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Vassili ROZANOV

Vassili Rozanov (1856-1919) est sans conteste le représentant le plus controversé des lettres russes, le témoin d’une époque de déchirements en même temps que sa conscience la plus critique. Mais ce « métaphysicien du quotidien » est avant tout un être humain, pétri de contradictions et de doutes.
Ses prises de positions sont fluctuantes, rendant inclassables ses pensées religieuses et politiques. Il ne publie pas d’œuvre majeure, mais la plupart du temps des articles parfois regroupés en recueil.
Son œuvre, méconnue du grand public, continue à tracer son chemin parmi les artistes et penseurs de notre temps. C’est d’elle que s’est par exemple inspirée la fameuse Galerie Gagosian pour une exposition en 2013.

 

Sur Rozanov: Koukkha, le tombeau de Rozanov – Alexeï Remizov (2015)

Publiés aux éditions des Syrtes
 

Vassili Rozanov« Nous avons devant nous un solitaire, un rêveur égaré dans la réalité et dont les attitudes face aux événements politiques et sociaux sont une succession d’enthousiasmes et d’écoeurements, de coups de cœur, d’émotions exacerbées. L’apocalypse à laquelle il assiste – une Russie bafouée, un empire en loques – et dont les causes selon lui remontent loin dans l’histoire du christianisme, tisse le fil de sa tragédie personnelle au cours des trois dernières années de sa vie. Il ne la vit pas comme le pourfendeur nationaliste de 1914, le monarchiste des combats néoslavophiles d’autrefois, mais comme un être démuni, fragilisé par l’approche inexorable de fatales échéances, implorant, qui, au-delà de ses vieilles manies (le ventre fécondant des femmes, la nature et le rôle de la prostitution), de ses obsessions d’ordre quasi psychanalytique (la symbolique du phallus, l’accouplement), de ses passions « païennes » (la séduction des cultes antiques, la fascination de l’Égypte, l’énergie vitale du paganisme et le secret de leurs « mystères »), de ses bêtes noires aussi (toute la veine « radicale » de la littérature russe, le démonisme de Gogol), et surtout, essentiellement même, au-delà de son tourment intérieur constant : la « face sombre » du Christ, le caractère mortifère de l’enseignement évangélique (tourment qui en 1918 prendra la forme d’un combat pathétique), ne tient qu’à une unique chose : l’amour, ne recherche qu’une unique chose : la tendresse en Dieu. Un amour qui englobe la chaleur vivifiante des corps, la sensualité des contacts, l’intimité des rapports charnels, le tout enveloppé dans une infinie tendresse sous le regard protecteur de Dieu à la fois Père bienveillant et Consolateur pacifiant. » Extrait de la préface de Jacques Michaut-Paterno.