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Ukraine
Publiés aux éditions des Syrtes

La Fin de l’Empire des Tsars, un ouvrage qui renverse les perspectives. Et si l’histoire dramatique de la Russie au XXème siècle – le coup d’État bolchevique, la guerre civile, deux famines et le goulag – n’était que la conséquence du rassemblement général des troupes russes le 30 juillet 1914 ? Et si l’Ukraine joua un rôle de tout premier plan dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale ?

Dominic Lieven, historien britannique de renommée mondiale, raconte dans ce livre magistral quel fut le rôle de la Russie dans la descente vers 1914. Armé d’un impressionnant corpus de sources inédites, il étudie à la loupe la machine infernale qui aboutit au conflit. Il donne ainsi la parole à de nombreux protagonistes. Depuis les journalistes et les intellectuels « faiseurs d’opinion » jusqu’aux ministres et, bien sûr, au tsar Nicolas II.

Avec Lieven, l’histoire diplomatique russe s’enrichit enfin des fameuses « forces profondes », chères au grand historien des relations internationales qu’était Pierre Renouvin. Mais le récit de Dominic Lieven n’est pas uniquement centré sur la Russie. Sa grande originalité est d’inscrire ce pays dans un contexte beaucoup plus vaste. Un contexte qui s’apparente à un véritable bras de fer entre empires et nationalismes fin XIXe – début XXe siècle. Riche en comparaisons stimulantes et en hypothèses osées, cet ouvrage est donc appelé à devenir une référence non seulement pour comprendre les origines de la Première Guerre Mondiale, mais aussi pour repenser l’histoire européenne – notre histoire.

 

 

« Cet ouvrage est remarquable à plus d’un titre. C’est d’abord un rappel concis et documenté des racines historiques de la Russie. Érudit, le prince Volkonski nous fait toucher de près l’unité de cet immense territoire, gouverné pendant plusieurs siècles par une seule dynastie, celle des Rurikides, dont descend sa famille. Les vicissitudes sont nombreuses: démembrement dû à l’invasion mongole, occupation de terres russes par la Pologne et la Lituanie, marche pour l’unité. Toutes participent de la formation de l’identité nationale, un facteur clef pour mieux comprendre les Russes et la Russie à travers l’histoire.

Cette unité russe retrouvée devient la cible d’une politique concertée de l’Europe. Les menées de l’Autriche-Hongrie, de l’Allemagne, puis celles des États-Unis d’Amérique et celles des anciens alliés de la Russie pendant la Grande guerre sont brillamment exposées et dénoncées avec vigueur par l’auteur, qui s’appuie là sur son expérience de militaire et de diplomate. Il remet les pendules à l’heure avec une vivacité qui tient constamment le lecteur en haleine. Mais sa lucidité vis-à-vis des enjeux politiques n’a d’égale que son inquiétude face à la manipulation des esprits. Par ce biais, il nous offre aussi une image émouvante de son identité d’exilé, celle des Russes de la première émigration.

La crise ukrainienne actuelle plonge ses racines dans ce passé complexe, le nier est une folie dangereuse. En ce sens, ce livre apporte une aide précieuse à qui veut y comprendre quelque chose. Bien des éléments analysés par le prince Volkonski gardent une redoutable actualité : la haine de la Russie cultivée par certains, l’étonnement douloureux que cette agressivité suscite chez les Russes, l’hypocrisie intéressée des pays européens. L’entreprise de désinformation se poursuit, favorisée comme jamais en Europe par l’ignorance de générations auxquelles on a enseigné le dédain de l’histoire et de la géographie. » Prince Dimitri Schakhovskoy

Plus de dix ans après une entrée fracassante sur la scène littéraire avec Pathologies, Prilepine renoue avec la thématique guerrière. Cette fois, il lève le voile de la désinformation sur la guerre qui se déroule dans l’est de l’Ukraine. L’auteur approche ainsi ce sujet brûlant d’actualité en revêtant tour à tour de multiples casquettes. Celle de correspondant de guerre, de convoyeur d’aide humanitaire dans le Donbass, de conseiller politique du chef de la République populaire de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko, de commandant de bataillon de l’armée de la RPD. Sa chronique, il la veut prise sur le vif. Laissant parler les acteurs du conflit et les témoins involontaires, les combattants et les journalistes, les jeunes hommes et jeunes femmes qui ont tout lâché pour aller se frotter à l’histoire en train de s’écrire dans le Donbass. Prilépine fait ainsi résonner la parole non censurée de ceux dont la vie s’est trouvée fatalement déraillée par l’Euromaïdan de l’hiver 2013-2014. Ceux qui se sont découverts une vocation après la perte d’un être cher, ceux qui ont pris conscience de leurs propres engagements lorsqu’ils ont senti leur mode de vie et leurs valeurs menacées. La parole de l’auteur, elle, demeure alors en voix-off, sans pour autant se désengager. Ceux du Donbass, chronique d’une guerre en cours est un livre d’opinion. Au fil des interviews et des témoignages, Zakhar Prilepine donne aussi à voir et à entendre ses propres positions sur la guerre civile qui se poursuit à ce jour dans le Donbass, les origines du conflit, la crise de l’identité ukrainienne, le tout dans le style maîtrisé que le lecteur français lui connaît.
 
