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Roman d’espionnage et d’action, Sélection naturelle est une sorte d’inventaire sociologique de la Russie de la dernière décennie du XXe siècle. Filant de nombreux destins qui s’entrecroisent de manière inattendue et étrange, Alexandre Zviaguintsev dresse un tableau saisissant de la société russe. Il se place ainsi à contre-courant des peintures habituelles, souvent formatées, à une époque cruciale de réformes et de bouleversements.
Skif – un « héros de notre temps » –, ancien officier de l’Armée rouge, est un homme qui a été à rude école. Après des errances guerrières à travers l’Afghanistan et la Serbie, il revient enfin chez lui. Mais il doit affronter la sombre réalité de son pays après la chute du mur de Berlin. L’URSS n’existe plus, c’est la Russie de Boris Eltsine qui lui a succédé. Et la situation qui y règne en 1996 le surprend et le choque à chaque pas. Hommes politiques véreux et incapables, businessmen louches, trafiquants éhontés, mafias multiformes… La nation tout entière paraît saisie d’une frénésie de pouvoir et d’argent.
L’album retrace l’histoire littéraire du XIXe siècle – le Siècle d’or russe – vu comme un cycle culturel. C’est avant tout le siècle de la renaissance – appelée « le miracle » de la littérature russe. Et l’auteur de ce miracle est sans aucun doute Alexandre Pouchkine. Grâce à lui, la littérature russe a acquis une « universalité » et a pu rejoindre la culture européenne. C’est pourquoi, le Siècle d’or commence avec lui et se termine à la mort d’un autre géant, Léon Tolstoï: les deux pôles entre lesquels oscille l’âme russe. À eux deux, ils illustrent le pouvoir de la littérature qui changea le regard de l’Europe sur un pays capable non seulement de prendre chez les autres peuples, mais aussi de donner, d’offrir de nouveaux repères spirituels, idéologiques et esthétiques.
Le livre reprend les éléments d’une exposition exceptionnelle organisée par la Fondation Martin Bodmer à Genève. Unique au monde, la fondation s’efforce de retracer l’histoire intellectuelle de l’humanité à partir des documents originaux. On trouve parmi ses trésors la Bible de Gutenberg, des manuscrits originaux de Dante, Goethe, Proust, Musil, et tant d’autres. Trésors du siècle d’or russe est toutefois bien plus qu’un catalogue d’exposition. C’est une composition originale dans laquelle se côtoient des documents d’archive et des textes de présentation d’une qualité exceptionnelle. Écrits par Georges Nivat – spécialiste incontestable de la culture russe – ils sont accompagnés par des éléments historiques et documentaires fournis par les meilleurs spécialistes russes.
La Sonate à Kreutzer: une affaire de famille ? Dès sa parution, en 1891, elle a déchaîné les passions, et les réponses littéraires de sa femme et de son fils rassemblées ici révèlent, de manière éclatante, les conséquences profondes de la crise morale et spirituelle de Léon Tolstoï, au cœur même de sa famille. De tous les ouvrages de Tolstoï, La Sonate à Kreutzer est sans doute celui qui dévoile, de la façon la plus remarquable, les paradoxes de son œuvre et de sa personnalité. Jusqu’à la dernière ligne transparaissent le dégoût pour le mariage qui n’est que de la « prostitution légalisée », la haine des femmes « qui se vengent de nous en agissant sur nos sens», sa conviction que, pour obéir à la volonté de Dieu, l’homme doit s’abstenir de procréer.
Sa femme, Sofia Andreïevna, qui copie le manuscrit, éprouve, en le lisant, autant de fascination que d’horreur. Sa vengeance restera cachée. Peu connu, même en Russie, À qui la faute? révèle un talent littéraire nourri par un besoin d’expression personnelle et de justification. Écrit entre 1895 et 1898, Romance sans paroles répond également à une blessure. La mort à l’âge de sept ans de son dernier enfant. Il reflète par ailleurs sa fascination pour la musique, incarnée par le compositeur Sergueï Taneïev. La musique devient pour Sofia Tolstoï l’unique moyen de reprendre goût à la vie. Quelques années plus tard, Léon Tolstoï fils prend lui aussi la plume pour exprimer sa vision du couple.
Désormais, La Sonate à Kreutzer devient une affaire de famille. Dans Le Prélude de Chopin, le fils développe l’idée qu’un mariage précoce et pur, où les deux époux ne font qu’un seul être, est un bien qu’il ne faut surtout pas fuir. Que l’aspiration à la chasteté absolue de l’humanité démontrée dans La Sonate à Kreutzer n’a aucun sens, car elle mène à l’extinction du genre humain. « Le lien conjugal toujours puissant […] illustre le fameux paradoxe d’Oscar Wilde : loin de s’inspirer de la réalité des relations conjugales entre Léon et Sofia Tolstoï, la fiction de La Sonate à Kreutzer a fini par les influencer », conclut Michel Aucouturier, auteur de la préface.
