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mémoires
Publiés aux éditions des Syrtes
Traduit du russe, annoté et préfacé par Anne Davidenkoff

Publié dans La Pensée russe, à Paris, en 1923-1924, Souvenirs d’antan est un tableau de la société russe d’avant la révolution, illustré par l’histoire familiale de Nikolaï Lvov. À partir de détails de la vie quotidienne, l’auteur reconstitue le monde de son enfance à travers le regard d’Aliocha. Tout au long du récit se développe l’amour pur et idéal que le jeune héros ressent, dès ses tendres années, pour sa cousine, Tania. Ce sentiment traverse, comme un fil ténu, toute l’œuvre. Le duo qu’ils forment alors au milieu des autres enfants et de toute la famille est un enchantement. Le jeune enfant, puis l’adolescent qu’il devient, préfigure le futur représentant de la noblesse russe libérale. Celui qui s’engagera dans le combat politique et social de son pays.

Souvenirs d’antan est une œuvre d’une densité littéraire exceptionnelle, où l’histoire est concentrée comme dans une miniature. Par-delà le dénouement, qui finit par nous apparaître comme une « lumière dans les ténèbres », on garde une impression de bonheur infini, le bonheur de l’enfance, à l’instar de la trilogie Enfance, Adolescence, Jeunesse de Léon Tolstoï, avec lequel Lvov partage la finesse dans l’analyse psychologique des personnages.

Témoignage traduit du serbo-croate par Marko Despot Préface de Veljko Djuric Misina Postface de Luba Jurgenson
Egon Berger (1912-1988) livre ici un témoignage capital sur les quatre années de captivité qu’il a passées au camp d’extermination de Jasenovac, de 1941 à 1945.
Sur la carte mentale de l’anéantissement des Juifs dont dispose le lecteur français, un lieu devenu symbole absolu – Auschwitz – tend à absorber tous les autres. De même, un mode d’extermination – la chambre à gaz – à désigner la Shoah dans son ensemble. (…) La figure du SS est ainsi nécessairement convoquée dès lors que nous nous représentons le génocide. Il accueille les convois sur le quai, on le retrouve dans l’encadrement des foules menées vers les sites de massacre. Or, il nous faudra d’emblée, pour aborder le témoignage d’Egon Berger, complexifier notre imagerie du crime de masse. À Jasenovac, camp d’extermination (officiellement « camp de rassemblement ») pour Serbes, Roms, Juifs et opposants, un des premiers et des plus meurtriers de la Seconde Guerre mondiale, on ne le verra pas, le lieu étant géré uniquement par des oustachis. On ne verra pas non plus de chambres à gaz, les moyens de tuerie y étant les plus primitifs et les plus cruels ». Luba Jurgenson, extrait de la postface
Traduit du russe par Irène Rovere-Sova et Mireille Rovere-Tsivikis Introduction de Nikita Struve

Traçant d’une plume mélancolique les grands moments de sa vie, le Père Serge Boulgakov livre un témoignage unique sur ce que fut la grande catastrophe communiste pour de nombreux intellectuels expulsés de Russie. Les textes autobiographiques sont aussi complétés par un extrait de la correspondance du Père Serge. Ses lettres révèlent un homme accablé par son destin personnel ainsi que par celui de sa terre natale, mais aussi rempli de foi en la Sophia, la Sagesse de Dieu.

Du même auteur aux Éditions des Syrtes:
Judas Iscarioth, l’apôtre félon (2015)  

Traduit du russe par Simone Goblot

Marina Tsvetaeva, ma mère rassemble des souvenirs de la petite fille puis de l’adolescente à travers les errances de sa mère. C’est une Tsvetaeva prise dans la vie de tous les jours, celle qui consiste à trouver de quoi manger, de quoi se chauffer, de quoi se vêtir. Ariadna assiste à son travail, à ses rites, à ses habitudes, à ses angoisses face à la création, à la poésie. Elle évoque des bouleversements incessants, des changements de domicile comme de pays ; les villes, les maisons et les gens se succèdent et se superposent. Elle balaie les ombres qui planent sur le personnage de Marina, décrit des périodes et des rencontres, traque les gestes, les regards, les réactions. C’est aussi toute une Russie sur le point de devenir URSS que nous dévoile Ariadna Efron, animée par certains des plus grands esprits de l’époque, intellectuels et artistes : un milieu incroyable, un peu irréel, dans lequel la fille de Marina Tsvetaeva a baigné si longtemps.

Et le portrait qui ressort de ces pages est à l’image de leur relation : tendre, complice, admiratif mais sans l’ombre d’une concession. Un livre essentiel pour une connaissance intime de Marina Tsvetaeva.

Direction et appareil critique de Loïc Damilaville Préface d’Alexandre Jevakhoff
Le nom du général Broussilov reste attaché à la grande offensive russe de l’été 1916 qui porte son nom, ultime victoire de l’Armée impériale avant les révolutions de février et d’octobre 1917 qui emportèrent le régime et conduisirent la Russie à sortir de la guerre mondiale. Très populaire, il est l’un des généraux favorables à l’abdication de Nicolas II. En 1929 il publie des Mémoires couvrant la période 1914-1917, consacrés à la guerre et aux débuts de la révolution. À la fin, il fait allusion à une seconde partie qui devait toucher aux événements postérieurs. Mais cette suite n’avait jamais été publiée. Conservé à Prague avant la Seconde Guerre mondiale puis « confisqué » par les Soviétiques en 1945, le manuscrit original complet aurait pu être perdu à jamais s’il n’avait été fortuitement confié au général français Albert Niessel par la veuve du général Broussilov. De son propre chef, Niessel en avait effectué une traduction intégrale mais madame Broussilov exigea qu’il la tienne secrète au moins jusqu’en 1950. Cette pièce historique fut léguée au Service historique de la Défense à Paris par les héritiers du général Niessel après la mort de celui-ci, en 1955. C’est cette traduction qui est proposée au lecteur dans le présent volume, reprenant l’intégralité du manuscrit Broussilov ainsi que la période 1914-1917 déjà publiée en 1929.
Un éclairage nouveau
Le témoignage du général Broussilov sur les années 1917-1925 apporte un éclairage radicalement nouveau sur son parcours personnel au milieu du tumulte révolutionnaire. Broussilov se décrit comme un adversaire résolu du régime soviétique tout en n’épargnant pas ses critiques aux Blancs. Il attaque ouvertement Lénine, ce qui pousse Staline à « effacer » toute trace de Broussilov. Faisant revivre une époque troublée et méconnue par de multiples détails qui sont pour lui d’une brûlante actualité, le général lègue son manuscrit aux futures générations russes, confiant dans le fait que le régime bolchevique aura une vie éphémère. Un appareil critique rédigé par l’historien Loïc Damilaville a été ajouté à la traduction d’Albert Niessel, afin de permettre au lecteur de s’orienter parmi les personnages et les événements évoqués au fil du récit. Au travers de ce témoignage exceptionnel de l’un des principaux acteurs russes de la guerre mondiale, c’est toute une époque qui revit, des dernières décennies du régime tsariste jusqu’aux débuts douloureux de l’ère soviétique.