Leonid Andreïev (1871-1919) est considéré comme l’un des plus grands représentants de la littérature russe du début du XXe siècle. Connu pour ses récits, nouvelles et pièces de théâtre, il a exploré des thèmes sombres comme la folie, la mort, la culpabilité, la solitude et l’absurdité de la condition humaine.
Il appartient à la génération qui a trente ans au début du siècle, et qui, dans sa vie consciente, traverse l’épreuve de deux guerres et de deux révolutions. Comme tous ses contemporains, il connaît les cruautés aveugles des révoltes, du terrorisme et des répressions. Cette époque est cependant riche de promesses : l’industrialisation prend de l’essor et favorise l’éveil de la conscience ouvrière. L’effondrement des anciennes structures et la naissance de nouvelles forces forment un ensemble confus, mais des plus féconds pour la vie intellectuelle et artistique. L’œuvre de Leonid Andreïev est un fidèle miroir de ces années troubles et sa sensibilité est particulièrement accordée au chaos du siècle naissant. Ses premières publications sont remarquées, au tout début des années 1900, par Maxime Gorki, avec qui il se lie d’une amitié profonde et orageuse (ils se brouilleront en 1907).
Critique envers le régime bolchevique, il est mort en exil, peu après la révolution d’Octobre.
Publié en 1905, Le Gouverneur de Leonid Andreïev met en scène un gouverneur de province, homme intègre et dévoué, qui, par peur et incompréhension, ordonne la répression sanglante d’une manifestation populaire, causant la mort de civils. Bouleversé par ce drame, il sombre dans une profonde détresse morale, tiraillé entre sa conscience et son devoir. Il subit la haine du peuple et se retrouve prisonnier d’un système qui le dépasse, illustrant la fatalité et l’impuissance de l’individu face aux forces sociales et historiques. Le style d’Andreïev est marqué par l’intensité émotionnelle et une atmosphère oppressante. À travers des images fortes, et un rythme haletant, Andreïev critique la brutalité du régime tsariste et interroge la solitude, la culpabilité et la tragédie du pouvoir.