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portrait
Publiés aux éditions des Syrtes
Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni

Eduard von Löwenstern, alors aide de camp du général de Pahlen, commence la rédaction de ses Mémoires en 1814. Elles sont une description minutieuse de l’Europe du début du XIXe siècle et un exposé militaire de premier ordre. Grâce à l’incontestable talent de conteur de l’auteur, ils donnent une forte impression d’authenticité morale. La passion de Löwenstern pour le métier des armes s’exprime avec force, mais les descriptions crues des atrocités de la guerre ne sont pas moins sincères et portent le sceau d’une vérité sans masque ; authentique également, la morgue exagérée que lui donnait son rang et qu’expliquent l’époque et les conditions dans lesquelles il vivait. Ce document est aussi et surtout un étonnant récit d’aventures vécues par un personnage haut en couleur et en panache, amateur de femmes et de duels.

Traduit du roumain par Marily le Nir

Dans cette « fiction documentaire » d’une extraordinaire richesse, Florina Ilis reconstitue la dernière partie de la vie du poète Mihai Eminescu, et même au-delà, c’est-à-dire cent cinquante ans d’existence du mythe. Sa vie, son sacrifice pour l’œuvre littéraire et pour l’Amour sont en effet devenus un matériel de propagande politique pour les différents régimes. Sa pensée, à l’origine conservatrice va être récupérée par les extrêmes. De la droite (déformée dans le sens racial par l’extrême droite des années 1930) à la gauche (déformée dans le sens prolétaire, social, par le pouvoir stalinien des années 1950-1960), pour devenir nationaliste (dans le sens de la propagande patriotique nationaliste de Ceausescu).

Florina Ilis s’emploie à démystifier le culte du poète national. Elle superpose à des éléments biographiques d’Eminescu des voyages dans le temps et déroule un ensemble de vérités, y insérant des détails « visualisables », sortes de didascalies qui proposent des connexions entre époques-faits-personnages. L’écrivaine met en parallèle la vie réelle d’Eminescu avec les images successives de ses postérités. Elle combine avec brio des documents réels au jeu subtil de l’imagination. Le poète devient ainsi un être humain en chair et en os, avec ses souffrances et ses doutes.

L’art narratif de Florina Ilis se déploie avec une énergie et une maîtrise extraordinaires dans la description réaliste de l’époque. Les Vies parallèles devient ainsi un roman sur la société roumaine, ses légendes, ses obsessions,  et ses craintes. Sur la manière, également, dont elle arrive à aimer et à dévorer ses propres idoles.

Du même auteur aux Éditions des Syrtes: La croisade des enfants (2010)

Boris Pasternak, né en 1890, est l’un des plus grands poètes du XXème siècle. Son éveil à la poésie a coïncidé avec la Révolution de l’été 1917. Il l’a en effet perçue comme « un dieu descendu du ciel sur la terre, le dieu de cet été » et célébrée dans « Ma sœur la vie », le recueil qui ouvre son itinéraire de poète.

Sa fidélité au principe lyrique de la poésie l’a cependant amené à opposer une résistance obstinée à l’idéologie de plus en plus rigide et mortifère qui envahissait les idéaux proclamés par le communisme triomphant. L’objectivation de cette expérience lyrique et de sa résistance à l’idéologie dominante s’est réalisée dans le roman Le Docteur Jivago, l’œuvre de sa vie. Publié à l’étranger malgré l’opposition des autorités soviétiques, ce roman apporte à Pasternak une renommé internationale et une violente persécution dans son pays où il est aujourd’hui réhabilité et célébré. Il reçoit le Prix Nobel de littérature en 1958.

Michel Aucouturier, l’auteur du présent ouvrage, a longtemps enseigné le russe à l’Université de Genève puis à la Sorbonne. Découvrant la poésie de Pasternak durant ses études, il a poursuivi ses recherches sur le poète en Russie, où il a séjourné comme boursier du gouvernement français. Il a ensuite entrepris la traduction de sa poésie et de sa prose. Ayant consacré un premier ouvrage à Pasternak en 1964, Michel Aucouturier a depuis dirigé la publication de son œuvre dans la collection de la Pléiade.

