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Le Livre des chuchotements s’ouvre sur une rue arménienne de Focşani, à l’est de la Roumanie. « Je suis vieux, et toi, tu es un enfant. Mais, regarde, le sang est aussi vivant chez toi que chez moi. C’est ça, l’amour de la vie. » Ainsi parle grand-père Garabet, figure tutélaire qui incarne toute la sagesse et la mémoire des Arméniens de Varujan Vosganian.
Dans l’odeur du café fraîchement torréfié, un enfant écoute passionnément les récits des adultes réunis sous l’abricotier. Chronique pleine de couleurs, de senteurs, de poésie, mais aussi de douleur. Car elle rappelle la dure réalité qu’ont vécue plusieurs générations d’Arméniens ballottés par les exils. Des plateaux de l’Anatolie aux terribles cercles de la mort dans le désert de Deir-ez-Zor, de Constantinople à la Roumanie des années 1960. Avec le talent d’un conteur oriental, Varujan Vosganian reconstitue la vie de ses parents, aïeux et voisins arméniens. Il leur donne ainsi un supplément d’être et de reconnaissance. C’est sans doute un des textes roumains les plus forts publiés après la chute du communisme. De même que probablement la plus précieuse reconquête de la mémoire et de l’histoire moderne des Arméniens.
Eva Heyman représente pour Oradea ce que Anne Frank signifie pour Amsterdam. Deux adolescentes juives qui, chacune, ont tenu et gardé un journal, pendant que le monde était en train de changer suite à l’occupation nazie. Les deux sont mortes dans un camp d’extermination, Eva à Auschwitz et Anne à Bergen-Belsen.
Le journal commence le 13 février 1944 et s’achève le 30 mai 1944. Il a été sorti en cachette du ghetto d’Oradea dans lequel tous les juifs de la ville ont été rassemblés en mai 1944, par Mariska, la cuisinière hongroise de la famille. En juin 1944, Eva a été déportée. Elle est arrivée à Auschwitz le 6 juin, où elle est morte dans la chambre à gaz le 17 octobre. Elle avait treize ans.
Le « petit journal », comme Eva aimait l’appeler, offre des détails pénétrants sur ce que signifiait d’être alors enfant. A une époque où les restrictions avaient été renforcées sans que personne ne sache ce qui allait se passer. Il restitue de manière impressionnante le désastre imminent qui allait s’abattre sur des milliers de juifs d’Oradea. Le journal d’Eva Heyman a, avant tout, une valeur documentaire; il a été écrit entre les murs du plus grand ghetto du nord-ouest de la Transylvanie, déclaré comme modèle par les autorités fascistes de Budapest, en raison de la terreur instaurée.
La connaissance de l’univers du goulag peut désormais prendre appui sur un document singulier: un album regroupant les dessins du gardien de camp Dantsig Baldaev. Loin de faire l’apologie des camps, cet ouvrage aborde les règles non écrites du goulag. En effet, le facsimilé original est accompagné d’une version traduite en français et de textes explicatifs de spécialistes des camps.
Une âme douce se veut une interrogation. Sur le théâtre de Tchekhov et sur la littérature, sa place dans la vie et sa dimension éthique.
La Cerisaie et La Mouette sont encore aujourd’hui deux des pièces les plus populaires du répertoire dramaturgique mondial. Grand amoureux du théâtre, Alexandre Minkine cherche à renouveler la lecture des œuvres de Tchekhov en les débarrassant des innombrables strates de commentaires qui pèsent sur leur réception. Dans une « dramaturgie » savamment orchestrée, l’auteur revient aux indications scéniques de Tchekhov et à ses intentions initiales. Minkine insiste sur des détails concrets, qui abondent le plus souvent en coulisses. Sa réflexion vise à redonner au théâtre son épaisseur existentielle et son impact social.
Le lecteur y découvrira un Tchekhov simple, proche, revitalisé et une approche sensible de l’art théâtral, ainsi qu’une exploration originale des voies de la culture dans le monde contemporain. Mais, en filigrane, il devinera également un plaidoyer pour la littérature et la langue russes.
