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Sibérie
Publiés aux éditions des Syrtes
Au début du XVIIe siècle, la Moscovie, sortie du temps des troubles, connaît un extraordinaire mouvement de réformes. Le nouveau patriarche Nikon se lance dans une transformation brutale de l’Église, suscitant de nombreuses protestations et aboutissant au schisme entre « vieille » et « nouvelle » foi, en 1667. Le représentant et héros de la vieille foi c’est Avvakum, né en 1620 dans la région de Nijni Novgorod, curé de campagne, archiprêtre, intraitable et tolérant, prophète et père de famille. Avvakum condamne les premières mesures de Nikon. Il est exilé en Sibérie, affecté à une troupe brutale chargée de conquérir le fleuve Amour, confronté en permanence à la mort. Il y restera onze ans et en 1664 il est rappelé à Moscou par le tsar Alexis. Déporté de nouveau, traîné de geôle en geôle, relégué à l’extrémité de la Russie, il sera brûlé vif au bord de l’Océan glacial, en 1682. Pendant tout ce temps, il prêche, écrit, se fait le porte-parole de la vieille foi. Avvakum est un extraordinaire écrivain. Sa Vie, composée par lui-même, est le chef-d’œuvre unique de toute la littérature russe avant le XIXe siècle. Écrite dans sa geôle de Poustozersk, La Vie représente à la fois la fin du Moyen-Âge et une extraordinaire naissance de la prose russe moderne parce qu’elle bouscule les genres, opère des renversements stylistiques et spirituels très modernes. On y voit directement agir, parler, penser les Russes d’avant Pierre le Grand : Avvakum lui-même, le tsar Alexis, son confesseur Stepan, le patriarche Nikon. On y suit, par le Baïkal et l’Angara, la première expédition sur l’Amour, avec Pachkov, féroce conquistador dont Avvakum est à la fois l’aumônier et la victime. Tout cela dans une atmosphère savoureuse de miracles, d’observations précises et de bon sens paysan. Ce texte, traduit du vieux russe, est un document essentiel pour tout curieux des choses russes, mais aussi pour l’historien des découvertes et pour l’ethnographe, pour l’historien de la religion, pour le psychologue et pour l’historien de la civilisation. Mais La Vie a de quoi étonner et captiver bien d’autres lecteurs. Elle est écrite dans une langue imagée et personnelle dont l’imprévu se dispute parfois la rudesse. La postérité de La Vie d’Avvakum est importante dans la culture russe; en 1872, Moussorgski s’en inspire pour son opéra La Khovanchtchina; le personnage de l’archiprêtre Touberozov des Gens d’Église de Nikolaï Leskov fait penser à Avvakum; Merejkovski écrit tout un poème inspiré par Avvakum en 1883, tandis qu’en 1900, Gorki voulait que La Vie entre dans les programmes scolaires.
Pastorale transsibérienne est l’histoire d’une fuite, dans un pays où la nature offre encore des espaces assez grands pour s’y réfugier ou s’y perdre. Au cœur de la Sibérie, Daniil Menchikov rencontre sur les bords du lac Baïkal un émule de l’écrivain Henry David Thoreau, gardien du silence et des oiseaux. L’exemple de cet homme, qui a su rester libre dans le système le plus hostile à l’individu, va donner à Daniil le courage de se révolter. Déserteur, rattrapé puis finalement chassé comme élément perturbateur le jeune homme achète un kayak et remonte le cours d’une rivière vers une contrée mythique, terre de la sagesse ancestrale. Confronté à lui-même et à l’immensité, ses pensées et son corps changent jusqu’à rêver de pouvoir se dissiper dans cette nature… « Il n’était plus le rameur qu’ilavait été. Il était pasteur désormais. Le pâtre de ses pensées dans la vastitude. »  
Par une nuit d’hiver, sur une côte sauvage du lac Baïkal, Michka tente d’échapper à ses poursuivants. Son peuple est celui des Évenks, de l’antique famille sibérienne des Toungouse. Le jeune fugitif a été élevé à l’école de la taïga par la chamane Katè, sa grand-mère, qui incarne la sagesse de la communion avec la nature, sait parler aux animaux et lire la forêt comme un livre… Le Cantique du Toungouse d’Oleg Ermakov  est une ode à la nature où la taïga enneigée est décrite avec beaucoup de poésie, dans une narration à la fois sobre, précise et très fluide. Le lecteur découvre Michka, le dernier représentant d’une ethnie ancienne et maître véritable de la taïga, qui n’a jamais fait sienne la civilisation du XXe siècle. Prisonnier car coupable tout désigné, il est pourtant tellement habile que, même grièvement blessé, il parvient à s’échapper sans laisser de traces. On découvre également que Michka a passé beaucoup de temps avec sa grand-mère, descendante d’une chamane, qui lui transmet un amour profond de la taïga, une compréhension instinctive de sa beauté, et une faculté de communiquer avec les animaux. Le roman est avant tout une déclaration d’amour pour le Baïkal et pour sa nature envoûtante.
