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Littérature russe
Publiés aux éditions des Syrtes
Innokenti Platonov se réveille amnésique dans une chambre d’hôpital. Geiger, son médecin, lui apprend son nom et lui demande de consigner tout ce dont il pourra se souvenir. Il consigne donc dans un journal des fragments chaotiques de souvenirs: visages, images, histoires, odeurs. Peu à peu sa mémoire fait émerger la ville de Saint-Pétersbourg dans les premières années du XXesiècle. Il se remémore l’enfance et ses bonheurs, sa première jeunesse, les études, l’amour, la révolution dont il a subi d’emblée les contrecoups, et, enfin, le camp des Solovki. Et Platonov devine, petit à petit, atterré, qu’il est né en 1900 et s’est réveillé en 1999… À la sortie de l’hôpital une nouvelle vie l’attend. Tel Robinson Crusoé, le héros favori de son enfance, Platonov doit s’adapter dans un monde qui l’a abandonné derrière lui. Le présent tente d’assimiler les leçons du passé, de distinguer la faute du pardon et se diriger vers l’avenir. L’Aviateur de Evgueni Vodolazkine est un roman porteur de réflexions philosophiques profondes – le repentir, la responsabilité, la justice, l’histoire – dans lequel l’écriture fonctionne comme un liant dans un va-et-vient entre passé et présent.  La remémoration fragmentaire est un moteur puissant pour le lecteur. Une histoire bouleversante empreinte de nostalgie sur la mémoire et la culpabilité, sur un amour si puissant qu’il parvient à vaincre le chaos, et même la mort…
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Né en 1701 à Kiev, Vassili Grigorovitch-Barski est un jeune homme de vingt-deux ans lorsqu’il prend son bâton de pèlerin sur les routes de l’Europe et du Proche-Orient. Durant près d’un quart de siècle, après avoir fait le tour de l’Italie, il visitera deux fois le Mont-Athos, passera sans cesse d’une contrée à l’autre : de la Syrie au Liban, du Liban à la Palestine et à l’Égypte, faisant escale dans les îles grecques, s’attardant à Patmos et à Chypre, faisant siennes ces contrées méditerranéennes tout en apprenant les rudiments de leurs langues et en perfectionnant sa maîtrise du grec. Marcher inlassablement, dormir à même le sol, ne pas manger à sa faim, invoquer Dieu dans la tempête, s’effondrer, tomber malade, se faire rouer de coups et déposséder par des brigands, s’ouvrir au monde, s’instruire, se découvrir soi-même par la même occasion… tel fut le quotidien du voyageur au long cours Vassili Barski, de 1723 à 1747. Il consigne sans relâche dans des carnets ses impressions de voyage, ses rencontres, décrit les lieux avec une précision de géographe ou d’architecte amateur, dans une langue parsemée de mots empruntés ou adaptés des pays traversés, illustrant ses notes de dessins de villes ou de monastères, n’hésitant pas, à l’occasion, à se mettre en scène au détour d’un chemin ou d’une source. Ces Pérégrinations sont un témoignage inestimable sur une époque particulière, sur un monde chrétien divisé en chrétientés latine et grecque et subissant la domination musulmane. Et Vassili Barski est à l’image de la communauté slave de son temps, en pleine transition vers la modernité.