L’historienne Brigitte Hamann revient sur l’existence minable d’Adolf Hitler, un marginal déboussolé par la grande ville, vivant de petits boulots. Il est tantôt porteur dans les gares, tantôt balaie la neige dans les rues de Vienne. Il est chômeur enfin, dormant sur des bancs publics, avant de trouver refuge dans un foyer d’accueil où il vivote pendant quatre ans. Sa période viennoise est faite d’échecs successifs, sa vie est celle d’un raté. Il échoue à l’examen d’entrée à l’Académie des beaux-arts, se fait renvoyer de ses emplois de fortune pour « insuffisance physique ».
En 1913, ne laisse présager son destin. Pourtant, il quitte la capitale de l’empire austro-hongrois, qu’il déteste, avec les éléments épars de sa future Weltanschauung. C’est ce que montre Brigitte Hamann, confirmant ce que le dictateur a écrit dans Mein Kampf. « J’y reçus les fondements de ma conception générale de la vie et, en particulier, une méthode d’analyse politique; je les ai plus tard complétés sous quelques rapports, mais je ne les ai jamais abandonnés. »
Mais Brigitte Hamann ne se contente pas d’identifier les sources viennoises du Führer; elle écrit aussi l’histoire culturelle et sociale de Vienne durant les années qui ont précédé la Première Guerre mondiale. Mais vue par les yeux d’un jeune travailleur occasionnel, vivant seul et originaire de la province.
«La Vienne d’Hitler» n’est pas celle de la modernité intellectuelle et artistique des Zweig, Kokoschka, Freud ou Schiele. C’est celle des «petites gens», pleins d’incompréhension face à la modernité, des immigrants, des laissés-pour-compte, proies faciles pour d’obscures théories, en particulier celles qui leur donnaient le sentiment d’être malgré tout «quelque chose».
Eduard von Löwenstern, alors aide de camp du général de Pahlen, commence la rédaction de ses Mémoires en 1814. Elles sont une description minutieuse de l’Europe du début du XIXe siècle et un exposé militaire de premier ordre. Grâce à l’incontestable talent de conteur de l’auteur, ils donnent une forte impression d’authenticité morale. La passion de Löwenstern pour le métier des armes s’exprime avec force, mais les descriptions crues des atrocités de la guerre ne sont pas moins sincères et portent le sceau d’une vérité sans masque ; authentique également, la morgue exagérée que lui donnait son rang et qu’expliquent l’époque et les conditions dans lesquelles il vivait. Ce document est aussi et surtout un étonnant récit d’aventures vécues par un personnage haut en couleur et en panache, amateur de femmes et de duels.
Le nom de saint Théophane le Reclus est lié aux richesses spirituelles recueillies dans sa prière, dans sa méditation et dans sa contemplation sur Dieu. Auteur de nombreux ouvrages, traducteur, il a également laissé une abondante correspondance. Les Lettres, aujourd’hui traduites en français, sont le fruit d’un échange épistolaire avec Anastassia Ivanovna Kougoutcheva. Cette jeune femme de la haute société russe, prise dans le tourbillon de la vie mondaine pétersbourgeoise du XIXe siècle, est rongée par des doutes et des interrogations sur celle-ci : « Je suis convaincue que ce n’est pas là la vie. Du mouvement, il y en a beaucoup, mais de vie, point… »
L’idée qui domine est que la vie présente n’est pas un but en soi mais une préparation de la vie à venir, conforme à la volonté de Dieu, sorte d’antichambre de la vie éternelle. Le lecteur suit « sur le vif » la pédagogie toujours circonstanciée du saint homme pour former l’âme d’une jeune femme. Cette dernière éprouve des difficultés somme toute assez proches de celles d’un fidèle contemporain. De cette introduction à la vie spirituelle, il pourra tirer des réponses, toujours actuelles, à une question essentielle. Comment agir au quotidien dans une société indifférente, voire hostile à ce qui concerne le monde spirituel ?
