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Le printemps russe d’Alexandre Latsa

Description

Alexandre Latsa, Français, réside et travaille en Russie comme chef d’entreprise. Dans cet ouvrage, son premier en langue française, il témoigne, chiffres à l’appui, sur la réalité de la Russie d’aujourd’hui, bien éloignée des clichés habituels véhiculés par les médias français.

Et s’il insiste sur une meilleure compréhension de la Russie, c’est pour en appeler surtout à la réconciliation continentale et au renouveau de l’amitié franco-russe :  » la France et la Russie sont deux pays qui, par-delà les aléas de l’histoire, sont éternellement liés. Liés par leur position géographique stratégique, qui fait d’eux les façades du continent eurasien. Liés sur le plan spirituel, car la fille aînée de l’Église et la Troisième Rome représentent les deux formes de la grande tradition de l’Église, l’orientale et l’occidentale. La France et la Russie sont par conséquent les deux poumons d’un seul et même organisme. Liés aussi car la France et la Russie sont des géants culturels, illustrant à merveille le génie de la civilisation paneuropéenne. Liés enfin car nos deux pays sont, par leur statut de géants économiques et de puissances nucléaires, les garants de la paix sur le continent et les pierres angulaires d’un potentiel nouvel ordre mondial, multipolaire et pacifique dont les contours restent, en cette année 2016, encore à définir. »

Un printemps russe est de ce point de vue un livre salutaire proposant, pour la France et l’Europe, un nouveau modèle de civilisation.


Extrait (chapitre I)
Un printemps russe d’Alexandre Latsa, Éditions des Syrtes, 2016

Géopolitique de la Russie des années 1990

« Nous nous trouvons aujourd’hui à un moment exceptionnel et extraordinaire. (…). De cette période difficile, notre cinquième objectif, un nouvel ordre mondial, peut voir le jour : une nouvelle ère, moins menacée par la terreur, plus forte dans la recherche de la justice et plus sûre dans la quête de la paix. »
Discours du président américain George H.W. Bush au Congrès le 11 septembre 1990.

L’effondrement de la Russie, un objectif pour certains ?
Lorsque l’URSS disparaît le 26 décembre 1991, constatant l’apparition de quinze nouveaux pays dans la zone post-soviétique, l’Occident, et principalement l’Amérique, se mettent à envisager le futur avec plus de sérénité. Pour nombre de stratèges, la domination américaine est désormais telle qu’il serait invraisemblable d’envisager même sa fin. Certains ont même pensé que l’histoire des idées s’était arrêtée, que nous arrivions à la fin de l’histoire et que le monde serait désormais pour toujours sous domination américaine. L’extraordinaire réussite technique de la guerre d’Irak achevée en février 1991 venait de confirmer à la planète entière la domination militaire de la coalition occidentale, américano-centrée, qui n’avait désormais plus aucun adversaire pouvant lui résister.

La chute de l’Union soviétique laissa le monde du début de l’année 1992 métamorphosé. D’une architecture bipolaire, il venait de devenir unipolaire. Afin de conforter cette domination, les États-Unis accentuèrent l’extension de leur influence vers l’ancien ennemi, vers les frontières de la jeune Fédération de Russie. Nulle surprise que ceux-ci accompagnèrent avec entrain les gouvernances libérales de la Russie des années 1990 qui étaient censées permettre au pays de s’occidentaliser et s’intégrer à la communauté internationale, mais surtout de se trouver définitivement désactivé en tant que puissance et État souverain, donc en tant que potentiel concurrent stratégique pour l’alliance atlantique. Cette volonté américaine d’une Russie faible s’explique facilement : une Russie forte pourrait redevenir un pôle d’attraction régional et entraver l’extension politique, économique et militaire américaine vers l’est du continent, une extension naturelle destinée à lui permettre d’accentuer sa domination par l’Europe sur l’Eurasie. Un scénario catastrophe pour les élites américaines de l’époque qui est pourtant, vingt-cinq ans plus tard, en train de se réaliser. La géopolitique américaine fonctionne selon une équation assez cohérente et toujours d’actualité : la disparition de l’Union soviétique ne signifie pas la destruction de son noyau qui demeure, malgré son état diminué, une source de danger potentiel. Pour que l’Amérique puisse s’assurer de rester la première et seule puissance planétaire, il lui faut impérativement prendre le contrôle du continent eurasien, une mission impossible tant que la Russie n’est pas soit détruite, soit totalement intégrée à l’architecture occidentale sous domination américaine.

Pour comprendre cette obsession eurasiatique des stratèges américains, il faut plonger dans l’histoire profonde de la pensée géopolitique américaine.

