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Orthodoxie
Publiés aux éditions des Syrtes
Avant-propos de Bernard Le Caro
Si les divergences principales entre l’Orthodoxie et les confessions occidentales sont aujourd’hui connues d’un assez large public, leurs racines et leurs implications sur la vie spirituelle sont souvent ignorées. C’est cette lacune que vient compléter le présent ouvrage. C’est aussi une histoire spirituelle succincte de la France, vue par un orthodoxe. Ainsi qu’une réflexion profonde et ouverte sur les problèmes actuels de l’Église orthodoxe. La sincérité et la profondeur de la démarche du père Placide, sa connaissance approfondie de la tradition spirituelle et théologique occidentale, et son expérience de l’Orthodoxie vécue en son cœur, donnent à sa parole une autorité unique.
Né en 1926 à Issy-les-Moulineaux, le père Placide est moine et théologien orthodoxe renommé. Il a également fondé les monastères de Saint-Antoine-le-Grand à Saint-Laurent-en-Royans (Drôme) et de la Protection-de-la-Mère-de-Dieu à Solan (Gard). Ils dépendent tous deux du monastère de Simonos Petras sur le Mont Athos. Le père Placide est l’auteur de nombreux ouvrages sur la vie spirituelle et traducteur de textes liturgiques et patristiques fondamentaux. Décédé en janvier 2018, il est enterré au monastère de Saint-Antoine-le-Grand.
       

 

Ce livre est composé de trois parties, autour d’un thème capital: celui du passage de la vie à la mort.Il y a d’abord D’eau et d’Esprit, le livre du père Alexandre Schmemann sur le Baptême écrit directement en anglais, puis Réflexions sur la mort composé de deux textes. On retrouve dans Ô mort, où est ton aiguillon ? – les chroniques que le père Alexandre Schmemann enregistrait sur Radio Liberty à destination de l’URSS –, toutes les composantes de son talent : une idée poussée jusqu’à ses extrêmes limites (la mort, cette abomination à laquelle tout est soumis en ce monde), une réponse théologique inscrite dans la tradition de l’Église (Dieu n’a pas créé la mort, celle-ci est un ennemi à détruire), et la preuve par la joie ressentie lors de la nuit de Pâques, un avant-goût du Royaume. Enfin, La Liturgie de la mort porte sur le traitement de la mort dans la liturgie orthodoxe. Le père Alexandre Schmemann a consacré à ce thème en 1979 un cours au séminaire orthodoxe de Saint-Vladimir. Ces trois textes constituent une réflexion approfondie sur la vie et la mort livrée par le grand théologien et liturgiste que fut le père Alexandre Schmemann. Alexandre Schmemann (1921-1983) est né en Estonie d’une famille d’émigrés russes. Après des études secondaires à Paris, il reçoit une formation théologique à l’Institut orthodoxe Saint-Serge. Ordonné prêtre en 1945, il rejoint le séminaire orthodoxe Saint-Vladimir aux États-Unis dont il deviendra le doyen. Homme d’Église d’une envergure exceptionnelle le père Alexandre Schmemann a été le maître incontesté de la théologie liturgique.
       

 

Le point de départ de la réflexion de Jean-Claude Larchet est le constat de la dégradation écologique alarmante ces dernières années, et d’un échec croissant dans la mise en œuvre des mesures environnementales. La réponse à ces problèmes urgents n’est pas seulement d’ordre politique ou économique. Elle est fondamentalement d’ordre spirituel et moral. Et la théologie et la spiritualité doivent s’attaquer aux racines du problème écologique. La crise écologique est ainsi étroitement liée à notre vision du cosmos et à notre mode de relation avec la nature. Entretenant un lien fort avec la nature, création de Dieu, les différentes confessions chrétiennes se sont associées à ce mouvement pour la protéger. Elles y font entendre leurs voix et y acquièrent le statut d’autorités morales. C’est dans une perspective spirituelle et religieuse que se situent aussi les positions écologiques de l’Église orthodoxe. Mais sur la base d’une cosmologie et d’une pratique spirituelle élaborées au cours des siècles, qui lui confèrent en la matière un certain droit d’aînesse. Elle peut ainsi apporter dans le cadre de la crise actuelle des principes qui guident la réflexion et l’action de tous ceux qui cherchent à sauver la nature. La synthèse de ces deux domaines permet de donner à la réflexion écologique la dimension spirituelle pertinente qu’exige son traitement en profondeur tant sur le plan théorique (théologique, cosmologique et anthropologique) que pratique, éthique et ascétique.  
