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Littérature
Publiés aux éditions des Syrtes
Dans un village perdu de la Iakoutie vit un homme malheureux et malchanceux : Makar. À la veille de Noël il se retrouve dans la Maison des Tatares, où trop d’hommes s’entassent pour boire. Makar, ivre mort, est jeté dehors. Revenu tant bien que mal chez lui et désagréablement accueilli par sa femme, il décide de partir en pleine nuit dans la taïga avec son cheval. Il tombe sur Aliocha, venu lui aussi visiter les pièges à renard. Ils se disputent une bête, qui en profite pour détaler. Dans la lutte, Makar perd son bonnet et ses moufles. Puis, il s’égare et, épuisé, meurt de froid. Mais Ivan, le vieux pope, mort quatre ans plus tôt, le réveille et le conduit devant le Grand Juge, afin d’évaluer sa conduite sur terre grâce à une grande balance qui a un plateau d’or pour les bonnes actions et un plateau de bois pour les mauvaises. Ce dernier penche dangereusement. Mais Makar, soudain inspiré, raconte sa pauvre vie et tous les malheurs qu’il a endurés... Le Rêve de Makar inaugure une nouvelle série de notre collection de Poche: les joyaux oubliés. Pourquoi publier des « Joyaux oubliés » ? Il y a des textes à ne pas oublier, des petits joyaux littéraires qui méritent d’être redécouverts. Avec cette nouvelle série, dans la collection « Syrtes Poche », nous souhaitons remettre entre les mains des lecteurs curieux des récits devenus classiques, anciens ou récents, dont les destins n’ont pas connu ceux de Tolstoï, Gogol, Krudy Kafka, Marai ou Čapek. Le Rêve de Makar de Vladimir Korolenko fait partie de ces textes et va inaugurer « Joyaux oubliés ».

Paru en 1974, Le Printemps s’amuse explore des thèmes universels et intemporels qui trouvent un écho indéniable dans le monde d’aujourd’hui, tout en provoquant un véritable plaisir de lecture et de découverte littéraire. Une pépite à lire dans la série « Joyaux oubliés ».Le lecteur suit Diouchka, treize ans, dont la vie bascule lorsqu’il découvre un amour naissant pour sa camarade de classe Rimka et devient témoin et victime de la cruauté du jeune Sanka. Diouchka est tiraillé entre des sentiments inconnus jusqu’alors et l’aversion pour la brutalité. Ce récit initiatique émouvant et lyrique explore la transition douloureuse de l’enfance à l’adolescence, interroge la frontière entre le bien et le mal et illustre la complexité des relations humaines.

 

En 1893, Ivan Bounine, futur prix Nobel de littérature, rencontre Léon Tolstoï, à l’apogée de sa célébrité. Grand admirateur de son aîné, Bounine considère que toute la vie de Tolstoï n’a été qu’une recherche de la « délivrance », de la « fusion dans le divin ». Ce sont les contours de cette quête que dessine Ivan Bounine dans un récit composé entre 1927 et 1937 et qui se situe entre témoignage, biographie psychologique et lecture amoureuse.
La Délivrance de Tolstoï n’est ni une critique de l’œuvre, ni des mémoires, mais une exploration passionnée et intime de la vie de Tolstoï. À travers souvenirs et témoignages, Bounine révèle les multiples facettes de Tolstoï, tout en reflétant ses propres obsessions sur la vie et la mort.

Poète, prosateur et essayiste, Ivan Bounine (1870-1953) a été le premier écrivain russe à recevoir le prix Nobel de littérature (1933). Auteur d’une œuvre prolifique, maître de la nouvelle, il demeure un classique de la littérature russe. Résolument antibolchevique, Bounine quitte son pays et arrive en France en 1920, où il devient l’une des figures de proue des écrivains de l’émigration russe.

