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Russie
Publiés aux éditions des Syrtes
Préface de Geneviève Piron
Avec ce troisième opus, Merveilleuse planète, les éditions des Syrtes poursuivent leur importante entreprise de traduction de l’intégralité des récits du Goulag de Gueorgui Demidov. Depuis sa libération en 1951, après quatorze ans de détention, il se consacre à l’écriture, c’est-à-dire à la mise en pleine lumière de ce qu’a été l’enfer du Goulag : « Je veux apporter ma contribution en plantant un pieu dans le cœur et le souvenir du régime stalinien et de ses maudits suppôts. Je veux témoigner aux générations futures de ce passé abominable, ou plus exactement participer à l’écriture de ce réquisitoire. » En Russie, Merveilleuse planète a été édité en 2008, bien après la mort de l’auteur, par un éditeur spécialisé dans la publication des écrits des anciens détenus des camps. Si Gueorgui Demidov a choisi d’écrire non pas une autobiographie ou des mémoires, mais des récits et des nouvelles, ce n’est pas seulement pour évoquer diverses figures de l’univers du Goulag (politiques, droit-commun, gardiens), mais c’est aussi pour donner libre cours à son talent de conteur hors pair. Ses écrits sont faits de fragments, des histoires courtes où il est question de longues journées de travail, de faim, de froid, de surveillants hargneux et de chefs de camps mauvais, mais également de représentations théâtrales, d’opéra, de ténacité et d’espoir. Dans ces cinq récits, comme dans le reste de son œuvre, Demidov dissèque avec une précision quasi anatomique l’état de l’individu tombé dans des conditions inhumaines, mais qui ne se résigne nullement, cherchant et trouvant les moyens de survivre.  
Du même auteur
L’Amour derrière les barbelés (2022) Doubar et autres récits du goulag (2021)
Le monastère féminin de la Présentation de la Vierge au Temple d’Orel, fondé à la fin du XVIIe siècle, a longtemps été l’un des plus importants de Russie. Sa riche histoire est le reflet de la vie spirituelle de l’ensemble de l’Église orthodoxe russe. Il a été fermé par le pouvoir communiste en 1923, saccagé puis détruit ; les moniales et les prêtres ont connu la prison, la déportation ou la mort. Le monastère renaît à partir de 1993 et débute alors un minutieux travail de récupération de son histoire. C’est ainsi qu’émerge peu à peu la figure de mère Alexia, la dernière higoumène. L’artisan de cette reconstitution est le docteur Jean Liamine (1932-2024), petit-neveu français de l’higoumène, qui a exhumé et mis à la disposition des chercheurs ses riches archives familiales. L’étonnant parcours de mère Alexia (Alexandra Grigorievna Timacheva-Bering, 1866-1941) est celui d’une femme issue de la noblesse russe, enseignante et fondatrice d’un lycée pour filles à Moscou. Elle a prononcé ses vœux en 1917, après la mort de son fils, et en 1919 elle est nommée higoumène du monastère. Arrêtée plusieurs fois pour ses convictions religieuses, reléguée au Kazakhstan, elle meurt en prison en 1941. Son histoire, reconstituée à partir de ses lettres, carnets et documents judiciaires, photographies inédites ou souvenirs des derniers témoins, révèle une femme dont la foi est restée inébranlable face à la répression. Son destin se confond avec celui de nombreux martyrs, victimes de leur fidélité religieuse. Cet ouvrage permet aujourd’hui au lecteur d’entendre cette voix qui nous parvient avec toute sa puissance et sa conviction.
Dans un village perdu de la Iakoutie vit un homme malheureux et malchanceux : Makar. À la veille de Noël il se retrouve dans la Maison des Tatares, où trop d’hommes s’entassent pour boire. Makar, ivre mort, est jeté dehors. Revenu tant bien que mal chez lui et désagréablement accueilli par sa femme, il décide de partir en pleine nuit dans la taïga avec son cheval. Il tombe sur Aliocha, venu lui aussi visiter les pièges à renard. Ils se disputent une bête, qui en profite pour détaler. Dans la lutte, Makar perd son bonnet et ses moufles. Puis, il s’égare et, épuisé, meurt de froid. Mais Ivan, le vieux pope, mort quatre ans plus tôt, le réveille et le conduit devant le Grand Juge, afin d’évaluer sa conduite sur terre grâce à une grande balance qui a un plateau d’or pour les bonnes actions et un plateau de bois pour les mauvaises. Ce dernier penche dangereusement. Mais Makar, soudain inspiré, raconte sa pauvre vie et tous les malheurs qu’il a endurés... Le Rêve de Makar inaugure une nouvelle série de notre collection de Poche: les joyaux oubliés. Pourquoi publier des « Joyaux oubliés » ? Il y a des textes à ne pas oublier, des petits joyaux littéraires qui méritent d’être redécouverts. Avec cette nouvelle série, dans la collection « Syrtes Poche », nous souhaitons remettre entre les mains des lecteurs curieux des récits devenus classiques, anciens ou récents, dont les destins n’ont pas connu ceux de Tolstoï, Gogol, Krudy Kafka, Marai ou Čapek. Le Rêve de Makar de Vladimir Korolenko fait partie de ces textes et va inaugurer « Joyaux oubliés ».
 