 
Au début du XVIIe siècle, la Moscovie, sortie du temps des troubles, connaît un extraordinaire mouvement de réformes. Le nouveau patriarche Nikon se lance dans une transformation brutale de l’Église, suscitant de nombreuses protestations et aboutissant au schisme entre « vieille » et « nouvelle » foi, en 1667. Le représentant et héros de la vieille foi c’est Avvakum, né en 1620 dans la région de Nijni Novgorod, curé de campagne, archiprêtre, intraitable et tolérant, prophète et père de famille. Avvakum condamne les premières mesures de Nikon. Il est exilé en Sibérie, affecté à une troupe brutale chargée de conquérir le fleuve Amour, confronté en permanence à la mort. Il y restera onze ans et en 1664 il est rappelé à Moscou par le tsar Alexis. Déporté de nouveau, traîné de geôle en geôle, relégué à l’extrémité de la Russie, il sera brûlé vif au bord de l’Océan glacial, en 1682. Pendant tout ce temps, il prêche, écrit, se fait le porte-parole de la vieille foi. Avvakum est un extraordinaire écrivain. Sa Vie, composée par lui-même, est le chef-d’œuvre unique de toute la littérature russe avant le XIXe siècle. Écrite dans sa geôle de Poustozersk, La Vie représente à la fois la fin du Moyen-Âge et une extraordinaire naissance de la prose russe moderne parce qu’elle bouscule les genres, opère des renversements stylistiques et spirituels très modernes. On y voit directement agir, parler, penser les Russes d’avant Pierre le Grand : Avvakum lui-même, le tsar Alexis, son confesseur Stepan, le patriarche Nikon. On y suit, par le Baïkal et l’Angara, la première expédition sur l’Amour, avec Pachkov, féroce conquistador dont Avvakum est à la fois l’aumônier et la victime. Tout cela dans une atmosphère savoureuse de miracles, d’observations précises et de bon sens paysan. Ce texte, traduit du vieux russe, est un document essentiel pour tout curieux des choses russes, mais aussi pour l’historien des découvertes et pour l’ethnographe, pour l’historien de la religion, pour le psychologue et pour l’historien de la civilisation. Mais La Vie a de quoi étonner et captiver bien d’autres lecteurs. Elle est écrite dans une langue imagée et personnelle dont l’imprévu se dispute parfois la rudesse. La postérité de La Vie d’Avvakum est importante dans la culture russe; en 1872, Moussorgski s’en inspire pour son opéra La Khovanchtchina; le personnage de l’archiprêtre Touberozov des Gens d’Église de Nikolaï Leskov fait penser à Avvakum; Merejkovski écrit tout un poème inspiré par Avvakum en 1883, tandis qu’en 1900, Gorki voulait que La Vie entre dans les programmes scolaires.
Préface de Georges Nivat
« Où n’ai-je pas eu l’occasion d’aller ? Dans les forêts, dans les montagnes, dans les marais, dans les mines, dans la soupente du paysan… Et où que j’aie été, quoi que j’aie lu ou entendu, je me souviens de tout avec netteté. Il m’est venu l’idée d’écrire… et j’ai commencé à écrire “de mémoire comme à livre ouvert”… Voilà tout. » Melnikov nous apprend ainsi comment est née cette vaste fresque, considérée comme l’un des monuments de la littérature russe.
Pavel Melnikov-Petcherski décrit les mœurs des vieux-croyants riverains de la Volga au milieu du XIXe siècle. Il est allé lui-même aux sources, ses personnages sont peints d’après nature. L’abbesse Manefa et Flenouchka ont existé. Et Patap Maximytch a pour prototype un millionnaire de Nijni-Novgorod, protecteur du raskol, schisme qui éclata au XVIIe siècle, sous Alexeï, père de Pierre le Grand. L’ouvrage est composé comme un poème épique, séparé en chants. L’action se déroule entre Noël et la Pentecôte, et l’auteur y décrit les travaux de printemps où les usages chrétiens et païens sont curieusement mêlés. Les personnages sont hauts en couleur : privilégiés du raskol, paysans richissimes qui tiennent entre leurs mains toute la navigation de la Volga, abbés, maîtres de maison diligents, mais aussi artisans et paysans, abbesses et novices, et tout le peuple des errants, des vagabonds, des pèlerins, « n’ayant pas de ville dans le présent, cherchant celle des Temps à venir ». Tous ces destins s’enchevêtrent et là-dessus vient se greffer un poème de l’abondance, un hymne à l’amour, à la nature, à la joie de vivre.