Aussi disponible en version numérique
Mères est inspiré d’un fait divers: deux adolescentes de quatorze ans ont tué une camarade de classe au printemps 2004 dans un lycée bulgare. Théodora Dimova a voulu montrer que le manque d’amour, l’abandon, la mésentente entre les parents, peuvent être les vrais responsables de la violence des enfants… Ce roman suscite une multitude de questions impliquant la maternité, la condition de la femme, et l’enfance : comment être mère lorsqu’on a soi-même eu une enfance difficile ? Lorsqu’on a soi-même été brisé par le totalitarisme, comment être parents dans une société encore chargée de son passé ? Que faire pour concilier la nécessité de vivre décemment en allant travailler à l’étranger, et le suivi affectif et éducatif que l’on doit à son enfant resté en Bulgarie ? Mères est construit comme un cycle de récits mettant en scène, à chaque histoire, un adolescent: Andreia, dont la mère est cloîtrée dans une dépression frisant la folie, Lia qui ne vit que par la danse, Dana, habitant seule avec son père alcoolique, Alexandre, enfant adopté, Deian, qui souffre d’être séparé de sa sœur jumelle, Kalina, qui a la charge de sa grand-mère… Dans leurs souffrances, tous trouvent réconfort auprès de Yavora, leur nouvelle enseignante. La personnalité de la jeune femme se construit et se dessine au fil des narrations, tel un puzzle. Yavora les écoute, Yavora leur permet de vivre malgré tout, et trouve toujours une issue aux problèmes. Mais un jour, elle vient leur annoncer une nouvelle qui bouleversera à jamais leur vie. Et ce seul amour se transformera alors en haine.
Du même auteur aux éditions des Syrtes
Adriana (2008)
Dans une Russie du Moyen Âge ravagée par la peste, Arseni est élevé par son grand-père. À l’écart du monde, il lui apprend les secrets des plantes. Ses dons de guérisseur lui valent partout où il séjourne une grande renommée et pourraient lui assurer honneurs et fortune. Or il décide de vivre seul et retiré du monde. Mais son destin sera bouleversé par la rencontre avec la jeune Oustina qu’il finira par perdre. Toute sa vie il se sentira coupable, et vivra son destin sous plusieurs formes: il tentera de faire le bien au nom de Oustina, traversera des expériences traumatisantes, deviendra finalement moine et se retirera dans une grotte. Quatre vies, quatre voyages, quatre styles, quatre langues, quatre piliers qui donnent aux Quatre vies d’Arseni la force et l’harmonie d’un monument de la littérature contemporaine. Evgueni Vodolazkine a inventé une écriture surprenante, qui renouvelle entièrement le genre de la « chronique », stylistiquement aussi dentelé que les feuilles d’un herbier. Succès mondial, Les Quatre Vies d’Arseni était paru en français chez Fayard en 2015.
Du même auteur aux éditions des Syrtes
L’Aviateur (2019) Brisbane (2020)

 

Elemér Tábory, jeune homme bien né et brillant, mène une vie rêvée et prometteuse dans le domaine familial. Mais lorsqu’il s’endort, il laisse place à son alter ego, un misérable apprenti charpentier. Des sensations de déjà vu, des bribes de souvenirs sont les seuls signes de conscience de l’autre. Pourtant, au fil du récit, ces personnalités se rapprochent tant que la vie devient insoutenable, sans issue possible. Ainsi en va-t-il du calife des Mille et Une Nuits transformé en cigogne, qui a oublié la formule magique à prononcer pour redevenir un homme.

L’éternelle histoire du double prend ici une tournure psychopathologique et sociale dans la Hongrie post-impériale, afin d’interroger la morale, le bien et le mal. Paru en 1916, Calife-Cigogne est un roman d’une profonde perspicacité psychologique et d’une maîtrise littéraire frappante.

Mihály Babits (1883-1941) est une figure majeure de la littérature hongroise, poète, romancier et traducteur de grands auteurs européens. Également essayiste accompli, il a écrit une monumentale Histoire de la littérature européenne (1936). Référence de toute une génération, son œuvre n’a cessé de se renouveler.

  Doubar et autres récits du Goulag est le premier recueil des trois tomes (actuellement en traduction) de Gueorgui Demidov, auteur oublié du Goulag, véritable écrivain, égal de Varlam Chalamov et d’Alexandre Soljenitsyne. Il est exceptionnel de découvrir une trace littéraire méconnue du Goulag. Tel est le cas des récits de Gueorgui Demidov, témoignages de ses quatorze années passées à la Kolyma, ce « pole de la férocité » de la géographie concentrationnaire soviétique pourtant riche en espaces inhospitaliers. « J’écris parce que je ne puis faire autrement ! » déclare-t-il, alors que ses récits circulent en samizdat. En effet, son témoignage ne peut pas voir le jour dans une URSS où, après une très superficielle déstalinisation, on enjoint l’oubli aux victimes des répression. Pire, ses manuscrits sont confisqués en 1980, et n’ont pu être récupérés par sa fille qu’en 1988, après la mort de l’auteur (1986). Ils n’ont été publiés en Russie qu’après la perestroïka. À la Kolyma, Demidov avait rencontré et côtoyé Varlam Chalamov, l’une des grandes voix du Goulag, alors infirmier à l’hôpital du camp, qui en a fait le personnage de son récit La Vie de l’ingénieur Kipreïev. Gueorgui Demidov est chroniqueur de l’ordinaire, maître du menu détail, qui saisit ses personnages à un moment exceptionnel de leur vie. Se dessinent ainsi quelques visages comme des emblèmes de cette vaste machine à broyer les humains qu’était le Goulag : un peintre qui, obsessionnellement, représente des scènes du camp, un enfant mort-né qui apporte malgré lui de la douceur et de l’espoir au prisonnier chargé de l’enterrer, un ancien chanteur qui ne chante plus que pour la mort, et même un gardien, victime en un sens de la folie meurtrière qui domine l’univers du Goulag. Les récits de Demidov donnent à voir la terrible tension entre la lutte pour la vie et les tentatives de préserver son humanité dans ces conditions. Le cinéaste ukrainien Sergei Loznitsa s’est inspiré du récit « Deux procureurs » pour son film homonyme, en salles le 5 novembre 2025, en sélection officielle au Festival du film de Cannes.  
Préface inédite de Jil Silberstein Ce roman politique est un marqueur dans l’histoire du bolchevisme. L’auteur y expose son idéal de vie et sa vision d’un socialisme qui le rend proche des utopistes. Emblème du radicalisme russe, son héros deviendra l’archétype du terroriste révolutionnaire, et beaucoup le prendront pour exemple. Rééditer Que faire ? c’est permettre de retrouver ces années 1860, période charnière où émerge en Russie l’intelligentsia, un nouveau groupe social ouvert à la pensée politique occidentale, tout en restant arc-bouté sur les refus slavophiles envers la culture libérale bourgeoise européenne.  

