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armée
Publiés aux éditions des Syrtes
OUVRAGE ÉPUISÉ MAIS DISPONIBLE EN FORMAT DE POCHE ICI
  Paru à Berlin en 1921-1922, De l’aigle impérial au drapeau rouge rencontra dès sa parution un immense succès littéraire dans l’émigration russe. Dans un style flamboyant, le livre décrit la vie en Russie depuis le début du règne de Nicolas II jusqu’à la fin de la guerre civile. L’art de Krasnov fait penser à un roman-feuilleton, à l’image de ses prédécesseurs français du XIXe siècle, notamment Alexandre Dumas. Grâce à de nombreux rebondissements et coups de théâtre, l’auteur nous plonge dans le bruit et la fureur de temps devenus lointains. Il décrit la fin d’une époque, n’épargnant au lecteur aucune cruauté de la Grande Guerre, de l’agonie de la Russie impériale et de la terreur tchekiste. Son style mêle brillamment mélancolie et sentimentalisme, courage et euphorie en même temps qu’abattement et recherche du tragique. Tout cela donne au livre une âme éminemment russe et en fait une grande réussite littéraire.  
       

 

Publié d’abord dans des revues littéraires en 2003 et 2004, Pathologies a été connu du grand public publié sur Internet. Il a été et salué à l’unanimité par plusieurs vétérans de la guerre, ainsi que par la critique littéraire, avant même sa parution sous forme de livre. Le personnage principal, Egor Tachevski, réserviste pendant le conflit tchétchène, évoque troispériodes de sa vie : sa participation à la guerre, son amour pour Dacha dans le monde « civil »et son enfance. Ces deux dernières lui servent de bouclier contre les horreurs de la guerre au sujet de laquelle il ne se fait pas d’illusions : c’est une injustice, une boucherie où s’il ne tue pas le premier il sera tué à son tour. L’auteur décrit la relation sulfureuse de Egor et Dacha et la vie des soldats russes dans leur QG à Groznyï. Séquence par séquence, les deux parties du roman se déroulent parallèlement. Les soldats russes s’installent tranquillement dans l’école, prennent leurs marques, découvrent la ville. Quelques missions sont effectuées sans trop de difficultés. Mais le premier coup tiré engendre une riposte, le premier camarade tué est vengé par l’exécution de Tchétchènes. C’est un engrenage. Pendant que la violence va crescendo, la jalousie est omniprésente dans la relation de Egor et de Dacha.  
 
  Si Ceux du Donbass, paru en 2018 était une chronique des événements, un exercice littéraire proche de celui d’un mémorialiste où, de l’aveu même de l’auteur, son Donbass à lui restait hors-champ, Certains n’iront pas en enfer est un roman d’autofiction. Écrit et publié après le retour de Zakhar Prilepine du Donbass (en juillet 2018), il est marqué par un certain recul pris par rapport aux événements. Cela imprègne le récit d’une indéniable mélancolie et permet de magnifier la réalité pour donner une stature quasi-mythique à certains des personnages évoqués. Certains n’iront pas en enfer est donc inspiré d’une expérience personnelle, issue de l’engagement de Prilepine dans le conflit du Donbass. Prilepine offre ici un texte éclectique, impressionniste et littéraire qui nous permet de mieux comprendre les raisons de son départ pour le Donbass, son état d’esprit et ses occupations concrètes pendant les années de guerre. Il retrouve ici sa plume imagée et concise et une force d’évocation captivante. Comme chez son mentor Edouard Limonov, la prose romanesque est aussi le prétexte pour créer un double fantasmé et omniprésent. Prilepine donne la parole à Zakhar, son alter ego et narrateur. L’action se situe entre la fin de l’année 2015 et la mort d’Alexandre Zakhartchenko, chef de la République populaire de Donetsk (la DNR). Zakhar est alors conseiller de Zakhartchenko, et son bataillon devient l’une des composantes de la garde du dirigeant. Il jouit d’une position privilégiée et il est admis dans le cercle des associés les plus proches du chef. Zakhar raconte la vie de tous les jours des combattants à Donetsk, comme par exemple la tentative infructueuse de capturer un combattant ukrainien pour un échange de prisonniers. Il y a des descriptions hautes en couleurs de combats, mais aussi du quotidien dans les tranchées et durant les quelques moments de liberté. On en apprend également plus sur ses compagnons d’armes, pour lesquels Prilepine a souvent un grand attachement et respect, ainsi que sur son affection pour Zakhartchenko, qu’il considère affranchi et indépendant de Moscou. À ces réflexions politiques et parfois polémiques s’ajoutent des moments plus personnels, notamment lorsqu’il reçoit à Donetsk la visite du rappeur Husky, l’une des rares célébrités russes à soutenir activement les événements dans le Donbass, ou un dîner en compagnie de Monica Bellucci et d’Emir Kusturica lors d’une improbable escapade à Moscou.