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Roumanie
Publiés aux éditions des Syrtes
Traduit du roumain par Olimpia Bogdan-Verger

Dans Notre envoyé spécial, Florin Lazarescu nous plonge dans un roman puzzle qui se déroule avec ingéniosité sur plusieurs plans. On est ainsi ballotté entre les médias avides de sensationnel, le monde des intellectuels déboussolés et la religion comme expression d’une liberté radicale.

Antoine est journaliste à la page culturelle d’un grand quotidien. Pris dans le mécanisme abrutissant de la presse à scandale, qui transforme même le bon Dieu en bombe, il est terrorisé par un rédacteur en chef aux ambitions démesurées. Pourtant il rêve de réaliser un quotidien indépendant sur l’essence même de l’Univers. Le père d’Antoine, professeur d’histoire tente d’échapper au rouleau compresseur communiste en se réfugiant dans un village de montagne. Recueilli par un moine, Antoine, l’ingénu, va être envoyé dans le « monde » pour parfaire son éducation.

Traduit du roumain par Marily le Nir

La Croisade des enfants est une grande fresque de la Roumanie contemporaine, sorte de miroir de son temps. L’histoire dans laquelle nous entraîne Florina Ilis commence un matin, sur le quai d’une gare, point de départ du voyage d’un groupe d’enfants vers une colonie de vacances, au bord de la mer Noire. Ils viennent de milieux très différents: aux enfants riches et gâtés, s’ajoutent des orphelins ou des Tsiganes. Le train est détourné par les écoliers aidés par un enfant des rues mais n’arrivera nulle part. Stoppé en pleine campagne, les enfants vont y organiser leur résistance devant des troupes spéciales venues de Bucarest et qui ne comprennent pas ce qui se passe.

L’impression initiale est celle de la présence d’un groupe de terroristes qui fait du chantage sur le gouvernement ; on pense par la suite à des malfrats roumains – hypothèse encouragée par l’arrivée massive d’enfants des rues vers le train. Ils demanderont la liquidation des orphelinats et des maisons d’accueil des enfants. Les médias, la police, l’armée, les professeurs ou les parents semblent incapables, pour un temps, de stopper la « croisade des enfants » qui exigent ainsi le respect de leurs droits et de leurs libertés. Une bagarre entre les deux groupes d’enfants conduit à la reprise du contrôle par les autorités. Ce qui se soldera par quelques victimes.

La Croisade des enfants a gagné le Prix Courrier International du Meilleur Livre Etranger.
Du même auteur aux Éditions des Syrtes:

Les vies parallèles (2015)

Le Livre des nombres (2022)    
Traduit du roumain par Dominique llea
« L’Amant de la Veuve » de Radu Aldulescu est la chronique des tribulations de Mite. Ce cœur de velours à la poigne de fer,  accumule, infatigable, les expériences dignes des plus glorieux héros picaresques. Il parvient tout de même à la vitalité de sa jeunesse. Né sous une bonne étoile, il fugue dès l’âge de douze ans, devient boxeur puis homme-grue dans une usine de peinture. Il trouve néanmoins son bonheur.  
Traduit du roumain par Marily le Nir

Dans cette « fiction documentaire » d’une extraordinaire richesse, Florina Ilis reconstitue la dernière partie de la vie du poète Mihai Eminescu, et même au-delà, c’est-à-dire cent cinquante ans d’existence du mythe. Sa vie, son sacrifice pour l’œuvre littéraire et pour l’Amour sont en effet devenus un matériel de propagande politique pour les différents régimes. Sa pensée, à l’origine conservatrice va être récupérée par les extrêmes. De la droite (déformée dans le sens racial par l’extrême droite des années 1930) à la gauche (déformée dans le sens prolétaire, social, par le pouvoir stalinien des années 1950-1960), pour devenir nationaliste (dans le sens de la propagande patriotique nationaliste de Ceausescu).

