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goulag
Publiés aux éditions des Syrtes
Traduit du russe, préfacé et annoté par Luba Jurgenson

Sous-titré un adolescent au Goulag, ce récit autobiographique de Iouri Tchirkov (1919-1988) est un témoignage sur les îles Solovki. L’ancien monastère, foyer de l’orthodoxie russe depuis le XVe siècle, puis symbole du système concentrationnaire, préfigurant l’« archipel » du Goulag.

Il nous livre son expérience, celle d’un adolescent de quinze ans, condamné sur dénonciation pour activité contre-révolutionnaire et envoyé aux Solovki en 1935. Il a en effet été accusé d’attentat contre le secrétaire du Parti communiste d’Ukraine et condamné à trois ans. L’homme qu’il est devenu, au seuil de la mort, se remémore les premières années de sa vie plongées dans l’enfer des camps de concentration. Ce travail de mémoire se veut une reconstitution factuelle minutieuse, guidée par une exigence de précision et d’exactitude. Il écarte d’emblée toute manifestation émotionnelle, toute tentative d’introspection et de questionnement. Il se concentre alors sur la seule transcription du réel. Et c’est cette écriture en creux, qu’on pourrait dire transparente tant elle reste distanciée, à la fois individuelle et collective, qui circonscrit progressivement l’expérience indicible.

Publié sous la direction de Georges Nivat

Ebranlés par L’Archipel du Goulag, des millions de lecteurs ont suivi avec passion la lutte solitaire Alexandre Soljenitsyne contre un empire qui semblait établi pour un bon millénium. Le présent livre rend compte des multiples facettes de ce géant de l’écriture. Ce catalogue d’exposition rassemble des études d’ensemble, articles ciblés (la réception de l’écrivain, les biographies qui lui ont été consacrées) et témoignages (ses deux principaux traducteurs, son éditeur en russe, son agent littéraire mondial, le compositeur Gilbert Amy, sa dernière biographe). Il compte également des inédits : plusieurs lettres dont l’émouvante lettre à Spiridon (le concierge de la charachka), une longue lettre à Lydia Tchoukovskaïa, des fragments du Journal R-17, trois textes qui sont des lectures faites par Soljenitsyne : Mon Lermontov, Ivan Chmeliov et son Soleil des morts, Le Pétersbourg d’Andreï Biely.

Traduit du russe par Luba Jurgenson Publié sous la direction d’Elisabeth Anstett et Luba Jurgenson

La connaissance de l’univers du goulag peut désormais prendre appui sur un document singulier: un album regroupant les dessins du gardien de camp Dantsig Baldaev. Loin de faire l’apologie des camps, cet ouvrage aborde les règles non écrites du goulag. En effet, le facsimilé original est accompagné d’une version traduite en français et de textes explicatifs de spécialistes des camps.

Les 74 pages contenant les dessins que Dantsig Baldaev a effectués lorsqu’il était fonctionnaire de l’administration pénitentiaire soviétique, donnent pour la première fois l’opportunité de disposer d’une mise en image du fonctionnement ordinaire des camps soviétiques, précisément dans leurs aspects les plus terribles et les plus violents. Cet album offre la possibilité d’aborder de front les questions liées à la restitution de la violence du/au Goulag fait de pratiques souvent ordinaires, parfois éphémères, et des discours qui les accompagnent.
Il pose également de façon magistrale la question du témoin.  Quelle est effectivement la légitimité du témoignage dans un contexte particulier où la parole des bourreaux n’a jamais été entendue? Attention, scènes violentes. A ne pas mettre entre toutes les mains.
     
Traduit du russe par Luba Jurgenson Avant-propos de Georges Nivat. Préface d’Elena Takho-Godi. Postface de Luba Jurgenson

La correspondance des époux Lossev est un document exceptionnel sur le quotidien du camp: le froid, la faim, les travaux « généraux », les criminels, les transferts, les incessantes démarches entreprises dans le but d’obtenir une révision de peine, l’obscurité, l’humidité, les châlits rapprochés, l’existence dans des « baraquements où les hommes sont serrés comme des harengs ». Dans les tréfonds de cet enfer résonnent deux voix qui n’en forment qu’une. La première est inquiète, interrogative, révoltée, en quête de sérénité. Alors que la seconde est douce, régulière, tendre, très proche, très intime.  Valentina Losseva cherche à bercer l’âme épuisée de son compagnon. 