Cette anthologie rassemble des textes de l’Écriture ainsi que de Pères et de spirituels orthodoxes de toutes les époques qui nous permettent de comprendre ce qu’étaient idéalement, au paradis des origines, les relations de l’homme avec les animaux. Car sur les règles éthiques qui doivent régir les relations de l’homme avec les animaux, le christianisme a beaucoup à nous dire à travers les réflexions cosmologiques, anthropologiques, théologiques qu’il a développées au cours de son histoire.
Les témoignages de ses saints anciens et contemporains peuvent également expliquer pourquoi les relations entre les hommes et les animaux se sont ensuite dégradées, et ce que les animaux – des plus familiers aux plus sauvages – peuvent nous apprendre sur la nature, sur nous-même. De même, cela permet de comprendre comment les saints ont réussi à retrouver avec les animaux desrelations non seulement pacifiées, mais familières et amicales, les traitant – mais sans idolâtrie –avec respect et amour, retrouvant ainsi la condition paradisiaque où les rapports de l’homme avec la nature étaient parfaitement harmonieux. Cet ensemble de textes est accompagné par une riche iconographie orthodoxe, ancienne, pro- venant aussi bien des monastères orthodoxes grecs, russes, roumains ou siciliens que des œuvres contemporaines.  
Cet ouvrage, deuxième tome d’une série de six volumes sur Jésus Christ, est tout entier consacré à l’étude du Sermon sur la montagne, le plus long des discours du Christ rapportés dans les Évangiles synoptiques. Cette place particulière invite à le considérer comme une sorte de programme spirituel et moral qui sera mis en lumière au fil des pages du Nouveau Testament. Le Sermon, qui contient la quintessence de la doctrine morale de Jésus, est ainsi envisagé dans le contexte élargi de la tradition ecclésiale. Mettant l’accent sur l’interprétation du Sermon par les Pères de l’Église, le métropolite Hilarion de Volokolamsk, fait preuve en même temps d’une profonde connaissance des philosophes et des théologiens contemporains, abondamment cités. Dans son introduction, l’auteur écrit : « Nous ne nous donnons pas pour objectif d’offrir une analyse exhaustive des commentaires antiques et contemporains du Sermon sur la montagne. Il nous importe surtout de comprendre comment vivre Le Sermon sur la montagne dans le contexte actuel. » Les commentaires récents des sentences de Jésus se réduisent souvent à une tentative de savoir ce qu’Il avait pu « vouloir dire » dans le contexte de Son époque. Or, s’il est important de comprendre le sens que les enseignements de Jésus pouvaient avoir pour Ses premiers auditeurs, leur importance ne se limite pas à ce sens. En réduisant les paroles de Jésus au contexte historique dans lequel elles ont été prononcées, le chercheur crée inévitablement une distance entre leur sens supposé dans cette situation donnée, et leur application pratique dans d’autres situations. Pourtant, Jésus, en prononçant Ses enseignements, faisait plus que d’avoir quelque chose en vue: Il invitait à répondre. Cette réponse doit s’exprimer par des actes concrets sur le plan pratique: des actes qui ne dépendent ni du contexte historique, ni des circonstances.
