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Actualité et histoire
Publiés aux éditions des Syrtes
Préface de Stéphane Courtois

À sa sortie en Allemagne en 1987, ce livre a eu l’effet d’une bombe idéologique. Le nazisme, explique Nolte, doit avant tout être replacé dans le contexte d’une « guerre civile » inaugurée par Lénine en 1917, provoquant un séisme qui faillit emporter l’Europe jusqu’à la défaite d’Hitler en 1945. Par un mimétisme paradoxal, les régimes fasciste et nazi empruntèrent en effet au communisme ses méthodes pour mieux le combattre. Il existerait donc un « nœud causal » entre la révolution bolchevique et la naissance des fascismes. Nolte cherche à comprendre pourquoi la réaction antibolchevique d’Hitler a trouvé dans le mythe de la race l’unique réponse à l’internationalisme soviétique.

De Felice offre ici une remarquable synthèse de sa méthode et passe en revue les principales interprétations fournies du début des années 20 à la fin des années 60. Aussi éloignée de ceux qui prononcent des jugements de valeur avant même de reconstituer une histoire, que d’une historiographie platement descriptive, De Felice illustre ici le propos d’Angelo Tasca: « pour nous, définir le fascisme c’est avant tout en écrire l’histoire », c’est-à-dire « en reconstruire la réalité et la dialectique dans le temps et l’espace ».

EN RÉIMPRESSION

Nathalie Wulfert, Natacha pour les intimes, était une femme pour laquelle, selon un contemporain, un homme aurait pu « tout oublier et renoncer à tout ». En la voyant, le grand-duc Michel Alexandrovich, frère du tsar Nicolas II, en tomba éperdument amoureux. Il lui fit la cour, bien qu’elle fût divorcée et remariée avec l’un des officiers du régiment où il servait. Pour lui, elle divorça une seconde fois et accepta une vie de maîtresse entretenue qui ne lui convenait guère et lui valut la malveillance et l’hostilité de la Cour. Pour elle, il oublia ses devoirs dynastiques afin de l’épouser secrètement, malgré la surveillance policière dont son frère les entourait. Et seules les balles des Bolchéviques eurent raison de leur amour.

Rosemary et Donald Crawford nous content cette romance à travers la correspondance intime de Michel et Natacha. Des centaines de lettres qui évoquent leur bonheur et leur désespoir et nous entraînent à travers toute l’Europe. Car cet ouvrage est également une narration saisissante des dernières années de la Russie impériale. On y suit la Première Guerre mondiale ainsi que la révolution qui entraînera la chute de Nicolas II et son abdication en faveur de son frère, qui ne régna qu’une seule journée.

 

Guerre et paix s’entremêlent dans ce roman de Vladimir Volkoff comme la mort et l’amour. Le vide intérieur des héros se heurte à l’horreur de la torture, donnant à ce conte cruel une force inoubliable.

 

Tandis qu’en 1960 la guerre fait rage en Algérie, un étudiant parisien dérobe la grenade de son sergent instructeur. Il la transmet aussitôt à un réseau d’activistes indépendantistes. L’arme passe alors de main en main, au rythme d’une intrigue haletante qui nous mène de la métropole à Alger. Ce roman à suspens de Vladimir Volkoff nous plonge avec une rare acuité dans les passions meurtrières qui ont déchiré la France et l’Algérie.

 

Choc des cultures, mondialisation libérale. Les grands mots définissant notre époque sont souvent synonymes de confrontation, de fin d’un monde, et n’offrent guère de perspectives d’avenir. Dans cet essai, Constantin von Barloewen propose donc un voyage exploratoire dans les cultures du monde. Il part à la recherche des clefs intellectuelles et spirituelles susceptibles d’ouvrir les portes d’une société fondée non plus sur la recherche du profit, le règne de la technique et le pouvoir du logos, mais sur le dialogue entre des cultures imprégnées de l’holos.

Anthropologie de la mondialisation est consacré aux cultures du monde, de l’Amérique latine au Japon, et aux rapports entre politique et religion en Amérique du Nord. Constantin von Barloewen y développe les principes d’une science culturelle comparée. Le regard d’anthropologue qu’il porte sur la globalisation, phénomène jusqu’ici décrit sous l’angle économique, trouve ici toute son actualité.

 

Dans Voyage à Madagascar, Constantin von Barloewen conduit le lecteur de rencontre en visite, de discussion en découverte, dans un périple à mille lieues du tourisme, qui cherche à faire apparaître par touches successives l’identité malgache, complexe, multiple, œcuménique.

Illustration concrète d’une anthropologie poétique, ce récit est à mi-chemin entre la littérature de voyage et l’étude de terrain d’un homme fasciné par l’objet de sa recherche. Un voyage en quête de la Fanahy Fanahendrena, la sagesse millénaire malgache.

