Les Abeilles de Delphes rassemble les pensées du philosophe Pierre Boutang. Le roman, la poésie, le théâtre, mais aussi la philosophie. De grands aînés comme Homère, Cervantès ou Pascal, des étrangers comme Dostoïevski, Faulkner, et Eliot, des Français et contemporains comme Maurras, Malraux, Blanchot. Voici, en une bibliothèque idéale, les lectures, les dialogues et les confrontations de Pierre Boutang qui fut, selon Georges Steiner, le penseur le plus étonnant et sans doute l’un des plus grands du siècle.
« Les Abeilles de Delphes » qui, selon Callimaque, puisent une eau pure dans la source sacrée nous précèdent et nous guident ainsi sur les chemins d’une culture intemporelle et croisant pourtant la plus saisissante des actualités. À la lumière de la chronique, les auteurs convoqués se révèlent, s’interpellent et s’édifient mutuellement. Rome répond à Athènes, Jérusalem n’est jamais loin, et la modernité toujours présente. Dans le lien secret de l’hellénisme à l’esprit français, c’est à la fois un traité des dieux, des muses et de la cité, un art poétique, une méthode du lire et du penser que livre ici, avec un bonheur et un style rare, Pierre Boutang.
Voici une merveille de composition, bien dans la manière de Balzac. Quatorze grands chapitres se développent selon une architecture concentrique. Chacun d’eux correspond à une strate essentielle de la nature de l’auteur de La Comédie humaine. De chapitre en chapitre, les correspondance s’enrichissent réciproquement et se multiplient, rendant enfin à l’œuvre de Balzac sa profondeur, sa plénitude et son unité. Paru en 1923, le Balzac de Ernst Robert Curtius prend seulement aujourd’hui sa véritable dimension: cette évocation nous fait pénétrer dans la forge du plus prodigieux Vulcain que compte la littérature universelle.
Dans Approximations, Charles Du Bos propose aux lecteurs un ensemble de ses études critiques. Il s’agit de l’expérience unique d’un homme pour qui la lecture et le commentaire forment un seul acte esthétique et spirituel. Relire Du Bos, c’est ainsi retrouver, au-delà des modes, la relation singulière que tout homme entretient avec l’œuvre d’art.
Du Bos est l’une des grandes figures de la tradition humaniste française.
Schoenberg, à qui l’on demandait un jour s’il avait trouvé un élève de valeur aux États-Unis, répondit : « Oui, un seul : John Cage. Mais ce n’est pas un compositeur, c’est un inventeur de génie. » Douze ans après sa parution, cette autobiographie sous forme d’entretiens, réunis par l’essayiste Richard Kostelanetz, lui même critique musical et compositeur, est enfin disponible en français.
L’étendue des sujets abordés par John Cage (1912-1992) est à l’image de sa vie et de son œuvre. Découvreur de sons, inventeur du « piano préparé », conseiller musical fameux de la compagnie de ballets de Merce Cunningham. Mais il fut aussi un penseur pacifiste proche de l’anarchie, orientaliste néo-dada, champion d’échecs et spécialiste des champignons… Découpée en chapitres thématiques, cette somme fait découvrir une des figures les plus originales de la création musicale contemporaine.
Le Roman d’aventure paraît dans les pages de la Nouvelle Revue Française en 1913. « Jamais je n’écrirai rien d’aussi bon », déclarait André Gide lorsque Jaques Rivière fit paraître cet essai. Dirigé contre le roman naturaliste et le roman d’analyse « à la française », aux personnages et à la psychologie figés, ce manifeste passionné, même s’il va jusqu’à poser en modèle Le Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas, n’est pas un plaidoyer pour le roman feuilleton. Mais, comme celui-ci, le « roman nouveau » qu’il appelle de ses vœux, devra avoir pour loi la liberté, l’inattendu.
L’auteur se laissera porter par ses personnages et son récit où règne la découverte de « tout ce qu’il y a de prodigieux dans l’univers ». Prophétique, alerte et véhément, cet essai n’a rien perdu de sa fraîcheur au XXIe siècle. Et l’invitation qu’il lance aux écrivains de se mettre « en état d’aventure » demeure aussi actuelle qu’en 1913.