Leonid Youzefovitch présente ici le portrait d’un personnage de légende. Roman von Ungern-Sternberg, baron balte converti au bouddhisme. Général de l’armée blanche à trente-cinq ans, il est le dernier combattant à résister contre la marée révolutionnaire rouge qui submerge alors la Russie. Replié en Mongolie, il s’y taille un royaume en libérant le khutukhtu, « Dieu vivant » des Mongols, prisonnier des Chinois. C’est là que commence son règne de violence et que prend forme son rêve fou : reconstituer la horde d’or de Gengis Khan.

Personnage démesuré, être hors norme, Ungern ira ainsi au bout d’un destin aux dimensions shakespeariennes.

Héros d’une tragédie historique qui a inspiré de nombreux écrivains et passionné des générations d’historiens, le tsar Paul Ier (1754-1801) fait partie de ces obscurs monarques mis aux oubliettes de l’histoire. Introverti, fragile et mal-aimé, il succède à sa mère Catherine II en 1796, mais son règne bref et chaotique s’achève par son assassinat, en 1801. Méprisé par la cour, en conflit avec la noblesse et l’armée, Paul Ier prend des décisions controversées qui alimentent des rumeurs de démence. Sa mise à mort, orchestrée par des conspirateurs de haut rang, avec l’implication de son fils, le futur Alexandre Ier, reste toujours une énigme. Constantin de Grunwald analyse la personnalité complexe de Paul Ier, les causes de sa chute et les conséquences de son assassinat. Il a utilisé des sources historiques de première importance, en particulier des témoignages de contemporains ainsi que des archives anglaises, françaises et suédoises.
Préface inédite de Jil Silberstein Ce roman politique est un marqueur dans l’histoire du bolchevisme. L’auteur y expose son idéal de vie et sa vision d’un socialisme qui le rend proche des utopistes. Emblème du radicalisme russe, son héros deviendra l’archétype du terroriste révolutionnaire, et beaucoup le prendront pour exemple. Rééditer Que faire ? c’est permettre de retrouver ces années 1860, période charnière où émerge en Russie l’intelligentsia, un nouveau groupe social ouvert à la pensée politique occidentale, tout en restant arc-bouté sur les refus slavophiles envers la culture libérale bourgeoise européenne.  

Publié en 1905, Le Gouverneur de Leonid Andreïev met en scène un gouverneur de province, homme intègre et dévoué, qui, par peur et incompréhension, ordonne la répression sanglante d’une manifestation populaire, causant la mort de civils. Bouleversé par ce drame, il sombre dans une profonde détresse morale, tiraillé entre sa conscience et son devoir. Il subit la haine du peuple et se retrouve prisonnier d’un système qui le dépasse, illustrant la fatalité et l’impuissance de l’individu face aux forces sociales et historiques. Le style d’Andreïev est marqué par l’intensité émotionnelle et une atmosphère oppressante. À travers des images fortes, et un rythme haletant, Andreïev critique la brutalité du régime tsariste et interroge la solitude, la culpabilité et la tragédie du pouvoir.