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Florina ILIS

Née en 1968,  Florina Ilis appartient à la nouvelle vague des auteurs roumains. Littéraire jusqu’au bout des ongles, elle est licenciée en lettre de l’Université de Cluj ainsi que docteur en philologie.
Elle débute sa carrière d’écrivain en 2000 avec un recueil de poésies illustrées par des calligrammes. Son premier roman, La croisade des enfants (2005) connaît un vif succès dû tant à son sujet, qui plonge dans l’histoire de la Roumanie, qu’à son style tour à tour incisif, cassant et tendre. Lauréat de nombreux prix littéraires, La croisade des enfants est également traduit en plusieurs langues.
Florina Ilis conjugue sa carrière d’écrivain à la direction de la collection « Littératures du monde », au sein de la maison d’édition Echinox.

 

Publiés aux éditions des Syrtes
EN RÉIMPRESSION.

La Croisade des enfants est une grande fresque de la Roumanie contemporaine, sorte de miroir de son temps. L’histoire dans laquelle nous entraîne Florina Ilis commence un matin, sur le quai d’une gare, point de départ du voyage d’un groupe d’enfants vers une colonie de vacances, au bord de la mer Noire. Ils viennent de milieux très différents: aux enfants riches et gâtés, s’ajoutent des orphelins ou des Tsiganes. Le train est détourné par les écoliers aidés par un enfant des rues mais n’arrivera nulle part. Stoppé en pleine campagne, les enfants vont y organiser leur résistance devant des troupes spéciales venues de Bucarest et qui ne comprennent pas ce qui se passe.

L’impression initiale est celle de la présence d’un groupe de terroristes qui fait du chantage sur le gouvernement ; on pense par la suite à des malfrats roumains – hypothèse encouragée par l’arrivée massive d’enfants des rues vers le train. Ils demanderont la liquidation des orphelinats et des maisons d’accueil des enfants. Les médias, la police, l’armée, les professeurs ou les parents semblent incapables, pour un temps, de stopper la « croisade des enfants » qui exigent ainsi le respect de leurs droits et de leurs libertés. Une bagarre entre les deux groupes d’enfants conduit à la reprise du contrôle par les autorités. Ce qui se soldera par quelques victimes.

La Croisade des enfants a gagné le Prix Courrier International du meilleur livre étranger.      

Dans cette « fiction documentaire » d’une extraordinaire richesse, Florina Ilis reconstitue la dernière partie de la vie du poète Mihai Eminescu, et même au-delà, c’est-à-dire cent cinquante ans d’existence du mythe. Sa vie, son sacrifice pour l’œuvre littéraire et pour l’Amour sont en effet devenus un matériel de propagande politique pour les différents régimes. Sa pensée, à l’origine conservatrice va être récupérée par les extrêmes. De la droite (déformée dans le sens racial par l’extrême droite des années 1930) à la gauche (déformée dans le sens prolétaire, social, par le pouvoir stalinien des années 1950-1960), pour devenir nationaliste (dans le sens de la propagande patriotique nationaliste de Ceausescu).

Florina Ilis s’emploie à démystifier le culte du poète national. Elle superpose à des éléments biographiques d’Eminescu des voyages dans le temps et déroule un ensemble de vérités, y insérant des détails « visualisables », sortes de didascalies qui proposent des connexions entre époques-faits-personnages. L’écrivaine met en parallèle la vie réelle d’Eminescu avec les images successives de ses postérités. Elle combine avec brio des documents réels au jeu subtil de l’imagination. Le poète devient ainsi un être humain en chair et en os, avec ses souffrances et ses doutes.

L’art narratif de Florina Ilis se déploie avec une énergie et une maîtrise extraordinaires dans la description réaliste de l’époque. Les Vies parallèles devient ainsi un roman sur la société roumaine, ses légendes, ses obsessions,  et ses craintes. Sur la manière, également, dont elle arrive à aimer et à dévorer ses propres idoles.

Le Livre des nombres est un roman monumental, à la fois fresque historique, saga familiale et monographie d’un village d’Europe centrale. Il embrasse un siècle de l’histoire mouvementée de la Transylvanie, ballottée entre l’Empire austro-hongrois, la Hongrie puis la Roumanie, tragiquement secouée par l’instauration du régime communiste. Le lecteur est plongé dans l’entreprise d’un auteur qui tente d’écrire la chronique de sa famille. Il s’y emploie en interrogeant ses proches, en feuilletant des albums de photographies, en fouillant dans les archives de la police secrète, en lisant des Mémoires ou en écoutant des bandes magnétiques ; mais aussi en faisant appel à son imaginaire capable de toutes les transgressions. Peu à peu, devant ses yeux, se tisse ainsi l’épopée de deux familles apparentées, sur quatre générations, qui trouve des échos incessants dans le présent. Grâce à une construction littéraire magistrale, les disparus se racontent autant que les survivants ou leurs descendants. Et leur parole recompose la mémoire collective et un arbre généalogique séculaire, bien ancré dans la terre, dont les branches déploient des noms que l’Histoire n’a pas retenus.
Également disponible en format numérique