vingt-deux ans lorsqu’il prend son bâton de pèlerin sur les routes de l’Europe et du Proche-Orient. Durant près d’un quart de siècle, après avoir fait le tour de l’Italie, il visitera deux fois le Mont-Athos, passera sans cesse d’une contrée à l’autre : de la Syrie au Liban, du Liban à la Palestine et à l’Égypte, faisant escale dans les îles grecques, s’attardant à Patmos et à Chypre, faisant siennes ces contrées méditerranéennes tout en apprenant les rudiments de leurs langues et en perfectionnant sa maîtrise du grec. Marcher inlassablement, dormir à même le sol, ne pas manger à sa faim, invoquer Dieu dans la tempête, s’effondrer, tomber malade, se faire rouer de coups et déposséder par des brigands, s’ouvrir au monde, s’instruire, se découvrir soi-même par la même occasion… tel fut le quotidien du voyageur au long cours Vassili Barski, de 1723 à 1747. Il consigne sans relâche dans des carnets ses impressions de voyage, ses rencontres, décrit les lieux avec une précision de géographe ou d’architecte amateur, dans une langue parsemée de mots empruntés ou adaptés des pays traversés, illustrant ses notes de dessins de villes ou de monastères, n’hésitant pas, à l’occasion, à se mettre en scène au détour d’un chemin ou d’une source. Ces Pérégrinations sont un témoignage inestimable sur une époque particulière, sur un monde chrétien divisé en chrétientés latine et grecque et subissant la domination musulmane. Et Vassili Barski est à l’image de la communauté slave de son temps, en pleine transition vers la modernité.
 
Au début du XVIIe siècle, la Moscovie, sortie du temps des troubles, connaît un extraordinaire mouvement de réformes. Le nouveau patriarche Nikon se lance dans une transformation brutale de l’Église, suscitant de nombreuses protestations et aboutissant au schisme entre « vieille » et « nouvelle » foi, en 1667. Le représentant et héros de la vieille foi c’est Avvakum, né en 1620 dans la région de Nijni Novgorod, curé de campagne, archiprêtre, intraitable et tolérant, prophète et père de famille. Avvakum condamne les premières mesures de Nikon. Il est exilé en Sibérie, affecté à une troupe brutale chargée de conquérir le fleuve Amour, confronté en permanence à la mort. Il y restera onze ans et en 1664 il est rappelé à Moscou par le tsar Alexis. Déporté de nouveau, traîné de geôle en geôle, relégué à l’extrémité de la Russie, il sera brûlé vif au bord de l’Océan glacial, en 1682. Pendant tout ce temps, il prêche, écrit, se fait le porte-parole de la vieille foi. Avvakum est un extraordinaire écrivain. Sa Vie, composée par lui-même, est le chef-d’œuvre unique de toute la littérature russe avant le XIXe siècle. Écrite dans sa geôle de Poustozersk, La Vie représente à la fois la fin du Moyen-Âge et une extraordinaire naissance de la prose russe moderne parce qu’elle bouscule les genres, opère des renversements stylistiques et spirituels très modernes. On y voit directement agir, parler, penser les Russes d’avant Pierre le Grand : Avvakum lui-même, le tsar Alexis, son confesseur Stepan, le patriarche Nikon. On y suit, par le Baïkal et l’Angara, la première expédition sur l’Amour, avec Pachkov, féroce conquistador dont Avvakum est à la fois l’aumônier et la victime. Tout cela dans une atmosphère savoureuse de miracles, d’observations précises et de bon sens paysan. Ce texte, traduit du vieux russe, est un document essentiel pour tout curieux des choses russes, mais aussi pour l’historien des découvertes et pour l’ethnographe, pour l’historien de la religion, pour le psychologue et pour l’historien de la civilisation. Mais La Vie a de quoi étonner et captiver bien d’autres lecteurs. Elle est écrite dans une langue imagée et personnelle dont l’imprévu se dispute parfois la rudesse. La postérité de La Vie d’Avvakum est importante dans la culture russe; en 1872, Moussorgski s’en inspire pour son opéra La Khovanchtchina; le personnage de l’archiprêtre Touberozov des Gens d’Église de Nikolaï Leskov fait penser à Avvakum; Merejkovski écrit tout un poème inspiré par Avvakum en 1883, tandis qu’en 1900, Gorki voulait que La Vie entre dans les programmes scolaires.
Préface de Georges Nivat
« Où n’ai-je pas eu l’occasion d’aller ? Dans les forêts, dans les montagnes, dans les marais, dans les mines, dans la soupente du paysan… Et où que j’aie été, quoi que j’aie lu ou entendu, je me souviens de tout avec netteté. Il m’est venu l’idée d’écrire… et j’ai commencé à écrire “de mémoire comme à livre ouvert”… Voilà tout. » Melnikov nous apprend ainsi comment est née cette vaste fresque, considérée comme l’un des monuments de la littérature russe.
Pavel Melnikov-Petcherski décrit les mœurs des vieux-croyants riverains de la Volga au milieu du XIXe siècle. Il est allé lui-même aux sources, ses personnages sont peints d’après nature. L’abbesse Manefa et Flenouchka ont existé. Et Patap Maximytch a pour prototype un millionnaire de Nijni-Novgorod, protecteur du raskol, schisme qui éclata au XVIIe siècle, sous Alexeï, père de Pierre le Grand. L’ouvrage est composé comme un poème épique, séparé en chants. L’action se déroule entre Noël et la Pentecôte, et l’auteur y décrit les travaux de printemps où les usages chrétiens et païens sont curieusement mêlés. Les personnages sont hauts en couleur : privilégiés du raskol, paysans richissimes qui tiennent entre leurs mains toute la navigation de la Volga, abbés, maîtres de maison diligents, mais aussi artisans et paysans, abbesses et novices, et tout le peuple des errants, des vagabonds, des pèlerins, « n’ayant pas de ville dans le présent, cherchant celle des Temps à venir ». Tous ces destins s’enchevêtrent et là-dessus vient se greffer un poème de l’abondance, un hymne à l’amour, à la nature, à la joie de vivre.
traque
  La Traque est une histoire de chasse à l’homme et de persécution psychologique. En enquêtant sur un homme politique douteux, incarnation de la corruption et de tous les vices, le journaliste Anton Piaty devient la cible des hommes de main de l’oligarque. Ils ne reculeront devant rien dans leur minutieuse opération de déstabilisation, rien ne sera laissé au hasard : « Aucun excès de zèle : le harceler par la norme. Tout ce qui se produit habituellement dans ce pays doit lui arriver au quotidien. Des serveurs malpolis, des conducteurs qui pètent les plombs. On va développer sa paranoïa. Je propose de lui mettre le monde entier à dos. Ce n’est pas son corps qui doit être visé par nos mesures de rétorsion, mais son esprit. » Les intimidations, la manipulation, le harcèlement, tout doit rendre la vie du journaliste insupportable et le forcer à s’expatrier. Sacha Filipenko démonte un à un, avec virtuosité, tous les rouages de cette traque. Tantôt acteur, tantôt scruté par ses persécuteurs, son personnage devient ainsi le prototype du lanceur d’alerte obstiné dans ce mélange de fable politique universelle et de roman noir.
Également disponible en version numérique