Les saints occidentaux des dix premiers siècles appartiennent à l’Église orthodoxe, tout autant que les saints d’Orient. Ils partagent la même foi, la même vie spirituelle et indiquent de la même façon la voie vers le salut. C’est pour cette raison que les orthodoxes ayant fui leurs pays après les tragiques événements de la révolution russe ont fait revivre le culte de ces saints, oubliés en Occident et encore inconnus en Orient. La liste des saints orthodoxes locaux qui devaient être célébrés par l’Église a été décidée lors d’une assemblée des évêques en Europe occidentale présidée par l’archevêque Jean (futur saint Jean de Changhaï et de San Francisco), les 16-17 septembre 1952 à Genève. Parmi eux se trouvaient déjà quelques saints de la terre d’Helvétie : saint Colomban, saint Gall, saint Fridolin, et sainte Clotilde. Le choix des saints orthodoxes qui figurent dans ce recueil n’est pas arbitraire. En principe, ne sont considérés comme orthodoxes que les saints qui, non seulement ont vécu avant le schisme occidental de 1054, mais qui confessent également la foi orthodoxe et n’adhèrent à aucune doctrine étrangère à la foi des Pères. L’Église orthodoxe russe ayant incorporé dans son sanctoral les saints helvètes antérieurs au schisme, et leur ayant dédié un office liturgique et une fête annuelle, cet ouvrage permet de mieux les connaître. Les vies des saints orthodoxes de la terre d’Helvétie sont présentés comme dans un synaxaire d’Église, c’est-à-dire par mois, en commençant par celui de septembre, début de l’année liturgique.
Collection Grands spirituels orthodoxes dirigée par Jean-Claude Larchet
Le père Amphiloque Makris (1889-1970) qui vient d’être canonisé par le patriarcat de Constantinople, est une grande figure de la spiritualité orthodoxe du xxe siècle.  Le futur Amphiloque est né le 13 décembre 1889. À l’âge de dix-sept ans il est entré au monastère de Saint-Jean le Théologien, à Patmos. Après un séjour au Mont Athos, il est tonsuré au grand Schéma. En 1926, il est affecté à la grotte de l’Apocalypse, à Patmos. Il a consacré beaucoup de temps aux étudiants de l’Académie ecclésiastique, devenus par la suite des supérieurs de monastères. Dans son île natale de Patmos, il a fondé le monastère féminin de l’Annonciation et a contribué à revivifier le monachisme cénobitique.  Dans les années 1930, dans les îles du Dodécanèse alors sous occupation italienne, le père Amphiloque Makris s’est consacré au maintien de la foi et de la vie orthodoxes en même temps qu’au sentiment national. Il a connu des persécutions et a été exilé en Grèce continentale, où il a reçu l’hospitalité de la confrérie Zoe à Athènes. De là, il s’est déplacé dans toute la Grèce, puis en Crète, où il est devenu le père spirituel de l’île. Revenu à Patmos en 1939, il s’est consacré aux dépendances et au monastère féminin de l’Annonciation. En 1947, Amphiloque a constitué un petit groupe de religieuses pour venir en aide aux orphelins de Rhodes (alors extrêmement pauvres) en fondant un orphelinat, ainsi qu’une maison pour les femmes enceintes. Sa renommée de père spirituel attira à lui de nombreuses personnes venues de toute la Grèce, mais aussi d’Europe, notamment de France. Il fut aussi le père spirituel du jeune Dimitrios Archontonis (le futur patriarche œcuménique Bartholomée) et de plusieurs jeunes étudiants ou moines devenus par la suite higoumènes, évêques ou métropolites.  De nombreux témoignages et quelques récits de miracles constituent des attestations supplémentaires de la sainteté du père Amphiloque, aujourd’hui proclamée par l’Église universelle. Ce livre, écrit par un disciple du père Amphiloque devenu métropolite de l’Église d’Albanie, fut un des premiers consacrés à l’Ancien. Il a connu un grand succès puisqu’il en est à sa cinquième édition et a obtenu le prix de l’Académie d’Athènes. 
Né en 1701 à Kiev, Vassili Grigorovitch-Barski est un jeune homme de vingt-deux ans lorsqu’il prend son bâton de pèlerin sur les routes de l’Europe et du Proche-Orient. Durant près d’un quart de siècle, après avoir fait le tour de l’Italie, il visitera deux fois le Mont-Athos, passera sans cesse d’une contrée à l’autre : de la Syrie au Liban, du Liban à la Palestine et à l’Égypte, faisant escale dans les îles grecques, s’attardant à Patmos et à Chypre, faisant siennes ces contrées méditerranéennes tout en apprenant les rudiments de leurs langues et en perfectionnant sa maîtrise du grec. Marcher inlassablement, dormir à même le sol, ne pas manger à sa faim, invoquer Dieu dans la tempête, s’effondrer, tomber malade, se faire rouer de coups et déposséder par des brigands, s’ouvrir au monde, s’instruire, se découvrir soi-même par la même occasion… tel fut le quotidien du voyageur au long cours Vassili Barski, de 1723 à 1747. Il consigne sans relâche dans des carnets ses impressions de voyage, ses rencontres, décrit les lieux avec une précision de géographe ou d’architecte amateur, dans une langue parsemée de mots empruntés ou adaptés des pays traversés, illustrant ses notes de dessins de villes ou de monastères, n’hésitant pas, à l’occasion, à se mettre en scène au détour d’un chemin ou d’une source. Ces Pérégrinations sont un témoignage inestimable sur une époque particulière, sur un monde chrétien divisé en chrétientés latine et grecque et subissant la domination musulmane. Et Vassili Barski est à l’image de la communauté slave de son temps, en pleine transition vers la modernité.
