Le Péché est une gourmandise littéraire. Prilepine s’est fait une joie de rassembler dans ce « roman en nouvelles » les fragments de la vie de Zakhar – double de l’auteur –, jeune trentenaire, plein de force et de volonté de vivre, aux prises avec la réalité russe. Les épisodes se succèdent dans un ordre imposé par la mémoire. Lorsqu’elle se plaît à donner de la force et de la brillance à de menus faits de notre vie, en apparence insignifiants et épars dans le temps.
On le retrouve tour à tour adolescent, en vacances à la campagne chez ses grands-parents, où il éprouve ses premiers émois sexuels pour sa jeune cousine. Puis videur dans une boîte de nuit. Ensuite joyeux fossoyeur dans un cimetière, qui se soûle gaiement avec ses compagnons après les enterrements. Zakhar promène toujours un regard tendre, étonné, émerveillé et plein d’humour sur le monde. Et sur cette Russie tant aimée, bien que tout y soit glacé et que les saisons y aient toujours un goût de neige. Cette Russie souvent dure, brutale, intolérable, qui le fait souffrir mais pour laquelle il ne cesse de se battre. Il manquait à la littérature russe, depuis des années, cette façon de rire à travers les larmes, et de pardonner malgré tout !
Zakhar Prilepine est né en 1975 dans un petit village près de Riazan. En 1996 et 1999, durant les deux guerres en Tchétchénie, il est mobilisé puis volontaire. Quatre ans après, il écrit son premier roman publié en Russie, Pathologies. Prilepine n’explique pas ce conflit. Il le décrit de l’intérieur avec justesse, à travers des images fortes et une langue concise. Le public français a été le premier à découvrir ce roman en 2007 aux éditions des Syrtes.
Lauréat de nombreux prix littéraires, Zakhar Prilepine a vu ses œuvres traduites dans une vingtaine de langues. Plusieurs de ses romans sont aussi adaptés au théâtre et au cinéma.
Pathologies a reçu en 2008 le Prix Russophonie pour la meilleure traduction du russe vers le français.