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roman
Publiés aux éditions des Syrtes
Le roman de Tatiana Țîbuleac est une déclaration d’amour-haine faite par un adolescent, pendant un été, à sa mère – cet être fragile sur le (grand) départ. Alexy est un personnage difficilement attachant, traumatisé par la mort de sa sœur puis par le rejet de sa mère. Il regarde le monde avec des yeux haineux, déteste sa mère et la dissèque sans complaisance. Devenu adulte, et afin qu’il puisse se remettre à la peinture, Alexy est poussé par son psy à revivre le dernier été passé avec sa mère. Un été décisif car c’est le moment clé de la narration, celui d’où tout part et où tout revient. Les trois mois et demi passés ensemble par les deux – la mère mourante et l’adolescent psychotique – mènent à un rapprochement et à une profonde réconciliation. Celle du garçon avec lui-même et avec la vie, celle de la mère avec elle-même et avec la mort. En somme, pendant un été, dans une petite maison d’un village français, les deux êtres se retrouvent et s’acceptent. Ils apprennent finalement à s’aimer, sous la pression de la maladie et du temps ; ils le font par petites touches, comme ils n’avaient jamais réussi à le faire jusqu’alors. Chaque page est coupée au rasoir, dans une écriture très poétique, et le style de Tatiana Ţîbuleac dégage force, passion et émotion. Au fur et à mesure, les personnages prennent des contours insoupçonnés et le roman se transforme en poème d’amour contenant à la fois la vie et la mort. « Ce matin-là, alors que je la haïssais plus que jamais, maman venait d’avoir trente-neuf ans. Elle était petite et grosse, bête et laide. C’était la maman la plus inutile de toutes celles qui ont jamais existé. Je la regardais par la fenêtre, plantée comme une mendiante à la porte de l’école. Je l’aurais tuée rien que d’y penser. »
Disponible également en version numérique
« L’Histoire de ma sœur ne se raconte pas. Elle se lit comme un poème en prose qui s’ouvre sur un ton mineur par des scènes d’enfance pour se clore en majeur, dans la gravité. C’est l’histoire d’un destin de femme qui périt dans la médiocrité de la vie quotidienne : en sorte, la mort d’un rêve. Michel Ossorguine la connaît bien, cette femme aux ailes brisées : c’est Olga, de sept ans son aînée et sa sœur préférée qui mourut d’un cancer à l’âge de trente-sept ans. Le superbe roman d’un sentiment, depuis la naissance dans les balbutiements de l’enfance jusqu’à l’épanouissement ultime de la mémoire. » Jacques Catteau
Émouvante et rare profession d’amour d’un frère pour sa sœur, le récit tire son charme puissant et de son instance narrative originale. En effet, le narrateur ne s’introduit pas dans l’âme de Katia, il n’usurpe pas sa pensée comme l’aurait fait un romancier, mais préserve son mystère, ses luttes sourdes, sa dérive poignante. Tout est vu par les yeux de Kostia, le petit frère, successivement nourrisson, enfant, adolescent, étudiant en droit, enfin homme âgé, méditatif et nostalgique.  
Un matin, à la fin du mois de décembre, Petrov, mécanicien et auteur raté de bande dessinée, se sent fiévreux et prend un remède alcoolisé contre la toux. En chemin vers le travail il est happé par Igor, son vieil ami spontané et incontrôlable, et les voilà qui enchaînent les verres de vodka dans un corbillard, autour d’un cercueil. Pendant ce temps, Petrova, son ex-femme, essaie de contenir une étrange spirale assassine qui l’assaille à la vue d’une goutte de sang… Après un profond sommeil provoqué autant par l’alcool que par la grippe, Petrov finit par rentrer auprès de son fils et de Petrova, désormais malades, eux aussi, de la grippe. Progressivement, les souvenirs d’enfance de Petrov ressurgissent aussi étranges que troublants. Le roman raconte quelques jours de la vie ordinaire des Petrov. À moins qu’il ne s’agisse d’une errance hallucinatoire dont le parcours est rendu flou par la fièvre et l’alcool ? La force de Alexeï Salnikov c’est de nous balader dans ce néant entre délire et réalité, entre roman policier et déambulation loufoque, avec un humour décapant et absurde jusque dans les moindres détails. Les Petrov, la Grippe, etc. c’est Andreï Kourkov et John Kennedy Toole qui se mettent à danser sous les applaudissements de Gogol et de Boulgakov.
