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philosophie
Publiés aux éditions des Syrtes

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  Tout finit dans l’embourgeoisement, y compris les révolutions, et c’est la négation de l’esprit.
Chassé de Russie soviétique en 1922 avec une vingtaine d’écrivains et de savants, émigré en France, Nicolas Berdiaev (1874-1948) publie en russe, en 1926, cinq mini-essais traitant tous, de diverses façons, de « l’esprit bourgeois ». Pour le philosophe, « l’esprit bourgeois » est l’apanage des révolutionnaires comme des réactionnaires, des athées comme des croyants. Il finit toujours par s’imposer et a pour conséquence de rendre l’homme esclave des choses et de l’ensemble du monde visible. Alors vient le triomphe du petit bourgeois, « amateur de confort tant matériel que spirituel », qui « croit au bonheur enchaîné dans le fini ». Pour Nicolas Berdiaev, le monde objectivé, c’est le monde déshumanisé, qui fait fi de l’homme en tant que sujet existentiel. Le grand malheur, estime le philosophe, c’est que tout tend à l’objectivation : l’État, l’Église, Dieu, l’Esprit, la religion, la science, la technique, la philosophie. Tout devient objet sans lien intime avec la personne humaine – cette personne, « totalité de la pensée, du vouloir, des sentiments, de l’activité créatrice », que Berdiaev oppose à l’objectivation générale, pour éviter que ne s’organise « un règne de laideur ». De l’esprit bourgeois est le premier ouvrage de la série « Questions maudites », collection de textes de penseurs de toutes origines, dont les interrogations, même anciennes, se révèlent d’actualité en nos temps de doute profond. Cette collection est placée sous le double signe des éditions des Syrtes et des éditions L’Inventaire.
Publié sous la direction de Françoise Lesourd
  Totalement inconnue en France, la pensée utopiste de Nikolaï Fiodorov a influencé la culture du XXe siècle russe et demeure à ce jour une référence importante en Russie. De nombreux écrivains y trouveront des échos de leurs préoccupations, de Tolstoï à Dostoïevski ou à Vladimir Soloviov. Parmi ses héritiers, le futuriste Velimir Khlebnikov et les écrivains Andreï Platonov ou Maxime Gorki, mais également des savants comme Tsiolkovski, le père de l’aéronautique soviétique. Ses idées trouveront indirectement leur expression dans des textes de la science-fiction soviétique ou dans le cinéma d’Andreï Tarkovski et son adaptation de Solaris (1972). La pensée de Fiodorov se situe au croisement des nouvelles disciplines émergentes de son temps, telles que la linguistique et l’anthropologie, mais également la sociologie, l’agriculture, l’économie. Il est attentif aux phénomènes sociaux engendrés par l’urbanisation, l’appauvrissement de la campagne, et pressent, comme d’autres penseurs de son époque, l’avènement d’une crise mondiale majeure. Exhortant l’humanité à s’unir pour vaincre la mort, Fiodorov lui assigne aussi le devoir moral de ramener à la vie toutes les générations disparues, ces victimes du « progrès » : c’est « l’œuvre commune ». Sur le climat, objet d’attention privilégié, ou encore, sur les transformations biologiques que connaîtra l’humanité, sa réflexion se rapproche de la question du transhumanisme, qui connaît actuellement un véritable engouement dans la Silicon Valley et ses grandes entreprises. La philosophie de Fiodorov, nourrie à la pensée chrétienne des premiers siècles comme aux idées modernes de conservation de la matière et d’évolution, retrouve un écho étonnant dans l’actualité du XXIe siècle.
  Également disponibleen version numérique
Du même auteur aux éditions des Syrtes
Correspondance (1873-1903) (2021)
Si grâce aux disciples de Nikolaï Fiodorov, la Philosophie de l’œuvre commune fait le bilan des idées et théories de ce dernier, des recherches qu’il a menées tout au long de sa vie, dominées par le grand-œuvre de la ressuscitation, sa Correspondance permet d’en suivre la gestation. Les 281 lettres présentées ici couvrent une longue période: elles vont d’août 1873 à octobre 1903. Elles sont adressées à ses disciples, mais aussi à d’autres correspondants, tels que le philosophe Vladimir Soloviov, des éditeurs et jusqu’aux plus grands penseurs de son temps… Au fil des ans, le lecteur voit se construire, avec des hésitations, des tergiversations, des explications détaillées, ce que l’on trouvera ensuite, d’un bloc, dans la Philosophie. Le plus intéressant réside dans « l’actualité » de certaines interrogations de l’auteur des lettres, que l’on retrouve dans la Philosophie de l’œuvre commune, mais qui paraissent ici plus spontanées, moins intellectualisées. Les premières lettres sont écrites dans une Russie en plein bouleversement: une di- zaine d’années plus tôt (1861), le servage a été aboli, avec, entre autres conséquences, une prolétarisation de nombreux paysans n’ayant pour seule solution que de partir vers les villes, les usines et les manufactures. L’industrialisation du pays, son urbanisation ne laissent pas d’inquiéter Nikolaï Fiodorov qui y voit l’instaura- tion d’un mode de vie artificiel, à l’inverse de celui du village, où l’on travaille la terre, où l’homme est confronté à la nature, où se côtoient naturellement la vie et la mort. Utopique, la pensée de Fiodorov? Sans doute. Il n’en demeure pas moins que les idées, les interrogations du philosophe sont toujours aussi stimulantes, particulièrement lorsqu’elles sont exposées avec la spontanéité de la Correspondance: les rapports avec la nature, les questions de météorologie, l’urbanisation excessive, la maladie, la mort, la faim, la conquête de l’univers…
Du même auteur aux éditions des Syrtes
Philosophie de l’œuvre commune (2021)