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Littérature russe
Publiés aux éditions des Syrtes
Postface de Nikolaï Kirillovitch Golovkine
Conçu dans les années 1960 par Irina Golovkina et diffusé sous le manteau, Les Vaincus est publié pour la première fois en 1992 avant de connaître un immense succès. Roman de la tragédie russe après les événements de la dictature bolchevique, il évoque les derniers feux d’une noblesse héroïque et d’une intelligentsia idéaliste. Le lecteur suit les destins entrelacés d’une illustre famille et d’une foule de personnages dans leur quotidien harassant. Vente de maigres biens pour survivre, car le travail leur est interdit, assignation à résidence, prisons ou camps. Poursuivis par la Guépéou, exilés, persécutés, exécutés, aucun n’échappera au rouleau compresseur soviétique. Ce sont des individus aux abois, traqués par les dénonciations, les interrogatoires et les arrestations arbitraires. Mais Les Vaincus est aussi une sublime histoire d’amour, celle d’une princesse en haillons, et le lecteur, est emporté par l’émotion que suscite ce drame puissant. Cette saga fleuve remarquable et bouleversante est traduite ici pour la première fois en français.
Publié en 1870, À couteaux tirés est un roman prémonitoire, « prologue d’un cataclysme inéluctable » incarné par les révolutions du siècle suivant. Entre roman policier et drame social, on y suit les nombreuses péripéties d’un groupe d’anciens nihilistes, devenus des êtres détestables cherchant à s’enrichir aux dépens des autres. Leskov dresse un portrait d’époque à travers une galerie de personnages hauts en couleurs : le propriétaire dépossédé pathétique et influençable, le nihiliste Gordanov reconverti en anarchiste manipulateur, la révolutionnaire idéaliste, l’usurier véreux, le pope bienveillant, le géant moujik à moitié fou, l’épouse de général machiavélique, vénale et cruelle, entourée de son escorte de ridicules admirateurs. Ce tourbillon de personnages liés par les affaires et les mesquineries sont propulsés dans de multiples épisodes. La force narrative de Leskov, les nombreux rebondissements et surtout la description prémonitoire de l’implosion d’une société au bord de la catastrophe en font un roman à part dans la littérature russe. Rarement portrait d’une société décomposée et moralement corrompue, qui ne montre plus de respect pour ses institutions et ses individus n’a été dressé avec autant de profondeur et d’acuité. Ce roman foisonnant et baroque frappe par son actualité à travers un éclairage sur la «Russie souterraine», celle qui annonce et prépare les révolutions du siècle suivant. Il est le pendant des Démons de Dostoïevski, autre grand roman antinihiliste.  
 
Tandis qu’aux États-Unis la conquête de l’Ouest se poursuit inexorablement, les Empires russe et britannique se livrent une « guerre froide » en Extrême-Orient. Guennadi Nevelskoï, navigateur obstiné, poussé par une ambition effrénée, obtient l’autorisation officieuse du tsar de lancer une expédition dans cette région. Son but est de trouver une voie navigable sur la côte pacifique, à l’embouchure du fleuve Amour, face à l’île de Sakhaline. De cette histoire épique et méconnue, Andreï Guelassimov tire un scénario rocambolesque et savoureux. Sans dissimuler une certaine jubilation littéraire, il fait appel tour à tour à des intrigues invraisemblables, des espions écervelés, des bandits ou des mouchards qui s’affrontent dans un suspens où la satire et l’ironie frôlent souvent le lyrisme. Plongé au cœur de ces nombreuses péripéties, le lecteur a le sentiment de toucher du doigt ce qu’il faut d’efforts, d’ingéniosité, d’intrigues et de hasards pour parvenir à une décision politique et humaine capable d’influencer l’histoire du monde. Avec La Rose des vents Guelassimov choisit de rendre hommage au roman historique et d’aventures. Il revisite les lectures qui ont bercé son adolescence (et la nôtre !), se jouant des codes avec un plaisir facétieux.