Également disponible en version numérique
 
A cinquante ans, Gleb Ianovski, guitariste de renommée mondiale, apprend qu’il est atteint de la maladie de Parkinson. Lorsqu’il fait la rencontre de Nestor, un célèbre écrivain, celui-ci lui propose d’écrire sa biographie. Les deux hommes se retrouvent dès lors régulièrement pour des entretiens portant sur la trajectoire de Gleb. C’est ainsi que se nouent les fils d’une histoire dans laquelle alternent deux voix. Celle d’un enfant en Ukraine, qui aime la musique et rêve d’en vivre, et celle de l’adulte confronté à la maladie et à une tentative de donner un sens à son existence. Brisbane est un roman tout en finesse et sensibilité. Un roman symphonique dans lequel la mort est vaincue par la musique, par la force de la mémoire, de l’amour et de la parole. Un roman où, par le seul pouvoir évocateur de son nom, la ville de Brisbane devient un lieu mythique et réinventé, la cible de tous les rêves et la clé de toute l’histoire. Avec une écriture poétique, Evgueni Vodolazkine aborde des thématiques universelles qui font écho à tout un chacun et où l’émotion côtoie l’intensité et l’humanité la plus profonde.
Également en version électronique
La Fatigue du matériau est LE roman de la migration. Une géographie de la peur qui exhorte ses lecteurs à se mettre dans la peau d’un migrant. Ici pas de réflexion politique, économique ou jugement moral, car “c’est un livre volontairement physique, chaque phrase interpelle le lecteur, et l’oblige à vivre avec le héros”. La force du roman du prometteur écrivain tchèque, Marek Šindelka, tient dans le fait que le lecteur ne consomme pas l’histoire mais la vit profondément, emporté dans le froid, la faim, l’angoisse et le désespoir de ce que l’auteur appelle “la conscience noire de l’Europe”. Sans nom, sans pays, sans destination, les héros deviennent les archétypes du migrant. Deux jeunes frères fuient clandestinement leur pays, après la disparition de leurs parents dans un bombardement. Ils arrivent ainsi séparément en Europe où ils ont prévu de se retrouver. Ce sont alors deux périples qu’entreprend le lecteur dans ce récit court, intense et haletant, au gré des épreuves que traversent les deux frères, dans l’espoir de se voir accorder un nouveau droit à l’existence. Il faut fuir et se cacher, trouver à manger, tenter de se repérer, avancer. Le monde se révèle à travers le prisme de l’angoisse, nous faisant vivre une véritable expérience physique et humaine. Mus par la force du lien fraternel et par la volonté de ne jamais se laisser humilier, Amir et son frère doivent tenir malgré la « fatigue du matériau », c’est-à-dire l’usure extrême du corps. Un puissant remède contre la déshumanisation.
Également disponible en version électronique
Dans De l’aigle impérial au drapeau rouge, roman-fleuve publié en 1921, Krasnov s’empare de l’histoire de la Russie de Nicolas II jusqu’à la fin de la dynastie des Romanov : guerre du Japon, Première Guerre mondiale, révolutions de Février et d’Octobre et la guerre civile. Cette grande saga raconte, à travers le destin du personnage central, Alexandre Sabline, celui d’un empire en voie de décomposition. Mêlant fiction et réalité, l’auteur, également acteur des événements, nous fait côtoyer les grandes figures de l’histoire russe de cette époque : Nicolas II et son épouse Alexandra, Raspoutine, Lénine, Trostki… et bien d’autres, qui, grâce à une intrigue habilement menée parsemée de coups de théâtre, des descriptions minutieuses et des dialogues finement ciselés font revivre les dernières années de l’autocratie russe.  