Florina Ilis s’emploie à démystifier le culte du poète national. Elle superpose à des éléments biographiques d’Eminescu des voyages dans le temps et déroule un ensemble de vérités, y insérant des détails « visualisables », sortes de didascalies qui proposent des connexions entre époques-faits-personnages. L’écrivaine met en parallèle la vie réelle d’Eminescu avec les images successives de ses postérités. Elle combine avec brio des documents réels au jeu subtil de l’imagination. Le poète devient ainsi un être humain en chair et en os, avec ses souffrances et ses doutes.

L’art narratif de Florina Ilis se déploie avec une énergie et une maîtrise extraordinaires dans la description réaliste de l’époque. Les Vies parallèles devient ainsi un roman sur la société roumaine, ses légendes, ses obsessions,  et ses craintes. Sur la manière, également, dont elle arrive à aimer et à dévorer ses propres idoles.

Du même auteur aux Éditions des Syrtes: La croisade des enfants (2010)
Le roman de Tatiana Țîbuleac est une déclaration d’amour-haine faite par un adolescent, pendant un été, à sa mère – cet être fragile sur le (grand) départ. Alexy est un personnage difficilement attachant, traumatisé par la mort de sa sœur puis par le rejet de sa mère. Il regarde le monde avec des yeux haineux, déteste sa mère et la dissèque sans complaisance. Devenu adulte, et afin qu’il puisse se remettre à la peinture, Alexy est poussé par son psy à revivre le dernier été passé avec sa mère. Un été décisif car c’est le moment clé de la narration, celui d’où tout part et où tout revient. Les trois mois et demi passés ensemble par les deux – la mère mourante et l’adolescent psychotique – mènent à un rapprochement et à une profonde réconciliation. Celle du garçon avec lui-même et avec la vie, celle de la mère avec elle-même et avec la mort. En somme, pendant un été, dans une petite maison d’un village français, les deux êtres se retrouvent et s’acceptent. Ils apprennent finalement à s’aimer, sous la pression de la maladie et du temps ; ils le font par petites touches, comme ils n’avaient jamais réussi à le faire jusqu’alors. Chaque page est coupée au rasoir, dans une écriture très poétique, et le style de Tatiana Ţîbuleac dégage force, passion et émotion. Au fur et à mesure, les personnages prennent des contours insoupçonnés et le roman se transforme en poème d’amour contenant à la fois la vie et la mort. « Ce matin-là, alors que je la haïssais plus que jamais, maman venait d’avoir trente-neuf ans. Elle était petite et grosse, bête et laide. C’était la maman la plus inutile de toutes celles qui ont jamais existé. Je la regardais par la fenêtre, plantée comme une mendiante à la porte de l’école. Je l’aurais tuée rien que d’y penser. »
Disponible également en version numérique
Dernière nuit d’amour, première nuit de guerre est le roman de l’amour fou et de la jalousie vécus dans les méandres de la Première Guerre mondiale. Jeune homme issu de la petite bourgeoisie, Ștefan vit une histoire passionnelle avec Ela, qui deviendra sa femme. Un héritage confortable va bouleverser leur vie, et Ela lui échappera de plus en plus. La séparation devient imminente. Il vit sa dernière nuit d’amour dans les tourments de la jalousie. Commence alors la première nuit de guerre. Dans le journal de campagne de son héros, Camil Petrescu écrit les plus belles et les plus subtiles pages sur la Première Guerre mondiale : une vision personnelle, grinçante et critique, fondée sur son expérience de volontaire. Dernière nuit d’amour, première nuit de guerre est certainement le chef-d’œuvre le plus brillant, le plus profond et le plus riche de Camil Petrescu (1894-1957), dramaturge et romancier, qui a marqué l’entrée de la littérature roumaine dans l’ère moderne.  