traque
  La Traque est une histoire de chasse à l’homme et de persécution psychologique. En enquêtant sur un homme politique douteux, incarnation de la corruption et de tous les vices, le journaliste Anton Piaty devient la cible des hommes de main de l’oligarque. Ils ne reculeront devant rien dans leur minutieuse opération de déstabilisation, rien ne sera laissé au hasard : « Aucun excès de zèle : le harceler par la norme. Tout ce qui se produit habituellement dans ce pays doit lui arriver au quotidien. Des serveurs malpolis, des conducteurs qui pètent les plombs. On va développer sa paranoïa. Je propose de lui mettre le monde entier à dos. Ce n’est pas son corps qui doit être visé par nos mesures de rétorsion, mais son esprit. » Les intimidations, la manipulation, le harcèlement, tout doit rendre la vie du journaliste insupportable et le forcer à s’expatrier. Sacha Filipenko démonte un à un, avec virtuosité, tous les rouages de cette traque. Tantôt acteur, tantôt scruté par ses persécuteurs, son personnage devient ainsi le prototype du lanceur d’alerte obstiné dans ce mélange de fable politique universelle et de roman noir.
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Pastorale transsibérienne est l’histoire d’une fuite, dans un pays où la nature offre encore des espaces assez grands pour s’y réfugier ou s’y perdre. Au cœur de la Sibérie, Daniil Menchikov rencontre sur les bords du lac Baïkal un émule de l’écrivain Henry David Thoreau, gardien du silence et des oiseaux. L’exemple de cet homme, qui a su rester libre dans le système le plus hostile à l’individu, va donner à Daniil le courage de se révolter. Déserteur, rattrapé puis finalement chassé comme élément perturbateur le jeune homme achète un kayak et remonte le cours d’une rivière vers une contrée mythique, terre de la sagesse ancestrale. Confronté à lui-même et à l’immensité, ses pensées et son corps changent jusqu’à rêver de pouvoir se dissiper dans cette nature… « Il n’était plus le rameur qu’ilavait été. Il était pasteur désormais. Le pâtre de ses pensées dans la vastitude. »  
Par une nuit d’hiver, sur une côte sauvage du lac Baïkal, Michka tente d’échapper à ses poursuivants. Son peuple est celui des Évenks, de l’antique famille sibérienne des Toungouse. Le jeune fugitif a été élevé à l’école de la taïga par la chamane Katè, sa grand-mère, qui incarne la sagesse de la communion avec la nature, sait parler aux animaux et lire la forêt comme un livre… Le Cantique du Toungouse d’Oleg Ermakov  est une ode à la nature où la taïga enneigée est décrite avec beaucoup de poésie, dans une narration à la fois sobre, précise et très fluide. Le lecteur découvre Michka, le dernier représentant d’une ethnie ancienne et maître véritable de la taïga, qui n’a jamais fait sienne la civilisation du XXe siècle. Prisonnier car coupable tout désigné, il est pourtant tellement habile que, même grièvement blessé, il parvient à s’échapper sans laisser de traces. On découvre également que Michka a passé beaucoup de temps avec sa grand-mère, descendante d’une chamane, qui lui transmet un amour profond de la taïga, une compréhension instinctive de sa beauté, et une faculté de communiquer avec les animaux. Le roman est avant tout une déclaration d’amour pour le Baïkal et pour sa nature envoûtante.
 » Vous aimez Crime et châtiments, vous adorez Les frères Karamazov, vous jubilez devant Les démons ? Ce livre est fait pour nous. Un Dostoïevski qui aurait mangé Jack London dans une cuisine contemporaine. », Patrick Rijks, lecteur, Instagram.
