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écrivain
Publiés aux éditions des Syrtes
Tenu par Thomas Mann pour un immense chef-d’œuvre, Le Soleil des morts est un récit autobiographique déchirant. Il retrace les mois vécus par Chmeliov en Crimée sous la terreur rouge après la défaite des Armées blanches. Le narrateur fait défiler le destin de ses habitants : intellectuels, ouvriers, paysans, Tatares ou Russes, hommes ou femmes, jeunes ou vieux tenaillés par la faim et la peur.  Dans ce livre, qui est en fait un journal, Chmeliov décrit comment la faim détruit progressivement tout ce qu’il y a d’humain dans l’homme, et la lente descente aux enfers de tout un monde, avec un sens poétique rare et une retenue qui donnent à ce texte une force unique. 
Demidov Goulag Amour Barbelés Camp
  Comme Doubar (éditions des Syrtes, 2021), ce recueil de cinq récits est consacré aux camps staliniens où l’auteur a passé quatorze ans de sa vie (1938-1952). Rescapé de la Kolyma, Demidov en a expérimenté et observé le fonctionnement dans ses infimes détails en tant qu’acteur et victime. Son expérience est divisée en séquences peuplées de personnages dont les situations illustrent toutes les facettes de la vie des camps. Il donne ainsi un tableau extrêmement précis de cet univers concentrationnaire. En tant que témoin fiable et impartial Demidov apporte ce qui n’est documenté par aucune archive historique : les sentiments, les émotions, les stratégies de survie… Ces récits constituent un témoignage littéraire de valeur inestimable non seulement sur les faits et les pratiques des camps, mais également, sur les particularités de l’imaginaire des bagnards. Malgré la dureté déshumanisante de la routine des camps, ils connaissent des sentiments forts, notamment l’amour. À travers cette mise en scène de l’extraordinaire, Demidov parvient à dire la terrible « banalité » du Goulag. La publication de ce recueil fait partie du projet de traduction intégrale de l’œuvre de Gueorgui Demidov aux éditions des Syrtes. Cette voix singulière – celle d’un véritable écrivain, égal de Varlam Chalamov et d’Alexandre Soljenitsyne – pourra ainsi retrouver sa place dans la littérature.  
Première biographie russe de Léon Tolstoï traduite en français, La Vie de Léon Tolstoï réussit le tour de force d’exposer la vie et l’œuvre du grand écrivain dans un format restreint, sans sacrifier la complexité de son héros, les sentiments controversés qu’il inspire ou les éléments de contexte nécessaires à la présentation de son propos.  Réservant une large part aux extraits choisis de sa prose, de son journal et de sa correspondance, Andreï Zorine donne à voir, dans un style fluide et sobre, un Tolstoï sans emphase ni spéculation. L’« expérience de lecture » qu’il propose, à la frontière de la biographie, du récit et de l’essai, éclaire le phénomène Tolstoï d’un jour nouveau. Elle amène Zorine à découvrir une profonde cohérence, un fil conducteur, dans son parcours de vie.  
Préface de Geneviève Piron
Avec ce troisième opus, Merveilleuse planète, les éditions des Syrtes poursuivent leur importante entreprise de traduction de l’intégralité des récits du Goulag de Gueorgui Demidov. Depuis sa libération en 1951, après quatorze ans de détention, il se consacre à l’écriture, c’est-à-dire à la mise en pleine lumière de ce qu’a été l’enfer du Goulag : « Je veux apporter ma contribution en plantant un pieu dans le cœur et le souvenir du régime stalinien et de ses maudits suppôts. Je veux témoigner aux générations futures de ce passé abominable, ou plus exactement participer à l’écriture de ce réquisitoire. » En Russie, Merveilleuse planète a été édité en 2008, bien après la mort de l’auteur, par un éditeur spécialisé dans la publication des écrits des anciens détenus des camps. Si Gueorgui Demidov a choisi d’écrire non pas une autobiographie ou des mémoires, mais des récits et des nouvelles, ce n’est pas seulement pour évoquer diverses figures de l’univers du Goulag (politiques, droit-commun, gardiens), mais c’est aussi pour donner libre cours à son talent de conteur hors pair. Ses écrits sont faits de fragments, des histoires courtes où il est question de longues journées de travail, de faim, de froid, de surveillants hargneux et de chefs de camps mauvais, mais également de représentations théâtrales, d’opéra, de ténacité et d’espoir. Dans ces cinq récits, comme dans le reste de son œuvre, Demidov dissèque avec une précision quasi anatomique l’état de l’individu tombé dans des conditions inhumaines, mais qui ne se résigne nullement, cherchant et trouvant les moyens de survivre.  
Du même auteur
L’Amour derrière les barbelés (2022) Doubar et autres récits du goulag (2021)
  Doubar et autres récits du Goulag est le premier recueil des trois tomes (actuellement en traduction) de Gueorgui Demidov, auteur oublié du Goulag, véritable écrivain, égal de Varlam Chalamov et d’Alexandre Soljenitsyne. Il est exceptionnel de découvrir une trace littéraire méconnue du Goulag. Tel est le cas des récits de Gueorgui Demidov, témoignages de ses quatorze années passées à la Kolyma, ce « pole de la férocité » de la géographie concentrationnaire soviétique pourtant riche en espaces inhospitaliers. « J’écris parce que je ne puis faire autrement ! » déclare-t-il, alors que ses récits circulent en samizdat. En effet, son témoignage ne peut pas voir le jour dans une URSS où, après une très superficielle déstalinisation, on enjoint l’oubli aux victimes des répression. Pire, ses manuscrits sont confisqués en 1980, et n’ont pu être récupérés par sa fille qu’en 1988, après la mort de l’auteur (1986). Ils n’ont été publiés en Russie qu’après la perestroïka. À la Kolyma, Demidov avait rencontré et côtoyé Varlam Chalamov, l’une des grandes voix du Goulag, alors infirmier à l’hôpital du camp, qui en a fait le personnage de son récit La Vie de l’ingénieur Kipreïev. Gueorgui Demidov est chroniqueur de l’ordinaire, maître du menu détail, qui saisit ses personnages à un moment exceptionnel de leur vie. Se dessinent ainsi quelques visages comme des emblèmes de cette vaste machine à broyer les humains qu’était le Goulag : un peintre qui, obsessionnellement, représente des scènes du camp, un enfant mort-né qui apporte malgré lui de la douceur et de l’espoir au prisonnier chargé de l’enterrer, un ancien chanteur qui ne chante plus que pour la mort, et même un gardien, victime en un sens de la folie meurtrière qui domine l’univers du Goulag. Les récits de Demidov donnent à voir la terrible tension entre la lutte pour la vie et les tentatives de préserver son humanité dans ces conditions. Le cinéaste ukrainien Sergei Loznitsa s’est inspiré du récit « Deux procureurs » pour son film homonyme, en salles le 5 novembre 2025, en sélection officielle au Festival du film de Cannes.