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Jabotinsky
Publiés aux éditions des Syrtes
OUVRAGE ÉPUISÉ. DISPONIBLE EN POCHE ICI.
Préface de Luba Jurgenson

Les Cinq retrace le sort des cinq enfants Milgrom. Les destinées de ces personnalités singulières s’inscrivent dans la réalité historique de l’empire russe du début du XXè siècle. Cette époque marquée par la guerre, les troubles révolutionnaires, les pogroms, les crises et les quêtes spirituelles de l’intelligentsia. L’écrivain intègre les secousses sociales, provoquées notamment par la guerre russo-japonaise, les actes des partis clandestins, la mutinerie du cuirassé “Potemkine”. C’est ainsi que s’amorce la dégradation tragique et mortelle de la famille Milgrom. Les causes profondes ne relèvent pas seulement des passions individuelles. En réalité, l’histoire des personnages est marquée du sceau de l’époque. Et l’auteur obtient, avec délicatesse et sans forcer, un puissant effet de généralisation, qui permet de voir à travers le destin d’une seule famille se jouer la tragédie d’une génération.

La ville natale de Vladimir Jabotinsky tient une place particulièrement importante dans son livre. On peut dire que le roman respire littéralement Odessa. On visualise parfaitement ses paysages urbains, la mentalité originale de ses habitants, heureux de vivre ainsi que leur inimitable parler haut en couleurs.

Les Cinq a gagné le Prix Russophonie en 2007 pour la magnifique traduction de Jacques Imbert.    

Dans ce seul roman de la trilogie biblique qu’il avait imaginée à avoir vu le jour, Jabotinsky redonne vie à Samson. En parcourant en imagination la terre promise au cours de cette libre reconstruction du célèbre passage du Livre des Juges, Jabotinsky semble poursuivre sa quête de la langue originelle à travers sa langue maternelle. L’auteur creuse en effet plus profond le russe pour trouver de l’hébreu au-dessous. C’est pour lui l’occasion de revisiter les mythes communs de la culture judéo-chrétienne, de rappeler que ces mythes fondent l’Europe.

L’auteur prend alors à rebours le récit biblique pour reprendre à l’histoire religieuse ce qui était de l’histoire tout court. Il fallait aussi désacraliser pour rehistoriciser, donner une nouvelle légitimité à cette terre.  Non plus vue comme une terre sainte, ni même un ailleurs exotique, mais comme le berceau de la civilisation européenne.

Écrit dans les meilleures traditions du roman symbolique, ses inspirations poétiques et ses personnages hors pair font de Samson une oeuvre humaniste avant tout. La passion retenue de la langue le place à côté des classiques du siècle inspirés par la Bible. Tels que Joseph et ses frères de Tomas Mann, Christ et Antéchrist de Dmitri Merejkovski, Judas Iscariote de Léonid Andreïev, et, plus tard, Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov.