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Vladimir TAN BOGORAZ

Vladimir Tan Bogoraz (1865-1936) est écrivain et militant révolutionnaire, l’un des pères de l’anthropologie russe. Étudiant en droit, il est arrêté pour activité révolutionnaire. En 1889, il est exilé près de Iakoutsk, dans le nord-est de la Sibérie où il va passer dix ans. C’est là qu’il commence à étudier les peuples autochtones, leur mode de vie, leurs traditions, leurs langues et leurs croyances, ce qui a constitué un matériau précieux pour ses écrits scientifiques mais aussi pour ses poèmes et ses récits.

Bogoraz publie ses premiers écrits littéraires au début des années 1880 dans divers périodiques. En 1899 paraît son premier livre consacré aux Tchouktches. En 1901 il s’installe à New York pour des raisons politiques. Il y devient conservateur du Musée d’histoire naturelle et continue à publier des ouvrages scientifiques. Bogoraz rentre en Russie en 1904 et il participe à l’organisation du premier congrès paysan. En 1917, il devient professeur d’ethnologie à l’université de Petrograd. Au cours des années 1920 et 1930, il a effectué un important travail anthropologique en créant et en enseignant des langues écrites pour les peuples indigènes de Sibérie et a fondé l’Institut des peuples du Nord à Leningrad.

Une partie de son œuvre scientifique et littéraire a été traduite en anglais. Récits de la Perdition est son premier livre traduit en français.

Publiés aux éditions des Syrtes
Préface de Jil Silberstein
Parus pour la première fois en 1910 à Saint-Pétersbourg, les Récits de la Perdition constituent un ensemble de huit épisodes tirés de la vie d’une cinquantaine de révolutionnaires exilés à Srednekolymsk – alias Grande-Perdition. Soit au coeur même de l’une des régions les plus inhospitalières de la Sibérie. Ces récits évoquent avec humour et tendresse cette poignée de citadins éduqués, originaires de la partie européenne de la Russie. Autant de bannis pour raisons politiques immergés dans une nature extrême, peuplée de Iakoutes, de vieux colons russes et de Cosaques. C’est leur vie au quotidien – intime et collective, physique et philosophico-spirituelle. Binski le héros mélancolique, Ratinovitch l’irrévérent. Rybkovski le désenchanté. Maria Nikolaïevna l’unique coeur à prendre. Krantz le souffre-douleur. Barski. Chikhov le spinoziste. Bekker le rigoriste. Khreptovski l’indigénisé. Iastrebov bourru et solitaire. Verevtsov le végétarien. Le jeune rebelle Bronski. Macha du Terminal de la faim… Tous rêvent parfois, boivent, plaisantent, qu’ils soient mus par la fantaisie, l’ivresse, le désespoir… ou un éperdu besoin de tendresse. L’originalité de ces récits de Bogoraz réside dans l’intérêt qu’il accorde aux peuples autochtones du Grand Nord et qui lui vaudront de laisser son empreinte comme l’un des pères de l’ethnographie russe. Il a publié des grammaires, un dictionnaire, des manuels pour les enfants tchouktches, des recueils de folklore, des études ethnographiques et historiques sur les Tchouktches. En même temps qu’ils s’imposent de par leur force littéraire (prisés par Vladimir Korolenko, autre écrivain exil ) ces Récits de la Perdition laissent entrevoir ce que furent les âpres conditions des hommes et des femmes expédiés sur les rives de la Kolyma, ravalés au rang de « robinson polaires »  par cet exil dans un environnement dépouillé de tout confort matériel.