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révolution
Publiés aux éditions des Syrtes
DISPONIBLE EN SYRTES POCHE
Préface de Jacques Catteau

L’histoire de ma sœur est abord celle d’un sentiment. L’amour passionné que nourrit Kostia pour Katia, sa sœur de sept ans son aînée. C’est aussi le récit du destin poignant d’une femme forte. Et, à travers elle, l’auteur dresse un tableau de la vieille Russie, qui s’apprête en effet à voler en éclats. Des balbutiements de l’enfance jusqu’à l’épanouissement ultime de la mémoire, ce superbe roman de Michel Ossorguine se lit comme un poème en prose qui s’ouvrirait sur le ton mineur pour se clore dans la gravité.

Traduit du russe par Elisabeth Mouravieff

Février 1917: l’empire russe est paralysé par une grève générale, le peuple est dans la rue et la dynastie des Romanov vit ses derniers jours. Monarchiste convaincu, mais conscient du fossé qui existe entre ses idéaux politiques et les faiblesses de la monarchie, Vassili Choulguine est chargé par le gouvernement provisoire de prier le tsar d’abdiquer.

Témoin et acteur direct des événements tragiques qui ont conduit le pays au chaos, il décrit, d’une plume acéré, le pogrom juif de Kief en 1905, Raspoutine et son entourage et, enfin, l’abdication de Nicolas II. Ecrit sous forme de chroniques quotidiennes, ce récit surprend par sa force et plonge le lecteur au cœur d’une période qui a bouleversé le destin de tout un peuple.

Depuis le meurtre de Raspoutine jusqu’à l’abdication de Nicolas II, ce livre retrace le processus révolutionnaire en 1917 à Petrograd. Il commence en février pour aboutir en octobre à la prise du pouvoir par les bolcheviques et l’instauration d’un régime de terreur en Russie.  Grâce à une abondante documentation, s’inspirant de quantité de sources souvent inédites dans l’historiographie francophone et de témoignages directs, François Antoniazzi reconstitue le fil des événements qui ont conduit à la chute de la monarchie russe. Appelé à devenir une référence dans la bibliographie francophone, 1917 à Petrograd est une étude historique foisonnante qui se lit comme une œuvre de fiction, mais aussi une analyse psychologique des principaux protagonistes, monarchistes comme bolcheviques, ayant présidé au destin tragique de la Russie au début du XXe siècle.  
       

 

Direction et appareil critique de Loïc Damilaville Préface d’Alexandre Jevakhoff
Le nom du général Broussilov reste attaché à la grande offensive russe de l’été 1916 qui porte son nom, ultime victoire de l’Armée impériale avant les révolutions de février et d’octobre 1917 qui emportèrent le régime et conduisirent la Russie à sortir de la guerre mondiale. Très populaire, il est l’un des généraux favorables à l’abdication de Nicolas II. En 1929 il publie des Mémoires couvrant la période 1914-1917, consacrés à la guerre et aux débuts de la révolution. À la fin, il fait allusion à une seconde partie qui devait toucher aux événements postérieurs. Mais cette suite n’avait jamais été publiée. Conservé à Prague avant la Seconde Guerre mondiale puis « confisqué » par les Soviétiques en 1945, le manuscrit original complet aurait pu être perdu à jamais s’il n’avait été fortuitement confié au général français Albert Niessel par la veuve du général Broussilov. De son propre chef, Niessel en avait effectué une traduction intégrale mais madame Broussilov exigea qu’il la tienne secrète au moins jusqu’en 1950. Cette pièce historique fut léguée au Service historique de la Défense à Paris par les héritiers du général Niessel après la mort de celui-ci, en 1955. C’est cette traduction qui est proposée au lecteur dans le présent volume, reprenant l’intégralité du manuscrit Broussilov ainsi que la période 1914-1917 déjà publiée en 1929.
Un éclairage nouveau
Le témoignage du général Broussilov sur les années 1917-1925 apporte un éclairage radicalement nouveau sur son parcours personnel au milieu du tumulte révolutionnaire. Broussilov se décrit comme un adversaire résolu du régime soviétique tout en n’épargnant pas ses critiques aux Blancs. Il attaque ouvertement Lénine, ce qui pousse Staline à « effacer » toute trace de Broussilov. Faisant revivre une époque troublée et méconnue par de multiples détails qui sont pour lui d’une brûlante actualité, le général lègue son manuscrit aux futures générations russes, confiant dans le fait que le régime bolchevique aura une vie éphémère. Un appareil critique rédigé par l’historien Loïc Damilaville a été ajouté à la traduction d’Albert Niessel, afin de permettre au lecteur de s’orienter parmi les personnages et les événements évoqués au fil du récit. Au travers de ce témoignage exceptionnel de l’un des principaux acteurs russes de la guerre mondiale, c’est toute une époque qui revit, des dernières décennies du régime tsariste jusqu’aux débuts douloureux de l’ère soviétique.  
Dans De l’aigle impérial au drapeau rouge, roman-fleuve publié en 1921, Krasnov s’empare de l’histoire de la Russie de Nicolas II jusqu’à la fin de la dynastie des Romanov : guerre du Japon, Première Guerre mondiale, révolutions de Février et d’Octobre et la guerre civile. Cette grande saga raconte, à travers le destin du personnage central, Alexandre Sabline, celui d’un empire en voie de décomposition. Mêlant fiction et réalité, l’auteur, également acteur des événements, nous fait côtoyer les grandes figures de l’histoire russe de cette époque : Nicolas II et son épouse Alexandra, Raspoutine, Lénine, Trostki… et bien d’autres, qui, grâce à une intrigue habilement menée parsemée de coups de théâtre, des descriptions minutieuses et des dialogues finement ciselés font revivre les dernières années de l’autocratie russe.  
Publié en 1870, À couteaux tirés est un roman prémonitoire, « prologue d’un cataclysme inéluctable » incarné par les révolutions du siècle suivant. Entre roman policier et drame social, on y suit les nombreuses péripéties d’un groupe d’anciens nihilistes, devenus des êtres détestables cherchant à s’enrichir aux dépens des autres. Leskov dresse un portrait d’époque à travers une galerie de personnages hauts en couleurs : le propriétaire dépossédé pathétique et influençable, le nihiliste Gordanov reconverti en anarchiste manipulateur, la révolutionnaire idéaliste, l’usurier véreux, le pope bienveillant, le géant moujik à moitié fou, l’épouse de général machiavélique, vénale et cruelle, entourée de son escorte de ridicules admirateurs. Ce tourbillon de personnages liés par les affaires et les mesquineries sont propulsés dans de multiples épisodes. La force narrative de Leskov, les nombreux rebondissements et surtout la description prémonitoire de l’implosion d’une société au bord de la catastrophe en font un roman à part dans la littérature russe. Rarement portrait d’une société décomposée et moralement corrompue, qui ne montre plus de respect pour ses institutions et ses individus n’a été dressé avec autant de profondeur et d’acuité. Ce roman foisonnant et baroque frappe par son actualité à travers un éclairage sur la «Russie souterraine», celle qui annonce et prépare les révolutions du siècle suivant. Il est le pendant des Démons de Dostoïevski, autre grand roman antinihiliste.  
 
