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Publiés aux éditions des Syrtes
Précédé de « E.R. Curtius », par Charles du Bos

Voici une merveille de composition, bien dans la manière de Balzac. Quatorze grands chapitres se développent selon une architecture concentrique. Chacun d’eux correspond à une strate essentielle de la nature de l’auteur de La Comédie humaine. De chapitre en chapitre, les correspondance s’enrichissent réciproquement et se multiplient, rendant enfin à l’œuvre de Balzac sa profondeur, sa plénitude et son unité. Paru en 1923, le Balzac de Ernst Robert Curtius prend seulement aujourd’hui sa véritable dimension: cette évocation nous fait pénétrer dans la forge du plus prodigieux Vulcain que compte la littérature universelle.

Schoenberg, à qui l’on demandait un jour s’il avait trouvé un élève de valeur aux États-Unis, répondit : « Oui, un seul : John Cage. Mais ce n’est pas un compositeur, c’est un inventeur de génie. » Douze ans après sa parution, cette autobiographie sous forme d’entretiens, réunis par l’essayiste Richard Kostelanetz, lui même critique musical et compositeur, est enfin disponible en français.

L’étendue des sujets abordés par John Cage (1912-1992) est à l’image de sa vie et de son œuvre. Découvreur de sons, inventeur du « piano préparé », conseiller musical fameux de la compagnie de ballets de Merce Cunningham. Mais il fut aussi un penseur pacifiste proche de l’anarchie, orientaliste néo-dada, champion d’échecs et spécialiste des champignons… Découpée en chapitres thématiques, cette somme fait découvrir une des figures les plus originales de la création musicale contemporaine.

Traduit du russe par Louis Martinez Avant-propos de Jacques Catteau. Introduction d’Andreï Chichkine.

Dostoïevski, dont Nietzsche disait qu’il était « le seul qui lui ait appris quelque chose en psychologie » a considérablement influencé les romanciers du XXe siècle. Mais c’est un autre Dostoïevski que nous fait découvrir la lecture inspirée de Viatcheslav Ivanov. À travers les personnages et les leitmotiv de ses « romans-tragédies », il dévoile l’emprise des mythes anciens. Il éclaire la veine mystique qui traverse Crime et Châtiment, L’Idiot, Les Démons, et surtout Les Frères Karamazov.

Dans cet essai lumineux, Ivanov développe ainsi une réflexion profonde sur le sens de la souffrance, du péché et de la rédemption. Tout ce qui lie le destin de tous les hommes dans l’œuvre de Dostoïevski.

 
Traduit du hongrois par Georges Kassaï, Gilles Bellamy et Marie-Louise Tardres-Kassaï

Après un an d’emprisonnement politique au début des années 1930, un jeune écrivain entreprend un long et salutaire voyage vers ses origines. Ce retour à la liberté est l’occasion d’une promenade à travers l’Europe centrale, dans les miettes du défunt Empire austro-hongrois. Il redécouvre ainsi Zagreb, Dubrovnik, Fiume… Entremêlant passé et présent, François Fejtö croque avec une tendresse malicieuse et nostalgique tout à la fois des portraits d’êtres aimés ou croisés au hasard.

 
Traduit du roumain par Hélène Lenz

Roman-confession, Profil bas est aussi un aveu à la fois douloureux et drôle dans lequel l’auteur confronte son passé à sa vie actuelle. Catherine est une femme qu’il a connue à son arrivée en France vingt ans auparavant.  Cette Basque extravagante reparaît sans crier gare, après une longue absence, avec un coup de fil inattendu. Le rendez-vous mystérieux qu’elle lui fixe dans un café de Belleville marque le début d’un suspense haletant. Le narrateur essaie de résoudre l’énigme posée par cette femme qu’il avait autrefois désirée. Il se penche alors sur sa propre vie et nous entraîne dans un tourbillon de situations tantôt grotesques, tantôt tragiques.

