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Publiés aux éditions des Syrtes
Syrtes Pahor Slovénie Italie fascisme

Les quatorze nouvelles regroupées dans Arrêt sur le Ponte Vecchio sonnent, tels des éclats d’un miroir brisé reflétant les drames du XXe siècle, comme un appel au devoir de mémoire. Chacune d’entre elle correspond à un moment singulier de cette montée de la barbarie, du martyre des Slovènes dans l’Italie fasciste aux rescapés des camps de la mort.

D’inspiration autobiographiques, ces nouvelles font ainsi découvrir l’histoire slovène. La première partie se passe ainsi dans les années 1920. On y voit avec horreur la montée du fascisme et les chemises noires italiennes. La deuxième partie entraîne le lecteur vers les camps où Boris Pahor aura passé quelques temps. Alors que la troisième partie présente la ville de Trieste. Ce recueil est particulièrement exemplaire par la langue imagée de l’auteur, si belle et poétique.

Alors que l’atrocité et la cruauté des hommes sont la toile de fond de ce livre superbe, Boris Pahor ne cède jamais au désespoir, et nous livre un regard tour à tour désabusé, ironique ou tendre. Il aborde les relations entre Italiens et Slovènes, la cohabitation parfois difficile et surtout la façon d’envisager leur histoire commune. Une leçon d’humanité inoubliable.

chronique Belgrade Ivo Andric
Inédit
C’est au lendemain de la Seconde Guerre mondiale qu’Ivo Andrić écrit les nouvelles qui composent La Chronique de Belgrade.  À travers le portrait de « petites gens » – décrits dans leur humanité la plus admirable –, l’auteur transcrit la transformation de la société et l’évolution des mentalités et des relations familiales.  Les héros d’Andrić sont des êtres que nous avons l’impression de connaître de vue. Ils s’imposent à nous par cette intensité de force vitale qui les anime, par cette chaleureuse sympathie qu’ils nous inspirent, par la violence avec laquelle ils sont uniques. Car Andrić est un humaniste dont la vision du monde et de l’homme est empreinte d’un certain optimisme ou, plus exactement, d’un « optimisme humaniste ». La Chronique est également en filigrane un portrait formidablement vivant de Belgrade et un hommage à la ville qui, en 1918, avait accueilli l’écrivain à bras ouverts, alors qu’il était déjà un poète engagé. L’écriture d’Ivo Andrić, d’une élégance dépourvue de tout artifice, son style, sobre et lapidaire évoquent la longue tradition orale de la poésie populaire et des légendes de son pays. La Chronique de Belgrade est un texte inédit, paru en serbe en 2014.  
Inspirés par le voyage d’Alexandre Dumas en Russie en 1858-1859, les Romans caucasiens font découvrir des terres méconnues, réputées dangereuses où rôdent brigands et rebelles. Entre le conte et le roman d’aventures, Sultanetta et La Boule de neige entraînent le lecteur au cœur d’un pays enchanteur mais menaçant, où des héros téméraires et ténébreux sont prêts à tous les excès pour une belle aux yeux de braise ou par amour de la liberté. Sous l’apparente simplicité des histoires d’amours contrariées, se cache toute la complexité de cette région à l’histoire tumultueuse. Restés inédits plus d’un siècle, exotiques à souhait, Les Romans caucasiens dévoilent une facette sans doute peu connue d’Alexandre Dumas, mais qui confirme son immense talent de conteur.  
Adriana Dimova Bulgarie transmission confession
Adriana raconte l’histoire d’une femme née dans une famille riche avant le communisme, qui blasée et cruelle, se joue des cœurs; et tout cela finit forcément mal. La rencontre avec Ioura, au soir de sa vie, sera pour elle une catharsis. Entre Adriana et la jeune femme qui l’écoute, naît une amitié et une grande affection. Grâce à cette complicité, Adriana parviendra à se regarder en face et à atteindre un état de légèreté, tandis que Ioura trouvera le bonheur. Dans une langue poétique, Théodora Dimova entraîne le lecteur dans une longue confession sans complaisance, laissant le lecteur bouleversé. Mais cette confession interroge aussi sur le sens de la transmission. Sous la plume de Dimova, Adriana devient un personnage hypnotique et mythique, digne des grandes légendes romantiques de la Mitteleuropa.  
Tandis qu’aux États-Unis la conquête de l’Ouest se poursuit inexorablement, les Empires russe et britannique se livrent une « guerre froide » en Extrême-Orient. Guennadi Nevelskoï, navigateur obstiné, poussé par une ambition effrénée, obtient l’autorisation officieuse du tsar de lancer une expédition dans cette région. Son but est de trouver une voie navigable sur la côte pacifique, à l’embouchure du fleuve Amour, face à l’île de Sakhaline. De cette histoire épique et méconnue, Andreï Guelassimov tire un scénario rocambolesque et savoureux. Sans dissimuler une certaine jubilation littéraire, il fait appel tour à tour à des intrigues invraisemblables, des espions écervelés, des bandits ou des mouchards qui s’affrontent dans un suspens où la satire et l’ironie frôlent souvent le lyrisme. Plongé au cœur de ces nombreuses péripéties, le lecteur a le sentiment de toucher du doigt ce qu’il faut d’efforts, d’ingéniosité, d’intrigues et de hasards pour parvenir à une décision politique et humaine capable d’influencer l’histoire du monde. Avec La Rose des vents Guelassimov choisit de rendre hommage au roman historique et d’aventures. Il revisite les lectures qui ont bercé son adolescence (et la nôtre !), se jouant des codes avec un plaisir facétieux.
Aussi disponible en grand format et en version numérique
Du même auteur aux éditions des Syrtes
Purextase, 2023  
Dans l’espace francophone Marina Tsvetaeva (1892-1941) est surtout connue par sa prose mais elle se considérait avant tout comme une poétesse et elle le demeure pour le public russe. Cette édition en bilingue reprend en format de poche la première partie de l’édition parue aux Syrtes en 2015. Il s’agissait d’une nouvelle traduction de la poésie lyrique de Marina Tsvetaeva, en grande partie inédite. Les deux volumes des Poèmes de Russie, (vendus séparément et ensemble sous coffret) rassemblent la création lyrique en Russie, jusqu’au moment où Tsvetaeva quitte son pays, en 1922. Certains d’entre eux avaient été publiés en recueils ou dans des revues, d’autres remplissaient ses nombreux cahiers de travail. En cette époque moscovite, Tsvetaeva écrit parfois plusieurs poèmes lyriques par jour et les murs de son logis reflètent sa recherche verbale : ils sont couverts de fragments de poèmes, de rimes, de phrases disparates. Cette période de vie, avant le départ pour l’Europe, est riche en événements personnels et historiques. Les poèmes reflètent les joies et les douleurs vécues en ces années difficiles : l’amour est un thème récurrent et l’auteur en décrit toutes les facettes avec une aisance déconcertante. Véronique Lossky, la traductrice de cet ensemble, a consacré sa vie à l’œuvre de Marina Tsvetaeva. C’est la première fois qu’elle s’est attelée avec brio à la traduction. Un double impératif a guidé son énorme travail : le premier, donner les recueils complets dans l’ordre de leur publication, ou de leur achèvement pour ceux qui n’ont pas été publiés; le second, restituer le lyrisme de la langue et son feu incandescent. Le pari, audacieux, a été salué unanimement par la presse.
espion milliards Moscou guerre froide Hoffman
 
