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Littérature russe
Publiés aux éditions des Syrtes
Préface de Véronique Lossky

Dans la courte vie du poète Nicolaï Gronski, sa rencontre avec Marina Tsvetaeva a laissé une trace lumineuse. « J’avais été son premier amour et lui mon dernier… » dira Tsvetaeva après la mort de Gronski en décembre 1934. La correspondance durera trois mois pendant l’été 1928 et elle est remarquable. C’est l’unique correspondance à deux voix conservée dans les archives de Tsvetaeva. Un temps, elle a pensé écrire un roman à partir de cette correspondance, Lettres d’un été, resté sans suite.

 
OUVRAGE ÉPUISÉ. DISPONIBLE EN POCHE ICI.

La rencontre annoncée dans cette correspondance entre deux génies de la poésie russe du XXe siècle est un événement littéraire exceptionnel. Exceptionnelle, elle l’est d’ailleurs doublement, cette relation épistolaire entre poète soviétique et poète de l’émigration, à l’heure où, après une phase de liberté surveillée où les échanges étaient encore possibles, la culture russe se scinde en deux – et ceci pour toute la durée de l’expérience soviétique.

Boris Pasternak et Marina Tsvetaeva s’étaient rencontrés à Moscou en 1918. Ce n’est qu’en 1922 qu’ils se sont véritablement découverts au travers de leurs écrits respectifs. Pendant quatorze années, ils ont ainsi entretenu une correspondance d’une densité extrême et d’une intensité rare dans laquelle se tissent, étroitement mêlées, passion sentimentale et poésie, sur fond d’époque historique et d’histoire littéraire. Plus des trois quarts de ces lettres échangées entre ces deux êtres radicalement différents sont inédits. Dessinant une courbe en arc de cercle, la relation se noue, suit un mouvement ascendant jusqu’à atteindre un pic paroxystique, décroît, se dénoue et finit par se défaire définitivement.

Autour de Boris Pasternak aux éditions des Syrtes
Boris Pasternak, poète de son temps (2015)
Préface de Georges Nivat
EN RÉIMPRESSION.
 

Irkoutsk en Sibérie, les années 2000 : une jeune fille russe est violée par un Caucasien. Corrompue, la justice des hommes ne pourra pas lui rendre son honneur. La mère, Tamara Ivanovna va alors se venger elle-même dans un geste désespéré. Le châtiment de Tamara trouvera son écho dans les mésententes et préjugés des êtres pris dans la tourmente du destin.

Au fil des pages, le roman fouille la douleur et la blessure profonde d’une femme et d’une famille. Mais également l’impuissance des hommes dans une société marquée par le sceau de l’Histoire. Conte moderne aux accents tragiques, L’Honneur de Tamara Ivanovna est aussi une vision de la Russie d’aujourd’hui, avec sa morale pessimiste d’un monde chaotique sans règles, et dans lequel on ne se reconnaît guère. Avec son profond humanisme et sa voix singulière, la valeur du roman tient indéniablement à son style dosant habilement les tournures anciennes et le parler populaire. Ce qui fonde un peuple c’est sa langue, et Valentin Raspoutine démontre qu’il sait tirer parti avec talent de sa richesse.

L’auteur puise son inspiration dans une réalité bien présente dans la Russie post-communiste. Un univers qui, en recouvrant sa liberté longtemps figée, a également perdu une partie de ses repères. La ville d’Irkoutsk est en effet devenue un point de rencontres mafieuses où la corruption devient loi.
OUVRAGE ÉPUISÉ. DISPONIBLE EN POCHE ICI.
Préface de Luba Jurgenson

Les Cinq retrace le sort des cinq enfants Milgrom. Les destinées de ces personnalités singulières s’inscrivent dans la réalité historique de l’empire russe du début du XXè siècle. Cette époque marquée par la guerre, les troubles révolutionnaires, les pogroms, les crises et les quêtes spirituelles de l’intelligentsia. L’écrivain intègre les secousses sociales, provoquées notamment par la guerre russo-japonaise, les actes des partis clandestins, la mutinerie du cuirassé “Potemkine”. C’est ainsi que s’amorce la dégradation tragique et mortelle de la famille Milgrom. Les causes profondes ne relèvent pas seulement des passions individuelles. En réalité, l’histoire des personnages est marquée du sceau de l’époque. Et l’auteur obtient, avec délicatesse et sans forcer, un puissant effet de généralisation, qui permet de voir à travers le destin d’une seule famille se jouer la tragédie d’une génération.