Il s’appuie aujourd’hui sur les nombreux documents devenus accessibles depuis la mort du poète en 1960, en particulier sur sa nombreuse correspondance, et sur les nombreux souvenirs des contemporains de Pasternak, pour retracer l’itinéraire de ce poète qui a dû affronter son temps pour préserver sa personnalité et faire entendre sa voix.

Traduit du russe par Michel Niqueux Préface de Nikita Struve
Dans le tissu d’or des hymnes de la Semaine sainte, un fil vient troubler le regard. Une douloureuse dissonance fait irruption dans leurs harmonies célestes: l’image de l’apôtre félon. Nous en sommes comme malades pendant ces jours saints. Et l’Eglise ne ménage pas notre sensibilité, en accordant à Judas une place et une attention telles qu’il apparaît comme un des personnages centraux du mystère de la Passion, semblant même occulter les autres apôtres par son opposition au Christ. Judas, « serviteur et fourbe », n’est dans la poésie liturgique qu’un simple avare ayant vendu son Maître pour de l’argent.

C’est avec ces mots que le Père Serge Boulgakov, l’un des plus éminents théologiens du XXème siècle, débute sa réflexion à propos de la plus terrible trahison de l’Histoire. Mais, comme le note Nikita Struve dans sa préface, « on voit que Boulgakov se refuse à une condamnation  sans rémission de Judas. Dans son repentir et dans sa mort volontaire, il voit un acte sacrificiel. Seul de tous les apôtres qui se disaient pourtant prêts à mourir avec le Christ, Judas, par le détour de la trahison, n’a pas survécu à la mort du Christ. Et d’envisager une rencontre de Judas avec le Christ dans l’au-delà. Une rencontre qui serait « non une éternelle réprobation, mais le triomphe de l’amour. »

Du même auteur aux Éditions des Syrtes: Ma vie dans l’orthodoxie – notes autobiographiques (2015)
Publié sous la direction d’András Kányády Avant-propos de Michel Crépu

Depuis trois décennies, Gyula Krúdy (1878-1933) est un auteur régulièrement traduit en français. Le présent volume est le fruit d’un travail collectif réunissant chercheurs français et hongrois. Il sert ainsi d’orientation aux lecteurs désireux de s’initier ou d’approfondir l’univers de cet écrivain magyar profondément original. Il permettra de découvrir non seulement divers aspects des œuvres déjà traduites, mais aussi d’explorer la création foisonnante d’un grand auteur de la modernité.

 
Présenté et traduit du russe par Anne-Marie Tatsis-Botton
L’écrivain Alexeï Remizov et le philosophe Vassili Rozanov étaient amis. Ils étaient voisins, fréquentaient le même milieu littéraire, lisaient les mêmes livres, venaient l’un chez l’autre, subissaient la même dureté des temps de guerre et de révolution. Rozanov mourut en 1919. Remizov quitta aussi la Russie pour l’exil en 1923. C’est cette même année, alors à Berlin, qu’il éleva à son ami défunt un « monument »: il écrivit Koukkha. Ce monument n’est pas coulé dans le bronze, mais semble plutôt fait d’un assemblage de débris, de tessons, une construction à la « Facteur Cheval » : souvenirs de conversations, détails de la vie courante, fragments de lettres, anecdotes, rêves et rêveries – érotiques ou non –, pages d’agendas, coupures de journaux, réflexions philosophiques, littéraires, plaisanteries – osées ou non –, jeux de mots, griffonnages, délires…  
Traduit du russe par M. Bénouville