 
Le Père Georges Florovsky (1893-1979), après quelques années d’enseignement à Paris, fit la plus grande partie de sa carrière aux États-Unis où il enseigna dans les plus prestigieuses universités (Harvard, Cambridge, Princeton…). Unissant une vaste érudition, un attachement profond à la tradition ecclésiale, un souci de répondre aux problèmes contemporains et un sens aigu du dialogue avec les autres confessions chrétiennes, il est considéré comme l’un des plus importants théologiens orthodoxes de notre temps. En France pourtant, son œuvre volumineuse, écrite majoritaire-ment en russe et surtout en anglais, n’a que très peu été traduite. En proposant vingt-cinq de ses articles en traduction française, ce volume entend combler cette lacune. Écrits entre 1927 et 1967, centrés sur les thèmes majeurs de la pensée de Florovsky, ces articles gardent un caractère actuel, car les problèmes qu’ils ont affrontés continuent à exister, et les solutions qu’ils proposent sont toujours pertinentes. Ils sont précédés d’une longue étude de Jean-Claude Larchet qui constitue un livre en soi. Après une présentation détaillée de la vie de Florovsky, cette étude analyse les principaux thèmes de son œuvre et évalue son influence au cours des cinquante dernières années.
Collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle » dirigée par Jean-Claude Larchet
Les Lettres missionnaires sont considérées comme l’une des œuvres fondamentales de saint Nicolas Vélimirovitch (1880-1956). Il s’agit d’un recueil de 300 lettres, écrites sur une période d’une vingtaine d’années. L’auteur répond à des questions posées par ses correspondants, qui touchent à tous les domaines de la vie courante, à des circonstances historiques diverses, aux épreuves de la vie, à divers états psychologiques et spirituels, à diverses positions face à l’Orthodoxie dans ses croyances et ses pratiques, mais aussi à d’autres religions. Le saint évêque prend soin de répondre à chaque personne de la même manière simple et claire, quels que soient son statut social, son niveau intellectuel et son degré de maturité spirituelle. Au-delà de chaque correspondant, Mgr Nicolas s’adresse à une multitude de lecteurs qui vivent des situations semblables et leur cherchent des solutions. Chaque lettre apparaît finalement comme un petit sermondont la portée est universelle. C’est la raison pour laquelle ces lettres gardent un grand intérêt et nous touchent encore aujourd’hui. On retrouve dans cette correspondance tout le génie de Monseigneur Nicolas, fait d’intelligence, de profondeur, d’originalité, d’une grande capacité à se renouveler, et d’un style d’une qualité exceptionnelle.
« Parler de la culture russe ne signifie nullement se tourner vers le passé. Ce qui a eu lieu en Russie, nous a été donné, à nous et à elle, comme une épreuve terrible et en même temps comme l’occasion de revoir tout notre passé. Nous devons savoir analyser, étudier, aimer. Mais la conscience est exigée avant tout. Elle réunit tout. Elle permet de considérer à nouveau la Russie dans son passé et son présent et, peut-être, de sentir ce que doit être son futur. » Alexandre Schmemann (1977). Les Fondements de la culture russe est à l’origine un cycle de chroniques du père Alexandre Schmemann sur Radio Liberté entre 1970 et 1971, à l’adresse de l’URSS. Les textes ont été découverts récemment dans des archives privées.  
OUVRAGE ÉPUISÉ.
