Nikolaï Leskov (1831-1895) est un écrivain et journaliste russe, souvent considéré comme « le plus russe de tous les écrivains russes ». D’abord clerc dans tribunal, puis employé dans une compagnie privée de commerce, il se dirige ensuite vers l’écriture. Malgré ces débuts littéraires tardifs, Leskov est un auteur prolifique, d’une grande originalité tant par son écriture que par ses thèmes.
Dans ses nouvelles, traduites dans le monde entier, il met en scène dans des tableaux à la fois ironiques, grotesques et dramatiques, toutes les classes de la société russe rurale, provinciale et citadine du XIXe siècle. Dans ses écrits il s’affirme comme un adversaire des idées révolutionnaires tout en concédant que l’homme doit s’adapter à la modernité. Ses positions, lui valent d’être aussi bien rejetés par le camps des progressistes que des conservateurs. A sa mort en 1885, Léon Tolstoï dira de lui : « Le temps de Leskov n’est pas encore venu. Leskov est un écrivain de l’avenir. »
Publié aux éditions des Syrtes
A Couteaux tirés (2017)
Hugo Pectoralis ou une volonté de fer (2004)
À couteaux tirés Poche (2021)
L’ambiance des campagnes russes et de la petite industrie plonge le lecteur dans l’atmosphère particulière des grands classiques russes. La force du livre est celle du skaz, histoire narrée par des grands conteurs qui expliquent leur vision du monde. À partir d’un rien, Leskov développe tout un univers qu’il dépeint avec subtilité tout en gardant en tête ce qu’il veut démontrer : la volonté de fer des Allemands ne dépasse pas le patriotisme russe. Ce récit ressemble à une fable, avec son lot d’images et sa morale finale.
Le grand écrivain se montre léger et facétieux, tout en gardant un arrière-fond empreint d’une sourde gravité.
OUVRAGE ÉPUISÉ MAIS DISPONIBLE EN FORMAT DE POCHE ICI
Paru en 1870, le roman de Nikolaï Leskov À couteaux tirés décrit, sur fond de trame policière, la décomposition d’une société au bord de ce qu’il a appelé « un cataclysme inéluctable ». De même, déjà lors de la révolution de 1905, Léon Bakst illustrait dans son tableau Terror Antiquus la chute imminente de l’Empire. Mais le cataclysme inéluctable prédit par Leskov sera la révolution de 1917. On voit aisément le côté visionnaire du romancier.
Par l’acuité de son observation, Leskov apporte un éclairage singulier sur le nihilisme d’une époque qui rappelle étrangement la nôtre.
Ce roman méconnu, maudit dès sa parution, a longtemps été interdit par la censure soviétique. Il a en effet récemment été redécouvert dans l’édition russe. Sa traduction comble assurément une lacune dans notre connaissance à la fois de l’histoire et de la littérature russes.
Il s’agit d’une œuvre littéraire brillante, à plusieurs strates. Et dont la clef est une vision du monde qui décèle, dans les convulsions du présent, les prémisses de l’avenir. Celui de notre monde, dont la faillite trouve sa source dans une transmutation des valeurs analogue à celle que Leskov a décryptée dans son roman.