Chișinău, en Moldavie. La petite Lastotchka est adoptée dans un orphelinat par Tamara Pavlovna, ramasseuse de bouteilles. Lastotchka va à l’école, apprend le russe alors qu’elle préfère sa langue, le moldave, et elle se fait punir par sa mère adoptive lorsqu’elle écorche les mots russes. Elle apprend à laver des bouteilles mais aussi à voler ou à repousser les sollicitations des hommes trop insistants… Les habitants de son immeuble deviennent sa nouvelle famille et lui donnent un peu de leur humanité. Mais les blessures ne s’effacent pas et les questions hantent. Le Jardin de verre est un roman intime sur les traumatismes de l’enfance, la quête de soi et de l’identité, dans un environnement multiculturel et bilingue. Vu à travers les yeux d’une enfant, il est relaté avec la sensibilité, la fragilité, la dureté et la cruauté de son âge. Un peu comme le jouet tant désiré par Lastotchka – un kaléidoscope – ramassé sous les roues d’une voiture, qui semblait entier et pourtant brisé à l’intérieur. Mais Le Jardin de verre est aussi une lettre imaginée par Lastotchka, adulte, à ses parents. La douleur de l’abandon, le manque d’amour et de douceur maternelle sont des plaies qui ne se referment pas.
Également disponible en version numérique
Le Livre des nombres est un roman monumental, à la fois fresque historique, saga familiale et monographie d’un village d’Europe centrale. Il embrasse un siècle de l’histoire mouvementée de la Transylvanie, ballottée entre l’Empire austro-hongrois, la Hongrie puis la Roumanie, tragiquement secouée par l’instauration du régime communiste. Le lecteur est plongé dans l’entreprise d’un auteur qui tente d’écrire la chronique de sa famille. Il s’y emploie en interrogeant ses proches, en feuilletant des albums de photographies, en fouillant dans les archives de la police secrète, en lisant des Mémoires ou en écoutant des bandes magnétiques ; mais aussi en faisant appel à son imaginaire capable de toutes les transgressions. Peu à peu, devant ses yeux, se tisse ainsi l’épopée de deux familles apparentées, sur quatre générations, qui trouve des échos incessants dans le présent. Grâce à une construction littéraire magistrale, les disparus se racontent autant que les survivants ou leurs descendants. Et leur parole recompose la mémoire collective et un arbre généalogique séculaire, bien ancré dans la terre, dont les branches déploient des noms que l’Histoire n’a pas retenus.
Également disponible en format numérique
Sous la direction d’Andras Kányádi
La présence du jeu royal dans les belles lettres est inestimable. Depuis l’apparition des échecs en Inde, les textes littéraires ne cessent de s’y intéresser sous les angles les plus divers. Ce recueil thématique comporte dix-huit études portant sur les littératures de l’Europe médiane, cet espace à géométrie variable que l’on situe entre les pays germanophones et russophones, et dont les limites poétiques échiquéennes pourraient être tracées entre Stefan Zweig et Vladimir Nabokov. La variété des genres y est à l’honneur, notamment avec les poèmes de Constantin Cavafy, d’August Šenoa et de Nichita Stănescu, le théâtre de Eino Leino et de Vinko Möderndorfer, les nouvelles de Sławomir Mrożek et de Milorad Pavić, ou encore les romans d’Icchokas Meras et de Patrik Ouředník. Et si l’apocryphe de Frigyes Karinthy est complété à merveille par le conte de Sholem Aleichem, l’expérience des camps staliniens albanais et bulgare, le fantastique estonien et ukrainien ou encore les parties lettone et slovaque de la condition humaine instaurent un dialogue fructueux entre les différents textes, mettant au jour les spécificités historiques, politiques, sociales et identitaires de l’espace et de ses acteurs. Les auteurs des études sont des universitaires, enseignant pour la plupart à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), spécialistes d’une ou de plusieurs aires culturelles.
 