Dostoïevski, dont Nietzsche disait qu’il était « le seul qui lui ait appris quelque chose en psychologie » a considérablement influencé les romanciers du XXe siècle. Mais c’est un autre Dostoïevski que nous fait découvrir la lecture inspirée de Viatcheslav Ivanov. À travers les personnages et les leitmotiv de ses « romans-tragédies », il dévoile l’emprise des mythes anciens. Il éclaire la veine mystique qui traverse Crime et Châtiment, L’Idiot, Les Démons, et surtout Les Frères Karamazov.
Dans cet essai lumineux, Ivanov développe ainsi une réflexion profonde sur le sens de la souffrance, du péché et de la rédemption. Tout ce qui lie le destin de tous les hommes dans l’œuvre de Dostoïevski.
Ebranlés par L’Archipel du Goulag, des millions de lecteurs ont suivi avec passion la lutte solitaire Alexandre Soljenitsyne contre un empire qui semblait établi pour un bon millénium. Le présent livre rend compte des multiples facettes de ce géant de l’écriture. Ce catalogue d’exposition rassemble des études d’ensemble, articles ciblés (la réception de l’écrivain, les biographies qui lui ont été consacrées) et témoignages (ses deux principaux traducteurs, son éditeur en russe, son agent littéraire mondial, le compositeur Gilbert Amy, sa dernière biographe). Il compte également des inédits : plusieurs lettres dont l’émouvante lettre à Spiridon (le concierge de la charachka), une longue lettre à Lydia Tchoukovskaïa, des fragments du Journal R-17, trois textes qui sont des lectures faites par Soljenitsyne : Mon Lermontov, Ivan Chmeliov et son Soleil des morts, Le Pétersbourg d’Andreï Biely.
Sándor Márai (1900-1989) est né à Kassa dans une famille de la grande bourgeoisie d’origine allemande. Il a fait ses études à Leipzig, puis a vécu à Francfort et Berlin, avant de rentrer en Hongrie se consacrer à l’écriture. Opposé à toute forme de domination politique, il se refusera avec détermination à une Hongrie alliée à l’Allemagne. En 1948, il choisit l’exil, en France, en Italie, puis en Californie où il s’installera définitivement.
En 1992, le public français redécouvrait l’œuvre du romancier hongrois Sándor Márai. Son parcours est atypique. Il a en effet été célébré dans son pays dans l’entre-deux-guerres, puis occulté sous le régime soviétique, poussé à l’exil en 1948 et mort aux États-Unis en 1989. Quelques mois après la chute du rideau de fer, les Hongrois redécouvraient ses chefs-d’œuvres. Ils sont traduits depuis dans une vingtaine de langues. Émerge dès lors une question. Márai est-il un grand classique de la littérature européenne ou un « auteur culte » fabriqué par les politiques éditoriales occidentales après la chute du Mur ?
Souvent rapproché de Kundera ou de Stefan Zweig, Márai est un mélange de haute culture et de fantaisie créatrice. Avant tout romancier, il est aussi auteur de pièces de théâtre, d’articles ou récits de voyage. Sa thématique est riche : du triangle amoureux au mariage, des retrouvailles au bonheur impossible. Du conflit des générations au conflit entre individu et pouvoir. Ou encore de la décadence de la culture européenne à la montée de la barbarie, l’exil ou la mort.
Fruit d’une collaboration interdisciplinaire, La Fortune littéraire de Sándor Márai crée les prémices de l’étude critique de ce grand auteur en France.
Une âme douce se veut une interrogation. Sur le théâtre de Tchekhov et sur la littérature, sa place dans la vie et sa dimension éthique.
La Cerisaie et La Mouette sont encore aujourd’hui deux des pièces les plus populaires du répertoire dramaturgique mondial. Grand amoureux du théâtre, Alexandre Minkine cherche à renouveler la lecture des œuvres de Tchekhov en les débarrassant des innombrables strates de commentaires qui pèsent sur leur réception. Dans une « dramaturgie » savamment orchestrée, l’auteur revient aux indications scéniques de Tchekhov et à ses intentions initiales. Minkine insiste sur des détails concrets, qui abondent le plus souvent en coulisses. Sa réflexion vise à redonner au théâtre son épaisseur existentielle et son impact social.