La maison de Passy de Boris Zaïtsev à une petite Russie. Y vivent une poignée d’exilés qui partagent un passé douloureux et dont le destin s’est trouvé bouleversé par l’histoire.
Attachants, humains, simples, joyeux ou tristes, ils sont avant tout liés par une grande solidarité. Il y a notamment parmi eux le vieux général, ancien officier de l’armée des volontaires, qui vit d’expédients. Il attend avec impatience l’arrivée de sa fille et de son petit-fils restés en URSS. Dora la raisonnable, autrefois médecin, qui vit avec son fils, le candide Rafa, qu’elle imagine au lycée Janson, comme les petits Français. Il y a aussi la sombre Kapa, Lioudmila qui rêve de fortune, le père Melchisédech, figure sereine qui apporte aide et réconfort. Ou encore Valentina, une jeune couturière et Lev Nikolaevitch, le chauffeur de taxi… À la fin de l’année, une page se tourne et tous les locataires doivent quitter la maison de Passy.
Écrit dans une langue classique, précise et poétique, le roman tout de tolérance et de nostalgie, de générosité et de compréhension, donne ainsi une vision apaisée de l’exil. Mais Une maison à Passy est aussi un tableau de Paris des années 1920, ses habitants, son flot de voitures, son ciel et ses arbres ou ses parfums.
Coup de Soleil, qui donne son titre au recueil, raconte la rencontre d’un homme et d’une femme sur un bateau qui remonte la Volga. Elle, mariée et mère, rentre chez elle après avoir passé l’été à Anapa. On ne sait rien de l’itinéraire du personnage masculin, officier et célibataire. Ils se voient pour la première fois sur ce bateau et, irrésistiblement atterris l’un par l’autre, décident brusquement d’en descendre pour passer la nuit dans la ville où il s’apprête à Faure halte. Cette nuit restera à jamais dans les souvenirs de l’homme qui tombe alors follement amoureux. Mais la femme le quitte au matin sans même lui avoir donné son nom.
Un voyage en train dans la lumière flamboyante des Alpes-Maritimes, des réflexions en filigrane sur la Russie passée et présente, une sordide affaire de meurtre, l’histoire d’amour tragique – car chez Bounine l’amour et la mort sont inséparables – entre un jeune officier et une actrice: ces nouvelles ont été rédigées entre 1925 et 1926 en France, où l’auteur avait trouvé refuge.
La force poétique qui se dégage de ce recueil ne transfigure pas le réel mais le rend magique. On retrouve chez Bounine des personnages passionnés, qui vivent aussi intensément le bonheur que la peur, la foi que le désespoir sans issue. Et la douce musique de la nostalgie relie l’auteur « d’un lien tendre et pieux à sa lignée, au monde lointain et plein de charme » de sa jeunesse et de son pays perdu.
YOUth est la réunion du travail de seize jeunes photographes repérés sur le net aux quatre coins du globe. On découvre un échantillon des ressources créatives inépuisables découlant des nouveaux supports numériques, une plongée dans l’univers de ces jeunes photographes qui réinterprètent et réinventent leur réalité.
Le passage du blog-photo au livre s’est ainsi fait naturellement, par affirmation d’une nouvelle esthétique parallèle au blog.
Fils de la poétesse russe Marina Tsvetaeva, Gueorgui Efron, affectueusement surnommé Murr par sa mère, est un adolescent cultivé et éveillé. Il livre dans son Journal un témoignage poignant sur les années qu’il a passées en URSS entre 1939 et 1944.
Entre soucis d’adolescents, réflexions sur la situation politique en Europe et quotidien d’un citoyen soviétique, ce Journal plonge le lecteur dans la réalité implacable de ce pays avant et durant la guerre. Murr commence ainsi à tenir son Journal dès son arrivée en URSS. Les dernières notes datent d’août 1943, quelques mois avant sa mort. Ce document relate le destin d’un adolescent happé par la terreur stalinienne et les années de guerre. Ce sont aussi les derniers moments et la fin tragique de Marina Tsvetaeva.
