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Nicolas Berdiaev

Nicolas Berdiaev est un philosophe russe réfugié en France qui a marqué la pensée orthodoxe par son affirmation de principat de la liberté , premier don de Dieu à l’être humain. Cette pensée iconoclaste lui valu d’être expulsé de son pays en 1922 et parfois mal compris dans le monde orthodoxe.
Nicolas Berdiaev est né dans une famille aristocratique ukrainienne en 1874. Il professe des idées marxistes et révolutionnaires et ne voit tout d’abord pas la révolution de 1917 d’un mauvais oeil. A cette époque, il est professeur à l’université de Moscou et y fonde en 1919 l’Académie libre de culture spirituelle que le pouvoir ferme brutalement en 1922, avant d’expulser Berdiaev qui se réfugie dans un premier temps à Berlin puis en France. Il s’installe à Clamart où vit déjà un groupe d’émigrés russes et y fonde une académie de philosophie et de religion. Il part du postulat que Dieu a créé l’homme libre et que cette liberté peut devenir un mal si l’homme laisse se reproduire les rapports d’esclavage et de domination dont est issue l’histoire de l’humanité. Il envisage l’être humain en tant que personne et non individu appartenant à un tout, société, église, coupable selon lui d’aliénation spirituelle. Cette pensée ne sera pas bien reçue dans les milieux ecclésiastiques orthodoxes. Il dénonce avec vigueur dans les années 30 le messianisme de la race élue et de la classe élue. Il a beaucoup écrit : études sur Dostoïevski, sur le communisme russe, explicité sa pensée dans De l’esclavage et de la liberté de l’homme- par exemple et laissé un Essai d’autobiographie spirituelle. A sa mort en 1958, sa maison de Clamart a été léguée au patriarcat de Moscou.

Paru aux éditions des Syrtes
De l’esprit bourgeois (2021) – en coédition avec L’Inventaire

Publiés aux éditions des Syrtes

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  Tout finit dans l’embourgeoisement, y compris les révolutions, et c’est la négation de l’esprit.
Chassé de Russie soviétique en 1922 avec une vingtaine d’écrivains et de savants, émigré en France, Nicolas Berdiaev (1874-1948) publie en russe, en 1926, cinq mini-essais traitant tous, de diverses façons, de « l’esprit bourgeois ». Pour le philosophe, « l’esprit bourgeois » est l’apanage des révolutionnaires comme des réactionnaires, des athées comme des croyants. Il finit toujours par s’imposer et a pour conséquence de rendre l’homme esclave des choses et de l’ensemble du monde visible. Alors vient le triomphe du petit bourgeois, « amateur de confort tant matériel que spirituel », qui « croit au bonheur enchaîné dans le fini ». Pour Nicolas Berdiaev, le monde objectivé, c’est le monde déshumanisé, qui fait fi de l’homme en tant que sujet existentiel. Le grand malheur, estime le philosophe, c’est que tout tend à l’objectivation : l’État, l’Église, Dieu, l’Esprit, la religion, la science, la technique, la philosophie. Tout devient objet sans lien intime avec la personne humaine – cette personne, « totalité de la pensée, du vouloir, des sentiments, de l’activité créatrice », que Berdiaev oppose à l’objectivation générale, pour éviter que ne s’organise « un règne de laideur ». De l’esprit bourgeois est le premier ouvrage de la série « Questions maudites », collection de textes de penseurs de toutes origines, dont les interrogations, même anciennes, se révèlent d’actualité en nos temps de doute profond. Cette collection est placée sous le double signe des éditions des Syrtes et des éditions L’Inventaire.