Le lecteur y découvrira un Tchekhov simple, proche, revitalisé et une approche sensible de l’art théâtral, ainsi qu’une exploration originale des voies de la culture dans le monde contemporain. Mais, en filigrane, il devinera également un plaidoyer pour la littérature et la langue russes.
Boris Pasternak, né en 1890, est l’un des plus grands poètes du XXème siècle. Son éveil à la poésie a coïncidé avec la Révolution de l’été 1917. Il l’a en effet perçue comme « un dieu descendu du ciel sur la terre, le dieu de cet été » et célébrée dans « Ma sœur la vie », le recueil qui ouvre son itinéraire de poète.
Sa fidélité au principe lyrique de la poésie l’a cependant amené à opposer une résistance obstinée à l’idéologie de plus en plus rigide et mortifère qui envahissait les idéaux proclamés par le communisme triomphant. L’objectivation de cette expérience lyrique et de sa résistance à l’idéologie dominante s’est réalisée dans le roman Le Docteur Jivago, l’œuvre de sa vie. Publié à l’étranger malgré l’opposition des autorités soviétiques, ce roman apporte à Pasternak une renommé internationale et une violente persécution dans son pays où il est aujourd’hui réhabilité et célébré. Il reçoit le Prix Nobel de littérature en 1958.
Michel Aucouturier, l’auteur du présent ouvrage, a longtemps enseigné le russe à l’Université de Genève puis à la Sorbonne. Découvrant la poésie de Pasternak durant ses études, il a poursuivi ses recherches sur le poète en Russie, où il a séjourné comme boursier du gouvernement français. Il a ensuite entrepris la traduction de sa poésie et de sa prose. Ayant consacré un premier ouvrage à Pasternak en 1964, Michel Aucouturier a depuis dirigé la publication de son œuvre dans la collection de la Pléiade.
Il s’appuie aujourd’hui sur les nombreux documents devenus accessibles depuis la mort du poète en 1960, en particulier sur sa nombreuse correspondance, et sur les nombreux souvenirs des contemporains de Pasternak, pour retracer l’itinéraire de ce poète qui a dû affronter son temps pour préserver sa personnalité et faire entendre sa voix.
Depuis trois décennies, Gyula Krúdy (1878-1933) est un auteur régulièrement traduit en français. Le présent volume est le fruit d’un travail collectif réunissant chercheurs français et hongrois. Il sert ainsi d’orientation aux lecteurs désireux de s’initier ou d’approfondir l’univers de cet écrivain magyar profondément original. Il permettra de découvrir non seulement divers aspects des œuvres déjà traduites, mais aussi d’explorer la création foisonnante d’un grand auteur de la modernité.
Chassé de Russie soviétique en 1922 avec une vingtaine d’écrivains et de savants, émigré en France, Nicolas Berdiaev (1874-1948) publie en russe, en 1926, cinq mini-essais traitant tous, de diverses façons, de « l’esprit bourgeois ». Pour le philosophe, « l’esprit bourgeois » est l’apanage des révolutionnaires comme des réactionnaires, des athées comme des croyants. Il finit toujours par s’imposer et a pour conséquence de rendre l’homme esclave des choses et de l’ensemble du monde visible. Alors vient le triomphe du petit bourgeois, « amateur de confort tant matériel que spirituel », qui « croit au bonheur enchaîné dans le fini ». Pour Nicolas Berdiaev, le monde objectivé, c’est le monde déshumanisé, qui fait fi de l’homme en tant que sujet existentiel. Le grand malheur, estime le philosophe, c’est que tout tend à l’objectivation : l’État, l’Église, Dieu, l’Esprit, la religion, la science, la technique, la philosophie. Tout devient objet sans lien intime avec la personne humaine – cette personne, « totalité de la pensée, du vouloir, des sentiments, de l’activité créatrice », que Berdiaev oppose à l’objectivation générale, pour éviter que ne s’organise « un règne de laideur ». De l’esprit bourgeois est le premier ouvrage de la série « Questions maudites », collection de textes de penseurs de toutes origines, dont les interrogations, même anciennes, se révèlent d’actualité en nos temps de doute profond. Cette collection est placée sous le double signe des éditions des Syrtes et des éditions L’Inventaire.Veuillez nous contacter à editions@syrtes.ch pour commander cet ouvrage
Tout finit dans l’embourgeoisement, y compris les révolutions, et c’est la négation de l’esprit.