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Mon quartier est le récit d’un monde qui, dans les souvenirs de Natalia Kim prend des airs merveilleux : celui de son enfance et de sa jeunesse dans un ensemble d’immeubles staliniens moscovites, du quartier Avtozavod. Elle évoque des habitants des komounalka, les fameux appartements communautaires métamorphosés en entrepôts de rêves et d’histoires.  Au fil des pages, des épisodes, tantôt poignants, tantôt drôles, tantôt tragiques, font revivre tous les tourments de l’âme humaine sous des faux airs de légèreté. Les habitants figés par la mémoire de l’auteur sont « drôles, charmants, envieux, sincères, bons, répugnants, malheureux, sages, sournois, importuns, anges et démons, prêts à aimer et à trahir en même temps, à donner leur sang et à vous ficher dehors… à pleurer indéfiniment dans le secret de leurs cœurs sur leurs vies… ». En refermant le livre le lecteur a le sentiment d’avoir partagé un peu de leur humanité la plus profonde et d’être le dépositaire d’une myriade d’histoires personnelles émouvantes.
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Tenu par Thomas Mann pour un immense chef-d’œuvre, Le Soleil des morts est un récit autobiographique déchirant. Il retrace les mois vécus par Chmeliov en Crimée sous la terreur rouge après la défaite des Armées blanches. Le narrateur fait défiler le destin de ses habitants : intellectuels, ouvriers, paysans, Tatares ou Russes, hommes ou femmes, jeunes ou vieux tenaillés par la faim et la peur.  Dans ce livre, qui est en fait un journal, Chmeliov décrit comment la faim détruit progressivement tout ce qu’il y a d’humain dans l’homme, et la lente descente aux enfers de tout un monde, avec un sens poétique rare et une retenue qui donnent à ce texte une force unique. 
Postface de Georges Nivat
La rue Potapov, à Moscou : c’est l’adresse de l’appartement où Irina, petite fille de neuf ans a pour la première fois vu la silhouette du poète Boris Pasternak, lié à sa mère Olga Ivinskaïa par le grand amour que le monde entier allait découvrir en lisant Le Docteur Jivago. Irina Emelianova croisera d’autres figures légendaires : l’opiniâtre Ariadna Efron, la fille de Marina Tsvetaeva, survivante de quinze ans de camp après son retour d’émigration ; l’écrivain Varlam Chalamov, dont les Récits de la Kolyma ont gravé à jamais dans la prose russe toute l’horreur glacée de l’enfer sibérien. Autant de légendes qui s’ordonnent autour de celle du grand Boris Pasternak à qui les unit une admiration et une commune ferveur. Les épreuves vécues y sont racontées avec une sorte de légèreté : les grandes figures que l’auteur a croisées, en tout premier lieu sa mère, sont évoquées avec une admiration mêlée de tendresse et d’humour.
 
« L’Histoire de ma sœur ne se raconte pas. Elle se lit comme un poème en prose qui s’ouvre sur un ton mineur par des scènes d’enfance pour se clore en majeur, dans la gravité. C’est l’histoire d’un destin de femme qui périt dans la médiocrité de la vie quotidienne : en sorte, la mort d’un rêve. Michel Ossorguine la connaît bien, cette femme aux ailes brisées : c’est Olga, de sept ans son aînée et sa sœur préférée qui mourut d’un cancer à l’âge de trente-sept ans. Le superbe roman d’un sentiment, depuis la naissance dans les balbutiements de l’enfance jusqu’à l’épanouissement ultime de la mémoire. » Jacques Catteau
Émouvante et rare profession d’amour d’un frère pour sa sœur, le récit tire son charme puissant et de son instance narrative originale. En effet, le narrateur ne s’introduit pas dans l’âme de Katia, il n’usurpe pas sa pensée comme l’aurait fait un romancier, mais préserve son mystère, ses luttes sourdes, sa dérive poignante. Tout est vu par les yeux de Kostia, le petit frère, successivement nourrisson, enfant, adolescent, étudiant en droit, enfin homme âgé, méditatif et nostalgique.  
OUVRAGE ÉPUISÉ. DISPONIBLE EN POCHE ICI.