L’histoire vraie d’Adolphe Tolkatchev, espion soviétique Adolf Tolkatchev, citoyen soviétique ordinaire, est ingénieur à l’Institut de recherches sur les radars à Moscou. Il a accès à des informations ultrasecrètes et essentielles dans la course à l’armement entre les États-Unis et l’URSS. Déçu par le régime soviétique, il s’efforce de convaincre la CIA d’accepter sa collaboration. Ayant finalement pu offrir ses services, il photographie entre 1978 et 1985 des documents d’une immense valeur pour lesquels il reçoit de grosses sommes d’argent. Il devient ainsi l’espion le plus précieux pour la CIA de cette période de la guerre froide. Dénoncé par un ancien stagiaire de la CIA qui cherche à se venger, Tolkatchev est arrêté et exécuté pour haute trahison en 1986. Toutefois, sa postérité reste importante : en quelques années, il aura fourni aux états-Unis des informations tellement essentielles sur les systèmes d’armement, l’aéronautique et les radars qu’il aura permis d’influer le cours de la guerre froide et bien au-delà. S’appuyant sur des documents jusqu’alors secrets et sur des entretiens avec des témoins, David E. Hoffman dresse un portrait saisissant et sans précédent de Adolf Tolkatchev. Il peint également le dangereux travail des espions à la CIA et au KGB. Passionnant, imprévisible, au rythme enlevé mais extrêmement précis, L’Espion qui valait des milliards est un document brillant doublé d’un formidable récit d’espionnage.
Également disponible en livre numérique

La Sonate à Kreutzer: une affaire de famille ? Dès sa parution, en 1891, elle a déchaîné les passions, et les réponses littéraires de sa femme et de son fils rassemblées ici révèlent, de manière éclatante, les conséquences profondes de la crise morale et spirituelle de Léon Tolstoï, au cœur même de sa famille. De tous les ouvrages de Tolstoï, La Sonate à Kreutzer est sans doute celui qui dévoile, de la façon la plus remarquable, les paradoxes de son œuvre et de sa personnalité. Jusqu’à la dernière ligne transparaissent le dégoût pour le mariage qui n’est que de la « prostitution légalisée », la haine des femmes « qui se vengent de nous en agissant sur nos sens», sa conviction que, pour obéir à la volonté de Dieu, l’homme doit s’abstenir de procréer.

