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Iouri TCHIRKOV

Adolescent de quinze ans, Iouri Tchirkov (1919-1988) se voit accusé d’attentat contre M. Kossior, secrétaire du Parti communiste d’Ukraine. Il écope d’une peine de trois ans qu’il purge aux îles Solovki. À la suite d’une nouvelle arrestation survenue pendant son séjour en camp, sanctionné par la Commission spéciale du NKVD à cinq ans de détention, il est transféré au camp d’Oukhtijemlag, dans la région d’Oukhta. Libéré en 1943, il reste en camp, comme la plupart des détenus, jusqu’à la fin de la guerre.
Son passeport comporte désormais la mention « 39 » (interdiction d’habiter dans les capitales régionales et celles des républiques ainsi que dans un certain nombre d’autres villes). De nouveau arrêté en 1951, il n’est libéré et réhabilité qu’après la mort de Staline. Il revient alors à Moscou, soutient sa thèse de doctorat et devient professeur de géographie à l’Académie Timiriazev, où il dirige la chaire de météorologie et de climatologie.
Tchirkov s’attelle tardivement à la rédaction de son livre. Celui-ci, conçu en trois parties, (Les Solovki, La terre d’Oukhta et La région de Krasnoïarsk) restera finalement inachevé. C’est sa femme, Valentina Tchirkova, qui reconstitue la dernière partie du livre à partir des brouillons.

 

Publiés aux éditions des Syrtes

Sous-titré un adolescent au Goulag, ce récit autobiographique de Iouri Tchirkov (1919-1988) est un témoignage sur les îles Solovki. L’ancien monastère, foyer de l’orthodoxie russe depuis le XVe siècle, puis symbole du système concentrationnaire, préfigurant l’« archipel » du Goulag.

Il nous livre son expérience, celle d’un adolescent de quinze ans, condamné sur dénonciation pour activité contre-révolutionnaire et envoyé aux Solovki en 1935. Il a en effet été accusé d’attentat contre le secrétaire du Parti communiste d’Ukraine et condamné à trois ans. L’homme qu’il est devenu, au seuil de la mort, se remémore les premières années de sa vie plongées dans l’enfer des camps de concentration. Ce travail de mémoire se veut une reconstitution factuelle minutieuse, guidée par une exigence de précision et d’exactitude. Il écarte d’emblée toute manifestation émotionnelle, toute tentative d’introspection et de questionnement. Il se concentre alors sur la seule transcription du réel. Et c’est cette écriture en creux, qu’on pourrait dire transparente tant elle reste distanciée, à la fois individuelle et collective, qui circonscrit progressivement l’expérience indicible.