Également disponible en version numérique
  Près de dix mille lettres de la main de Maxime Gorki sont conservées par les archives de l’Institut de la littérature mondiale de Moscou. La présente correspondance inédite entre l’écrivain et ses fils représente 216 lettres échangées entre 1901 et 1934. Les deux fils de Gorki ont connu des destins singuliers et contraires : Maxime, son fils légitime, né en 1897, a vécu séparé de son père. Adolescent dissipé, passionné par les avions, il jouit pleinement de son époque. Il adhère au parti bolchevique, participe à la prise du Kremlin en 1917, se rapproche de Lénine et rejoint la Tcheka, mais décède mystérieusement en 1934. Son fils adoptif, Zinovi (Yechoua Sverdlov de son vrai nom, 1884-1966), après avoir été le secrétaire de Gorki, mène une vie d’aventurier et voyage à travers le monde. En 1914 il intègre la Légion étrangère, est gravement blessé en 1915 et mène une brillante carrière de militaire puis de diplomatie en France. Cette correspondance révèle une facette méconnue de la personnalité de Maxime Gorki, qui a entretenu des relations fortes avec ses fils. Elle dévoile son intimité au-delà du mythe forgé par la propagande soviétique. On y trouve des conseils d’éducation ou de lecture, l’humour et la poésie d’un père aimant qui tente de transmettre à ses fils ses valeurs d’humanisme et de travail. Il partage aussi ses pensées les plus critiques sur le siècle, la guerre et la révolution, sa vision du monde et de la littérature. Au fur et à mesure, correspondance privée et engagement de l’écrivain se rejoignent : Gorki dénonce le caractère prématuré et brutal de la révolution, la liberté d’expression ou les répressions. Si les échanges avec son fils légitime Maxime ont un ton plus intime, avec Zinovi, son fils adoptif, des désaccords surgissent notamment sur ses errances ou son engagement militaire. La liberté de l’expression et la sincérité qui y préside éclairent la personnalité de l’écrivain, ses convictions et ses égarements.
Du même auteur aux éditions des Syrtes
Le Bourg d’Okourov
Dans le bref roman qu’est Le Bourg d’Okourov, c’est la vie dans la Russie provinciale qui est la cible de la plume acerbe de Maxime Gorki. Cette petite ville imaginaire, pensée par l’écrivain comme un creuset pour y placer ses personnages et en examiner le destin tragique, est partagée en deux par la rivière Poutanitsa : d’un côté les riches commerçants, les bourgeois et les notables, de l’autre, le faubourg où vivent les ouvriers et les humbles.  Depuis toujours, les habitants s’observent, les pauvres envient les riches et les riches se méfient des pauvres. Le seul endroit où tous se côtoient est la maison close, le « Paradis de Felitsiata ». Mais, en 1905, l’atmosphère se charge petit à petit des idées de « liberté », de « réformes », et les faubouriens sont séduits par les perspectives de changement, ce qui n’est pas sans avoir des conséquences sur le paisible bourg d’Okourov.  La langue de Gorki est savoureuse, à l’image de ses personnages : créative, riche, spontanée, parsemée de dictons, jurons et bons mots. Son talent littéraire s’illustre une fois encore grâce à ce récit vif, pittoresque, au langage dru et aux héros insolites. Mais Le Bourg d’Okourov se fait aussi bien l’écho des idées révolutionnaires de son auteur, de plus en plus proche des idées bolcheviques.
Du même auteur aux éditions des Syrtes
Gorki et ses fils, correspondances (1901-1934)
Innokenti Platonov se réveille amnésique dans une chambre d’hôpital. Geiger, son médecin, lui apprend son nom et lui demande de consigner tout ce dont il pourra se souvenir. Il consigne donc dans un journal des fragments chaotiques de souvenirs: visages, images, histoires, odeurs. Peu à peu sa mémoire fait émerger la ville de Saint-Pétersbourg dans les premières années du XXesiècle. Il se remémore l’enfance et ses bonheurs, sa première jeunesse, les études, l’amour, la révolution dont il a subi d’emblée les contrecoups, et, enfin, le camp des Solovki. Et Platonov devine, petit à petit, atterré, qu’il est né en 1900 et s’est réveillé en 1999… À la sortie de l’hôpital une nouvelle vie l’attend. Tel Robinson Crusoé, le héros favori de son enfance, Platonov doit s’adapter dans un monde qui l’a abandonné derrière lui. Le présent tente d’assimiler les leçons du passé, de distinguer la faute du pardon et se diriger vers l’avenir. L’Aviateur de Evgueni Vodolazkine est un roman porteur de réflexions philosophiques profondes – le repentir, la responsabilité, la justice, l’histoire – dans lequel l’écriture fonctionne comme un liant dans un va-et-vient entre passé et présent.  La remémoration fragmentaire est un moteur puissant pour le lecteur. Une histoire bouleversante empreinte de nostalgie sur la mémoire et la culpabilité, sur un amour si puissant qu’il parvient à vaincre le chaos, et même la mort…
Également disponible en grand format et en version numérique.