   

Février 1917: l’empire russe est paralysé par une grève générale, le peuple est dans la rue et la dynastie des Romanov vit ses derniers jours. Monarchiste convaincu, mais conscient du fossé qui existe entre ses idéaux politiques et les faiblesses de la monarchie, Vassili Choulguine est chargé par le gouvernement provisoire de prier le tsar d’abdiquer.

Témoin et acteur direct des événements tragiques qui ont conduit le pays au chaos, il décrit, d’une plume acéré, le pogrom juif de Kief en 1905, Raspoutine et son entourage et, enfin, l’abdication de Nicolas II. Ecrit sous forme de chroniques quotidiennes, ce récit surprend par sa force et plonge le lecteur au cœur d’une période qui a bouleversé le destin de tout un peuple.

Introduction de Christine Levisse-Touzé.
Préface de Jean Mattéoli

Alain Vincenot donne la parole à soixante résistants. Ce sont des obscurs, des sans-grade, la plupart restés dans l’ombre et qui témoignent pour la première fois. Des hommes, des femmes, alors très jeunes, qui refusent de voir la France occupée. Ils ont ainsi écrit, imprimé, distribué des tracts, réalisé des faux-papiers, collecté des renseignements pour les forces alliées, fait sauter des ponts, caché ou organisé la fuite de familles juives, exécuté des SS ou des collaborateurs, connu les camps de concentration…

Alain Vincenot a sillonné la France, il a rencontré ces femmes et ces hommes, recueilli leurs témoignages. Pour la première fois, un livre rend donc hommage à ces héros de l’ombre, à ces anonymes qui ont changé le cours de l’Histoire.

 

« Ce qui est terrible chez un enfant, ce n’est pas tellement de savoir qu’il n’est pas aimé, et pourtant c’est important, mais c’est de ne pas pouvoir aimer parce que ce noble sentiment est rejeté des autres. » Daniel, un des « fils de Boches.»

Mis au rancard de l’Histoire, les enfants oubliés du pacte d’amitié et de réconciliation franco-allemand veulent rompre le silence. Nés de liaisons clandestines entre des jeunes appelés de la Wehrmacht, l’ennemi, et des femmes d’un pays qui les accueillait malgré lui, ces « enfants maudits » ont grandi dans la honte. Soixante ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, ils témoignent ici pour la première fois. Beaucoup se sont lancés sur les traces du père disparu. Certains ont trouvé leur famille allemande en recourant aux services d’information des Archives de la Wehrmacht à Berlin, la WASt. Alors submergée de demandes, celle-ci a décidé d’apporter son aide à ces enfants maudits. D’autres par contre poursuivent inlassablement leur quête. Ce livre de Jean-Paul Picaper et Ludwig Norz est pour eux un espoir. Puisse-t-il trouver un écho… et permettre à ces personnes de vivre leur singularité avec plus de sérénité.

 

Constantin von Barloewen ouvre un dialogue au-delà des siècles et des disciplines, de l’art et de la politique, entre quatre érudits : Alexis de Tocqueville, l’historien, Michel Leiris l’anthropologue, V.S. Naipaul l’écrivain, Pierre Verger le photographe et ethnologue. Bien que séparés dans le temps et d’origines différentes, ils restent à ses yeux proches les uns des autres.

À travers une relecture inédite de l’œuvre maîtresse de Tocqueville, de la démocratie en Amérique jusqu’aux romans de Naipaul ou aux parcours de Michel Leiris et Verger, Barloewen met en lumière une « anthropologie comparative et humaniste ». Il voit en effet en ces quatre personnalités les éclaireurs d’une société pluraliste, ouverte, interactive, visant l’édification d’une éthique mondiale.

 
ÉPUISÉ. DISPONIBLE EN POCHE ICI. Préface de Georges Sokoloff

Né quelques mois après Staline, l’historien et journaliste Sergueï Melgounov, socialiste russe modéré, refuse d’émigrer en octobre 1917. Il n’en sera pas moins expulsé de son pays cinq ans plus tard. Les bolcheviks ne lui ont en effet pas pardonné son intraitable refus des méthodes inhumaines avec l’aide desquelles ils se sont maintenus au pouvoir.