Cette corde qui m’attache à la terre renferme tout un univers, celui d’un village moldave à l’époque soviétique, qui tient dans les paumes d’une petite fille.
Le monde que cette enfant découvre ne lui plaît pas du tout, ce qui la pousse à vouloir s’en échapper à tout prix. Tout ce qu’elle fait a donc pour but de préparer son départ pour le grand monde, celui de ses rêves : rédaction et distribution de billets amoureux en échange de quelques kopecks, vente de bouteilles de vin avec ajout d’une petite taxe pour ses économies… Son univers est peuplé de personnages fascinants tels que tante Muza, oncle Ștefan (qui a le regard de celui qui a fait la guerre), la vieille Dochia (la guérisseuse qui guérit les chagrins des autres avant de soigner le sien), nana Raia (la bibliothécaire dont toute la famille a été envoyée en Sibérie). La voix solaire et tempétueuse de la petite fille nous accompagne au fil des pages, et Lorina Bălteanu retranscrit admirablement la solitude, les angoisses et les réflexions obsessionnelles, à la fois naïves et matures de cette enfant. Un très beau roman d’apprentissage sur l’enfance, le passage à l’adolescence, la relation à la famille et à la communauté. Mais Cette corde qui m’attache à la terre est surtout un livre d’une grande sensibilité, qui porte en lui une petite musique profonde, drôle, délicate, inoubliable. Également disponible en livre numérique.
L’Homme qui apporte le bonheur, de l’écrivain zurichois Cătălin Dorian Florescu, est une saga qui se déroule sur deux continents et trois générations. Deux voix alternent pour raconter tour à tour l’histoire familiale de Ray à New York et celle d’Elena dans le delta du Danube, en Roumanie. La première déroule l’histoire d’un enfant des rues dans le New York du début du XXe siècle, où se bousculent les migrants chassés par la pauvreté et la famine d’Italie, d’Irlande ou d’Europe de l’Est. C’est un monde de débrouille, dans lequel un jeune orphelin gagne sa vie en vendant des journaux et en cirant des chaussures. Il rêve de devenir un grand chanteur, mais en attendant la gloire, il « apporte le bonheur » tantôt à ses amis, tantôt à des jeunes femmes paumées qui rêvent d’une vie meilleure. La deuxième voix emmène le lecteur dans un endroit méconnu, tout à l’est de l’Europe, le delta du Danube. Une région rude, soumise aux croyances et aux superstitions, dépendant du fleuve qui apporte aussi bien la vie que la mort. La narratrice revient sur les circonstances de la naissance et le destin tragique de sa mère, atteinte de la lèpre et qui est enfermée dans la dernière léproserie d’Europe, un lieu isolé, oublié de tous. Le récit à deux voix, les multiples rebondissements, l’écriture limpide, souvent d’une grande poésie font de L’Homme qui apporte le bonheur un roman à la fois bouleversant et lumineux.  Un hymne fulgurant à la grandeur de la vie et un voyage inoubliable !
Également disponible en livre numérique.

Il a fallu quatorze ans, entre 1960 et 1974, à Mária Földes, pour écrire La Promenade, roman profondément autobiographique.

Sous la forme d’un monologue intérieur et de fragments narratifs, elle revient sur son enfance, la déportation, les traumatismes mais aussi le besoin de continuer à vivre. Des images surgissent, sans chronologie stable, comme des éclats de mémoire. Un simple détail du quotidien – un visage, une rue, un bruit – peut déclencher un retour brutal au passé. Au fil des lieux traversés, l’évocation d’Auschwitz, de la dictature communiste ou des pertes personnelles se fond dans un réseau mémoriel. Les événements reprennent corps avec une intensité saisissante, donnant à qui lit La Promenade la sensation d’avancer pas à pas au côté de la narratrice, en témoin silencieux de son errance intérieure.

Mária Földes (1925-1976) est une écrivaine juive hongroise originaire de Transylvanie, survivante de la Shoah. La Promenade, son roman autobiographique, a été publié en 1974, en langue hongroise. La même année, elle quitte la Roumanie pour l’Israël. Mária Földes met fin à ses jours en 1976.

Avec une préface signée par Ágnes Lev, la fille de Mária Földes.