Mage, guérisseur, homme de Dieu, ou imposteur, intrigant et espion ? Un siècle après sa mort, Grigori Efimovitch Raspoutine (1863-1916) ne cesse d’intriguer les historiens et le large public. Sa personnalité peu commune et son rôle supposé dans la chute de l’empire russe ont inspiré romanciers et dramaturges. On lui a en effet souvent attribué un rôle qui n’était pas le sien. La culture populaire en a fait un « moine fou », un « hypnotiseur » qui a précipité la Russie dans l’horreur de la guerre civile. Les bolcheviks le tenaient pour le symbole pouvoir tsariste corrompu. Mais qu’en est-il en vérité ? L’ouvrage du général Spiridovitch plonge au coeur des événements qui ont conduit à l’assassinat de Raspoutine. L’auteur a en effet instruit l’affaire depuis le début, rassemblant les pièces du puzzle, interrogeant tous les protagonistes, les proches du « starets » comme ses ennemis les plus acharnés, faisant de son enquête méticuleuse un véritable roman.

Cet ouvrage, le plus complet et le plus proche des événements tels qu’ils se sont passés, écrit par le chef de la sûreté secrète de Nicolas II, permet au lecteur de comprendre « l’incroyable aventure de ce simple moujik sibérien qui réussit à capter la confiance des souverains russes et à la garder, malgré toutes les attaques, jusqu’à son assassinat par le prince Ioussoupov » (M. Bénouville).

Le général Koutiepov (1882-1930) occupe dans la mémoire de l’émigration russe blanche une place bien à lui, à la fois unique et presque banale. Simplicité, rigueur morale, courage, intelligence immédiate des situations et des faits concrets, autorité naturelle, constance, honnêteté scrupuleuse, amour viscéral du peuple russe, fidélité aux valeurs éternelles de la Russie… Sa personnalité semble aussi largement se retrouver dans le type caractéristique de l’officier russe. Amoureux d’une patrie idéale, il est en fait proche de son peuple et de ses hommes. Ce général est prêt à servir son pays avec simplicité et abnégation. La grande littérature russe, depuis Pouchkine, fourmille d’ailleurs de personnages qui rappellent Koutiepov.

L’un des agents soviétiques qui avaient participé à son enlèvement en janvier 1930 lui a d’ailleurs rendu un bel hommage en affirmant qu’il était le « principal générateur d’idées et le chef incontesté des officiers de l’émigration, surtout des plus jeunes. C’était une idole pour la jeune génération des officiers blancs ».

Nicolas Ross, spécialiste de l’histoire russe, fait ainsi revivre sous sa plume cette figure incontournable d’une période charnière de la Russie.

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Du même auteur aux Éditions des Syrtes:
Aux sources de l’émigration russe blanche (2011) La Crimée blanche du Général Wrangel  (2014) Saint-Alexandre-Nevski: centre spirituel de l’émigration russe (2011) De Koutiepov à Miller, le combat des russes blancs (2017)

Préface de Dominic Lieven

Qui était le généralissime Alexandre Souvorov (1729-1800)? Le barbare qui a massacré les citoyens de Varsovie en 1794? L’extravagant énergumène dont les excentricités frappaient l’imaginaire des Européens? Le sauvage guerrier qui mit en déroute les armées ottomane et française? La réalité est plus subtile.

Cultivé, lettré, armé de connaissances de la littérature classique, d’une volonté de fer, Souvorov a permis la renaissance de l’armée de Pierre-le-Grand. Son génie tenait en ces trois principes: le coup d’œil, la rapidité et le choc. Aussi, son Art de vaincre, résumé de sa science militaire, étonnait ses contemporains. Ses décisions imprévisibles et, à première vue, funestes lui ont pourtant valu ses victoires. Il livra soixante-trois batailles, et les remporta toutes.

Mais son originalité et sa modernité tiennent en ce que pour lui, à une époque où les soldats n’étaient que chair à canon, l’homme représentait sa préoccupation première. Education, formation, humanité, hygiène sont les qualités qu’il exige de la troupe. Le soldat est son frère, à qui il s’adresse dans son langage qui, tout comme son comportement désintéressé et fantasque, étonnera et offusquera les généraux issus de la noblesse européenne.

Le livre du général Serge Andolenko, solidement documenté, relate la vie, les idées et l’héritage d’un des plus célèbres meneurs d’hommes de l’histoire, génie militaire qui contribua à la renaissance de la Russie.

