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France
Publiés aux éditions des Syrtes
Traduit du russe et préfacé par Luba Jurgenson

Le 25 juillet 1920, Nelly Ptachkina tombait dans la cascade du Dard, au pied du Mont-Blanc. Elle avait dix-sept ans et laissait un journal, édité ensuite par sa mère, dans les années 1920. Joseph Kessel en publia des extraits dans ses Souvenirs d’un commissaire rouge.

Le Journal (1918-1920) recouvre la chronologie de la guerre civile depuis son déclenchement jusqu’au début des conflits russo-polonais, qui entraîneront la guerre soviéto-polonaise. Mue essentiellement par la nécessité d’une introspection liée à la construction de sa personnalité, Nelly Ptachkina fait de ses notes de véritables « rapports » sur son état intérieur face à ces complexes bouleversements historiques. Elle ignore alors – mais plus pour très longtemps – que vivre et s’observer, pour elle, sera synonyme de se penser comme témoin historique.

D’une maturité peu commune et d’une indépendance d’esprit absolue, Nelly, dont la personnalité est peu à peu façonnée par la présence constante de la mort et la perspective de la destruction du monde qui était le sien, reste cependant attachée à une Russie dont elle n’a pas encore compris ni accepté la disparition. Mais, face aux pogroms qui déchirent l’Ukraine et à l’explosion de la violence, l’émigration devient salut, même si c’est le cœur lourd qu’elle se sépare des paysages de son enfance. Images vues comme à travers le trou de la serrure, de façon parcellaire, fragmentée, floue. C’est ainsi que la révolution et la guerre civile apparaissent à un individu isolé, aux familles jetées dans la tourmente et, à plus forte raison, à une adolescente pensant son devenir dans un monde déstructuré. 

Au nord de Caen, sur la rive élevée de l’Orne, se dresse fièrement une petite église russe toute blanche, avec sa coupole bleue surmontée d’une croix à huit branches. C’est Saint-Serge de Colombelles, l’une des nombreuses églises orthodoxes fondées en France par les Russes ayant fui la terreur bolchevique et qui travaillaient dans les grandes entreprises industrielles de province. Consacrée en 1927, elle fut durant une quarantaine d’années le sanctuaire d’une importante communauté d’émigrés russes, pour la plupart ouvriers de la Société métallurgique de Normandie (la SMN), logeant dans les cités ouvrières de la région. Jusqu’aux années 1950, ils vécurent en vase clos en organisant une vie sociale active et variée. Cependant, leurs enfants s’assimilaient rapidement et restaient rarement fidèles aux valeurs spirituelles et culturelles de leurs aînés. Dans le respect de la tradition liturgique russe, les offices à l’église de Colombelles, désormais sous le double patronage de saint Serge de Radonège et de saint Vigor de Bayeux, se déroulent en français, langue naturelle d’une communauté devenue multiethnique. Mais c’est avant tout l’histoire particulière des Russes de Colombelles, avec ses joies et ses peines, ses conflits et ses réconciliations, que tente de raconter ce livre. L’église, bâtie de leurs mains et ornée par leurs soins, reste, de nos jours encore, le témoignage majeur de leur existence en exil.

Syrtes guerre froide Ross émigration russe
Le dernier volet de la série autour de l’émigration russe blanche
Si Entre Hitler et Staline évoquait le difficile choix des Russes blancs et des Soviétiques dans l’espace européen durant la Seconde Guerre mondiale, Au cœur de la guerre froide poursuit l’exploration de l’histoire de l’émigration russe à un moment d’extrême tension mondiale. Vie politique intense, activités sociales et culturelles variées, associations religieuses, organisations humanitaires, mouvements de jeunesse, publications, radios en langue russe : tout un ensemble d’éléments ont contribué à la survie de cette vie communautaire spécifique. Largement impliquée dans le processus de renaissance des valeurs traditionnelles de son pays perdu, l’émigration russe a contribué à la chute de l’URSS. Cet ouvrage regroupe près de 40 pages d’illustrations sur cette période
Du même auteur aux éditions des Syrtes
Saint-Alexandre-Nevski, centre spirituel de l’émigration russe (2011) Aux sources de l’émigration russe blanche (2011) La Crimée blanche du général Wrangel (2014) Koutiepov, le combat d’un général blanc: de la Russie à l’exil(2016) De Koutiepov à Miller, Le combat des Russes blancs (2017) lls ont tué le tsar, les nouveaux racontent (2018) Saint-Serge de Colombelles (2019) Entre Hitler et Staline (2020)

Dans cet essai percutant et d’une grande clarté, Nikola Mirković dresse le portrait lucide d’un pays en proie au doute et en quête de sens. Puisant dans l’histoire, la philosophie, la culture, la politique et les valeurs universelles de liberté, de courage et d’excellence, l’auteur esquisse un chemin possible vers le renouveau grâce à un sursaut collectif. Il s’agit de comprendre les ressorts qui ont fait la grandeur de la France afin de mobiliser les forces, les vertus et les talents nécessaires pour affronter les défis d’un monde contemporain complexe et incertain. Si le passé éclaire le présent, c’est avant tout pour préparer un avenir audacieux. L’auteur en appelle à une France confiante, courageuse, capable d’innover, de transmettre, de créer, de protéger, d’instruire, et de maîtriser son destin, sans arrogance, mais avec une détermination sans faille.

Déclin et Renouveau est une lecture stimulante pour tous ceux qui refusent la résignation et croient encore en la force du collectif et en la grandeur d’un pays qui n’a jamais cessé de se réinventer. Un essai pour comprendre, espérer et agir.