Réponses familiales

Sa femme, Sofia Andreïevna, qui copie le manuscrit, éprouve, en le lisant, autant de fascination que d’horreur. Sa vengeance restera cachée. Peu connu, même en Russie, À qui la faute? révèle un talent littéraire nourri par un besoin d’expression personnelle et de justification. Écrit entre 1895 et 1898, Romance sans paroles répond également à une blessure. La mort à l’âge de sept ans de son dernier enfant. Il reflète par ailleurs sa fascination pour la musique, incarnée par le compositeur Sergueï Taneïev. La musique devient pour Sofia Tolstoï l’unique moyen de reprendre goût à la vie. Quelques années plus tard, Léon Tolstoï fils prend lui aussi la plume pour exprimer sa vision du couple.

Désormais, La Sonate à Kreutzer devient une affaire de famille. Dans Le Prélude de Chopin, le fils développe l’idée qu’un mariage précoce et pur, où les deux époux ne font qu’un seul être, est un bien qu’il ne faut surtout pas fuir. Que l’aspiration à la chasteté absolue de l’humanité démontrée dans La Sonate à Kreutzer n’a aucun sens, car elle mène à l’extinction du genre humain. « Le lien conjugal toujours puissant […] illustre le fameux paradoxe d’Oscar Wilde : loin de s’inspirer de la réalité des relations conjugales entre Léon et Sofia Tolstoï, la fiction de La Sonate à Kreutzer a fini par les influencer », conclut Michel Aucouturier, auteur de la préface.

