Publié dans La Pensée russe, à Paris, en 1923-1924, Souvenirs d’antan est un tableau de la société russe d’avant la révolution, illustré par l’histoire familiale de Nikolaï Lvov. À partir de détails de la vie quotidienne, l’auteur reconstitue le monde de son enfance à travers le regard d’Aliocha. Tout au long du récit se développe l’amour pur et idéal que le jeune héros ressent, dès ses tendres années, pour sa cousine, Tania. Ce sentiment traverse, comme un fil ténu, toute l’œuvre. Le duo qu’ils forment alors au milieu des autres enfants et de toute la famille est un enchantement. Le jeune enfant, puis l’adolescent qu’il devient, préfigure le futur représentant de la noblesse russe libérale. Celui qui s’engagera dans le combat politique et social de son pays.
Souvenirs d’antan est une œuvre d’une densité littéraire exceptionnelle, où l’histoire est concentrée comme dans une miniature. Par-delà le dénouement, qui finit par nous apparaître comme une « lumière dans les ténèbres », on garde une impression de bonheur infini, le bonheur de l’enfance, à l’instar de la trilogie Enfance, Adolescence, Jeunesse de Léon Tolstoï, avec lequel Lvov partage la finesse dans l’analyse psychologique des personnages.
Sur la carte mentale de l’anéantissement des Juifs dont dispose le lecteur français, un lieu devenu symbole absolu – Auschwitz – tend à absorber tous les autres. De même, un mode d’extermination – la chambre à gaz – à désigner la Shoah dans son ensemble. (…) La figure du SS est ainsi nécessairement convoquée dès lors que nous nous représentons le génocide. Il accueille les convois sur le quai, on le retrouve dans l’encadrement des foules menées vers les sites de massacre. Or, il nous faudra d’emblée, pour aborder le témoignage d’Egon Berger, complexifier notre imagerie du crime de masse. À Jasenovac, camp d’extermination (officiellement « camp de rassemblement ») pour Serbes, Roms, Juifs et opposants, un des premiers et des plus meurtriers de la Seconde Guerre mondiale, on ne le verra pas, le lieu étant géré uniquement par des oustachis. On ne verra pas non plus de chambres à gaz, les moyens de tuerie y étant les plus primitifs et les plus cruels ». Luba Jurgenson, extrait de la postface
Traçant d’une plume mélancolique les grands moments de sa vie, le Père Serge Boulgakov livre un témoignage unique sur ce que fut la grande catastrophe communiste pour de nombreux intellectuels expulsés de Russie. Les textes autobiographiques sont aussi complétés par un extrait de la correspondance du Père Serge. Ses lettres révèlent un homme accablé par son destin personnel ainsi que par celui de sa terre natale, mais aussi rempli de foi en la Sophia, la Sagesse de Dieu.
Traduit du russe par Simone Goblot
Marina Tsvetaeva, ma mère rassemble des souvenirs de la petite fille puis de l’adolescente à travers les errances de sa mère. C’est une Tsvetaeva prise dans la vie de tous les jours, celle qui consiste à trouver de quoi manger, de quoi se chauffer, de quoi se vêtir. Ariadna assiste à son travail, à ses rites, à ses habitudes, à ses angoisses face à la création, à la poésie. Elle évoque des bouleversements incessants, des changements de domicile comme de pays ; les villes, les maisons et les gens se succèdent et se superposent. Elle balaie les ombres qui planent sur le personnage de Marina, décrit des périodes et des rencontres, traque les gestes, les regards, les réactions. C’est aussi toute une Russie sur le point de devenir URSS que nous dévoile Ariadna Efron, animée par certains des plus grands esprits de l’époque, intellectuels et artistes : un milieu incroyable, un peu irréel, dans lequel la fille de Marina Tsvetaeva a baigné si longtemps.
Et le portrait qui ressort de ces pages est à l’image de leur relation : tendre, complice, admiratif mais sans l’ombre d’une concession. Un livre essentiel pour une connaissance intime de Marina Tsvetaeva.