Melgounov, qui fréquente les groupes clandestins de la résistance anticommuniste, dénonce la politique de terreur instaurée dans le pays. Cet engagement lui vaudra vingt-trois perquisitions, cinq arrestations, les interrogatoires de la Tcheka, la prison, la condamnation à mort et, pour finir, le bannissement. Pour évoquer les horreurs de la guerre civile et du « communisme militaire », Melgounov ne s’en tient pas au terme « atroce ». Il explicite le mot, comme on défroisse une page pour en étaler l’insoutenable contenu. La valeur de ses propos est d’autant plus précieuse qu’il fait parler les victimes et leurs bourreaux, grâce notamment aux nombreux documents et récits qu’il a pu recueillir. En ce sens, son témoignage préfigure celui de Soljenitsyne sur le goulag.

Préfacé par Simone Weil

Cet ouvrage inédit d’Alain Vincenot est un recueil d’une vingtaine de témoignages d’enfants juifs arrachés à la barbarie nazie, parmi les 60 000 qui ont été sauvés sur les 72 000 vivant en France à la fin des années 1930.

Je veux revoir maman ! sonne comme un leitmotiv, une parole sans cesse répétée par des petits êtres arrachés à leurs parents. Ces êtres qui, dans l’insouciance de l’enfance traverseront, malgré tout, la guerre. À travers leurs histoires, ces enfants devenus adultes expriment avec émotion leur souffrance toujours vivace. Mais aussi la grande part d’amour qui les lie à jamais à ceux qui leur ont permis de vivre et de donner la vie à leur tour.

 

Dans Le Crime d’aimer, Jean-Paul Picaper nous plonge dans l’Allemagne de 1943 : les nazis sont en train de perdre la guerre. La présence de six à sept millions de travailleurs étrangers et d’au moins autant de prisonniers de guerre rend nerveux les dirigeants et leurs serviteurs qui se livrent alors à une chasse impitoyable « aux traîtres ». La machine judiciaire se durcit. La misère s’est installée, les bombardements continuels et l’omniprésence de la Gestapo et de la Feldgendarmerie créent un profond climat d’insécurité.

Le Reich cherche alors à s’immiscer dans la vie privée des citoyens. Les sbires d’Hitler, de même qu’une partie de la population civile bardée de « bons sentiments » et qui croit encore en la victoire, s’emploient avec zèle à dénoncer tel ou tel voisin pour une bagatelle qui peut prendre des dimensions incommensurables : la prison, le camp de concentration. Le flirt ou l’amourette d’une femme allemande avec un étranger relève du délit politique. Or, le parti réclame des exemples. Ces femmes sont des cibles commodes pour les appareils de répression. Il est donc facile de se faire bien voir en les dénonçant. Pourtant, à leurs risques et périls, elles aimeront l’ennemi.

 
OUVRAGE ÉPUISÉ. DISPONIBLE EN POCHE ICI
Postface de Mikhaïl Lepekhine

C’est là l’œuvre d’une vie, celle de Boris Chiriaev. Cet intellectuel moscovite fait mémoire de ses sept années de travaux forcés aux îles Solovki, archipel situé dans les eaux glacées de la mer Blanche, au large des côtes de Carélie. Une « chronique des temps de naufrage » qu’il commencera à écrire au camp et poursuivra pendant vingt-cinq ans. Chiriaev arrive donc aux Solovki en 1923. Le monastère de l’archipel Solovki, symbole du monachisme orthodoxe, était devenu, après 1917, un bagne au régime dur où régnait l’arbitraire.

On assiste, avec Chiriaev, à la naissance du système concentrationnaire soviétique et du premier camp de travaux forcés. On découvre ainsi les balbutiements de ce qui allait devenir le symbole même de la répression bolchevique. Car les autorités n’avaient pas encore compris les avantages économiques du travail forcé.

Mais Boris Chiriaev, au milieu de cette désolation, voit poindre la lueur d’une veilleuse que rien ne peut éteindre. Il s’agit de celle du dernier ascète des Solovki qu’il a surpris en prière dans sa hutte au fond des bois, celle aussi d’une baronne qui sacrifiera sa vie pour soigner les malades du typhus, ou celle de cette communauté de vieux-croyants qui, persécutés par le nouveau pouvoir, mourront aux Solovki dans la plus absolue dignité. Les Solovki étaient un Golgotha, nous dit l’auteur, mais sur elles brillait aussi la lumière de l’Esprit.

Aucune ville n’a autant perturbé le cours de l’histoire. Sans eau ni terre fertile, sans valeur stratégique, Jérusalem ne semble avoir eu d’autre fonction que de brouiller les cartes pour forcer les hommes qui la désirent à toujours plus de violence. Le pari d’Ugo Rankl a été de vivre au quotidien de gens étonnants, attachants et révoltants, mais aussi d’emmener le lecteur dans des lieux insoupçonnés. Cette enquête inédite, riche apporte un nouvel éclairage sur cette ville qui constitue un enjeu incontournable dans le processus de réconciliation entre Palestiniens et Israéliens.