Du même auteur aux Éditions des Syrtes:
L’argent et le travail (2010)
ÉPUISÉ – DISPONIBLE EN SYRTES POCHE
Bulgarie au début du XXe siècle, une société pétrie de traditions, de superstitions et de conventions ancestrales. La jeune Miriam, fantasque, indépendante, un peu sorcière, aime Ahmed envers et contre tout. Elle décide de vivre avec lui, puis de le suivre à Istanbul au risque d’en payer le prix fort. Miriam doit se battre à chaque instant pour garder sa liberté : celle d’être une enfant libre et s’épanouir comme elle l’entend, puis comme femme, comme amoureuse et épouser qui elle entend – un homme aussi libre qu’elle –, enfin, comme mère. Mais, rattrapée par les préjugés, elle est confrontée à un choix impossible.
L’histoire racontée par Maria Kassimova-Moisset est celle de sa grand-mère et de son père, telle qu’elle lui a été racontée, telle qu’elle s’en souvient. La narration, qui s’attarde tour à tour sur les différents personnages, est entrecoupée par des dialogues dans lesquels l’autrice interpelle et questionne leurs actes. Créant ainsi un pont avec le lecteur du XXIe siècle.
L’écriture, sans pathos, dépeint avec sensibilité, empathie et poésie les détails du quotidien, regarde avec attention les visages, à la recherche de ce que l’on ne peut exprimer avec des mots. Rhapsodie balkanique est un roman poignant et universel sur les ravages de l’intolérance et l’arbitraire des choix. Un roman sur une femme qui incarne une génération désireuse de s’émanciper
Première biographie russe de Léon Tolstoï traduite en français, La Vie de Léon Tolstoï réussit le tour de force d’exposer la vie et l’œuvre du grand écrivain dans un format restreint, sans sacrifier la complexité de son héros, les sentiments controversés qu’il inspire ou les éléments de contexte nécessaires à la présentation de son propos.  Réservant une large part aux extraits choisis de sa prose, de son journal et de sa correspondance, Andreï Zorine donne à voir, dans un style fluide et sobre, un Tolstoï sans emphase ni spéculation. L’« expérience de lecture » qu’il propose, à la frontière de la biographie, du récit et de l’essai, éclaire le phénomène Tolstoï d’un jour nouveau. Elle amène Zorine à découvrir une profonde cohérence, un fil conducteur, dans son parcours de vie.  
Avec Transfigurer le genre, Jean-Claude Larchet propose une étude sur la vision du genre basée sur les textes bibliques, les positions des Pères de l’Église et le mode d’existence chrétien. Il montre comment la spiritualité chrétienne propose une transfiguration du genre qui dépasse les limites de la nature déchue (confondue à tort avec la nature originelle) ainsi que la théorie du genre et ses applications. Le théologien rappelle que, sur beaucoup de plans, le christianisme a fortement valorisé la femme, la considérant comme fondamentalement égale à l’homme. Face à la guerre des sexes que des minorités suscitent – mais aussi à de fausses conceptions de la virilité et de la féminité –, il définit ce que peut et doit être une relation idéale, complémentaire, harmonieuse et épanouissante entre l’homme et la femme, fondée sur le respect et sur l’amour spirituel, lui-même conditionné par la lutte contre les passions (qui sont les vrais facteurs de perturbation des relations entre hommes et femmes). Jean-Claude Larchet explique aussi comment le monachisme transfigure le genre à sa manière, et comment la spiritualité chrétienne réalise, spirituellement, une certaine fluidité des genres sans pour autant les nier. La parole de l’apôtre Paul « en Christ il n’y a ni homme ni femme » est, dans sa compréhension juste, le leitmotiv de ce livre qui, dans la confusion actuelle, apporte de la clarté et ouvre de nouvelles perspectives. Du même auteur aux éditions des Syrtes Les Fondements de la crise écologique (2018) Les Animaux dans la spiritualité orthodoxe (2018) En suivant les Pères… La vie et l’oeuvre du Père Georges Florovsky (2019) Petite théologie pour les temps de pandémie (2020) Mont Athos, Carnets 1974-2015 (2022) Qu’est-ce que la théologie? (2022)
  Alexandre Dumas n’a pas laissé la Russie hors de sa géographie romanesque, ni de ses itinéraires personnels. Bien avant son voyage de 1858, il écouta avec attention le récit de son maître d’armes, Augustin Grisier (1791-1865), revenu d’un séjour de dix ans au pays des tsars, où il enseignait l’art de l’escrime aux jeunes aristocrates de Saint-Pétersbourg et de Moscou. Parmi ceux-ci figurait Ivan Alexeïevitch Annenkov, déporté en Sibérie pour avoir participé à la conspiration de décembre 1825. Une jeune Française, Pauline Gueble, modiste dans la capitale russe, partagea son sort et passa le reste de sa vie à ses côtés. Dumas fit de Grisier le narrateur, et de son récit la base du Maître d’armes.En 1826, la France est ruinée par les campagnes napoléoniennes et la Russie apparaît comme un pays de cocagne. En quête de gloire et de fortune, Grisier part donc pour Saint-Pétersbourg. Après un voyage éprouvant, il se lie d’amitié avec Louise Dupuis, une modiste française expatriée, ainsi que son amant le comte Alexis Vaninkov, jeune lieutenant de la garde de l’empereur. À la mort du tsar Alexandre, des conspirateurs, avec lesquels Alexis s’est laissé entraîner par désœuvrement, profitent du trouble pour essayer d’instaurer une république. Cependant, mal préparé, ce complot des décembristes, est un échec. Tous les protagonistes sont arrêtés et le comte Alexis est condamné à l’exil perpétuel en Sibérie. S’ensuivent des ennuis inattendus pour notre maître d’armes. À la croisée de ces destins, périls et prouesses, complots abjects et intrigues amoureuses se succèdent sous la plume d’Alexandre Dumas dans un style palpitant. Il met ici tout son amour pour une Russie qui le fascine et qu’il s’efforce de comprendre.
Le Maître d’armes dévoile une facette surprenante de conteur et d’écrivain-voyageur.    
ÉGALEMEMENT DISPONIBLE en version numérique
Sous la direction d’Andras Kányádi
La présence du jeu royal dans les belles lettres est inestimable. Depuis l’apparition des échecs en Inde, les textes littéraires ne cessent de s’y intéresser sous les angles les plus divers. Ce recueil thématique comporte dix-huit études portant sur les littératures de l’Europe médiane, cet espace à géométrie variable que l’on situe entre les pays germanophones et russophones, et dont les limites poétiques échiquéennes pourraient être tracées entre Stefan Zweig et Vladimir Nabokov. La variété des genres y est à l’honneur, notamment avec les poèmes de Constantin Cavafy, d’August Šenoa et de Nichita Stănescu, le théâtre de Eino Leino et de Vinko Möderndorfer, les nouvelles de Sławomir Mrożek et de Milorad Pavić, ou encore les romans d’Icchokas Meras et de Patrik Ouředník. Et si l’apocryphe de Frigyes Karinthy est complété à merveille par le conte de Sholem Aleichem, l’expérience des camps staliniens albanais et bulgare, le fantastique estonien et ukrainien ou encore les parties lettone et slovaque de la condition humaine instaurent un dialogue fructueux entre les différents textes, mettant au jour les spécificités historiques, politiques, sociales et identitaires de l’espace et de ses acteurs. Les auteurs des études sont des universitaires, enseignant pour la plupart à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), spécialistes d’une ou de plusieurs aires culturelles.
Une île qui ne figure sur aucune carte géographique, dans aucun livre d’Histoire et qui fait l’objet d’une mystérieuse prophétie. L’histoire de cette île imaginaire est racontée par trois voix : celle de chroniqueurs qui donnent leur version des faits, et la double voix d’un couple princier qui les commente et rectifie, semant le doute sur la version officielle de l’histoire qui nous parvient. À la tête de l’île, les dirigeants se succèdent avec plus ou moins de bonheur, le pouvoir les métamorphose, certains perdent la raison, d’autres littéralement leur tête… Nous voici donc plongés, à la manière d’une chronique médiévale, dans plusieurs siècles de guerres, de trahisons, de révolutions, d’évolution et de perpétuelles transformations. Le passé et le présent, le réel et le fantastique s’interpénètrent habilement, et dans cette succession d’époques et de décideurs, le lecteur devenant le témoin privilégié de la « fabrique » de l’Histoire. Par la spontanéité avec laquelle il rapporte les événements extraordinaires, Evgueni Vodolazkine n’est pas sans rappeler Tolkien et sa Terre du milieu ; par son érudition, Le Nom de la rose et par sa drôlerie et son espièglerie, il se rapproche de Julian Barnes et de son Histoire du monde en 10 chapitres ½. Probablement le projet littéraire le plus ambitieux de Vodolazkine, Histoire de l’Île est un roman magistral, éclairant et percutant.
Également disponible en livre numérique
 