Soloviov et Larionov est le premier roman de Evgueni Vodolazkine, son quatrième livre traduit en français. Soloviov est un jeune historien qui rédige une thèse sur la vie de Larionov. Il cherche à comprendre pourquoi ce général de l’Armée blanche, une fois tombé aux mains des Rouges, non seulement n’a pas été exécuté, mais a même reçu une pension des Soviétiques. Parti à Yalta sur les traces de son héros, Soloviov est précipité dans une cascade d’événements rocambolesques. Mais, à peine le lecteur est-il tenté de croire que ce qui est relaté est véridique, ou inspiré de faits historiques réels, qu’il se heurte aux commentaires loufoques et aux notes pseudoscientifiques parsemés par l’auteur. Par cette sorte de mise en abîme, Vodolazkine réussit donc le tour de force d’égarer le lecteur entre réalité et fiction et de transformer son roman en un habile jeu historique et scientifique, le tout avec humour et une autodérision pleine de tendresse. Vodolazkine offre un roman décalé et plein d’humour, qui se moque avec tendresse du sérieux du monde universitaire, et où sont déjà présentes toutes les caractéristiques de ses œuvres ultérieures : un style parfaitement maîtrisé, une intrigue prenante, des personnages attachants, complexes et entiers à la fois, ainsi qu’une réflexion sur le temps qui déstabilise le lecteur. Une couverture originale de Plonk & Replonk Zbigl!
Également disponible en version numérique
Du même auteur aux éditions des Syrtes
L’Aviateur (2019) Brisbane (2020) Les Quatre vies d’Arseni (2020, Syrtes Poche)
  La Veilleuse des Solovki décrit la naissance du système concentrationnaire soviétique et du premier camp de travaux forcés, les balbutiements de ce qui allait devenir le symbole de la répression bolchevique; les autorités n’avaient pas encore compris les avantages économiques du travail forcé. Le témoignage de Chiriaev est exemplaire ; les « maladresses » du début ont cédé la place, à partir de 1925, à un système d’extermination par le travail. 15 000 à 20 000 prisonniers vivaient aux Solovki et 10 000 y mourraient chaque année, de scorbut, de faim ou de typhus. Chiriaev y décrit le travail forcé mais également la vie intellectuelle présente dans le camp à ses débuts. Sa grande force est de donner le premier rôle à l’homme qui, même dans les pires moments, peut rester un être humain.
Cet ensemble de 36 nouvelles de l’écrivain russe Ivan Bounine, prix Nobel de littérature 1933, réunit, en format de poche, les 4 volumes parus aux éditions des Syrtes: La Nuit en 2000, Les Pommes Antonov en 2002, Soukhodol en 2005 et Coup de soleil en 2014; il est en outre accompagné d’une nouvelle inédite, Une passion. Plusieurs traducteurs ont contribué à ce recueil : Boris de Schlœzer, Claire Hauchard, Madeleine Lejeune et Joëlle Dublanchet. Échelonnées entre 1900 et 1949, les nouvelles couvrent des périodes très différentes de la vie de Bounine. Qu’elles soient écrites en Russie ou en exil, à Paris ou dans les Alpes maritimes, elles dépeignent dans leur grande majorité la Russie, dont il a été un chantre bouleversant. Une passion, la nouvelle inédite qui accompagne cette publication, fait partie des écrits de jeunesse de Bounine (1886-1887). Elle raconte l’histoire du cruel féminicide d’une jeune fille de dix-huit ans dont le cœur balance, pour son malheur, entre l’ennui de la vie à la campagne et les premiers émois amoureux.