Dans le bref roman qu’est Le Bourg d’Okourov, c’est la vie dans la Russie provinciale qui est la cible de la plume acerbe de Maxime Gorki. Cette petite ville imaginaire, pensée par l’écrivain comme un creuset pour y placer ses personnages et en examiner le destin tragique, est partagée en deux par la rivière Poutanitsa : d’un côté les riches commerçants, les bourgeois et les notables, de l’autre, le faubourg où vivent les ouvriers et les humbles.  Depuis toujours, les habitants s’observent, les pauvres envient les riches et les riches se méfient des pauvres. Le seul endroit où tous se côtoient est la maison close, le « Paradis de Felitsiata ». Mais, en 1905, l’atmosphère se charge petit à petit des idées de « liberté », de « réformes », et les faubouriens sont séduits par les perspectives de changement, ce qui n’est pas sans avoir des conséquences sur le paisible bourg d’Okourov.  La langue de Gorki est savoureuse, à l’image de ses personnages : créative, riche, spontanée, parsemée de dictons, jurons et bons mots. Son talent littéraire s’illustre une fois encore grâce à ce récit vif, pittoresque, au langage dru et aux héros insolites. Mais Le Bourg d’Okourov se fait aussi bien l’écho des idées révolutionnaires de son auteur, de plus en plus proche des idées bolcheviques.
Du même auteur aux éditions des Syrtes
Gorki et ses fils, correspondances (1901-1934)
Cet ensemble de 36 nouvelles de l’écrivain russe Ivan Bounine, prix Nobel de littérature 1933, réunit, en format de poche, les 4 volumes parus aux éditions des Syrtes: La Nuit en 2000, Les Pommes Antonov en 2002, Soukhodol en 2005 et Coup de soleil en 2014; il est en outre accompagné d’une nouvelle inédite, Une passion. Plusieurs traducteurs ont contribué à ce recueil : Boris de Schlœzer, Claire Hauchard, Madeleine Lejeune et Joëlle Dublanchet. Échelonnées entre 1900 et 1949, les nouvelles couvrent des périodes très différentes de la vie de Bounine. Qu’elles soient écrites en Russie ou en exil, à Paris ou dans les Alpes maritimes, elles dépeignent dans leur grande majorité la Russie, dont il a été un chantre bouleversant. Une passion, la nouvelle inédite qui accompagne cette publication, fait partie des écrits de jeunesse de Bounine (1886-1887). Elle raconte l’histoire du cruel féminicide d’une jeune fille de dix-huit ans dont le cœur balance, pour son malheur, entre l’ennui de la vie à la campagne et les premiers émois amoureux.
« Je suis né et j’ai grandi tout à fait en plein champ, dans une étendue que l’homme européen ne saurait même se représenter. En vérité, un immense espace, sans limites ni frontières, m’environnait : où s’achevait vraiment notre propriété, et où commençait ce champ illimité dans lequel elle se fondait ? De toute façon, champ et ciel étaient tout ce que je voyais. » 

Publié en 1905, Le Gouverneur de Leonid Andreïev met en scène un gouverneur de province, homme intègre et dévoué, qui, par peur et incompréhension, ordonne la répression sanglante d’une manifestation populaire, causant la mort de civils. Bouleversé par ce drame, il sombre dans une profonde détresse morale, tiraillé entre sa conscience et son devoir. Il subit la haine du peuple et se retrouve prisonnier d’un système qui le dépasse, illustrant la fatalité et l’impuissance de l’individu face aux forces sociales et historiques. Le style d’Andreïev est marqué par l’intensité émotionnelle et une atmosphère oppressante. À travers des images fortes, et un rythme haletant, Andreïev critique la brutalité du régime tsariste et interroge la solitude, la culpabilité et la tragédie du pouvoir.