La ville natale de Vladimir Jabotinsky tient une place particulièrement importante dans son livre. On peut dire que le roman respire littéralement Odessa. On visualise parfaitement ses paysages urbains, la mentalité originale de ses habitants, heureux de vivre ainsi que leur inimitable parler haut en couleurs.

Les Cinq a gagné le Prix Russophonie en 2007 pour la magnifique traduction de Jacques Imbert.    

Les vingt-cinq nouvelles présentées dans Des larmes invisibles au monde ont été publiées par Anton Tchékhov entre 1883 et 1887 dans des revues humoristiques de l’époque. Certaines ont notamment fait partie de recueils (Contes de Melpomène, 1884, Nouvelles bariolées, 1886, et Dans la pénombre, 1887) qui ont eu un beau succès populaire. Un des meilleurs critiques de l’époque le remarque et lui propose un « vrai travail » littéraire. Tchékhov se consacre désormais à l’écriture.

Le lecteur devinera ici des larmes silencieuses, ces larmes invisibles qui vont tant caractériser toute l’œuvre de Tchékhov. Comme une vieille collection de photographies, elles nous apprennent bien des choses sur la société dans laquelle il vit. Ses personnages sont effectivement les champions de l’ennui et de l’échec, et leurs amours s’achèvent souvent en queue de poisson. Comme à son habitude, il maîtrise ses personnages, attachants autant que caricaturaux. Avec une sensibilité impressionniste, et avec aisance, il passe du petit notable cupide au pauvre qui joue le noyé pour gagner quelques kopecks, ou à l’amant hébergé par sa maîtresse sous les yeux de son mari.

   
Publié sous la direction de Luba Jurgenson
Préface de Caroline Béranger. Postface de Véronique Lossky

Inédits jusqu’à ce jour en français, Les Carnets de Marina Tsvetaeva sont publiés ici dans leur intégralité. Ils représentent les documents les plus spontanés et les plus subjectifs dans l’héritage du poète. Véritable laboratoire d’écriture, ces Carnets constituent une œuvre littéraire majeure. Ils offrent en effet au lecteur la possibilité d’accéder aux sources mêmes de la création poétique.

Journal, carnets de travail, impressions de lectures, chronique de la vie au jour le jour ? Une chose est sûre : ces croquis furtifs et poignants allient le prosaïque au sublime. Fidèle à son art poétique, Tsvetaeva y conjure ainsi les assauts du réel par la magie de sa conscience dans un dialogue avec elle-même qui devient parfois dialogue entre le moi et le monde.

Commencé peu avant la Première Guerre mondiale pour prendre fin à la veille de la Seconde, cet exercice de lucidité livre les clés des secrets tsvetaeviens tout en ouvrant sur la scène de l’Histoire. Il n’entrave par ailleurs pas son avancée à travers les mondes intimes que le lecteur a appris à côtoyer au gré des poèmes et des proses édités précédemment. Dans son face-à-face toujours extrême avec le mot, dans son souci minutieux d’offrir l’éternité à l’infime, le poète se tient sur le qui-vive et entend non seulement le fracas de la destruction qui déferle sur sa patrie – et bientôt sur le monde – mais, aussi, le chuchotement intime des choses elles-mêmes en quête de noms nouveaux.

Pour accompagner l’édition française des Carnets la parole vivante et complice est donnée à ceux qui ont connu Marina Tsvetaeva, l’ont croisée ou aimée, à travers des notes, des réflexions ou des écrits divers. Grâce à la collaboration avec les Archives russes d’État de littérature et d’art, de nombreux documents, inédits pour la plupart, éclairent ces Carnets.

 

Dans ce seul roman de la trilogie biblique qu’il avait imaginée à avoir vu le jour, Jabotinsky redonne vie à Samson. En parcourant en imagination la terre promise au cours de cette libre reconstruction du célèbre passage du Livre des Juges, Jabotinsky semble poursuivre sa quête de la langue originelle à travers sa langue maternelle. L’auteur creuse en effet plus profond le russe pour trouver de l’hébreu au-dessous. C’est pour lui l’occasion de revisiter les mythes communs de la culture judéo-chrétienne, de rappeler que ces mythes fondent l’Europe.

L’auteur prend alors à rebours le récit biblique pour reprendre à l’histoire religieuse ce qui était de l’histoire tout court. Il fallait aussi désacraliser pour rehistoriciser, donner une nouvelle légitimité à cette terre.  Non plus vue comme une terre sainte, ni même un ailleurs exotique, mais comme le berceau de la civilisation européenne.

