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Russie
Publiés aux éditions des Syrtes
OUVRAGE ÉPUISÉ. DISPONIBLE EN POCHE ICI.
Préface de Jacques Catteau

L’histoire de ma sœur est abord celle d’un sentiment. L’amour passionné que nourrit Kostia pour Katia, sa sœur de sept ans son aînée. C’est aussi le récit du destin poignant d’une femme forte. Et, à travers elle, l’auteur dresse un tableau de la vieille Russie, qui s’apprête en effet à voler en éclats. Des balbutiements de l’enfance jusqu’à l’épanouissement ultime de la mémoire, ce superbe roman de Michel Ossorguine se lit comme un poème en prose qui s’ouvrirait sur le ton mineur pour se clore dans la gravité.

En « mer », en « forêt », dans la « brume ». La destinée humaine ressemble aux intempéries violentes des landes russes, secouée par les jours de fête et de deuil. La nuit, dans sa dimension sacrée mais physique, devient véritablement le leitmotiv de ce livre d’Ivan Bounine : un rêve d’opulence dans une enveloppe de misère infinie.

À travers neuf nouvelles, le tempo du nocturne scande l’amour et la mort vers une ascension qui s’accomplira dans le récit final. La Nuit, qui donne le titre au recueil, est un véritable chef-d’œuvre. Tout ici s’oppose, tels le jour et la nuit, mais tout se fond et se confond comme au crépuscule. Même le bonheur ne se distingue plus nettement du malheur, que souvent il annonce. « Je songe encore comme je suis malheureux, combien ce bonheur me tourmente, auquel il manque toujours quelque chose. »

 
Précédé de « Alexandre Kouprine » par Ivan Bounine

C’est un jeune home de vingt-trois ans qui, en 1893, publie à Saint-Pétersbourg Clair-obscur. Kouprine y dénonce ainsi l’injustice de la condition féminine, l’hypocrisie des relations matrimoniales, héritage de la vieille Russie, celle d’avant l’abolition du servage, en 1861.

 
Traduit du russe par Flore de Lesquen et René Guerra Préface de René Guerra

L’Etoile bleue s’apparente à un roman initiatique. Alors qu’autour de lui les êtres s’abîment dans les passions matérielles, le jeune étudiant Alexis Christophorov, héros de ce roman de Boris Zaitsev, est un idéaliste en quête d’une liberté intérieure symbolique. L’œil fixé sur Vega, le diamant bleu de la constellation de la Lyre, il soutient que « n’est véritablement libre que celui qui a un esprit insouciant, sans attaches ». Seul, il semble percevoir la fragilité du monde insouciant qui l’entoure, prêt à s’envoler dans les ténèbres.

Du même auteur aux Éditions des Syrtes:
Une maison à Passy (2014) Le Mont Athos et Valaam, pèlerinages d’un écrivain russe (2017)

Écrites entre 1900 et 1949, les nouvelles réunies dans ce recueil nous projettent dans un univers où la nature imprime aux hommes ses paradoxes et ses débordements. Pris dans la tourmente de la guerre, dévorés par les passions amoureuses ou en proie aux souvenirs cruels, les personnages de Bounine affrontent les épreuves par le biais d’un imaginaire incandescent. Leur sincérité et leur force d’âme nous les rendent étonnamment proches dans leur étrangeté même. Leur solitude est un exil intérieur, miroir de la condition de l’auteur.

 
ÉPUISÉ. DISPONIBLE EN POCHE ICI.
Préface de Thomas Mann.
Postface de René Guerra
Ecrit en 1923, ce texte relate le dernier séjour des Chméliov en Crimée. Ce lieu de vacances paradisiaque transformé en spectacle apocalyptique par la terreur rouge, suivie d’une famine dévastatrice. Bouleversant hommage à la Russie martyrisée, d’une authentique poésie, cet ouvrage est sans nul doute l’un des chefs-d’oeuvre de la littérature russe.

La vérité du « Soleil des morts » est telle qu’elle déborde le cadre de la littérature. – Alexandre Soljenitsyne

EN RÉIMPRESSION

Débarrassé de tout moralisme pesant, « La fosse aux filles » provoquera un immense scandale lors de sa sortie en 1915.

Dans une ville méridionale de la Russie, un quartier porte le nom de « Faubourg des voituriers » (Iamskaïa Sloboda, en abrégé « La Fosse »). Mais l’arrivée du chemin de fer à la fin du XIXe siècle a révolutionné les transports. Les voituriers ont disparu. Le quartier, qui était déjà un centre d’ivrognerie et de débauche, devient alors un centre de la prostitution, qui a complètement envahi le faubourg.