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Publié aux éditions des Syrtes
La Guerre de 1914-1918 sur le front russe (2017)
Une querelle théologique parmi les moines russes du Mont Athos (1907-1914)

Le mouvement des glorificateurs du nom divin (ou onomatodoxes) s’est développé durant les deux premières décennies du XXème siècle parmi certains moines russes du Mont Athos qui, à partir de leur expérience mystique,  cherchèrent à éclairer, sous l’angle de la tradition de l’hésychasme byzantin, les fondements théoriques concernant la nature du nom de Dieu, tout en rencontrant une forte hostilité aux idées qu’ils développaient.

L’intransigeance des positions adoptées par chacune des parties entraîna une aggravation du conflit sur l’Athos.  Elle prit la forme d’une révolte directe contre les autorités hiérarchiques. Aussi, dans l’espoir de mettre fin à cette situation de trouble qu’il jugeait dangereuse pour ses intérêts dans la région, le gouvernement tsariste décida, en 1913, d’intervenir de la manière la plus énergique qu’il soit, ne reculant pas devant l’usage de la force pour ramener en Russie les partisans de cette doctrine, condamnée désormais comme hérétique. Cette répression souleva toutefois une vague de protestations au sein de l’opinion publique. Au bout d’un an, les moines glorificateurs du nom obtinrent la révision partielle de leur dossier par les autorités religieuses. Sans toutefois parvenir à une complète réhabilitation. Promis lors du Concile de Moscou de 1917-1918, le réexamen de la question n’eut finalement pas lieu.

L’ouvrage d’Antoine Nivière retrace cette page d’histoire méconnue de la Russie à la veille de la Révolution. Il rétablit la chronologie des faits et leur enchaînement, il propose une interprétation des différentes théories formulées au cours de ce débat qui a trouvé son prolongement chez plusieurs représentants marquants de la pensée philosophique et religieuse russe tant ceux restés en Russie soviétique (P. Florenski, A. Lossev) que ceux partie en émigration (S. Boulgakov).

« La famille Stauffenberg sera détruite jusqu’au dernier membre », a déclaré Hitler après l’attentat manqué du 20 juillet 1944, initié par Claus von Stauffenberg. Nina, son épouse, est arrêtée deux jours plus tard, et commence alors pour elle près d’une année d’isolement : les prisons, puis le camp de concentration de Ravensbrück et, enfin, les hôpitaux. C’est sa grossesse qui l’a sans doute sauvée de l’exécution ; elle a donné naissance à Konstanze, l’auteure de ce livre, en prison. Ses quatre autres enfants sont placés par les nazis dans un orphelinat sous un faux nom, dans le but d’être adoptés.
Basée sur des entretiens, de nombreux documents, lettres et archives, mais aussi des histoires orales transmises de génération en génération, cette chronique familiale se confond avec la grande Histoire dans ses moments les plus tragiques. C’est aussi une lettre d’amour de Konstanze von Schulthess à sa mère et un hommage aux héroïnes inconnues et silencieuses de la Seconde Guerre mondiale.

Dans Voyage sentimental, après un an d’emprisonnement politique au début des années 1930, un jeune écrivain entreprend un long et salutaire voyage vers ses origines en Yougoslavie. Ce retour à la liberté est l’occasion d’une promenade à travers l’Europe centrale, dans les miettes du défunt Empire austro-hongrois. Il redécouvre ainsi Zagreb, puis Dubrovnik, Fiume, sur la côte d’Istrie et de Dalmatie jusqu’aux Bouches de Kotor. Entremêlant passé et présent, François Fejtö croque avec une tendresse malicieuse et nostalgique tout à la fois des portraits d’êtres aimés ou croisés au hasard. Voyage et souvenirs, passé et présent se succèdent au fil des pages organisées comme un journal de voyage. Volontairement lyrique, le livre révèle un aspect peu connu de cet éminent historien et analyste politique, à l’aurore de son talent.

Publié en 1935, il n’a été réédité en Hongrie qu’en 1989.