C’est pétri d’illusions que l’ingénieur allemand Hugo Pectoralis arrive dans le gouvernement reculé de Penza, où des patrons anglais ont fondé une entreprise agricole moderne, destinée à donner des profits, mais aussi à apporter aux paysans une amélioration de leur sort, par la mécanisation des travaux et l’introduction de méthodes novatrices. Les machines sont allemandes et Pectoralis est prussien. Grâce à sa ténacité et à sa compétence, il gravira rapidement l’échelle sociale, mais, projeté dans l’univers inconnu de la Russie profonde et de ses habitants, un incident stupide provoquera sa chute. Il se dispute avec Safronytch, paysan veule, paresseux et ivrogne qui gagne son procès, mais meurt rapidement d’alcoolisme. Tous les deux sont des victimes : Pectoralis, l’Allemand imbu de sa supériorité nationale et de son savoir-faire, et Safronytch, héritier du laisser-aller général. Un récit en forme de charge qui, au-delà du comique, est une satire virulente des mœurs locales.
Qu’est-ce que croire en Dieu ? Plus qu’une conviction née de réflexions et de raisonnements, la foi est un régime d’existence nouveau marqué par une rencontre, affirme Mgr Antoine Bloom. La rencontre avec le Dieu vivant, dont il a lui-même fait l’expérience de façon fulgurante à l’âge de quatorze ans. Cette rencontre peut aussi advenir, explique-t-il, par l’intermédiaire d’une personne qui porte en elle la lumière divine, telle la moniale Marie Skobtsov rayonnant au cœur de l’enfer concentrationnaire de la présence du Christ ressuscité. L’expérience du divin, aussi modeste soit-elle, bouleverse nos perceptions et nos relations. Elle nous invite à entrer dans ce nouveau mode d’être dont, au fil des questions de son auditoire, Mgr Antoine développe différents aspects tels que le pardon, l’obéissance, la prière, la vie liturgique… À travers ses réponses se dessine un chemin permettant d’approfondir notre expérience de la vie en Dieu. Rien d’assertif, rien de figé dans l’enseignement du métropolite  Antoine, qui nous invite chacun à cheminer dans la foi vers notre plein accomplissement de nous-mêmes à la mesure de notre expérience du Dieu vivant. L’Expérience de la Foi est la quatrième (1972) des conférences annuelles données par Monseigneur Antoine Bloom entre 1969 et 1973 à l’abbaye bénédictine de Sainte-Gertrude à Louvain. Les enregistrements de ces retraites ont été retranscrits par une sœur de Sainte-Gertrude, sous forme de polycopiés, puis confiés à une personne qui les a ensuite fait parvenir aux éditions des Syrtes.