« Je suis né et j’ai grandi tout à fait en plein champ, dans une étendue que l’homme européen ne saurait même se représenter. En vérité, un immense espace, sans limites ni frontières, m’environnait : où s’achevait vraiment notre propriété, et où commençait ce champ illimité dans lequel elle se fondait ? De toute façon, champ et ciel étaient tout ce que je voyais. » 
Préface de Jil Silberstein
Parus pour la première fois en 1910 à Saint-Pétersbourg, les Récits de la Perdition constituent un ensemble de huit épisodes tirés de la vie d’une cinquantaine de révolutionnaires exilés à Srednekolymsk – alias Grande-Perdition. Soit au coeur même de l’une des régions les plus inhospitalières de la Sibérie. Ces récits évoquent avec humour et tendresse cette poignée de citadins éduqués, originaires de la partie européenne de la Russie. Autant de bannis pour raisons politiques immergés dans une nature extrême, peuplée de Iakoutes, de vieux colons russes et de Cosaques. C’est leur vie au quotidien – intime et collective, physique et philosophico-spirituelle. Binski le héros mélancolique, Ratinovitch l’irrévérent. Rybkovski le désenchanté. Maria Nikolaïevna l’unique coeur à prendre. Krantz le souffre-douleur. Barski. Chikhov le spinoziste. Bekker le rigoriste. Khreptovski l’indigénisé. Iastrebov bourru et solitaire. Verevtsov le végétarien. Le jeune rebelle Bronski. Macha du Terminal de la faim… Tous rêvent parfois, boivent, plaisantent, qu’ils soient mus par la fantaisie, l’ivresse, le désespoir… ou un éperdu besoin de tendresse. L’originalité de ces récits de Bogoraz réside dans l’intérêt qu’il accorde aux peuples autochtones du Grand Nord et qui lui vaudront de laisser son empreinte comme l’un des pères de l’ethnographie russe. Il a publié des grammaires, un dictionnaire, des manuels pour les enfants tchouktches, des recueils de folklore, des études ethnographiques et historiques sur les Tchouktches. En même temps qu’ils s’imposent de par leur force littéraire (prisés par Vladimir Korolenko, autre écrivain exil ) ces Récits de la Perdition laissent entrevoir ce que furent les âpres conditions des hommes et des femmes expédiés sur les rives de la Kolyma, ravalés au rang de « robinson polaires »  par cet exil dans un environnement dépouillé de tout confort matériel.
Syrtes Saveli jours chat Moscou
 
Les Jours de Saveli est un petit traité de survie, écrit de manière très originale de la perspective d’un chat. Ce bijou de roman est un mélange de tendresse, d’humour, de tristesse et de résignation, véritable métaphore de la vie humaine. Le chat Saveli nait dans une cour d’immeuble délabré et ouvre les yeux dès l’instant où il vient au monde. Doté d’une curiosité insatiable, Saveli met son museau dans chaque recoin, attentif à tout et attiré par des lieux inconnus. Du jour où Vitia le prend chez lui, les aventures s’enchaînent: il devient notamment colocataire d’un perroquet fou, employé officiel de la galerie Tretiakov, protégé d’une bande d’émigrés kirghizes, leader d’une commune de chats et pensionnaire d’un bar à chats. En même temps qu’une pseudo-biographie écrite le sourire en coin, Les Jours de Saveli est une fresque de Moscou d’hier et d’aujourd’hui, élégante, pleine de charme et libre d’esprit, autant que de ses habitants innombrables. En inventant Saveli, Grigori Sloujitel se place en digne héritier de la littérature classique russe, abordant avec fraîcheur ses thématiques récurrentes tout en les adaptant à la Russie d’aujourd’hui.
 Égalemnt disponible en version électronique
Les Cinq dépeint le monde perdu des Juifs d’Odessa du début du XXe siècle, dans toute sa couleur et sa vitalité, sa vulnérabilité historique et son éternel optimisme. L’histoire de la famille Milgrom se confond avec le destin de sa ville. Les cinq frères et sœurs, pris dans la tourmente, vivront, chacun à sa manière, la confusion et la décadence de ce monde qui disparaîtra bientôt dans les secousses de l’Histoire. Rarement l’amour d’une ville et le présage de sa fin ne se sont mariés de manière aussi poignante que dans ce merveilleux roman, dont certaines pages comptent parmi les plus belles de la littérature russe. La langue savoureuse et subtile, aux tournures baroques et empruntant au yiddish, au polonais ou à l’ukrainien, rattache Jabotinsky aux grands écrivains odessites.