Écrit dans les meilleures traditions du roman symbolique, ses inspirations poétiques et ses personnages hors pair font de Samson une oeuvre humaniste avant tout. La passion retenue de la langue le place à côté des classiques du siècle inspirés par la Bible. Tels que Joseph et ses frères de Tomas Mann, Christ et Antéchrist de Dmitri Merejkovski, Judas Iscariote de Léonid Andreïev, et, plus tard, Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov.

 

Sous-titré un adolescent au Goulag, ce récit autobiographique de Iouri Tchirkov (1919-1988) est un témoignage sur les îles Solovki. L’ancien monastère, foyer de l’orthodoxie russe depuis le XVe siècle, puis symbole du système concentrationnaire, préfigurant l’« archipel » du Goulag.

Il nous livre son expérience, celle d’un adolescent de quinze ans, condamné sur dénonciation pour activité contre-révolutionnaire et envoyé aux Solovki en 1935. Il a en effet été accusé d’attentat contre le secrétaire du Parti communiste d’Ukraine et condamné à trois ans. L’homme qu’il est devenu, au seuil de la mort, se remémore les premières années de sa vie plongées dans l’enfer des camps de concentration. Ce travail de mémoire se veut une reconstitution factuelle minutieuse, guidée par une exigence de précision et d’exactitude. Il écarte d’emblée toute manifestation émotionnelle, toute tentative d’introspection et de questionnement. Il se concentre alors sur la seule transcription du réel. Et c’est cette écriture en creux, qu’on pourrait dire transparente tant elle reste distanciée, à la fois individuelle et collective, qui circonscrit progressivement l’expérience indicible.

Publié sous la direction de Nikita Struve

En 1973, lorsqu’il entreprend de tenir son journal, Alexandre Schmemann avait cinquante-deux ans et était une figure éminente de l’orthodoxie. Il notait alors que « dans les profondeurs, il y a beaucoup plus d’obscurité que de clarté ». Il y a consigné pendant dix ans ses doutes et ses peines, ses interrogations spirituelles ou ses frustrations, mais aussi sa joie de vivre ou ses bonheurs.

Ce matériel passionnant, probablement pas destiné à la publication, a été édité par sa femme en 2000 en anglais ; sa parution en russe, en 2005, a constitué un événement littéraire. C’est un véritable compte rendu intime de la vie d’Alexandre Schmemann, qui observait les autres, vivait avec eux et était en communion avec le monde. Il ne s’agissait pas pour lui de s’analyser, mais plutôt de se voir lui-même au milieu de la création. C’était aussi un moyen de « s’expliquer » à lui-même, de jouir de petits bonheurs, ou de s’attrister parfois.

Ce journal est une œuvre majeure. Ce journal est précieux tant par sa mine de renseignements sur l’histoire récente de l’Église orthodoxe en Occident, que par sa haute teneur spirituelle de même que par sa remarquable qualité littéraire. Avec les années, la présence et l’influence de l’héritage du père Alexandre ne diminuent pas, le sens de son action apparaît toujours plus clairement, et ne cesse d’inspirer et de nourrir les débats actuels. « Quel bonheur tout cela a été » – les ultimes mots du Journal – résonnent tel un testament, telle une émulation pour nous autres.

EN RÉIMPRESSION.

Publié dans La Pensée russe, à Paris, en 1923-1924, Souvenirs d’antan est un tableau de la société russe d’avant la révolution, illustré par l’histoire familiale de Nikolaï Lvov. À partir de détails de la vie quotidienne, l’auteur reconstitue le monde de son enfance à travers le regard d’Aliocha. Tout au long du récit se développe l’amour pur et idéal que le jeune héros ressent, dès ses tendres années, pour sa cousine, Tania. Ce sentiment traverse, comme un fil ténu, toute l’œuvre. Le duo qu’ils forment alors au milieu des autres enfants et de toute la famille est un enchantement. Le jeune enfant, puis l’adolescent qu’il devient, préfigure le futur représentant de la noblesse russe libérale. Celui qui s’engagera dans le combat politique et social de son pays.

Souvenirs d’antan est une œuvre d’une densité littéraire exceptionnelle, où l’histoire est concentrée comme dans une miniature. Par-delà le dénouement, qui finit par nous apparaître comme une « lumière dans les ténèbres », on garde une impression de bonheur infini, le bonheur de l’enfance, à l’instar de la trilogie Enfance, Adolescence, Jeunesse de Léon Tolstoï, avec lequel Lvov partage la finesse dans l’analyse psychologique des personnages.

