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L’oeuvre et la vie de Boris Pasternak (1890-1960) s’entrelacent avec les tumultes d’un pays en pleine mutation: trop poétique pour le pouvoir soviétique, Pasternak échappe de peu au goulag mais la publication de son oeuvre, elle, est mise à l’index.

Le Dr Jivago, son livre le plus célèbre, est publié pour la première fois en russe par un éditeur italien en 1957, et ne sera édité en Russie qu’en 1985. Et Pasternak, sous la pression des autorités, doit décliner le prix Nobel de littérature qui lui est attribué en 1958.

Michel Aucouturier dépeint dans son dernier ouvrage le développement d’une oeuvre sans cesse contrarié par le poids du pouvoir politique, et le prix que le poète dut malgré tout payer.


À lire
Boris Pasternak, un poète dans son temps, de Michel Aucouturier, Éditions des Syrtes, 2015
Correspondance 1922-1936 – Boris Pasternak, de Marina Tsvetaeva, Éditions des Syrtes, 2005


Extraits  (chapitre IV)
Boris Pasternak, un poète dans son temps, de Michel Aucouturier, Éditions des Syrtes, 2015

« Des souvenirs qui, par-delà les événements extérieurs, ont marqué sa sensibilité d’enfant, Pasternak, dans sa première autobiographie, la plus « intime », note d’abord le réveil nocturne marquant l’éveil de sa conscience et auquel est associée la figure de Tolstoï, puis deux autres, où l’on voit déjà se dessiner sa personnalité. Le premier est le sentiment de la nature, spontanément associé chez lui à celui du langage:

« Je ne vais pas décrire en détail, écrit-il, (…) comment, dans une sensation rappelant le « sixième sens » de Goumiliov, la nature se révéla à l’enfant de dix ans. Comment sa première passion, en réponse aux cinq pétales attentifs de la plante, fut la botanique. Comment les noms, retrouvés dans le guide, apportaient l’apaisement aux pupilles odorantes dont le mutisme montait vers le Linné comme vers la gloire du fond de l’obscurité. »

Le besoin de nomination de la diversité concrète de l’univers végétal associe la révélation de la nature à l’éveil de la vocation poétique. L’autre souvenir suggère le lien qui rattache chez lui l’éveil obscur de la sexualité, associée à la nudité féminine, à la compassion pour la souffrance humaine. Il se rappelle

comment au printemps 1901 (il vient d’avoir 11 ans), on montrait au jardin zoologique une troupe d’amazones dahoméennes. Comment la première sensation de la femme se trouva liée pour moi à celle d’une formation dénudée, d’une souffrance en rangs serrés, d’une parade tropicale au son du tambour.

Et, élargissant par une formule recherchée (dans le style de sa prose jusqu’à Sauf-conduit) le retentissement sur sa sensibilité de poète de cette sensation enfantine,

comment je devins plus tôt qu’il ne le fallait l’esclave des formes parce que trop tôt j’avais vu sur elles un uniforme d’esclave.

Il a cinq ans lorsque sa mère entreprend de lui apprendre à lire et à écrire. À sept ans, on commence à le mener pour des leçons particulières d’écriture, de grammaire russe et de conversation française chez une familière des Tolstoï, traductrice et auteur de livres pour enfants, collaboratrice de la maison d’éditions tolstoïenne Posrednik (L’intermédiaire), Ekatarina Boratynskaïa, qu’il évoquera chaleureusement dans ses souvenirs:

« Elle m’apprenait à lire et à écrire, ainsi que l’arithmétique et le français, en commençant par les rudiments: s’asseoir devant une table, tenir mon porte-plume et sa plume. On m’emmenait prendre des leçons chez elle dans un appartement meublé qu’elle louait. Il faisait sombre dans cet appartement. Il était bourré de livres du plancher au plafond. On y respirait la propreté, l’austérité, une odeur de lait bouilli et de café grillé. (…) À la fin de la leçon, Ekaterina Ivanovna essuyait ma plume sur l’envers de sa blouse et me rendait ma liberté en attendant qu’on vienne me chercher. »

Sa rentrée au lycée (ou au gymnase, selon la terminologie russe), en 1900, ayant été retardée pour cause de numerus clausus, il doit suivre les matières du programme de première année avec un professeur particulier. À la rentrée de 1901, il est finalement admis en deuxième classe au 5ème gymnase de Moscou, où a été maintenu, malgré la modernisation des programmes, l’enseignements des langues anciennes. Elève appliqué et consciencieux, il y fera de bonnes études classiques, jusqu’à ce qu’une nouvelle passion ne fasse passer celles-ci au second plan. »

La suite ici!  Boris Pasternak, un poète dans son temps, de Michel Aucouturier, Éditions des Syrtes, 2015[su_divider]