La première partie nous plonge dans la réalité soviétique la plus ordinaire et la plus brutale qui soit. Le lot commun de millions de Soviétiques. Murr l’observe et l’analyse au fur et à mesure qu’il la subit : files d’attente au guichet des prisons pour déposer des colis, s’enquérir du sort de Sergueï et Ariadna, méandres de la bureaucratie carcérale, difficultés pour se loger, se nourrir, trouver de l’argent, s’inscrire à l’école, etc.
La seconde partie s’ouvre sur la terrible année 1941. C’est l’invasion de l’URSS par l’Allemagne, l’évacuation précipitée en Tatarie, puis le suicide de Tsvetaeva. Murr, devenu orphelin, désormais livré à lui-même, commence une vie errante et incertaine. Affaibli par la maladie, tourmenté par la faim devenue obsessionnelle, isolé et sans argent, il n’échappera pas à la mobilisation.
La correspondance des époux Lossev est un document exceptionnel sur le quotidien du camp: le froid, la faim, les travaux « généraux », les criminels, les transferts, les incessantes démarches entreprises dans le but d’obtenir une révision de peine, l’obscurité, l’humidité, les châlits rapprochés, l’existence dans des « baraquements où les hommes sont serrés comme des harengs ». Dans les tréfonds de cet enfer résonnent deux voix qui n’en forment qu’une. La première est inquiète, interrogative, révoltée, en quête de sérénité. Alors que la seconde est douce, régulière, tendre, très proche, très intime. Valentina Losseva cherche à bercer l’âme épuisée de son compagnon.
La correspondance des Lossev n’a été publiée dans son intégralité, en Russie, qu’en 2005. C’est ainsi une occasion unique d’entrevoir l’âme du penseur, de connaître le regard qu’il a posé sur une situation existentielle extrême qui contribuait à révéler l’essence de l’homme.
Dans cette « fiction documentaire » d’une extraordinaire richesse, Florina Ilis reconstitue la dernière partie de la vie du poète Mihai Eminescu, et même au-delà, c’est-à-dire cent cinquante ans d’existence du mythe. Sa vie, son sacrifice pour l’œuvre littéraire et pour l’Amour sont en effet devenus un matériel de propagande politique pour les différents régimes. Sa pensée, à l’origine conservatrice va être récupérée par les extrêmes. De la droite (déformée dans le sens racial par l’extrême droite des années 1930) à la gauche (déformée dans le sens prolétaire, social, par le pouvoir stalinien des années 1950-1960), pour devenir nationaliste (dans le sens de la propagande patriotique nationaliste de Ceausescu).
Florina Ilis s’emploie à démystifier le culte du poète national. Elle superpose à des éléments biographiques d’Eminescu des voyages dans le temps et déroule un ensemble de vérités, y insérant des détails « visualisables », sortes de didascalies qui proposent des connexions entre époques-faits-personnages. L’écrivaine met en parallèle la vie réelle d’Eminescu avec les images successives de ses postérités. Elle combine avec brio des documents réels au jeu subtil de l’imagination. Le poète devient ainsi un être humain en chair et en os, avec ses souffrances et ses doutes.
L’art narratif de Florina Ilis se déploie avec une énergie et une maîtrise extraordinaires dans la description réaliste de l’époque. Les Vies parallèles devient ainsi un roman sur la société roumaine, ses légendes, ses obsessions, et ses craintes. Sur la manière, également, dont elle arrive à aimer et à dévorer ses propres idoles.
Ivan Chemanovski, Irinarkh de son nom orthodoxe, est un jeune homme de vingt-sept ans lorsqu’il est envoyé dans le Grand Nord de la Russie, en Sibérie occidentale, afin d’évangéliser les autochtones. Chasseurs, pêcheurs et éleveurs de rennes, ces populations pratiquaient toujours, en cette fin de XIXe siècle, leurs religions animistes. Chemanovski entreprend sa mission avec enthousiasme, tout en s’interrogeant sur l’accueil qui lui est réservé. Pourquoi ces hommes sont-ils aussi peu réceptifs à sa parole ? Quels sont leurs besoins, spirituels ou matériels ? Alors il écoute et il écrit.