Ce roman à la construction résolument moderne est une forme d’autoportrait qui ne dit pas son nom. Le grand auteur qu’est Paul Goma se livre ici à cet exercice périlleux avec un courage étonnant et une hargne littéraire roborative

Traduit de l’américain par Marie-Claude Peugeot Préface de Nancy Huston
Le recueil de nouvelles Une nuit en Acadie a été rédigé en 1897. L’écrivaine plonge ainsi le lecteur dans le Sud des Etats-Unis. On évolue entre le monde des blancs, celui des noirs et des créoles. On y découvre un folklore et une image de la vie insoupçonnés. « Outre un portrait extrêmement précis et nuancé d’un monde révolu, on appréciera dans ce recueil la force et la variété des portraits de femmes. Par leur capacité de reconnaître en elles la passion ou de s’abandonner au bonheur des sens, les héroïnes de ces nouvelles de Kate Chopin préfigurent la merveilleuse Edna Pontellier de L’Eveil (…); ce sont elles qui, chaque fois, décident, bougent, se déclarent, s’arrachent l’initiative, font changer le cours de événements… de même que leur auteur, bien qu’elle ait payé le prix fort, a infléchi par son geste courageux l’histoire des lettres et des mœurs américaines ». Extrait de la préface de Nancy Huston.      
Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni

Constantin von Barloewen ouvre un dialogue au-delà des siècles et des disciplines, de l’art et de la politique, entre quatre érudits : Alexis de Tocqueville, l’historien, Michel Leiris l’anthropologue, V.S. Naipaul l’écrivain, Pierre Verger le photographe et ethnologue. Bien que séparés dans le temps et d’origines différentes, ils restent à ses yeux proches les uns des autres.

À travers une relecture inédite de l’œuvre maîtresse de Tocqueville, de la démocratie en Amérique jusqu’aux romans de Naipaul ou aux parcours de Michel Leiris et Verger, Barloewen met en lumière une « anthropologie comparative et humaniste ». Il voit en effet en ces quatre personnalités les éclaireurs d’une société pluraliste, ouverte, interactive, visant l’édification d’une éthique mondiale.

Du même auteur aux Éditions des Syrtes:
Voyage à Madagascar (2003) Anthropologie de la mondialisation (2003)
Traduit du russe par Luba Jurgenson

Tel un tableau, une scène muette, l’image de la porte fermée poursuit la petite écolière soviétique Victoria. Empêtrée dans une existence incompréhensible et déroutante, qu’elle décrypte à sa manière, l’enfant est témoin sans le savoir de grands événements, la terreur stalinienne, la guerre. L’Histoire lui offre sa face grise, quotidienne, ou l’autre, absurde et dérisoire. Les adultes font et disent des choses incompréhensibles. Ils recouvrent la réalité de mots trompeurs. Pour grandir, Victoria doit apprendre leur langage et, parfois même, d’autres langues. Car de porte en porte, de perte en perte, son destin la mène de Moscou jusqu’en Ouzbékistan.

Ainsi, peu à peu, le monde s’ouvre à elle, dans toute sa beauté, dans toute son horreur. C’est l’histoire d’une survie qui ne va point sans l’art que nous raconte Mariana Kozyrieva. Lorsque rien ne va plus, Victoria se met à réciter de la poésie. Les vers ont une force magique quand, perçant la monotonie et la misère des jours, ils font apparaître des êtres proches que l’on croyait disparus, ou font surgir des justes. Il y en aura toute une galerie dans ce texte riche en portraits. Grâce à eux, Victoria traversera les épreuves. Chaque fois qu’un être lui ouvrira sa porte, il disparaîtra. Mais chaque fois, Victoria réinventera le monde.

Traduit du russe par Nelly Roure Préface de Mikhaïl Lepekhine

L’itinéraire de Clément Zederholm mène le lecteur dans une quête spirituelle à travers l’Orient, le Mont Athos et la Turquie. Optina Poustyn, haut lieu de l’orthodoxie russe, est l’occasion pour le moine Clément d’analyser l’orthodoxie et son influence, ainsi que le monachisme à la fois strict et ouvert.

Foi et raison, Orient et Occident, temporel et éternel, personnel et universel sont-ils en conflit ou alors en harmonie ? Autant d’interrogations auxquelles Constantin Leontiev rend le lecteur sensible en lui permettant d’y trouver peut-être une réponse.