Aux sources de la pensée stratégique américaine : le contrôle de l’Eurasie
En 1997, un des ouvrages clefs de la géopolitique américaine des deux dernières décennies est publié par Zbigniew Brzezinski, un politologue américain d’origine polonaise, ancien conseiller à la sécurité nationale du président des États-Unis entre 1977 à 1981. Zbigniew Brzezinski est surtout l’un des aiguilleurs de la pensée stratégique américaine. Au cours de la guerre d’Afghanistan, il joua un rôle non négligeable dans l’aide fournie aux combattants afghans contre l’Armée rouge qui débuta non pas après l’invasion de l’Afghanistan en décembre 1979, mais au cours du mois de juillet de la même année. Zbigniew Brzezinski se rendra lui-même à la frontière pakistano-afghane durant la guerre, avec l’aide et l’appui des puissants services de renseignements pakistanais, pour assurer les moudjahidines du soutien logistique américain et leur rappeler que Dieu est avec eux. Lors de ce déplacement filmé, il y rencontra le plus célèbre de ses combattants : Oussama Ben Laden. Ce n’est cependant qu’en 1998 qu’il confiera dans une interview au Nouvel Observateur  que « la CIA était entrée en Afghanistan avant les Russes » et qu’il était fier d’avoir « piégé les Russes en Afghanistan », ce Vietnam eurasien ayant été selon lui le facteur principal d’enrayement de la machine soviétique.

Dans son ouvrage Le Grand Échiquier, Zbigniew Brzezinski expose les visées stratégiques américaines en Eurasie et les objectifs à atteindre pour permettre à l’Amérique de conforter sa position d’hyperpuissance. Il y prône clairement une intégration de la Russie au système occidental ou du moins son arrimage à la périphérie de ce système. Il préconise de fait une union étroite avec l’Europe qualifiée de « tête de pont démocratique de l’Amérique » car « sans l’Europe, l’Amérique est encore prépondérante mais pas omnipotente », mais aussi car « les Européens sont plus exposés au risque éventuel qu’un impérialisme chauviniste anime de nouveau la politique étrangère russe ». On comprend mieux dès lors la constante obsession américaine à étendre l’Otan en Europe orientale, afin de renforcer la sphère de contrôle et d’influence américaine et de ne pas y perdre pied face à une Russie renaissante, scénario il est vrai plus que d’actualité au début 2015. La notion d’Europe, « tête de pont démocratique » sera du reste étrangement reprise par Barack Obama lors des cérémonies du 9 mai 2014 en Normandie.

Zbigniew Brzezinski n’arrête cependant pas à la façade ouest de l’Eurasie ses ambitions pour l’Amérique. Dans Le Grand Échiquier il écrit ainsi :

« Il est crucial qu’aucune puissance eurasienne concurrente (Russie ou Chine) capable de dominer l’Eurasie ne puisse émerger et ainsi contester les USA. (…) La suprématie mondiale de l’Amérique dépend directement de sa capacité à maintenir sa situation prépondérante sur le continent eurasien. (…) 75 % des habitants de la planète vivent en Eurasie et les principales richesses du monde se situent sur ce continent, à la fois en termes d’entreprises et de ressources naturelles. L’Eurasie correspond à 60 % du PNB mondial et contient les trois quarts des ressources naturelles mondiales connues en matière d’énergie. »

On comprend mieux pourquoi, toujours dans cet ouvrage, le stratège Brzezinski envisage clairement, pour ne laisser aucune chance à un quelconque concurrent d’émerger, de simplement démembrer la Russie en tant qu’État. Comme il l’explique lui-même :

« Une Russie plus décentralisée, entendez démantelée en plusieurs entités, aurait moins de visées impérialistes. Une confédération russe plus ouverte, qui comprendrait une Russie européenne, une république de Sibérie et une république extrême-orientale, aurait plus de facilités à développer des liens économiques étroits avec l’Europe. »

Zbigniew Brzezinski reviendra cependant au cours de la seconde décennie des années 2000 sur ces positions radicales à l’égard de la Fédération de Russie en refocalisant la stratégie nécessaire à l’Amérique, selon lui, pour lutter contre l’essor du terrorisme islamique. Malgré cette nouvelle grille de lecture plus coopérative avec les grands émergents, le mal sera fait. Une école stratégique anglo-saxonne verra le jour, résumée par exemple par le témoignage on ne peut plus sincère de George Friedman, président de la société d’intelligence économique Stratfor, qui en février 2015 annonçait les visées américaines en Eurasie pour y déstabiliser l’émergence de nouveaux pôles d’influence pouvant porter atteinte au leadership américain, en premier lieu celle de la nouvelle Russie qui reconstituait une zone d’influence régionale en Eurasie et vers l’Europe.

Cette obsession anglo-saxonne de démembrement de la Russie est ancienne et a historiquement commencé dans le sud du pays, au cœur du Caucase russe.

La suite ici: Un printemps russe d’Alexandre Latsa, Éditions des Syrtes, 2016 [su_divider]