Au nord de Caen, sur la rive élevée de l’Orne, se dresse fièrement une petite église russe toute blanche, avec sa coupole bleue surmontée d’une croix à huit branches. C’est Saint-Serge de Colombelles, l’une des nombreuses églises orthodoxes fondées en France par les Russes ayant fui la terreur bolchevique et qui travaillaient dans les grandes entreprises industrielles de province. Consacrée en 1927, elle fut durant une quarantaine d’années le sanctuaire d’une importante communauté d’émigrés russes, pour la plupart ouvriers de la Société métallurgique de Normandie (la SMN), logeant dans les cités ouvrières de la région. Jusqu’aux années 1950, ils vécurent en vase clos en organisant une vie sociale active et variée. Cependant, leurs enfants s’assimilaient rapidement et restaient rarement fidèles aux valeurs spirituelles et culturelles de leurs aînés. Dans le respect de la tradition liturgique russe, les offices à l’église de Colombelles, désormais sous le double patronage de saint Serge de Radonège et de saint Vigor de Bayeux, se déroulent en français, langue naturelle d’une communauté devenue multiethnique. Mais c’est avant tout l’histoire particulière des Russes de Colombelles, avec ses joies et ses peines, ses conflits et ses réconciliations, que tente de raconter ce livre. L’église, bâtie de leurs mains et ornée par leurs soins, reste, de nos jours encore, le témoignage majeur de leur existence en exil.

Au début du XVIIe siècle, la Moscovie, sortie du temps des troubles, connaît un extraordinaire mouvement de réformes. Le nouveau patriarche Nikon se lance dans une transformation brutale de l’Église, suscitant de nombreuses protestations et aboutissant au schisme entre « vieille » et « nouvelle » foi, en 1667. Le représentant et héros de la vieille foi c’est Avvakum, né en 1620 dans la région de Nijni Novgorod, curé de campagne, archiprêtre, intraitable et tolérant, prophète et père de famille. Avvakum condamne les premières mesures de Nikon. Il est exilé en Sibérie, affecté à une troupe brutale chargée de conquérir le fleuve Amour, confronté en permanence à la mort. Il y restera onze ans et en 1664 il est rappelé à Moscou par le tsar Alexis. Déporté de nouveau, traîné de geôle en geôle, relégué à l’extrémité de la Russie, il sera brûlé vif au bord de l’Océan glacial, en 1682. Pendant tout ce temps, il prêche, écrit, se fait le porte-parole de la vieille foi. Avvakum est un extraordinaire écrivain. Sa Vie, composée par lui-même, est le chef-d’œuvre unique de toute la littérature russe avant le XIXe siècle. Écrite dans sa geôle de Poustozersk, La Vie représente à la fois la fin du Moyen-Âge et une extraordinaire naissance de la prose russe moderne parce qu’elle bouscule les genres, opère des renversements stylistiques et spirituels très modernes. On y voit directement agir, parler, penser les Russes d’avant Pierre le Grand : Avvakum lui-même, le tsar Alexis, son confesseur Stepan, le patriarche Nikon. On y suit, par le Baïkal et l’Angara, la première expédition sur l’Amour, avec Pachkov, féroce conquistador dont Avvakum est à la fois l’aumônier et la victime. Tout cela dans une atmosphère savoureuse de miracles, d’observations précises et de bon sens paysan. Ce texte, traduit du vieux russe, est un document essentiel pour tout curieux des choses russes, mais aussi pour l’historien des découvertes et pour l’ethnographe, pour l’historien de la religion, pour le psychologue et pour l’historien de la civilisation. Mais La Vie a de quoi étonner et captiver bien d’autres lecteurs. Elle est écrite dans une langue imagée et personnelle dont l’imprévu se dispute parfois la rudesse. La postérité de La Vie d’Avvakum est importante dans la culture russe; en 1872, Moussorgski s’en inspire pour son opéra La Khovanchtchina; le personnage de l’archiprêtre Touberozov des Gens d’Église de Nikolaï Leskov fait penser à Avvakum; Merejkovski écrit tout un poème inspiré par Avvakum en 1883, tandis qu’en 1900, Gorki voulait que La Vie entre dans les programmes scolaires.