Traduit du russe par Madeleine Lejeune

Chronique nostalgique de l’âme russe, ténébreuse et lumineuse à la fois, Soukhodol est la saga des Khrouchtchev, petite noblesse de province derrière laquelle se dissimule la famille de l’auteur. Le regard de Bounine se pose avec un calme impitoyable sur un monde en déclin. Dans une langue précise et mélodieuse, hommes et nature composent un poème qui dégage une sobre magie empreinte de spiritualité, où se croisent Natalia, servante et « mémoire » de cette famille, Piotr Petrovich, son amour secret, ou Tante Tonia, qu’un amour déçu a enfermée dans la folie. Car « à Soukhodol, l’amour était singulier, la haine aussi ». 

Du même auteur aux Éditions des Syrtes:
La Nuit (2000) Les Pommes Antonov (2001) Coup de soleil et autres nouvelles (2014)  
Traduit de l’anglais par Florence La Bruyère et Antonina Rounichou-Stretz

Chronique de la cour de Staline depuis sa consécration comme « chef suprême » en 1929 jusqu’à sa mort, ce livre est aussi une biographie de Staline à travers son entourage le plus proche. Tirant profit de l’ouverture récente de ses archives personnelles, Simon Sebag Montefiore reprend le cours des événements de 1929 à 1953 en se concentrant sur l’univers quotidien du pouvoir absolu et de ses protagonistes, mus par une fidélité parfois déconcertante envers le tyran géorgien. Par ce biais, il nous montre l’envers du décor. Principalement la progression de la terreur que Staline met en œuvre avec l’aide d’êtres obsédés par les rivalités permanentes et les désirs mesquins de jouir des moindres privilèges du pouvoir mais constamment angoissés par la peur de la disgrâce imprévisible qui signifiait toujours la mort

Traduit du bulgare par Marie Vrinat

Adriana est l’éblouissant portrait peint par Théodora Dimova d’une femme âgée. Blasée par l’argent, elle est poussée par l’ennui et la solitude jusqu’à la déchéance. Ayant commis l’irréparable, Adriana passera le reste de sa vie dans l’attente d’un « sauveur » qui puisse lui offrir sinon la rédemption, du moins un semblant d’harmonie. La flamboyante Ioura, jeune femme qu’elle finit par rencontrer, pourra-t-elle la comprendre? Les voix et les vies se mêlent. La vieille dame sait se raconter sans complaisance, évoquer ce qu’elle fut et la tragédie qui la hante. Entre Adriana et Ioura naissent une admiration et une affection qui rendront plus doux le départ de la vieille femme.

Traduit de l’allemand par Barbara Fontaine

Le 21 juillet 1944, Nina, l’épouse de Claus von Stauffenberg, l’auteur de l’attentat manqué contre Hitler, informe ses enfants que leur père a commis une faute grave et qu’il a été exécuté pendant la nuit. Ils n’apprendront la vérité qu’à la fin de la guerre. Lorsqu’ils comprendront que le mensonge de leur mère les avait protégés.

« La famille Stauffenberg sera anéantie jusqu’à son dernier membre », annonçait Himmler, le 3 août 1944. Désormais, pour les familles des conjurés, il ne s’agissait plus de politique mais de survie. La « Sippenhaft », la politique selon laquelle toute la famille devenait complice des crimes commis par un des siens, signifiait que Nina et ses enfants seraient arrêtés, interrogés, et peut-être exécutés. Elle est arrêtée deux jours plus tard, et commence alors près d’une année d’isolement. Elle se retrouve dans les prisons SS, dans le camp de concentration de Ravensbrück et, enfin, dans les hôpitaux.

Ses enfants sont enlevés par les nazis et placés dans un orphelinat sous un faux nom, en vue d’être adoptés. Enceinte, c’est sans doute cet enfant à venir qui a épargné à Nina l’exécution ; elle a donné naissance à sa fille Konstanze en prison. Basée sur des entretiens, de nombreux documents, lettres et archives, mais aussi des histoires orales transmises de génération en génération, cette chronique familiale se confond avec la grande Histoire dans ses moments les plus tragiques. 