Ce roman réaliste établira Alexandre Kouprine comme l’une des principales figures de la littérature humaniste russe du XXe siècle

 
Préface de Frédéric Mitterand Postface de Marie José Mondzain

Quand Marc Garanger choisit de franchir le rideau de fer et de pénétrer en URSS, en 1967, le monde vit les grandes heures de la guerre froide. Pour l’Occident, l’empire russe semble un bloc monolithique, fermé, inconnu, terrifiant. Pour Marc Garanger, c’est une partie de la terre qui s’entrouvre. Avec aussi ses multiples frontières et des paysages immenses. Il va ainsi tenter de partager l’histoire de quelques centaines de millions d’hommes, leurs passions, leurs mystères, qui peuplent ces terres.

EN RÉIMPRESSION.

Nous sommes en 1923 ; la guerre est finie. Las d’avoir à fabriquer des tuniques militaires, le tailleur Fokine quitte sa Sibérie natale à la recherche d’une nouvelle mode. Il traverse alors l’Europe et rencontre dans des circonstances burlesques des personnages douteux. Un contrebandier, un apprenti tailleur, un curé coquin, et Véra qui le quittera pour le premier venu. Tour à tour marchand de bonheur, agent bolchevique ou antisoviétique, il observe les travers des gens, châtie les idiots, mais prend aussi des coups. Lyrique et gouailleur, amoureux et grivois, Fokine imaginé par Vsevolod Ivanov est un héros picaresque qui n’épargne personne, ni la Russie communiste ni l’Occident, dans une bonne humeur jubilatoire.

Ilf et Petrov, ou le « brave soldat Chveik » de Jaroslav Hasek ne sont pas loin!

Tel un tableau, une scène muette, l’image de la porte fermée poursuit la petite écolière soviétique Victoria. Empêtrée dans une existence incompréhensible et déroutante, qu’elle décrypte à sa manière, l’enfant est témoin sans le savoir de grands événements, la terreur stalinienne, la guerre. L’Histoire lui offre sa face grise, quotidienne, ou l’autre, absurde et dérisoire. Les adultes font et disent des choses incompréhensibles. Ils recouvrent la réalité de mots trompeurs. Pour grandir, Victoria doit apprendre leur langage et, parfois même, d’autres langues. Car de porte en porte, de perte en perte, son destin la mène de Moscou jusqu’en Ouzbékistan.

Ainsi, peu à peu, le monde s’ouvre à elle, dans toute sa beauté, dans toute son horreur. C’est l’histoire d’une survie qui ne va point sans l’art que nous raconte Mariana Kozyrieva. Lorsque rien ne va plus, Victoria se met à réciter de la poésie. Les vers ont une force magique quand, perçant la monotonie et la misère des jours, ils font apparaître des êtres proches que l’on croyait disparus, ou font surgir des justes. Il y en aura toute une galerie dans ce texte riche en portraits. Grâce à eux, Victoria traversera les épreuves. Chaque fois qu’un être lui ouvrira sa porte, il disparaîtra. Mais chaque fois, Victoria réinventera le monde.

Chronique nostalgique de l’âme russe, ténébreuse et lumineuse à la fois, Soukhodol est la saga des Khrouchtchev, petite noblesse de province derrière laquelle se dissimule la famille de l’auteur. Le regard de Bounine se pose avec un calme impitoyable sur un monde en déclin. Dans une langue précise et mélodieuse, hommes et nature composent un poème qui dégage une sobre magie empreinte de spiritualité, où se croisent Natalia, servante et « mémoire » de cette famille, Piotr Petrovich, son amour secret, ou Tante Tonia, qu’un amour déçu a enfermée dans la folie. Car « à Soukhodol, l’amour était singulier, la haine aussi ». 

   
EN RÉIMPRESSION.
Préface de Georges Nivat

Irkoutsk en Sibérie, les années 2000 : une jeune fille russe est violée par un Caucasien. Corrompue, la justice des hommes ne pourra pas lui rendre son honneur. La mère, Tamara Ivanovna va alors se venger elle-même dans un geste désespéré. Le châtiment de Tamara trouvera son écho dans les mésententes et préjugés des êtres pris dans la tourmente du destin.

Au fil des pages, le roman fouille la douleur et la blessure profonde d’une femme et d’une famille. Mais également l’impuissance des hommes dans une société marquée par le sceau de l’Histoire. Conte moderne aux accents tragiques, L’Honneur de Tamara Ivanovna est aussi une vision de la Russie d’aujourd’hui, avec sa morale pessimiste d’un monde chaotique sans règles, et dans lequel on ne se reconnaît guère. Avec son profond humanisme et sa voix singulière, la valeur du roman tient indéniablement à son style dosant habilement les tournures anciennes et le parler populaire. Ce qui fonde un peuple c’est sa langue, et Valentin Raspoutine démontre qu’il sait tirer parti avec talent de sa richesse.