Michel Niqueux ramène à la mémoire la vie incroyable de Julia Danzas. « Le livre qu’on va lire opère une double résurrection : celle d’une femme russe du XXe siècle hors du commun et celle d’une œuvre méconnue », selon Étienne Fouilloux, le préfacier. Petite-nièce du témoin du duel de Pouchkine, née à Athènes en 1879, demoiselle d’honneur de la dernière impératrice de Russie, sous-officier d’un escadron de Cosaques pendant la guerre, bibliothécaire et moniale catholique dans le Petrograd révolutionnaire ; collaboratrice de Gorki, arrêtée en 1923 pour ses activités religieuses, condamnée à dix ans de camp (Irkoutsk, Solovki), libérée en 1932 grâce à Gorki et sa femme, rachetée au gouvernement soviétique par son frère pour pouvoir émigrer en France ; tertiaire dominicaine et cheville ouvrière de la revue Russie et Chrétienté (Istina), Julia Danzas part en 1939 pour Rome, où elle meurt en 1942 : en vérité, elle connut, selon son expression, une « existence extraordinairement mouvementée ».
Julia Danzas laisse une œuvre philosophique méconnue, un témoignage unique (le premier d’une détenue) sur ses années de Goulag (Bagne rouge, 1935), des études sur l’histoire du christianisme et la pensée religieuse russe. Plusieurs importants écrits inédits sont publiés dans cet ouvrage pionnier : deux journaux intimes (1914-1922) relatant une expérience mystique sans équivalent dans la littérature russe, des autobiographies, une étude sur Raspoutine et l’impératrice. Comparable sur bien des points à ceux d’Etty Hillesum, de Margarete Buber-Neumann ou d’Edith Stein, l’itinéraire de Julia Danzas éclaire non seulement l’histoire de la Russie entre tsarisme et communisme, mais aussi et surtout des trésors inconnus de la vie intellectuelle et spirituelle russe
 
 
Collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle » dirigée par Jean-Claude Larchet
En référence au « sermon sur la montagne » qui figure dans l’Évangile, mais sous le titre plus modeste de « sermons au pied de la montagne », le futur saint Nicolas Vélimirovitch a rassemblé deux série d’homélies prononcées en 1912 et 1923. Les homélies de la première série datent de l’époque où il venait d’être nommé professeur assistant au séminaire Saint-Sava de Belgrade, et où déjà très doué pour la parole, il était invité à instruire le peuple dans des églises de Belgrade et de toute la Serbie. Celles de la deuxième série datent de son séjour aux États-Unis et au Canada, où nommé administrateur de l’évêché serbe américano-canadien nouvel­lement créé, il donna plus de cent cinquante homélies dans diverses églises. On ne trouvera pas ici les sermons routiniers, moralisateurs et ennuyeux que trop de prédicateurs livrent par obligation, mais des réflexions inspirées, toujours originales, sur des problèmes existentiels qui préoccupent l’homme moderne. Ces homélies sont de la même veine que les Homélies pour les dimanches et jours de fêtes. Mais alors que ces dernières partent de l’évangile du jour, celles-ci sont plus libres et ont plutôt un caractère thématique. Elles visent à renforcer la foi de fidèles qui, au début du XXe siècle, doivent affronter les doutes suscités par une histoire passablement troublée et menaçante, et par les progrès de l’athéisme. On verra que près d’un siècle plus tard, les Sermons sous la montagne et les Nouveaux sermons sous la montagne, considérés comme des œuvres spiri­tuelles majeures du « Chrysostome serbe », n’ont rien perdu de leur actualité, et restent captivantes par l’intelligence de leur contenu et la beauté de leur style.

La pandémie causée par la COVID-19 a surpris, désorienté et désorganisé la planète. Les religions n’ont pas échappé à l’ébranlement général et le christianisme a payé un lourd tribu : fermeture des églises, réduction du nombre de participants aux offices et à la communion, modification de la façon dont sont dispensés les sacrements et vénérés les objets sacrés. Ces changements, mettant en cause des pratiques traditionnelles plus que millénaires, ont suscité d’importants débats, touchant parfois des points essentiels de la foi. Ce livre apporte des éclaircissements permettant d’affronter plus sûrement et plus sereinement les séquelles de la pandémie sur les âmes et de mieux s’armer pour lutter contre celles qui risquent de surgir à l’avenir.