Un des chefs de file des écrivains de l’émigration russe en France, Boris Zaïtsev (1881-1972) publie son premier recueil en 1906, à Saint-Pétersbourg. En 1921 il est élu président de la première Union des écrivains non-communiste, puis il quitte la Russie en 1922. Il arrive finalement à Paris en 1924 où il retrouve les autres écrivains émigrés (Bounine, Kouprine, Merejkovski, Remizov, etc.).
Son œuvre est féconde; aux sept volumes édités à Moscou entre 1916 et 1919 s’ajoutent L’Étoile bleue, La Guirlande dorée (1925) ainsi que Le Voyage de Gleb (tétralogie, 1934-1952). Considéré de son vivant comme un auteur classique, son œuvre est empreinte de poésie du quotidien, de nostalgie et fait souvent appel aux cinq sens du lecteur. Il est également un maître des formes courtes, écrites dans une langue très tchékhovienne.
L’Etoile bleue s’apparente à un roman initiatique. Alors qu’autour de lui les êtres s’abîment dans les passions matérielles, le jeune étudiant Alexis Christophorov, héros de ce roman de Boris Zaitsev, est un idéaliste en quête d’une liberté intérieure symbolique. L’œil fixé sur Vega, le diamant bleu de la constellation de la Lyre, il soutient que « n’est véritablement libre que celui qui a un esprit insouciant, sans attaches ». Seul, il semble percevoir la fragilité du monde insouciant qui l’entoure, prêt à s’envoler dans les ténèbres.
La maison de Passy de Boris Zaïtsev à une petite Russie. Y vivent une poignée d’exilés qui partagent un passé douloureux et dont le destin s’est trouvé bouleversé par l’histoire.
Attachants, humains, simples, joyeux ou tristes, ils sont avant tout liés par une grande solidarité. Il y a notamment parmi eux le vieux général, ancien officier de l’armée des volontaires, qui vit d’expédients. Il attend avec impatience l’arrivée de sa fille et de son petit-fils restés en URSS. Dora la raisonnable, autrefois médecin, qui vit avec son fils, le candide Rafa, qu’elle imagine au lycée Janson, comme les petits Français. Il y a aussi la sombre Kapa, Lioudmila qui rêve de fortune, le père Melchisédech, figure sereine qui apporte aide et réconfort. Ou encore Valentina, une jeune couturière et Lev Nikolaevitch, le chauffeur de taxi… À la fin de l’année, une page se tourne et tous les locataires doivent quitter la maison de Passy.
Écrit dans une langue classique, précise et poétique, le roman tout de tolérance et de nostalgie, de générosité et de compréhension, donne ainsi une vision apaisée de l’exil. Mais Une maison à Passy est aussi un tableau de Paris des années 1920, ses habitants, son flot de voitures, son ciel et ses arbres ou ses parfums.