Petite, allume un feu… retrace la vie du jeune Tzigane Andrejko, ballotté par l’Histoire et la misère, arraché à son village, survivant entre vols, prisons, foyers et pertes. L’histoire individuelle et familiale se double, en filigrane, de celle du XXe siècle, au gré des grands événements tragiques (Seconde Guerre mondiale, chute du communisme, partition de la Tchécoslovaquie) rapportés du point de vue des Tziganes. Errant entre Prague, Plzeň, Andrejko tente de s’adapter, de retrouver ses racines, mais finit seul, laissant la fin ouverte à l’imagination du lecteur. Ce roman est un hommage à la liberté, à la quête de soi, et une déclaration d’amour à la langue romani, alliant réalisme, poésie et émotion, entre sublime et tragique.

Finaliste du prix Wepler–Fondation La Poste, 2009.

Publié en 1905, Le Gouverneur de Leonid Andreïev met en scène un gouverneur de province, homme intègre et dévoué, qui, par peur et incompréhension, ordonne la répression sanglante d’une manifestation populaire, causant la mort de civils. Bouleversé par ce drame, il sombre dans une profonde détresse morale, tiraillé entre sa conscience et son devoir. Il subit la haine du peuple et se retrouve prisonnier d’un système qui le dépasse, illustrant la fatalité et l’impuissance de l’individu face aux forces sociales et historiques. Le style d’Andreïev est marqué par l’intensité émotionnelle et une atmosphère oppressante. À travers des images fortes, et un rythme haletant, Andreïev critique la brutalité du régime tsariste et interroge la solitude, la culpabilité et la tragédie du pouvoir.

 

Il a fallu quatorze ans, entre 1960 et 1974, à Mária Földes, pour écrire La Promenade, roman profondément autobiographique.

Sous la forme d’un monologue intérieur et de fragments narratifs, elle revient sur son enfance, la déportation, les traumatismes mais aussi le besoin de continuer à vivre. Des images surgissent, sans chronologie stable, comme des éclats de mémoire. Un simple détail du quotidien – un visage, une rue, un bruit – peut déclencher un retour brutal au passé. Au fil des lieux traversés, l’évocation d’Auschwitz, de la dictature communiste ou des pertes personnelles se fond dans un réseau mémoriel. Les événements reprennent corps avec une intensité saisissante, donnant à qui lit La Promenade la sensation d’avancer pas à pas au côté de la narratrice, en témoin silencieux de son errance intérieure.

Mária Földes (1925-1976) est une écrivaine juive hongroise originaire de Transylvanie, survivante de la Shoah. La Promenade, son roman autobiographique, a été publié en 1974, en langue hongroise. La même année, elle quitte la Roumanie pour l’Israël. Mária Földes met fin à ses jours en 1976.

Avec une préface signée par Ágnes Lev, la fille de Mária Földes.

EN LIBRAIRIE LE 3 AVRIL.

Innocence et Châtiment d’Ivo Andrić réunit six nouvelles qui explorent avec une sensibilité rare les thèmes de l’enfance, de la culpabilité et de la faute injustement subie, thèmes chers à Ivo Andrić. L’innocent – au sens propre comme au sens figuré, car qui mieux qu’un enfant symbolise l’innocence ? – se trouve désemparé, angoissé devant la faute qu’il n’a pas commise mais dont il lui faut néanmoins endosser la responsabilité : devant le mal qui l’agresse, devant la mort qui pèse sur lui de toute son écrasante présence et qui, en dernier lieu, apparaît comme l’unique issue d’une situation inextricable. Chacune des nouvelles met en scène un enfant encore pur, naïf, confronté à la peur, aux difficultés, aux cauchemars, à la violence aussi. Un événement va le transformer, souvent le durcir, le culpabiliser. Il s’agit de ces « incidents minimes, invisibles et néanmoins funestes qui brisent ces petits d’hommes que nous nommons des enfants, et que nos aînés, tout à leurs propres soucis, vivent sans problème, ou même sans s’en rendre compte ». Chaque mot est juste, pesé, et rend admirablement les angoisses, les pensées intimes de ces enfants malmenés par la vie ou dans l’incompréhension du monde des adultes. Écrites entre 1946 et 1960, ces nouvelles montrent la finesse d’Andrić dans l’art du portrait et la suggestion, et annoncent l’importance qu’il accordera toute sa vie à la responsabilité humaine, à l’ambiguïté morale et à la frontière trouble entre innocence et faute. Comme souvent chez Andrić, la dimension psychologique et la précision ethnographique s’allient à une réflexion sur la fragilité des individus face aux forces collectives.