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péché
Publiés aux éditions des Syrtes
Préface de Jil Silberstein
Parus pour la première fois en 1910 à Saint-Pétersbourg, les Récits de la Perdition constituent un ensemble de huit épisodes tirés de la vie d’une cinquantaine de révolutionnaires exilés à Srednekolymsk – alias Grande-Perdition. Soit au coeur même de l’une des régions les plus inhospitalières de la Sibérie. Ces récits évoquent avec humour et tendresse cette poignée de citadins éduqués, originaires de la partie européenne de la Russie. Autant de bannis pour raisons politiques immergés dans une nature extrême, peuplée de Iakoutes, de vieux colons russes et de Cosaques. C’est leur vie au quotidien – intime et collective, physique et philosophico-spirituelle. Binski le héros mélancolique, Ratinovitch l’irrévérent. Rybkovski le désenchanté. Maria Nikolaïevna l’unique coeur à prendre. Krantz le souffre-douleur. Barski. Chikhov le spinoziste. Bekker le rigoriste. Khreptovski l’indigénisé. Iastrebov bourru et solitaire. Verevtsov le végétarien. Le jeune rebelle Bronski. Macha du Terminal de la faim… Tous rêvent parfois, boivent, plaisantent, qu’ils soient mus par la fantaisie, l’ivresse, le désespoir… ou un éperdu besoin de tendresse. L’originalité de ces récits de Bogoraz réside dans l’intérêt qu’il accorde aux peuples autochtones du Grand Nord et qui lui vaudront de laisser son empreinte comme l’un des pères de l’ethnographie russe. Il a publié des grammaires, un dictionnaire, des manuels pour les enfants tchouktches, des recueils de folklore, des études ethnographiques et historiques sur les Tchouktches. En même temps qu’ils s’imposent de par leur force littéraire (prisés par Vladimir Korolenko, autre écrivain exil ) ces Récits de la Perdition laissent entrevoir ce que furent les âpres conditions des hommes et des femmes expédiés sur les rives de la Kolyma, ravalés au rang de « robinson polaires »  par cet exil dans un environnement dépouillé de tout confort matériel.
L’Homme qui apporte le bonheur, de l’écrivain zurichois Cătălin Dorian Florescu, est une saga qui se déroule sur deux continents et trois générations. Deux voix alternent pour raconter tour à tour l’histoire familiale de Ray à New York et celle d’Elena dans le delta du Danube, en Roumanie. La première déroule l’histoire d’un enfant des rues dans le New York du début du XXe siècle, où se bousculent les migrants chassés par la pauvreté et la famine d’Italie, d’Irlande ou d’Europe de l’Est. C’est un monde de débrouille, dans lequel un jeune orphelin gagne sa vie en vendant des journaux et en cirant des chaussures. Il rêve de devenir un grand chanteur, mais en attendant la gloire, il « apporte le bonheur » tantôt à ses amis, tantôt à des jeunes femmes paumées qui rêvent d’une vie meilleure. La deuxième voix emmène le lecteur dans un endroit méconnu, tout à l’est de l’Europe, le delta du Danube. Une région rude, soumise aux croyances et aux superstitions, dépendant du fleuve qui apporte aussi bien la vie que la mort. La narratrice revient sur les circonstances de la naissance et le destin tragique de sa mère, atteinte de la lèpre et qui est enfermée dans la dernière léproserie d’Europe, un lieu isolé, oublié de tous. Le récit à deux voix, les multiples rebondissements, l’écriture limpide, souvent d’une grande poésie font de L’Homme qui apporte le bonheur un roman à la fois bouleversant et lumineux.  Un hymne fulgurant à la grandeur de la vie et un voyage inoubliable !
Également disponible en livre numérique.