  Si Ceux du Donbass, paru en 2018 était une chronique des événements, un exercice littéraire proche de celui d’un mémorialiste où, de l’aveu même de l’auteur, son Donbass à lui restait hors-champ, Certains n’iront pas en enfer est un roman d’autofiction. Écrit et publié après le retour de Zakhar Prilepine du Donbass (en juillet 2018), il est marqué par un certain recul pris par rapport aux événements. Cela imprègne le récit d’une indéniable mélancolie et permet de magnifier la réalité pour donner une stature quasi-mythique à certains des personnages évoqués. Certains n’iront pas en enfer est donc inspiré d’une expérience personnelle, issue de l’engagement de Prilepine dans le conflit du Donbass. Prilepine offre ici un texte éclectique, impressionniste et littéraire qui nous permet de mieux comprendre les raisons de son départ pour le Donbass, son état d’esprit et ses occupations concrètes pendant les années de guerre. Il retrouve ici sa plume imagée et concise et une force d’évocation captivante. Comme chez son mentor Edouard Limonov, la prose romanesque est aussi le prétexte pour créer un double fantasmé et omniprésent. Prilepine donne la parole à Zakhar, son alter ego et narrateur. L’action se situe entre la fin de l’année 2015 et la mort d’Alexandre Zakhartchenko, chef de la République populaire de Donetsk (la DNR). Zakhar est alors conseiller de Zakhartchenko, et son bataillon devient l’une des composantes de la garde du dirigeant. Il jouit d’une position privilégiée et il est admis dans le cercle des associés les plus proches du chef. Zakhar raconte la vie de tous les jours des combattants à Donetsk, comme par exemple la tentative infructueuse de capturer un combattant ukrainien pour un échange de prisonniers. Il y a des descriptions hautes en couleurs de combats, mais aussi du quotidien dans les tranchées et durant les quelques moments de liberté. On en apprend également plus sur ses compagnons d’armes, pour lesquels Prilepine a souvent un grand attachement et respect, ainsi que sur son affection pour Zakhartchenko, qu’il considère affranchi et indépendant de Moscou. À ces réflexions politiques et parfois polémiques s’ajoutent des moments plus personnels, notamment lorsqu’il reçoit à Donetsk la visite du rappeur Husky, l’une des rares célébrités russes à soutenir activement les événements dans le Donbass, ou un dîner en compagnie de Monica Bellucci et d’Emir Kusturica lors d’une improbable escapade à Moscou.  
Les Cinq dépeint le monde perdu des Juifs d’Odessa du début du XXe siècle, dans toute sa couleur et sa vitalité, sa vulnérabilité historique et son éternel optimisme. L’histoire de la famille Milgrom se confond avec le destin de sa ville. Les cinq frères et sœurs, pris dans la tourmente, vivront, chacun à sa manière, la confusion et la décadence de ce monde qui disparaîtra bientôt dans les secousses de l’Histoire. Rarement l’amour d’une ville et le présage de sa fin ne se sont mariés de manière aussi poignante que dans ce merveilleux roman, dont certaines pages comptent parmi les plus belles de la littérature russe. La langue savoureuse et subtile, aux tournures baroques et empruntant au yiddish, au polonais ou à l’ukrainien, rattache Jabotinsky aux grands écrivains odessites.
Sous la direction d’Andras Kányádi
La présence du jeu royal dans les belles lettres est inestimable. Depuis l’apparition des échecs en Inde, les textes littéraires ne cessent de s’y intéresser sous les angles les plus divers. Ce recueil thématique comporte dix-huit études portant sur les littératures de l’Europe médiane, cet espace à géométrie variable que l’on situe entre les pays germanophones et russophones, et dont les limites poétiques échiquéennes pourraient être tracées entre Stefan Zweig et Vladimir Nabokov. La variété des genres y est à l’honneur, notamment avec les poèmes de Constantin Cavafy, d’August Šenoa et de Nichita Stănescu, le théâtre de Eino Leino et de Vinko Möderndorfer, les nouvelles de Sławomir Mrożek et de Milorad Pavić, ou encore les romans d’Icchokas Meras et de Patrik Ouředník. Et si l’apocryphe de Frigyes Karinthy est complété à merveille par le conte de Sholem Aleichem, l’expérience des camps staliniens albanais et bulgare, le fantastique estonien et ukrainien ou encore les parties lettone et slovaque de la condition humaine instaurent un dialogue fructueux entre les différents textes, mettant au jour les spécificités historiques, politiques, sociales et identitaires de l’espace et de ses acteurs. Les auteurs des études sont des universitaires, enseignant pour la plupart à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), spécialistes d’une ou de plusieurs aires culturelles.