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Nobel
Publiés aux éditions des Syrtes
Postface de Georges Nivat
La rue Potapov, à Moscou : c’est l’adresse de l’appartement où Irina, petite fille de neuf ans a pour la première fois vu la silhouette du poète Boris Pasternak, lié à sa mère Olga Ivinskaïa par le grand amour que le monde entier allait découvrir en lisant Le Docteur Jivago. Irina Emelianova croisera d’autres figures légendaires : l’opiniâtre Ariadna Efron, la fille de Marina Tsvetaeva, survivante de quinze ans de camp après son retour d’émigration ; l’écrivain Varlam Chalamov, dont les Récits de la Kolyma ont gravé à jamais dans la prose russe toute l’horreur glacée de l’enfer sibérien. Autant de légendes qui s’ordonnent autour de celle du grand Boris Pasternak à qui les unit une admiration et une commune ferveur. Les épreuves vécues y sont racontées avec une sorte de légèreté : les grandes figures que l’auteur a croisées, en tout premier lieu sa mère, sont évoquées avec une admiration mêlée de tendresse et d’humour.
 

EN LIBRAIRIE LE 3 AVRIL.

Innocence et Châtiment d’Ivo Andrić réunit six nouvelles qui explorent avec une sensibilité rare les thèmes de l’enfance, de la culpabilité et de la faute injustement subie, thèmes chers à Ivo Andrić. L’innocent – au sens propre comme au sens figuré, car qui mieux qu’un enfant symbolise l’innocence ? – se trouve désemparé, angoissé devant la faute qu’il n’a pas commise mais dont il lui faut néanmoins endosser la responsabilité : devant le mal qui l’agresse, devant la mort qui pèse sur lui de toute son écrasante présence et qui, en dernier lieu, apparaît comme l’unique issue d’une situation inextricable. Chacune des nouvelles met en scène un enfant encore pur, naïf, confronté à la peur, aux difficultés, aux cauchemars, à la violence aussi. Un événement va le transformer, souvent le durcir, le culpabiliser. Il s’agit de ces « incidents minimes, invisibles et néanmoins funestes qui brisent ces petits d’hommes que nous nommons des enfants, et que nos aînés, tout à leurs propres soucis, vivent sans problème, ou même sans s’en rendre compte ». Chaque mot est juste, pesé, et rend admirablement les angoisses, les pensées intimes de ces enfants malmenés par la vie ou dans l’incompréhension du monde des adultes. Écrites entre 1946 et 1960, ces nouvelles montrent la finesse d’Andrić dans l’art du portrait et la suggestion, et annoncent l’importance qu’il accordera toute sa vie à la responsabilité humaine, à l’ambiguïté morale et à la frontière trouble entre innocence et faute. Comme souvent chez Andrić, la dimension psychologique et la précision ethnographique s’allient à une réflexion sur la fragilité des individus face aux forces collectives.