Le Livre des nombres est un roman monumental, à la fois fresque historique, saga familiale et monographie d’un village d’Europe centrale. Il embrasse un siècle de l’histoire mouvementée de la Transylvanie, ballottée entre l’Empire austro-hongrois, la Hongrie puis la Roumanie, tragiquement secouée par l’instauration du régime communiste. Le lecteur est plongé dans l’entreprise d’un auteur qui tente d’écrire la chronique de sa famille. Il s’y emploie en interrogeant ses proches, en feuilletant des albums de photographies, en fouillant dans les archives de la police secrète, en lisant des Mémoires ou en écoutant des bandes magnétiques ; mais aussi en faisant appel à son imaginaire capable de toutes les transgressions. Peu à peu, devant ses yeux, se tisse ainsi l’épopée de deux familles apparentées, sur quatre générations, qui trouve des échos incessants dans le présent. Grâce à une construction littéraire magistrale, les disparus se racontent autant que les survivants ou leurs descendants. Et leur parole recompose la mémoire collective et un arbre généalogique séculaire, bien ancré dans la terre, dont les branches déploient des noms que l’Histoire n’a pas retenus.
Également disponible en format numérique
Un chef-d’oeuvre absolu de la littérature russe du XXe siècle et de la littérature de l’enfance Paru en 1917, Kotik Letaïev est une autobiographie poétique, épopée intérieure de l’enfance sur les trois premières années de la vie de son auteur, Andreï Biely. Le héros, Kotik (diminutif de Konstantin qui signifie également chaton) Letaïev est un enfant précoce qui, depuis son plus jeune âge est familiarisé avec les trésors de la culture. Un jour, poussé par une nostalgie toujours plus grande, il part vers l’inconnu. Le récit, à la première personne, a d’une part le charme naïf d’un discours enfantin au travers duquel se recompose la ville Moscou de la fin du XIXe siècle, et d’autre part l’inquiétant surréalisme d’un parcours initiatique conduisant sa victime par le dédale des mythes. Adepte de la théosophie de Steiner, l’écrivain, alors âgé de 35 ans, se sent revivre sa première naissance. Il couche cette expérience sur papier, avec comme résultat ce récit hors du commun, qui commence dès avant la naissance, dans le ventre de sa mère. Entre mythologies antiques et apprentissages prosaïques, l’exploration poétique du récit emprunte aussi bien à la spontanéité du langage enfantin qu’aux éblouissements imagés des mystiques et à la sémantique surréaliste. Kotik Letaïev devient le livre de chevet de la modernité russe, admiré par Pasternak, Nabokov ou encore Essenine. Dans ce poème radieux, Andreï Biely célèbre la mentalité d’un enfant qui s’ouvre à la vie et offre un chef-d’œuvre absolu de la « littérature de l’enfance », non sans rappeler Proust et Joyce dans les procédés littéraires. Le texte est accompagné d’une préface et d’une étude critique de Georges Nivat qui rassemble également en annexes des textes peu connus de Biely qui éclairent le lecteur sur l’oeuvre et l’auteur.
Du même auteur
Pétersbourg (2018)
Postface de Nikolaï Kirillovitch Golovkine
Conçu dans les années 1960 par Irina Golovkina et diffusé sous le manteau, Les Vaincus est publié pour la première fois en 1992 avant de connaître un immense succès. Roman de la tragédie russe après les événements de la dictature bolchevique, il évoque les derniers feux d’une noblesse héroïque et d’une intelligentsia idéaliste. Le lecteur suit les destins entrelacés d’une illustre famille et d’une foule de personnages dans leur quotidien harassant. Vente de maigres biens pour survivre, car le travail leur est interdit, assignation à résidence, prisons ou camps. Poursuivis par la Guépéou, exilés, persécutés, exécutés, aucun n’échappera au rouleau compresseur soviétique. Ce sont des individus aux abois, traqués par les dénonciations, les interrogatoires et les arrestations arbitraires. Mais Les Vaincus est aussi une sublime histoire d’amour, celle d’une princesse en haillons, et le lecteur, est emporté par l’émotion que suscite ce drame puissant. Cette saga fleuve remarquable et bouleversante est traduite ici pour la première fois en français.