À l’aube du XXe siècle, Sofia Andreïevna Tolstoï vient de passer la majeure partie de sa vie au côté de l’auteur de Guerre et Paix, l’illustre romancier et maître à penser russe. Elle décide alors d’entreprendre le récit de sa vie, en cherchant à se réapproprier cette part d’elle-même qui s’est consumée au contact du grand homme. Le besoin de Sofia Tolstoï de se confier à elle-même était fondamental. Mais, loin de suivre un récit linéaire, le lecteur est plongé dans les contradictions de cette femme de talent. Et qu’on découvre rongée parfois par l’orgueil et la jalousie.
Elle ne se borne pas à une simple description. En effet, à travers une sorte d’autoanalyse et dans un irrépressible besoin de comprendre, elle devient interprète de sa vie. On découvre une femme écrasée parfois par le génie de son mari, en proie à une sourde frustration, éternellement occupée par les soucis quotidiens. Ce témoignage est une matière première irremplaçable pour la connaissance intime de Tolstoï. L’œuvre de Sofia Andreïevna restitue ainsi, par le menu détail, son existence d’épouse de l’écrivain.
Le 21 juillet 1944, Nina, l’épouse de Claus von Stauffenberg, l’auteur de l’attentat manqué contre Hitler, informe ses enfants que leur père a commis une faute grave et qu’il a été exécuté pendant la nuit. Ils n’apprendront la vérité qu’à la fin de la guerre. Lorsqu’ils comprendront que le mensonge de leur mère les avait protégés.
« La famille Stauffenberg sera anéantie jusqu’à son dernier membre », annonçait Himmler, le 3 août 1944. Désormais, pour les familles des conjurés, il ne s’agissait plus de politique mais de survie. La « Sippenhaft », la politique selon laquelle toute la famille devenait complice des crimes commis par un des siens, signifiait que Nina et ses enfants seraient arrêtés, interrogés, et peut-être exécutés. Elle est arrêtée deux jours plus tard, et commence alors près d’une année d’isolement. Elle se retrouve dans les prisons SS, dans le camp de concentration de Ravensbrück et, enfin, dans les hôpitaux.
Ses enfants sont enlevés par les nazis et placés dans un orphelinat sous un faux nom, en vue d’être adoptés. Enceinte, c’est sans doute cet enfant à venir qui a épargné à Nina l’exécution ; elle a donné naissance à sa fille Konstanze en prison. Basée sur des entretiens, de nombreux documents, lettres et archives, mais aussi des histoires orales transmises de génération en génération, cette chronique familiale se confond avec la grande Histoire dans ses moments les plus tragiques.
L’église orthodoxe Saint-Alexandre-Nevski de la rue Daru pointe ses cinq flèches aux coupoles dorées dans le ciel du quartier de l’Étoile. Consacrée en 1861, elle avait été bâtie dans un quartier choisi en fonction de sa commodité pour les touristes fortunés et les diplomates russes de l’époque. Mais c’était la seule église russe de Paris et les émigrés des années 1920, pourtant installés en majorité dans des arrondissements éloignés et dans les proches banlieues de l’ouest parisien, la fréquentèrent en masse. Bousculant dans ses habitudes son clergé d’ancien régime, ils transformèrent en église paroissiale débordante d’activités cette chapelle d’ambassade assoupie.
Le Cahier rouge: un simple cahier d’écolier sauvegardé par miracle qui accompagna Marina Tsvetaeva dans un moment décisif de sa vie à Paris, en 1932-1933. Il aurait dû disparaître, étant donné les circonstances mouvementées de son existence et de l’époque. Mais elle le confia à un ami avant de quitter la France et de repartir en URSS en 1939. Un cahier inédit où l’on peut lire à livre ouvert le déroulement de sa création poétique. Où l’on observe le poète à sa table de travail écrivant, cherchant et trouvant, tantôt sous le coup de l’inspiration, tantôt dans une endurante patience, le verbe poétique ; où l’on découvre enfin l’écriture en français d’une poétesse russe qui aurait pu devenir poétesse française.
Ce cahier célèbre aussi deux géants de la poésie, Pasternak et Maïakovski, les amours féminines, les passions charnelles, le bonheur du conte et de l’enfance perdue, tous les démons et les délices de l’imagination. Une histoire de la création sur un fond idéologique et politique qui déchira le siècle. Une époque terrible, où il est question de survie, où le crime totalitaire est irrémédiable, qui voit la fin de toute espérance, la disparition de la génération des poètes de l’Âge d’argent, la mort de la poésie.