Cet ouvrage se compose de textes publiés par Irinarkh Chemanovski dans des revues orthodoxes russes entre 1903 et 1911. Le lecteur découvre, en même temps que la nature sévère et grandiose, ces peuples appelés aujourd’hui Nenetses et Khantys, tels qu’ils apparaissaient aux yeux d’un homme venu de l’extérieur il y a plus d’un siècle. Nous entendons leur voix, restituée par l’auteur avec respect et modestie, ce qui rend son témoignage unique. Mais Chemanovski est aussi un homme moderne pour son époque. Il tente de faire son travail honnêtement et de comprendre ses semblables si dissemblables. Il n’hésite pas à remettre en cause certaines des idées reçues indiscutées dans la Russie de son temps et, en partie, encore aujourd’hui.
Boris Pasternak, né en 1890, est l’un des plus grands poètes du XXème siècle. Son éveil à la poésie a coïncidé avec la Révolution de l’été 1917. Il l’a en effet perçue comme « un dieu descendu du ciel sur la terre, le dieu de cet été » et célébrée dans « Ma sœur la vie », le recueil qui ouvre son itinéraire de poète.
Sa fidélité au principe lyrique de la poésie l’a cependant amené à opposer une résistance obstinée à l’idéologie de plus en plus rigide et mortifère qui envahissait les idéaux proclamés par le communisme triomphant. L’objectivation de cette expérience lyrique et de sa résistance à l’idéologie dominante s’est réalisée dans le roman Le Docteur Jivago, l’œuvre de sa vie. Publié à l’étranger malgré l’opposition des autorités soviétiques, ce roman apporte à Pasternak une renommé internationale et une violente persécution dans son pays où il est aujourd’hui réhabilité et célébré. Il reçoit le Prix Nobel de littérature en 1958.
Michel Aucouturier, l’auteur du présent ouvrage, a longtemps enseigné le russe à l’Université de Genève puis à la Sorbonne. Découvrant la poésie de Pasternak durant ses études, il a poursuivi ses recherches sur le poète en Russie, où il a séjourné comme boursier du gouvernement français. Il a ensuite entrepris la traduction de sa poésie et de sa prose. Ayant consacré un premier ouvrage à Pasternak en 1964, Michel Aucouturier a depuis dirigé la publication de son œuvre dans la collection de la Pléiade.
Il s’appuie aujourd’hui sur les nombreux documents devenus accessibles depuis la mort du poète en 1960, en particulier sur sa nombreuse correspondance, et sur les nombreux souvenirs des contemporains de Pasternak, pour retracer l’itinéraire de ce poète qui a dû affronter son temps pour préserver sa personnalité et faire entendre sa voix.
Sur la carte mentale de l’anéantissement des Juifs dont dispose le lecteur français, un lieu devenu symbole absolu – Auschwitz – tend à absorber tous les autres. De même, un mode d’extermination – la chambre à gaz – à désigner la Shoah dans son ensemble. (…) La figure du SS est ainsi nécessairement convoquée dès lors que nous nous représentons le génocide. Il accueille les convois sur le quai, on le retrouve dans l’encadrement des foules menées vers les sites de massacre. Or, il nous faudra d’emblée, pour aborder le témoignage d’Egon Berger, complexifier notre imagerie du crime de masse. À Jasenovac, camp d’extermination (officiellement « camp de rassemblement ») pour Serbes, Roms, Juifs et opposants, un des premiers et des plus meurtriers de la Seconde Guerre mondiale, on ne le verra pas, le lieu étant géré uniquement par des oustachis. On ne verra pas non plus de chambres à gaz, les moyens de tuerie y étant les plus primitifs et les plus cruels. Luba Jurgenson, extrait de la postface