L’auteur puise son inspiration dans une réalité bien présente dans la Russie post-communiste. Un univers qui, en recouvrant sa liberté longtemps figée, a également perdu une partie de ses repères. La ville d’Irkoutsk est en effet devenue un point de rencontres mafieuses où la corruption devient loi.
OUVRAGE ÉPUISÉ.

Porte-parole d’un courant de pensée russe peu connu en Occident, Natalia Narotchnitskaïa analyse les rapports entre la conscience nationale russe et la philosophie libérale de l’Occident, source de nombreux malentendus historiques. La fin de la Seconde Guerre mondiale était le point de départ d’une croisade de l’Occident « démocratique » contre l’État soviétique « totalitaire » ; l’auteur fustige ainsi l’idée occidentale visant l’abaissement du peuple et de la nation russe. Narotchnitskaïa considère que l’Occident ne combattait pas le communisme mais la renaissance de la Russie. Car la guerre a fait renaître le fort sentiment patriotique qui rendait la Russie dangereuse stratégiquement. L’opposition Occident-URSS a ainsi été réduite à l’affrontement communisme-démocratie. Et a provoqué la substitution de la victoire soviétique après la guerre par celle de l’Occident durant la guerre froide.

Natalia Narotchnitskaïa milite pour une nouvelle collaboration entre la Russie et l’Europe. Afin que la Russie recouvre son rôle de facteur systémique des relations internationales. L’auteur propose un regard neuf sur le « dilemme Russie-Europe ». Car, écrit-elle, « l’avenir de la Russie est l’avenir de l’Europe ». Fort d’une émotion palpable, son livre est un cri de désespoir de tout un peuple qui se croit privé de l’honneur de sa propre histoire.

Le Péché est une gourmandise littéraire. Prilepine s’est fait une joie de rassembler dans ce « roman en nouvelles » les fragments de la vie de Zakhar – double de l’auteur –, jeune trentenaire, plein de force et de volonté de vivre, aux prises avec la réalité russe. Les épisodes se succèdent dans un ordre imposé par la mémoire. Lorsqu’elle se plaît à donner de la force et de la brillance à de menus faits de notre vie, en apparence insignifiants et épars dans le temps.

On le retrouve tour à tour adolescent, en vacances à la campagne chez ses grands-parents, où il éprouve ses premiers émois sexuels pour sa jeune cousine. Puis videur dans une boîte de nuit. Ensuite joyeux fossoyeur dans un cimetière, qui se soûle gaiement avec ses compagnons après les enterrements. Zakhar promène toujours un regard tendre, étonné, émerveillé et plein d’humour sur le monde. Et sur cette Russie tant aimée, bien que tout y soit glacé et que les saisons y aient toujours un goût de neige. Cette Russie souvent dure, brutale, intolérable, qui le fait souffrir mais pour laquelle il ne cesse de se battre. Il manquait à la littérature russe, depuis des années, cette façon de rire à travers les larmes, et de pardonner malgré tout !

 

Alexandre Tchoubarian analyse dans son livre les aspects théoriques, culturels et historiques de l’évolution de l’idée européenne en Russie; il évoque également les problèmes que cela pose dans la conscience collective russe et européenne. Il définit le terme d’ « idée européenne » ou d’«européisme russe » comme étant l’attitude de la Russie envers l’Europe. Cette attitude englobe ainsi la manière dont la société russe se sent partie intégrante de la culture européenne et de ses institutions politiques. Le point de départ de cette réflexion constitue l’ensemble des stéréotypes sur la Russie et les Russes; leur apparition, leur histoire et leur évolution permet de mieux comprendre l’état actuel des relations russo-européennes. 

 
 

Roman d’espionnage et d’action, Sélection naturelle est une sorte d’inventaire sociologique de la Russie de la dernière décennie du XXe siècle. Filant de nombreux destins qui s’entrecroisent de manière inattendue et étrange, Alexandre Zviaguintsev dresse un tableau saisissant de la société russe. Il se place ainsi à contre-courant des peintures habituelles, souvent formatées, à une époque cruciale de réformes et de bouleversements.

Skif – un « héros de notre temps » –, ancien officier de l’Armée rouge, est un homme qui a été à rude école. Après des errances guerrières à travers l’Afghanistan et la Serbie, il revient enfin chez lui.  Mais il doit affronter la sombre réalité de son pays après la chute du mur de Berlin. L’URSS n’existe plus, c’est la Russie de Boris Eltsine qui lui a succédé. Et la situation qui y règne en 1996 le surprend et le choque à chaque pas. Hommes politiques véreux et incapables, businessmen louches, trafiquants éhontés, mafias multiformes… La nation tout entière paraît saisie d’une frénésie de pouvoir et d’argent.