Le Journal d’Anna Dostoïevski constitue, par sa constante véracité, un document unique sur la vie d’un couple. Torturé, malade, inquiet, puéril dans ses entêtements, haïssable dans ses mesquineries, Dostoïevski est là, extraordinairement vivant et proche. À travers cette bouleversante confidence à soi-même il apparaît plus simple, plus vrai, à la fois pitoyable et fascinant. Témoin chaleureux, toujours discret, jamais dupe, Anna Grigorievna renouvelle le genre impossible du journal intime avec un grand homme de mari à la clef. Ce n’est pas la moindre surprise qu’apporte le Journal : la très jeune secrétaire est, elle aussi, un écrivain. Paul Kalinine      
Siège Leningrad famine guerre Allemagne URSS
Préface de Sarah Gruszka
Iouri Ivanovitch Riabinkine a seize ans au début de l’invasion allemande et de l’opération Barbarossa, en juin 1941. Le 8 septembre il note dans son journal : « Oui, c’est le premier véritable bombardement de Leningrad. C’est la nuit du 8 au 9 septembre. Que cette nuit nous apportera-t-elle ? » C’est le point de départ du plus long et du plus terrible siège de l’histoire : des centaines de milliers d’habitants sont soumis au feu ennemi allemand durant neuf cents jours faisant, avec huit cents mille victimes dont l’écrasante majorité de famine. Au début de la guerre, les Riabinkine choisissent de rester à Leningrad. Souffrant de problèmes de vue et de pleurésie, Iouri n’a pas pu se porter volontaire pour le front. À l’automne 1941, sa mère lui conseille de s’inscrire dans une école spéciale de la marine, afin de pouvoir être évacué plus rapidement, mais Iouri échoue à l’examen médical. À la mi-décembre 1941, la famille est inscrite sur la liste des personnes qui doivent être évacuées entre le 15 et le 20 décembre, mais le départ ne peut avoir lieu, au grand désespoir de Iouri qui y entrevoit leur seule chance de survie. Le 3 janvier 1942, il écrit : « C’est presque la dernière note dans mon journal. J’ai bien peur qu’elle… que je ne pourrai même pas écrire le mot fin sur la dernière page. » Le 8 janvier 1942, sa mère et sa sœur sont évacuées vers Vologda. Malade et trop affaibli, Iouri reste à Leningrad. Le 26 janvier, Antonina, sa mère, meurt d’épuisement à la gare. Irina, encore vivante, est envoyée dans un centre d’accueil pour enfants. Elle a été recueillie en 1945 par sa tante mais le sort de Iouri Riabinkine est inconnu. Un document daté du 2 mars 1942 retrouvé en février 2021 dans les archives du Centre d’information du Département des affaires intérieures de Saint-Pétersbourg, atteste que Iouri était décédé à cette date. Malgré sa brièveté, le journal de Iouri Riabinkine, illustre le calvaire de la population pendant cet interminable siège. C’est aussi un écrit personnel d’un adolescent ordinaire dans des temps critiques.
Demidov Goulag Amour Barbelés Camp
  Comme Doubar (éditions des Syrtes, 2021), ce recueil de cinq récits est consacré aux camps staliniens où l’auteur a passé quatorze ans de sa vie (1938-1952). Rescapé de la Kolyma, Demidov en a expérimenté et observé le fonctionnement dans ses infimes détails en tant qu’acteur et victime. Son expérience est divisée en séquences peuplées de personnages dont les situations illustrent toutes les facettes de la vie des camps. Il donne ainsi un tableau extrêmement précis de cet univers concentrationnaire. En tant que témoin fiable et impartial Demidov apporte ce qui n’est documenté par aucune archive historique : les sentiments, les émotions, les stratégies de survie… Ces récits constituent un témoignage littéraire de valeur inestimable non seulement sur les faits et les pratiques des camps, mais également, sur les particularités de l’imaginaire des bagnards. Malgré la dureté déshumanisante de la routine des camps, ils connaissent des sentiments forts, notamment l’amour. À travers cette mise en scène de l’extraordinaire, Demidov parvient à dire la terrible « banalité » du Goulag. La publication de ce recueil fait partie du projet de traduction intégrale de l’œuvre de Gueorgui Demidov aux éditions des Syrtes. Cette voix singulière – celle d’un véritable écrivain, égal de Varlam Chalamov et d’Alexandre Soljenitsyne – pourra ainsi retrouver sa place dans la littérature.  
Syrtes Tchekhov nouvelles larmes jeunesse

Les vingt-cinq nouvelles présentées dans Des larmes invisibles au monde ont été publiées par Anton Tchekhov entre 1883 et 1887 dans des revues humoristiques de l’époque. Certaines ont notamment fait partie de recueils (Contes de Melpomène, 1884, Nouvelles bariolées, 1886, et Dans la pénombre, 1887) qui ont eu un beau succès populaire. Un des meilleurs critiques de l’époque le remarque et lui propose un « vrai travail » littéraire. Tchékhov se consacre désormais à l’écriture.

Le lecteur devinera ici des larmes silencieuses, ces larmes invisibles qui vont tant caractériser toute l’œuvre de Tchekhov. Comme une vieille collection de photographies, elles nous apprennent bien des choses sur la société dans laquelle il vit. Ses personnages sont effectivement les champions de l’ennui et de l’échec, et leurs amours s’achèvent souvent en queue de poisson. Comme à son habitude, il maîtrise ses personnages, attachants autant que caricaturaux. Avec une sensibilité impressionniste, et avec aisance, il passe du petit notable cupide au pauvre qui joue le noyé pour gagner quelques kopecks, ou à l’amant hébergé par sa maîtresse sous les yeux de son mari.