Ébranles par L’Archipel du Goulag, des millions de lecteurs ont suivi avec passion la lutte solitaire Alexandre Soljenitsyne contre un empire qui semblait établi pour un bon millénium. Le présent livre rend compte des multiples facettes de ce géant de l’écriture. Ce catalogue d’exposition rassemble des études d’ensemble, articles ciblés (la réception de l’écrivain, les biographies qui lui ont été consacrées) et témoignages (ses deux principaux traducteurs, son éditeur en russe, son agent littéraire mondial, le compositeur Gilbert Amy, sa dernière biographe). Il compte également des inédits : plusieurs lettres dont l’émouvante lettre à Spiridon (le concierge de la charachka), une longue lettre à Lydia Tchoukovskaïa, des fragments du Journal R-17, trois textes qui sont des lectures faites par Soljenitsyne : Mon Lermontov, Ivan Chmeliov et son Soleil des morts, Le Pétersbourg d’Andreï Biely.
Le 25 juillet 1920, Nelly Ptachkina tombait dans la cascade du Dard, au pied du Mont-Blanc. Elle avait dix-sept ans et laissait un journal, édité ensuite par sa mère, dans les années 1920. Joseph Kessel en publia des extraits dans ses Souvenirs d’un commissaire rouge.
Le Journal (1918-1920) recouvre la chronologie de la guerre civile depuis son déclenchement jusqu’au début des conflits russo-polonais, qui entraîneront la guerre soviéto-polonaise. Mue essentiellement par la nécessité d’une introspection liée à la construction de sa personnalité, Nelly Ptachkina fait de ses notes de véritables « rapports » sur son état intérieur face à ces complexes bouleversements historiques. Elle ignore alors – mais plus pour très longtemps – que vivre et s’observer, pour elle, sera synonyme de se penser comme témoin historique.
D’une maturité peu commune et d’une indépendance d’esprit absolue, Nelly, dont la personnalité est peu à peu façonnée par la présence constante de la mort et la perspective de la destruction du monde qui était le sien, reste cependant attachée à une Russie dont elle n’a pas encore compris ni accepté la disparition. Mais, face aux pogroms qui déchirent l’Ukraine et à l’explosion de la violence, l’émigration devient salut, même si c’est le cœur lourd qu’elle se sépare des paysages de son enfance. Images vues comme à travers le trou de la serrure, de façon parcellaire, fragmentée, floue. C’est ainsi que la révolution et la guerre civile apparaissent à un individu isolé, aux familles jetées dans la tourmente et, à plus forte raison, à une adolescente pensant son devenir dans un monde déstructuré.
Le 22 novembre 1920, deux vapeurs russes, le Kherson et le Rion, commencent à débarquer les premiers contingents de l’armée du général Wrangel évacuée de Crimée, dans le port de la petite ville de Gallipoli, à l’entrée de la mer de Marmara.
Cet épisode, à première vue insignifiant dans la perspective de la « grande histoire », fut, peut-être plus qu’aucun autre, l’événement fondateur des quatre-vingt-dix années d’existence des Russes blancs en exil. Environ cinquante mille personnes s’installent dans des camps de fortune sur l’île grecque de Lemnos, à Bizerte en Tunisie et dans la péninsule de Gallipoli. Toutes les couches sociales sont représentées, désormais unies dans le même dénuement. Ces hommes ont un même rêve : le retour prochain au pays, les armes à la main. Mais ce retour se fait attendre et la vie s’organise dans la durée, avec les moyens du bord.
À partir de 1921, et en raison de la pression internationale, les camps sont évacués et les hommes dispersés dans les Balkans. Ensuite d’autres pays, qui offrent de meilleures conditions de travail, les accueilleront. La France, manquant de main-d’œuvre industrielle après la Grande Guerre, sera l’une de leurs principales destinations. Fondé sur des sources peu connues en France et illustré d’un grand nombre de photos inédites, cet ouvrage de Nicolas Ross présente de manière vivante le combat et l’exode fondateur de la Russie blanche. Il restitue ainsi la mémoire de ces hommes restés fidèles aux valeurs ancestrales de leur pays.
Sándor Márai (1900-1989) est né à Kassa dans une famille de la grande bourgeoisie d’origine allemande. Il a fait ses études à Leipzig, puis a vécu à Francfort et Berlin, avant de rentrer en Hongrie se consacrer à l’écriture. Opposé à toute forme de domination politique, il se refusera avec détermination à une Hongrie alliée à l’Allemagne. En 1948, il choisit l’exil, en France, en Italie, puis en Californie où il s’installera définitivement.