 

Roman d’espionnage et d’action, Sélection naturelle est une sorte d’inventaire sociologique de la Russie de la dernière décennie du XXe siècle. Filant de nombreux destins qui s’entrecroisent de manière inattendue et étrange, Alexandre Zviaguintsev dresse un tableau saisissant de la société russe. Il se place ainsi à contre-courant des peintures habituelles, souvent formatées, à une époque cruciale de réformes et de bouleversements.

Skif – un « héros de notre temps » –, ancien officier de l’Armée rouge, est un homme qui a été à rude école. Après des errances guerrières à travers l’Afghanistan et la Serbie, il revient enfin chez lui.  Mais il doit affronter la sombre réalité de son pays après la chute du mur de Berlin. L’URSS n’existe plus, c’est la Russie de Boris Eltsine qui lui a succédé. Et la situation qui y règne en 1996 le surprend et le choque à chaque pas. Hommes politiques véreux et incapables, businessmen louches, trafiquants éhontés, mafias multiformes… La nation tout entière paraît saisie d’une frénésie de pouvoir et d’argent.

L’album retrace l’histoire littéraire du XIXe siècle – le Siècle d’or russe – vu comme un cycle culturel. C’est avant tout le siècle de la renaissance – appelée « le miracle » de la littérature russe. Et l’auteur de ce miracle est sans aucun doute Alexandre Pouchkine. Grâce à lui, la littérature russe a acquis une « universalité » et a pu rejoindre la culture européenne. C’est pourquoi, le Siècle d’or commence avec lui et se termine à la mort d’un autre géant, Léon Tolstoï: les deux pôles entre lesquels oscille l’âme russe. À eux deux, ils illustrent le pouvoir de la littérature qui changea le regard de l’Europe sur un pays capable non seulement de prendre chez les autres peuples, mais aussi de donner, d’offrir de nouveaux repères spirituels, idéologiques et esthétiques.

Le livre reprend les éléments d’une exposition exceptionnelle organisée par la Fondation Martin Bodmer à Genève. Unique au monde, la fondation s’efforce de retracer l’histoire intellectuelle de l’humanité à partir des documents originaux. On trouve parmi ses trésors la Bible de Gutenberg, des manuscrits originaux de Dante, Goethe, Proust, Musil, et tant d’autres. Trésors du siècle d’or russe est toutefois bien plus qu’un catalogue d’exposition. C’est une composition originale dans laquelle se côtoient des documents d’archive et des textes de présentation d’une qualité exceptionnelle. Écrits par Georges Nivat – spécialiste incontestable de la culture russe – ils sont accompagnés par des éléments historiques et documentaires fournis par les meilleurs spécialistes russes.

Préface de Michel Aucouturier. Postface de Vitali Remizov

La Sonate à Kreutzer: une affaire de famille ? Dès sa parution, en 1891, elle a déchaîné les passions, et les réponses littéraires de sa femme et de son fils rassemblées ici révèlent, de manière éclatante, les conséquences profondes de la crise morale et spirituelle de Léon Tolstoï, au cœur même de sa famille. De tous les ouvrages de Tolstoï, La Sonate à Kreutzer est sans doute celui qui dévoile, de la façon la plus remarquable, les paradoxes de son œuvre et de sa personnalité. Jusqu’à la dernière ligne transparaissent le dégoût pour le mariage qui n’est que de la « prostitution légalisée », la haine des femmes « qui se vengent de nous en agissant sur nos sens», sa conviction que, pour obéir à la volonté de Dieu, l’homme doit s’abstenir de procréer.

Réponses familiales

Sa femme, Sofia Andreïevna, qui copie le manuscrit, éprouve, en le lisant, autant de fascination que d’horreur. Sa vengeance restera cachée. Peu connu, même en Russie, À qui la faute? révèle un talent littéraire nourri par un besoin d’expression personnelle et de justification. Écrit entre 1895 et 1898, Romance sans paroles répond également à une blessure. La mort à l’âge de sept ans de son dernier enfant. Il reflète par ailleurs sa fascination pour la musique, incarnée par le compositeur Sergueï Taneïev. La musique devient pour Sofia Tolstoï l’unique moyen de reprendre goût à la vie. Quelques années plus tard, Léon Tolstoï fils prend lui aussi la plume pour exprimer sa vision du couple.