La correspondance des Lossev n’a été publiée dans son intégralité, en Russie, qu’en 2005. C’est ainsi une occasion unique d’entrevoir l’âme du penseur, de connaître le regard qu’il a posé sur une situation existentielle extrême qui contribuait à révéler l’essence de l’homme.
Michel Niqueux ramène à la mémoire la vie incroyable de Julia Danzas. « Le livre qu’on va lire opère une double résurrection : celle d’une femme russe du XXe siècle hors du commun et celle d’une œuvre méconnue », selon Étienne Fouilloux, le préfacier. Petite-nièce du témoin du duel de Pouchkine, née à Athènes en 1879, demoiselle d’honneur de la dernière impératrice de Russie, sous-officier d’un escadron de Cosaques pendant la guerre, bibliothécaire et moniale catholique dans le Petrograd révolutionnaire ; collaboratrice de Gorki, arrêtée en 1923 pour ses activités religieuses, condamnée à dix ans de camp (Irkoutsk, Solovki), libérée en 1932 grâce à Gorki et sa femme, rachetée au gouvernement soviétique par son frère pour pouvoir émigrer en France ; tertiaire dominicaine et cheville ouvrière de la revue Russie et Chrétienté (Istina), Julia Danzas part en 1939 pour Rome, où elle meurt en 1942 : en vérité, elle connut, selon son expression, une « existence extraordinairement mouvementée ».
Julia Danzas laisse une œuvre philosophique méconnue, un témoignage unique (le premier d’une détenue) sur ses années de Goulag (Bagne rouge, 1935), des études sur l’histoire du christianisme et la pensée religieuse russe. Plusieurs importants écrits inédits sont publiés dans cet ouvrage pionnier : deux journaux intimes (1914-1922) relatant une expérience mystique sans équivalent dans la littérature russe, des autobiographies, une étude sur Raspoutine et l’impératrice. Comparable sur bien des points à ceux d’Etty Hillesum, de Margarete Buber-Neumann ou d’Edith Stein, l’itinéraire de Julia Danzas éclaire non seulement l’histoire de la Russie entre tsarisme et communisme, mais aussi et surtout des trésors inconnus de la vie intellectuelle et spirituelle russe
 