En 1992, le public français redécouvrait l’œuvre du romancier hongrois Sándor Márai. Son parcours est atypique. Il a en effet été célébré dans son pays dans l’entre-deux-guerres, puis occulté sous le régime soviétique, poussé à l’exil en 1948 et mort aux États-Unis en 1989. Quelques mois après la chute du rideau de fer, les Hongrois redécouvraient ses chefs-d’œuvres. Ils sont traduits depuis dans une vingtaine de langues. Émerge dès lors une question. Márai est-il un grand classique de la littérature européenne ou un « auteur culte » fabriqué par les politiques éditoriales occidentales après la chute du Mur ?
Souvent rapproché de Kundera ou de Stefan Zweig, Márai est un mélange de haute culture et de fantaisie créatrice. Avant tout romancier, il est aussi auteur de pièces de théâtre, d’articles ou récits de voyage. Sa thématique est riche : du triangle amoureux au mariage, des retrouvailles au bonheur impossible. Du conflit des générations au conflit entre individu et pouvoir. Ou encore de la décadence de la culture européenne à la montée de la barbarie, l’exil ou la mort.
Fruit d’une collaboration interdisciplinaire, La Fortune littéraire de Sándor Márai crée les prémices de l’étude critique de ce grand auteur en France.
Conçu dans les années 1960 par Irina Golovkina et diffusé sous le manteau, Les Vaincus est publié pour la première fois en 1992 avant de connaître un immense succès. Roman de la tragédie russe après les événements de la dictature bolchévique, il évoque les derniers feux d’une noblesse héroïque et d’une intelligentsia idéaliste.
Le lecteur suit les destins entrelacés d’une illustre famille et d’une foule de personnages dans leur quotidien harassant. Vente de maigres biens pour survivre, car le travail leur est interdit, assignation à résidence, prisons ou camps. Poursuivis par la Guépéou, exilés, persécutés, exécutés, aucun n’échappera au rouleau compresseur soviétique. Ce sont des individus aux abois, traqués par les dénonciations, les interrogatoires et les arrestations arbitraires. Mais Les Vaincus est aussi une sublime histoire d’amour, celle d’une princesse en haillons, et le lecteur, est emporté par l’émotion que suscite ce drame puissant.
Cette saga fleuve remarquable et bouleversante est traduite ici pour la première fois en français.
Dans les années 1930, Gustavo Gili, un éditeur espagnol de Barcelone, confia l’illustration d’une édition de Don Quichotte pour bibliophiles à Alexandre Alexeïeff. Mais peu de temps après, l’Espagne était plongée dans la guerre civile et le projet d’édition fut abandonné. Pourtant, une moitié des cent cinquante illustrations avait déjà été réalisée. Les plaques de cuivre, dont le premier tirage n’a pas été réalisé du vivant de l’artiste, sont donc restées en sommeil pendant soixante-dix ans. Leur restauration permet d’offrir pour la première fois aux lecteurs la vision du Don Quichotte d’Alexandre Alexeïeff.
L’histoire du roman En attendant l’heure d’après est sans doute la plus bouleversante de la littérature roumaine. Commencé en 1943, il est achevé en 1955 et, en 1959, Dinu Pillat est arrêté, accusé de faire l’apologie des légionnaires, mouvement d’extrême-droite, qui a semé la terreur entre les deux-guerres en Roumanie. Confisqué à l’époque, le manuscrit a été découvert en 2010, et publié aussitôt.
L’auteur reconstitue en séquences quasi cinématographiques l’intimité de deux générations. Les parents d’un côté, accomplis socialement mais enlisés dans un confort léthargique. Et de l’autre les enfants, exaltés, les poings levés vers une société bourgeoise endormie. Aventuriers, intellectuels raffinés, anarchistes, parvenus, manipulés ou conscients de leurs actes, les adolescents veulent changer leur monde et se vouer à un idéal. Mais ils sont happés par l’idéologie destructrice des messagers. Ils perdent leur identité et leurs repères, et plongent dans la violence absurde et la trahison.
Le livre du père Tikhon dresse un tableau vivant de l’univers méconnu et caché de la vie des moines en Russie dans les années 1980 et 1990. C’est un éloge de la vie monastique. Mais surtout de ces humbles héros des temps modernes, dans leur lutte contre le mal et l’illusion. Il y a parmi eux des ascètes, des mystiques, des excentriques, des rusés… Mais tous sont de bons chrétiens et, surtout, de profonds croyants. Servi par un texte plein de spontanéité et de simplicité, ce livre fourmille de détails croqués sur le vif. Les saints et leurs quotidiens sont ainsi décrits avec finesse et humour.
Père Rafaïl et autres saints de tous les jours met en évidence le statut spirituel fondamental occupé par le monachisme dans l’Église orthodoxe – statut bafoué pendant les années de communisme.