Désormais, La Sonate à Kreutzer devient une affaire de famille. Dans Le Prélude de Chopin, le fils développe l’idée qu’un mariage précoce et pur, où les deux époux ne font qu’un seul être, est un bien qu’il ne faut surtout pas fuir. Que l’aspiration à la chasteté absolue de l’humanité démontrée dans La Sonate à Kreutzer n’a aucun sens, car elle mène à l’extinction du genre humain. « Le lien conjugal toujours puissant […] illustre le fameux paradoxe d’Oscar Wilde : loin de s’inspirer de la réalité des relations conjugales entre Léon et Sofia Tolstoï, la fiction de La Sonate à Kreutzer a fini par les influencer », conclut Michel Aucouturier, auteur de la préface.

 
Avant-propos de Vitali Remizov. Préface de Luba Jurgenson

À l’aube du XXe siècle, Sofia Andreïevna Tolstoï vient de passer la majeure partie de sa vie au côté de l’auteur de Guerre et Paix, l’illustre romancier et maître à penser russe. Elle décide alors d’entreprendre le récit de sa vie, en cherchant à se réapproprier cette part d’elle-même qui s’est consumée au contact du grand homme. Le besoin de Sofia Tolstoï de se confier à elle-même était fondamental. Mais, loin de suivre un récit linéaire, le lecteur est plongé dans les contradictions de cette femme de talent. Et qu’on découvre rongée parfois par l’orgueil et la jalousie.

Elle ne se borne pas à une simple description. En effet, à travers une sorte d’autoanalyse et dans un irrépressible besoin de comprendre, elle devient interprète de sa vie. On découvre une femme écrasée parfois par le génie de son mari, en proie à une sourde frustration, éternellement occupée par les soucis quotidiens. Ce témoignage est une matière première irremplaçable pour la connaissance intime de Tolstoï. L’œuvre de Sofia Andreïevna restitue ainsi, par le menu détail, son existence d’épouse de l’écrivain. 

 
EN RÉIMPRESSION.

Le Cahier rouge: un simple cahier d’écolier sauvegardé par miracle qui accompagna Marina Tsvetaeva dans un moment décisif de sa vie à Paris, en 1932-1933. Il aurait dû disparaître, étant donné les circonstances mouvementées de son existence et de l’époque. Mais elle le confia à un ami avant de quitter la France et de repartir en URSS en 1939. Un cahier inédit où l’on peut lire à livre ouvert le déroulement de sa création poétique. Où l’on observe le poète à sa table de travail écrivant, cherchant et trouvant, tantôt sous le coup de l’inspiration, tantôt dans une endurante patience, le verbe poétique ; où l’on découvre enfin l’écriture en français d’une poétesse russe qui aurait pu devenir poétesse française.

Ce cahier célèbre aussi deux géants de la poésie, Pasternak et Maïakovski, les amours féminines, les passions charnelles, le bonheur du conte et de l’enfance perdue, tous les démons et les délices de l’imagination. Une histoire de la création sur un fond idéologique et politique qui déchira le siècle. Une époque terrible, où il est question de survie, où le crime totalitaire est irrémédiable, qui voit la fin de toute espérance, la disparition de la génération des poètes de l’Âge d’argent, la mort de la poésie.

   
OUVRAGE ÉPUISÉ. DISPONIBLE EN POCHE ICI
Postface de Nikolaï Kirillovitch Golovkine

Conçu dans les années 1960 par Irina Golovkina et diffusé sous le manteau, Les Vaincus est publié pour la première fois en 1992 avant de connaître un immense succès. Roman de la tragédie russe après les événements de la dictature bolchévique, il évoque les derniers feux d’une noblesse héroïque et d’une intelligentsia idéaliste.

Le lecteur suit les destins entrelacés d’une illustre famille et d’une foule de personnages dans leur quotidien harassant. Vente de maigres biens pour survivre, car le travail leur est interdit, assignation à résidence, prisons ou camps. Poursuivis par la Guépéou, exilés, persécutés, exécutés, aucun n’échappera au rouleau compresseur soviétique. Ce sont des individus aux abois, traqués par les dénonciations, les interrogatoires et les arrestations arbitraires. Mais Les Vaincus est aussi une sublime histoire d’amour, celle d’une princesse en haillons, et le lecteur, est emporté par l’émotion que suscite ce drame puissant.

Cette saga fleuve remarquable et bouleversante est traduite ici pour la première fois en français.