 » Vous aimez Crime et châtiments, vous adorez Les frères Karamazov, vous jubilez devant Les démons ? Ce livre est fait pour nous. Un Dostoïevski qui aurait mangé Jack London dans une cuisine contemporaine. », Patrick Rijks, lecteur, Instagram.
Disponible également en version numérique
Préface de Jil Silberstein
Parus pour la première fois en 1910 à Saint-Pétersbourg, les Récits de la Perdition constituent un ensemble de huit épisodes tirés de la vie d’une cinquantaine de révolutionnaires exilés à Srednekolymsk – alias Grande-Perdition. Soit au coeur même de l’une des régions les plus inhospitalières de la Sibérie. Ces récits évoquent avec humour et tendresse cette poignée de citadins éduqués, originaires de la partie européenne de la Russie. Autant de bannis pour raisons politiques immergés dans une nature extrême, peuplée de Iakoutes, de vieux colons russes et de Cosaques. C’est leur vie au quotidien – intime et collective, physique et philosophico-spirituelle. Binski le héros mélancolique, Ratinovitch l’irrévérent. Rybkovski le désenchanté. Maria Nikolaïevna l’unique coeur à prendre. Krantz le souffre-douleur. Barski. Chikhov le spinoziste. Bekker le rigoriste. Khreptovski l’indigénisé. Iastrebov bourru et solitaire. Verevtsov le végétarien. Le jeune rebelle Bronski. Macha du Terminal de la faim… Tous rêvent parfois, boivent, plaisantent, qu’ils soient mus par la fantaisie, l’ivresse, le désespoir… ou un éperdu besoin de tendresse. L’originalité de ces récits de Bogoraz réside dans l’intérêt qu’il accorde aux peuples autochtones du Grand Nord et qui lui vaudront de laisser son empreinte comme l’un des pères de l’ethnographie russe. Il a publié des grammaires, un dictionnaire, des manuels pour les enfants tchouktches, des recueils de folklore, des études ethnographiques et historiques sur les Tchouktches. En même temps qu’ils s’imposent de par leur force littéraire (prisés par Vladimir Korolenko, autre écrivain exil ) ces Récits de la Perdition laissent entrevoir ce que furent les âpres conditions des hommes et des femmes expédiés sur les rives de la Kolyma, ravalés au rang de « robinson polaires »  par cet exil dans un environnement dépouillé de tout confort matériel.
Dans un village perdu de la Iakoutie vit un homme malheureux et malchanceux : Makar. À la veille de Noël il se retrouve dans la Maison des Tatares, où trop d’hommes s’entassent pour boire. Makar, ivre mort, est jeté dehors. Revenu tant bien que mal chez lui et désagréablement accueilli par sa femme, il décide de partir en pleine nuit dans la taïga avec son cheval. Il tombe sur Aliocha, venu lui aussi visiter les pièges à renard. Ils se disputent une bête, qui en profite pour détaler. Dans la lutte, Makar perd son bonnet et ses moufles. Puis, il s’égare et, épuisé, meurt de froid. Mais Ivan, le vieux pope, mort quatre ans plus tôt, le réveille et le conduit devant le Grand Juge, afin d’évaluer sa conduite sur terre grâce à une grande balance qui a un plateau d’or pour les bonnes actions et un plateau de bois pour les mauvaises. Ce dernier penche dangereusement. Mais Makar, soudain inspiré, raconte sa pauvre vie et tous les malheurs qu’il a endurés... Le Rêve de Makar inaugure une nouvelle série de notre collection de Poche: les joyaux oubliés. Pourquoi publier des « Joyaux oubliés » ? Il y a des textes à ne pas oublier, des petits joyaux littéraires qui méritent d’être redécouverts. Avec cette nouvelle série, dans la collection « Syrtes Poche », nous souhaitons remettre entre les mains des lecteurs curieux des récits devenus classiques, anciens ou récents, dont les destins n’ont pas connu ceux de Tolstoï, Gogol, Krudy Kafka, Marai ou Čapek. Le Rêve de Makar de Vladimir Korolenko fait partie de ces textes et va inaugurer « Joyaux oubliés ».
 

Leonid Youzefovitch présente ici le portrait d’un personnage de légende. Roman von Ungern-Sternberg, baron balte converti au bouddhisme. Général de l’armée blanche à trente-cinq ans, il est le dernier combattant à résister contre la marée révolutionnaire rouge qui submerge alors la Russie. Replié en Mongolie, il s’y taille un royaume en libérant le khutukhtu, « Dieu vivant » des Mongols, prisonnier des Chinois. C’est là que commence son règne de violence et que prend forme son rêve fou : reconstituer la horde d’or de Gengis Khan.

Personnage démesuré, être hors norme, Ungern ira ainsi au bout d’un destin aux dimensions shakespeariennes.