Un matin, à la fin du mois de décembre, Petrov, mécanicien et auteur raté de bande dessinée, se sent fiévreux et prend un remède alcoolisé contre la toux. En chemin vers le travail il est happé par Igor, son vieil ami spontané et incontrôlable, et les voilà qui enchaînent les verres de vodka dans un corbillard, autour d’un cercueil. Pendant ce temps, Petrova, son ex-femme, essaie de contenir une étrange spirale assassine qui l’assaille à la vue d’une goutte de sang… Après un profond sommeil provoqué autant par l’alcool que par la grippe, Petrov finit par rentrer auprès de son fils et de Petrova, désormais malades, eux aussi, de la grippe. Progressivement, les souvenirs d’enfance de Petrov ressurgissent aussi étranges que troublants. Le roman raconte quelques jours de la vie ordinaire des Petrov. À moins qu’il ne s’agisse d’une errance hallucinatoire dont le parcours est rendu flou par la fièvre et l’alcool ? La force de Alexeï Salnikov c’est de nous balader dans ce néant entre délire et réalité, entre roman policier et déambulation loufoque, avec un humour décapant et absurde jusque dans les moindres détails. Les Petrov, la Grippe, etc. c’est Andreï Kourkov et John Kennedy Toole qui se mettent à danser sous les applaudissements de Gogol et de Boulgakov.
Également disponible en version numérique
 
A cinquante ans, Gleb Ianovski, guitariste de renommée mondiale, apprend qu’il est atteint de la maladie de Parkinson. Lorsqu’il fait la rencontre de Nestor, un célèbre écrivain, celui-ci lui propose d’écrire sa biographie. Les deux hommes se retrouvent dès lors régulièrement pour des entretiens portant sur la trajectoire de Gleb. C’est ainsi que se nouent les fils d’une histoire dans laquelle alternent deux voix. Celle d’un enfant en Ukraine, qui aime la musique et rêve d’en vivre, et celle de l’adulte confronté à la maladie et à une tentative de donner un sens à son existence. Brisbane est un roman tout en finesse et sensibilité. Un roman symphonique dans lequel la mort est vaincue par la musique, par la force de la mémoire, de l’amour et de la parole. Un roman où, par le seul pouvoir évocateur de son nom, la ville de Brisbane devient un lieu mythique et réinventé, la cible de tous les rêves et la clé de toute l’histoire. Avec une écriture poétique, Evgueni Vodolazkine aborde des thématiques universelles qui font écho à tout un chacun et où l’émotion côtoie l’intensité et l’humanité la plus profonde.
Également en version électronique
  Si Ceux du Donbass, paru en 2018 était une chronique des événements, un exercice littéraire proche de celui d’un mémorialiste où, de l’aveu même de l’auteur, son Donbass à lui restait hors-champ, Certains n’iront pas en enfer est un roman d’autofiction. Écrit et publié après le retour de Zakhar Prilepine du Donbass (en juillet 2018), il est marqué par un certain recul pris par rapport aux événements. Cela imprègne le récit d’une indéniable mélancolie et permet de magnifier la réalité pour donner une stature quasi-mythique à certains des personnages évoqués. Certains n’iront pas en enfer est donc inspiré d’une expérience personnelle, issue de l’engagement de Prilepine dans le conflit du Donbass. Prilepine offre ici un texte éclectique, impressionniste et littéraire qui nous permet de mieux comprendre les raisons de son départ pour le Donbass, son état d’esprit et ses occupations concrètes pendant les années de guerre. Il retrouve ici sa plume imagée et concise et une force d’évocation captivante. Comme chez son mentor Edouard Limonov, la prose romanesque est aussi le prétexte pour créer un double fantasmé et omniprésent. Prilepine donne la parole à Zakhar, son alter ego et narrateur. L’action se situe entre la fin de l’année 2015 et la mort d’Alexandre Zakhartchenko, chef de la République populaire de Donetsk (la DNR). Zakhar est alors conseiller de Zakhartchenko, et son bataillon devient l’une des composantes de la garde du dirigeant. Il jouit d’une position privilégiée et il est admis dans le cercle des associés les plus proches du chef. Zakhar raconte la vie de tous les jours des combattants à Donetsk, comme par exemple la tentative infructueuse de capturer un combattant ukrainien pour un échange de prisonniers. Il y a des descriptions hautes en couleurs de combats, mais aussi du quotidien dans les tranchées et durant les quelques moments de liberté. On en apprend également plus sur ses compagnons d’armes, pour lesquels Prilepine a souvent un grand attachement et respect, ainsi que sur son affection pour Zakhartchenko, qu’il considère affranchi et indépendant de Moscou. À ces réflexions politiques et parfois polémiques s’ajoutent des moments plus personnels, notamment lorsqu’il reçoit à Donetsk la visite du rappeur Husky, l’une des rares célébrités russes à soutenir activement les événements dans le Donbass, ou un dîner en compagnie de Monica Bellucci et d’Emir Kusturica lors d’une improbable escapade à Moscou.  
