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Ivo Andrić

Ivo Andrić (1892-1975) est né dans un village de Bosnie occupé par les Autrichiens. Après la mort de son père lorsqu’il a deux ans, il est élevé par un son oncle et sa tante à Višegrad, une ville située sur la Drina, près de la frontière serbe. Au lycée, il commence à écrire des poèmes et rejoint un mouvement révolutionnaire étudiant. Andrić s’inscrit à l’université de Zagreb en 1912 puis à Vienne, et plus tard à Cracovie, tout en publiant des poèmes. Lors de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand en 1914, Andrić retourne en Bosnie et est rapidement arrêté par la police autrichienne.

Au cours de la Première Guerre mondiale, alors qu’il est en prison puis assigné à résidence, il écrit et publie des poèmes en prose. En 1919, il est nommé au ministère des Affaires étrangères du nouveau gouvernement yougoslave, et devient diplomate au Vatican, à Bucarest, à Trieste, à Paris, à Madrid ; au début de la Seconde Guerre mondiale il est ambassadeur en Allemagne. Refusant l’offre du gouvernement allemand de passer en Suisse en toute sécurité, il retourne à Belgrade, où il passe la guerre en résidence surveillée, écrivant ses deux romans les plus connus, Le Pont sur la Drina et Chronique de Travnik, qui sont publiés en 1945. Le Pont sur la Drina deviendra une lecture obligatoire dans les écoles de son pays, et Andrić sera une célébrité dans la Yougoslavie communiste.

En 1961, il reçoit le prix Nobel de littérature. À sa mort, en 1975, dix mille personnes assistent à ses funérailles, et son ancien appartement est transformé en musée.

 

Publiés aux éditions des Syrtes
chronique Belgrade Ivo Andric
Inédit
C’est au lendemain de la Seconde Guerre mondiale qu’Ivo Andrić écrit les nouvelles qui composent La Chronique de Belgrade.  À travers le portrait de « petites gens » – décrits dans leur humanité la plus admirable –, l’auteur transcrit la transformation de la société et l’évolution des mentalités et des relations familiales.  Les héros d’Andrić sont des êtres que nous avons l’impression de connaître de vue. Ils s’imposent à nous par cette intensité de force vitale qui les anime, par cette chaleureuse sympathie qu’ils nous inspirent, par la violence avec laquelle ils sont uniques. Car Andrić est un humaniste dont la vision du monde et de l’homme est empreinte d’un certain optimisme ou, plus exactement, d’un « optimisme humaniste ». La Chronique est également en filigrane un portrait formidablement vivant de Belgrade et un hommage à la ville qui, en 1918, avait accueilli l’écrivain à bras ouverts, alors qu’il était déjà un poète engagé. L’écriture d’Ivo Andrić, d’une élégance dépourvue de tout artifice, son style, sobre et lapidaire évoquent la longue tradition orale de la poésie populaire et des légendes de son pays. La Chronique de Belgrade est un texte inédit, paru en serbe en 2014.  

EN LIBRAIRIE LE 3 AVRIL.

Innocence et Châtiment d’Ivo Andrić réunit six nouvelles qui explorent avec une sensibilité rare les thèmes de l’enfance, de la culpabilité et de la faute injustement subie, thèmes chers à Ivo Andrić. L’innocent – au sens propre comme au sens figuré, car qui mieux qu’un enfant symbolise l’innocence ? – se trouve désemparé, angoissé devant la faute qu’il n’a pas commise mais dont il lui faut néanmoins endosser la responsabilité : devant le mal qui l’agresse, devant la mort qui pèse sur lui de toute son écrasante présence et qui, en dernier lieu, apparaît comme l’unique issue d’une situation inextricable. Chacune des nouvelles met en scène un enfant encore pur, naïf, confronté à la peur, aux difficultés, aux cauchemars, à la violence aussi. Un événement va le transformer, souvent le durcir, le culpabiliser. Il s’agit de ces « incidents minimes, invisibles et néanmoins funestes qui brisent ces petits d’hommes que nous nommons des enfants, et que nos aînés, tout à leurs propres soucis, vivent sans problème, ou même sans s’en rendre compte ». Chaque mot est juste, pesé, et rend admirablement les angoisses, les pensées intimes de ces enfants malmenés par la vie ou dans l’incompréhension du monde des adultes. Écrites entre 1946 et 1960, ces nouvelles montrent la finesse d’Andrić dans l’art du portrait et la suggestion, et annoncent l’importance qu’il accordera toute sa vie à la responsabilité humaine, à l’ambiguïté morale et à la frontière trouble entre innocence et faute. Comme souvent chez Andrić, la dimension psychologique et la précision ethnographique s’allient à une réflexion sur la fragilité des individus face aux forces collectives.