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Jacques RIVIÈRE

Né en 1886, ami de Gide et de Claudel, et surtout proche d’Alain-Fournier, Jaques Rivière fut un homme de lettres français. Collaborateur de la NRF depuis 1911, il est mobilisé durant la guerre. Avant même la fin du conflit, il songe à relancer La NRF dont la parution avait été interrompue. Sous sa nouvelle direction, elle reparaît le 1er juin 1919. Rivière y déploie de remarquables qualités en publiant Marcel Proust, François Mauriac, Paul Valéry, Saint-John Perse, Jean Giraudoux et Jules Romains, mais aussi, plus audacieusement encore, Louis Aragon. En 1919, il reçoit le Prix Blumenthal.
On a souvent dit que Jacques Rivière avait négligé sa propre carrière d’écrivain, au bénéfice de l’œuvre de ses amis. De fait, il n’écrira qu’un court roman psychologique, Aimée, paru en 1922. Mais son œuvre critique reste un modèle de lucidité, d’analyse et de prose française. Parce qu’elle pose crûment la question de la possibilité même de la littérature, la correspondance avec Antonin Artaud sera sans doute sa contribution la plus significative au genre littéraire.

Jacques Rivière a involontairement préparé sa propre succession en engageant dès 1919 Jean Paulhan comme secrétaire. Il meurt prématurément de la fièvre typhoïde en 1925.
Publié aux éditions des Syrtes
Le Roman d’aventure (2000)

 

Publiés aux éditions des Syrtes
Préface d’Alain Clerval

Le Roman d’aventure paraît dans les pages de la Nouvelle Revue Française en 1913. « Jamais je n’écrirai rien d’aussi bon », déclarait André Gide lorsque Jaques Rivière fit paraître cet essai. Dirigé contre le roman naturaliste et le roman d’analyse « à la française », aux personnages et à la psychologie figés, ce manifeste passionné, même s’il va jusqu’à poser en modèle Le Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas, n’est pas un plaidoyer pour le roman feuilleton. Mais, comme celui-ci, le « roman nouveau » qu’il appelle de ses vœux, devra avoir pour loi la liberté, l’inattendu.

L’auteur se laissera porter par ses personnages et son récit où règne la découverte de « tout ce qu’il y a de prodigieux dans l’univers ». Prophétique, alerte et véhément, cet essai n’a rien perdu de sa fraîcheur au XXIe siècle. Et l’invitation qu’il lance aux écrivains de se mettre « en état d’aventure » demeure aussi actuelle qu’en 1913.