Les Cinq dépeint le monde perdu des Juifs d’Odessa du début du XXe siècle, dans toute sa couleur et sa vitalité, sa vulnérabilité historique et son éternel optimisme. L’histoire de la famille Milgrom se confond avec le destin de sa ville. Les cinq frères et sœurs, pris dans la tourmente, vivront, chacun à sa manière, la confusion et la décadence de ce monde qui disparaîtra bientôt dans les secousses de l’Histoire. Rarement l’amour d’une ville et le présage de sa fin ne se sont mariés de manière aussi poignante que dans ce merveilleux roman, dont certaines pages comptent parmi les plus belles de la littérature russe. La langue savoureuse et subtile, aux tournures baroques et empruntant au yiddish, au polonais ou à l’ukrainien, rattache Jabotinsky aux grands écrivains odessites.
Salnikov Petrov grippe alcool Ekaterinbourg
Un matin, à la fin du mois de décembre, Petrov, mécanicien et auteur raté de bande dessinée, se sent fiévreux et prend un remède alcoolisé contre la toux. En chemin vers le travail il est happé par Igor, son vieil ami spontané et incontrôlable, et les voilà qui enchaînent les verres de vodka dans un corbillard, autour d’un cercueil. Pendant ce temps, Petrova, son ex-femme, essaie de contenir une étrange spirale assassine qui l’assaille à la vue d’une goutte de sang… Après un profond sommeil provoqué autant par l’alcool que par la grippe, Petrov finit par rentrer auprès de son fils et de Petrova, désormais malades, eux aussi, de la grippe. Progressivement, les souvenirs d’enfance de Petrov ressurgissent aussi étranges que troublants. Le roman raconte quelques jours de la vie ordinaire des Petrov. À moins qu’il ne s’agisse d’une errance hallucinatoire dont le parcours est rendu flou par la fièvre et l’alcool ? La force de Alexeï Salnikov c’est de nous balader dans ce néant entre délire et réalité, entre roman policier et déambulation loufoque, avec un humour décapant et absurde jusque dans les moindres détails. Les Petrov, la Grippe, etc. c’est Andreï Kourkov et John Kennedy Toole qui se mettent à danser sous les applaudissements de Gogol et de Boulgakov.
Également disponible en version numérique.
 
Inspirés par le voyage d’Alexandre Dumas en Russie en 1858-1859, les Romans caucasiens font découvrir des terres méconnues, réputées dangereuses où rôdent brigands et rebelles. Entre le conte et le roman d’aventures, Sultanetta et La Boule de neige entraînent le lecteur au cœur d’un pays enchanteur mais menaçant, où des héros téméraires et ténébreux sont prêts à tous les excès pour une belle aux yeux de braise ou par amour de la liberté. Sous l’apparente simplicité des histoires d’amours contrariées, se cache toute la complexité de cette région à l’histoire tumultueuse. Restés inédits plus d’un siècle, exotiques à souhait, Les Romans caucasiens dévoilent une facette sans doute peu connue d’Alexandre Dumas, mais qui confirme son immense talent de conteur.
Du même auteur aux éditions des Syrtes
Le Maître d’armes (2019)
Sous la direction d’Andras Kányádi
La présence du jeu royal dans les belles lettres est inestimable. Depuis l’apparition des échecs en Inde, les textes littéraires ne cessent de s’y intéresser sous les angles les plus divers. Ce recueil thématique comporte dix-huit études portant sur les littératures de l’Europe médiane, cet espace à géométrie variable que l’on situe entre les pays germanophones et russophones, et dont les limites poétiques échiquéennes pourraient être tracées entre Stefan Zweig et Vladimir Nabokov. La variété des genres y est à l’honneur, notamment avec les poèmes de Constantin Cavafy, d’August Šenoa et de Nichita Stănescu, le théâtre de Eino Leino et de Vinko Möderndorfer, les nouvelles de Sławomir Mrożek et de Milorad Pavić, ou encore les romans d’Icchokas Meras et de Patrik Ouředník. Et si l’apocryphe de Frigyes Karinthy est complété à merveille par le conte de Sholem Aleichem, l’expérience des camps staliniens albanais et bulgare, le fantastique estonien et ukrainien ou encore les parties lettone et slovaque de la condition humaine instaurent un dialogue fructueux entre les différents textes, mettant au jour les spécificités historiques, politiques, sociales et identitaires de l’espace et de ses acteurs. Les auteurs des études sont des universitaires, enseignant pour la plupart à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), spécialistes d’une ou de plusieurs aires culturelles.