 
Postface de Nikolaï Kirillovitch Golovkine
Conçu dans les années 1960 par Irina Golovkina et diffusé sous le manteau, Les Vaincus est publié pour la première fois en 1992 avant de connaître un immense succès. Roman de la tragédie russe après les événements de la dictature bolchevique, il évoque les derniers feux d’une noblesse héroïque et d’une intelligentsia idéaliste. Le lecteur suit les destins entrelacés d’une illustre famille et d’une foule de personnages dans leur quotidien harassant. Vente de maigres biens pour survivre, car le travail leur est interdit, assignation à résidence, prisons ou camps. Poursuivis par la Guépéou, exilés, persécutés, exécutés, aucun n’échappera au rouleau compresseur soviétique. Ce sont des individus aux abois, traqués par les dénonciations, les interrogatoires et les arrestations arbitraires. Mais Les Vaincus est aussi une sublime histoire d’amour, celle d’une princesse en haillons, et le lecteur, est emporté par l’émotion que suscite ce drame puissant. Cette saga fleuve remarquable et bouleversante est traduite ici pour la première fois en français.
  La Veilleuse des Solovki décrit la naissance du système concentrationnaire soviétique et du premier camp de travaux forcés, les balbutiements de ce qui allait devenir le symbole de la répression bolchevique; les autorités n’avaient pas encore compris les avantages économiques du travail forcé. Le témoignage de Chiriaev est exemplaire ; les « maladresses » du début ont cédé la place, à partir de 1925, à un système d’extermination par le travail. 15 000 à 20 000 prisonniers vivaient aux Solovki et 10 000 y mourraient chaque année, de scorbut, de faim ou de typhus. Chiriaev y décrit le travail forcé mais également la vie intellectuelle présente dans le camp à ses débuts. Sa grande force est de donner le premier rôle à l’homme qui, même dans les pires moments, peut rester un être humain.
Demidov Goulag Amour Barbelés Camp
  Comme Doubar (éditions des Syrtes, 2021), ce recueil de cinq récits est consacré aux camps staliniens où l’auteur a passé quatorze ans de sa vie (1938-1952). Rescapé de la Kolyma, Demidov en a expérimenté et observé le fonctionnement dans ses infimes détails en tant qu’acteur et victime. Son expérience est divisée en séquences peuplées de personnages dont les situations illustrent toutes les facettes de la vie des camps. Il donne ainsi un tableau extrêmement précis de cet univers concentrationnaire. En tant que témoin fiable et impartial Demidov apporte ce qui n’est documenté par aucune archive historique : les sentiments, les émotions, les stratégies de survie… Ces récits constituent un témoignage littéraire de valeur inestimable non seulement sur les faits et les pratiques des camps, mais également, sur les particularités de l’imaginaire des bagnards. Malgré la dureté déshumanisante de la routine des camps, ils connaissent des sentiments forts, notamment l’amour. À travers cette mise en scène de l’extraordinaire, Demidov parvient à dire la terrible « banalité » du Goulag. La publication de ce recueil fait partie du projet de traduction intégrale de l’œuvre de Gueorgui Demidov aux éditions des Syrtes. Cette voix singulière – celle d’un véritable écrivain, égal de Varlam Chalamov et d’Alexandre Soljenitsyne – pourra ainsi retrouver sa place dans la littérature.  
Préface de Geneviève Piron
Avec ce troisième opus, Merveilleuse planète, les éditions des Syrtes poursuivent leur importante entreprise de traduction de l’intégralité des récits du Goulag de Gueorgui Demidov. Depuis sa libération en 1951, après quatorze ans de détention, il se consacre à l’écriture, c’est-à-dire à la mise en pleine lumière de ce qu’a été l’enfer du Goulag : « Je veux apporter ma contribution en plantant un pieu dans le cœur et le souvenir du régime stalinien et de ses maudits suppôts. Je veux témoigner aux générations futures de ce passé abominable, ou plus exactement participer à l’écriture de ce réquisitoire. » En Russie, Merveilleuse planète a été édité en 2008, bien après la mort de l’auteur, par un éditeur spécialisé dans la publication des écrits des anciens détenus des camps. Si Gueorgui Demidov a choisi d’écrire non pas une autobiographie ou des mémoires, mais des récits et des nouvelles, ce n’est pas seulement pour évoquer diverses figures de l’univers du Goulag (politiques, droit-commun, gardiens), mais c’est aussi pour donner libre cours à son talent de conteur hors pair. Ses écrits sont faits de fragments, des histoires courtes où il est question de longues journées de travail, de faim, de froid, de surveillants hargneux et de chefs de camps mauvais, mais également de représentations théâtrales, d’opéra, de ténacité et d’espoir. Dans ces cinq récits, comme dans le reste de son œuvre, Demidov dissèque avec une précision quasi anatomique l’état de l’individu tombé dans des conditions inhumaines, mais qui ne se résigne nullement, cherchant et trouvant les moyens de survivre.  
Du même auteur
L’Amour derrière les barbelés (2022) Doubar et autres récits du goulag (2021)
  Doubar et autres récits du Goulag est le premier recueil des trois tomes (actuellement en traduction) de Gueorgui Demidov, auteur oublié du Goulag, véritable écrivain, égal de Varlam Chalamov et d’Alexandre Soljenitsyne. Il est exceptionnel de découvrir une trace littéraire méconnue du Goulag. Tel est le cas des récits de Gueorgui Demidov, témoignages de ses quatorze années passées à la Kolyma, ce « pole de la férocité » de la géographie concentrationnaire soviétique pourtant riche en espaces inhospitaliers. « J’écris parce que je ne puis faire autrement ! » déclare-t-il, alors que ses récits circulent en samizdat. En effet, son témoignage ne peut pas voir le jour dans une URSS où, après une très superficielle déstalinisation, on enjoint l’oubli aux victimes des répression. Pire, ses manuscrits sont confisqués en 1980, et n’ont pu être récupérés par sa fille qu’en 1988, après la mort de l’auteur (1986). Ils n’ont été publiés en Russie qu’après la perestroïka. À la Kolyma, Demidov avait rencontré et côtoyé Varlam Chalamov, l’une des grandes voix du Goulag, alors infirmier à l’hôpital du camp, qui en a fait le personnage de son récit La Vie de l’ingénieur Kipreïev. Gueorgui Demidov est chroniqueur de l’ordinaire, maître du menu détail, qui saisit ses personnages à un moment exceptionnel de leur vie. Se dessinent ainsi quelques visages comme des emblèmes de cette vaste machine à broyer les humains qu’était le Goulag : un peintre qui, obsessionnellement, représente des scènes du camp, un enfant mort-né qui apporte malgré lui de la douceur et de l’espoir au prisonnier chargé de l’enterrer, un ancien chanteur qui ne chante plus que pour la mort, et même un gardien, victime en un sens de la folie meurtrière qui domine l’univers du Goulag. Les récits de Demidov donnent à voir la terrible tension entre la lutte pour la vie et les tentatives de préserver son humanité dans ces conditions. Le cinéaste ukrainien Sergei Loznitsa s’est inspiré du récit « Deux procureurs » pour son film homonyme, en salles le 5 novembre 2025, en sélection officielle au Festival du film de Cannes.