Dans De l’aigle impérial au drapeau rouge, roman-fleuve publié en 1921, Krasnov s’empare de l’histoire de la Russie de Nicolas II jusqu’à la fin de la dynastie des Romanov : guerre du Japon, Première Guerre mondiale, révolutions de Février et d’Octobre et la guerre civile. Cette grande saga raconte, à travers le destin du personnage central, Alexandre Sabline, celui d’un empire en voie de décomposition. Mêlant fiction et réalité, l’auteur, également acteur des événements, nous fait côtoyer les grandes figures de l’histoire russe de cette époque : Nicolas II et son épouse Alexandra, Raspoutine, Lénine, Trostki… et bien d’autres, qui, grâce à une intrigue habilement menée parsemée de coups de théâtre, des descriptions minutieuses et des dialogues finement ciselés font revivre les dernières années de l’autocratie russe.  
Un chef-d’oeuvre absolu de la littérature russe du XXe siècle et de la littérature de l’enfance Paru en 1917, Kotik Letaïev est une autobiographie poétique, épopée intérieure de l’enfance sur les trois premières années de la vie de son auteur, Andreï Biely. Le héros, Kotik (diminutif de Konstantin qui signifie également chaton) Letaïev est un enfant précoce qui, depuis son plus jeune âge est familiarisé avec les trésors de la culture. Un jour, poussé par une nostalgie toujours plus grande, il part vers l’inconnu. Le récit, à la première personne, a d’une part le charme naïf d’un discours enfantin au travers duquel se recompose la ville Moscou de la fin du XIXe siècle, et d’autre part l’inquiétant surréalisme d’un parcours initiatique conduisant sa victime par le dédale des mythes. Adepte de la théosophie de Steiner, l’écrivain, alors âgé de 35 ans, se sent revivre sa première naissance. Il couche cette expérience sur papier, avec comme résultat ce récit hors du commun, qui commence dès avant la naissance, dans le ventre de sa mère. Entre mythologies antiques et apprentissages prosaïques, l’exploration poétique du récit emprunte aussi bien à la spontanéité du langage enfantin qu’aux éblouissements imagés des mystiques et à la sémantique surréaliste. Kotik Letaïev devient le livre de chevet de la modernité russe, admiré par Pasternak, Nabokov ou encore Essenine. Dans ce poème radieux, Andreï Biely célèbre la mentalité d’un enfant qui s’ouvre à la vie et offre un chef-d’œuvre absolu de la « littérature de l’enfance », non sans rappeler Proust et Joyce dans les procédés littéraires. Le texte est accompagné d’une préface et d’une étude critique de Georges Nivat qui rassemble également en annexes des textes peu connus de Biely qui éclairent le lecteur sur l’oeuvre et l’auteur.
Du même auteur
Pétersbourg (2018)