L’enlèvement du général Koutiepov

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Nicolas Ross se penche sur l’une des figures marquantes de l’émigration russe en France, le général Koutiepov, enlevé à Paris en janvier 1930 par les services secrets soviétiques et mort quelques jours plus tard, sans que les détails de son décès ne soient jamais connus.

L’amour de la patrie et de l’armée chevillé au corps, le général Koutiepov n’acceptera jamais la prise du pouvoir par les Bolcheviques. Combattant de la première heure parmi les Russes blancs, il sera contraint de conduire ses hommes vers l’exil; arrivé à Paris, il œuvrera sans relâche en faveur de ses concitoyens et poursuivra, dans l’ombre, une lutte incessante contre le nouvel ordre russe.


À lire
Koutiepov, de Nicolas Ross, Éditions des Syrtes, 2016
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Extraits  (chapitre X)
Koutiepov, de Nicolas Ross, Éditions des Syrtes, 2016

« Le dimanche 26 janvier 1930, le général Koutiepov quitta son appartement du 26 de la rue Rousselet à 10h30. Il avait l’intention de se rendre au siège de l’Union des anciens de Gallipoli (81, rue Mademoiselle), distant d’une vingtaine de minutes de marche de son domicile. Dans la chapelle Saint-Serge de l’Union devait être célébré après la liturgie dominicale un office funèbre à la mémoire du général Alexandre von Kaulbars, décédé un an plus tôt, auquel Koutiepov tenait à assister. Il avait prévu de revenir ensuite déjeuner à la maison puis, l’après-midi, de se rendre à Meudon en famille par le train de 15h18, afin de tenter d’y trouver une maison de campagne à louer pour l’été suivant. L’office à la mémoire de Kaulbars devait débuter à 11h30 mais Koutiepov, d’ordinaire très ponctuel, n’était pas là à l’heure dite et on le célébra sans lui. Cela n’éveilla pourtant aucun soupçon, tout le monde sachant que les activités secrètes du général étaient susceptibles de bouleverser son emploi du temps.

Koutiepov ne revint pas rue Rousselet pour le déjeuner et, après 14 heures, son épouse commença à s’inquiéter sérieusement. Elle demanda, vers 15 heures, à l’ordonnance du général Fedor d’aller se renseigner rue Mademoiselle. Alors que Fedor était parti aux nouvelles, raconte Marina Gray, on sonna à la porte: c’était le général Steifon, hôte imprévu qui, se trouvant dans le quartier, avait souhaiter présenter ses hommages à Koutiepov. Sur ces entrefaites, Fedor revint du siège de l’UAG et raconta que personne n’y avait vu le général. Plutôt que de faire appel à la police, ce qu’aurait, dit-il, désapprouvé Koutiepov, Steifon conseilla à Lidia Davidovna de s’adresser au général Stogov, l’un des principaux responsables de la ROVS, qui habitait non loin de là. Ce général n’avait rien à voir avec les activités secrètes de Koutiepov, qui pouvaient être à l’origine de son absence, et proposa d’aller voir le colonel Zaïtsov, mieux renseigné dans ce domaine, qui habitait lui aussi assez près, 153 rue de Vaugirard. Zaïtsov ne sachant rien lui non plus, les deux hommes se rendirent au commissariat du quartier. il fallut un certain temps pour persuader le commissaire du sérieux de la situation et le convaincre de contacter sa hiérarchie.

Mme Koutiepov envoya également Fedor chez Zavadski-Krasnopolski, qui servait d’agent de liaison entre le général et la police. Conduit d’abord par un chauffeur russe rue Rousselet, Zavadski, après un entretien avec elle, se rendit au domicile de Charles Faux-Pas-Bidet, commissaire à la Sûreté générale, chargé du contre-espionnage. Faux-Pas-Bidet, par un coup de téléphone à la préfecture, lança des recherches au premier stade – « dans l’intérêt des familles ». Zavadski revint ensuite chez Mme Koutiepov, où il trouva le colonel Zaïtsov. Y arriva également l’inspecteur de police Bouton. Jusqu’à 10 heures du soir, Bouton, Zaïtsov et Zavadski visitèrent, en vain, les hôpitaux et les commissariats parisiens, puis ils se rendirent chez le général Miller pour lui annoncer la nouvelle. L’inspecteur de police, qui avait enquêté toute la nuit, remit à 8 heures du matin un rapport qui concluait à un enlèvement politique.

Le lundi 27 janvier, on établit et on communiqua vers midi le signalement de Koutiepov aux gares, aux postes frontières, aux ports et aux aérodromes.

Mme Koutiepov déposa plainte le mardi 28 janvier et le préfet Jean Chiappe chargea de l’enquête deux policiers éminents: Ernest Perrier, directeur des Renseignements généraux, et le commissaire Faux-Pas-Bidet. Etrangement, ce n’est que le 6 février, onze jours après la disparition de Koutiepov, qu’une information « sous l’inculpation de violence et de séquestration arbitraire » fut officiellement ouverte. Le lendemain 7 février, le juge Delalé était chargé de mener cette instruction ».

La suite ici!  Koutiepov, de Nicolas Ross, Éditions des Syrtes, 2016

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