Publié sous la direction de Georges Nivat

Ebranlés par L’Archipel du Goulag, des millions de lecteurs ont suivi avec passion la lutte solitaire Alexandre Soljenitsyne contre un empire qui semblait établi pour un bon millénium. Le présent livre rend compte des multiples facettes de ce géant de l’écriture. Ce catalogue d’exposition rassemble des études d’ensemble, articles ciblés (la réception de l’écrivain, les biographies qui lui ont été consacrées) et témoignages (ses deux principaux traducteurs, son éditeur en russe, son agent littéraire mondial, le compositeur Gilbert Amy, sa dernière biographe). Il compte également des inédits : plusieurs lettres dont l’émouvante lettre à Spiridon (le concierge de la charachka), une longue lettre à Lydia Tchoukovskaïa, des fragments du Journal R-17, trois textes qui sont des lectures faites par Soljenitsyne : Mon Lermontov, Ivan Chmeliov et son Soleil des morts, Le Pétersbourg d’Andreï Biely.

Publié sous la direction d’András Kányádi

Sándor Márai (1900-1989) est né à Kassa dans une famille de la grande bourgeoisie d’origine allemande. Il a fait ses études à Leipzig, puis a vécu à Francfort et Berlin, avant de rentrer en Hongrie se consacrer à l’écriture. Opposé à toute forme de domination politique, il se refusera avec détermination à une Hongrie alliée à l’Allemagne. En 1948, il choisit l’exil, en France, en Italie, puis en Californie où il s’installera définitivement.

En 1992, le public français redécouvrait l’œuvre du romancier hongrois Sándor Márai. Son parcours est atypique. Il a en effet été célébré dans son pays dans l’entre-deux-guerres, puis occulté sous le régime soviétique, poussé à l’exil en 1948 et mort aux États-Unis en 1989. Quelques mois après la chute du rideau de fer, les Hongrois redécouvraient ses chefs-d’œuvres. Ils sont traduits  depuis dans une vingtaine de langues. Émerge dès lors une question. Márai est-il un grand classique de la littérature européenne ou un « auteur culte » fabriqué par les politiques éditoriales occidentales après la chute du Mur ?

Souvent rapproché de Kundera ou de Stefan Zweig, Márai est un mélange de haute culture et de fantaisie créatrice. Avant tout romancier, il est aussi auteur de pièces de théâtre, d’articles ou récits de voyage. Sa thématique est riche : du triangle amoureux au mariage, des retrouvailles au bonheur impossible. Du conflit des générations au conflit entre individu et pouvoir. Ou encore de la décadence de la culture européenne à la montée de la barbarie, l’exil ou la mort.

Fruit d’une collaboration interdisciplinaire, La Fortune littéraire de Sándor Márai crée les prémices de l’étude critique de ce grand auteur en France.

Publiés sous la direction d’Andràs Kanyadi aux Éditions des Syrtes:
L’univers de Gyula Krúdy (collectif – 2015)
Traduit du russe par Luba Jurgenson

Une âme douce se veut une interrogation. Sur le théâtre de Tchekhov et sur la littérature, sa place dans la vie et sa dimension éthique.

La Cerisaie et La Mouette sont encore aujourd’hui deux des pièces les plus populaires du répertoire dramaturgique mondial. Grand amoureux du théâtre, Alexandre Minkine cherche à renouveler la lecture des œuvres de Tchekhov en les débarrassant des innombrables strates de commentaires qui pèsent sur leur réception. Dans une « dramaturgie » savamment orchestrée, l’auteur revient aux indications scéniques de Tchekhov et à ses intentions initiales. Minkine insiste sur des détails concrets, qui abondent le plus souvent en coulisses. Sa réflexion vise à redonner au théâtre son épaisseur existentielle et son impact social.

Le lecteur y découvrira un Tchekhov simple, proche, revitalisé et une approche sensible de l’art théâtral, ainsi qu’une exploration originale des voies de la culture dans le monde contemporain. Mais, en filigrane, il devinera également un plaidoyer pour la littérature et la langue russes.