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Premier aumônier de prison depuis la révolution, le père Gleb Kaleda expose en quelques pages l’immense tâche dévolue à ses pairs. Pour répondre aux besoins spirituels de détenus privés de tout et qui souvent, pour la première fois, réfléchissent à leur vie, à leurs actes et à leur avenir, il ne suffit pas de passer les portes de la prison.

Comment recueillir la confession d’un homme ou d’une femme dans une cellule surpeuplée? Quelle attitude adopter face à la population si particulière des détenus, de tous horizons et de toutes confessions, et comment gagner leur confiance et celle des gardiens? Où trouver des prêtres et des laïcs capables de soutenir les détenus dans leurs démarches dans ces conditions si difficiles? Les prisonniers font peur, les condamnés à mort surtout, il faut être prêt à tout entendre. (suite…)

Hubert Seipel, grand journaliste allemand qui a eu un accès privilégié au président russe, nous explique sans juger la politique de Poutine.

Poutine, une vision du pouvoir est l’occasion pour le lecteur francophone de comprendre les divergences et les points communs entre la Russie et l’Occident.


Extrait (Prologue)
Poutine, une vision du pouvoir , Hubert Seipel, Éditions des Syrtes, 2016

L’empire du mal et les gentils

Au début du mois de mars 2015, les médias du monde entier se sont posé pendant des jours une question consistant en trois mots seulement : où est Poutine ? Vladimir Vladimirovitch Poutine n’avait plus été vu en public depuis plusieurs jours. Il avait annulé un court voyage prévu au Kazakhstan. Et ce qui était encore plus inhabituel, il était absent de la fête annuelle du FSB, les services secrets de la Fédération de Russie, qui avait eu lieu au cours de la même semaine. Il ne pouvait y avoir qu’une seule conclusion logique : si le président, qui avait commencé sa carrière plusieurs décennies auparavant comme espion, n’apparaissait pas à cette fête de famille, c’est qu’il devait se passer quelque chose de vraiment extraordinaire. La question était seulement : quoi ?

Une première explication circula aussitôt : Poutine souffrait d’un refroidissement ou avait contracté la grippe, qui sévissait alors à Moscou. Mais lorsque son porte-parole Dmitri Peskov se mit à déclarer en boucle à toute la presse que le président avait tout simplement trop à faire, notamment à cause de la crise en Ukraine, pour se montrer sans arrêt à la télévision, les rumeurs ne tardèrent pas à s’amplifier. Était-il possible que Vladimir Poutine n’apparût pas à la télévision, alors que le Kremlin ne manquait aucune occasion d’afficher le premier citoyen de la nation sous un jour favorable ?

Et plus tard, quand Peskov crut nécessaire d’ajouter que Poutine gardait une poigne si forte qu’il pouvait briser les doigts de son interlocuteur, plus rien ne fut exclu. Cette expression remontait à l’époque d’Eltsine, durant laquelle elle était toujours utilisée lorsque le président était trop malade ou trop soûl pour tenir sur ses jambes. Un cliché éculé, qui ne dévoilait rien de bon.

Que s’était-il passé ? Une attaque d’apoplexie ? Un coup d’État ? Une révolution de palais ? Poutine était-il enfermé dans les sous-sol du Kremlin ? Ou ne s’agissait-il que d’une subtile opération de relations publiques destinée à détourner l’attention des difficultés politiques et économiques ?

Un ancien conseiller de Poutine écrivit sur son blog que le président avait été renversé par des partisans de la ligne dure et se trouvait en résidence surveillée. L’Église orthodoxe russe semblait en être l’instigatrice. On disait même qu’on allait bientôt annoncer à la télévision, dans le plus pur jargon du Kremlin, que Poutine faisait une pause bien méritée pour se rétablir de la fatigue des années écoulées. Un indice clair, pensaient certains, que la guerre des diadoques pour la succession n’avait pas encore trouvé de vainqueur.

Même le porte-parole de la Maison-Blanche fut questionné par des journalistes, qui lui demandèrent si Washington savait où Poutine se trouvait et si Barack Obama avait été averti de sa disparition afin d’éviter toute réaction irraisonnée. Le porte-parole agacé ne donna qu’une vague réponse. Il avait déjà assez à faire avec le président américain pour savoir où se trouvait le russe. On était prié de s’adresser aux services russes pertinents.

Que ce soit sur Facebook, Twitter ou tout autre réseau social, les théories de la conspiration proliférèrent. Quelques suppositions étaient toutefois fort simples. Sa nouvelle amie ou épouse avait accouché en Suisse, annonça la Neue Zürcher Zeitung, raison pour laquelle son compagnon avait pris quelques jours de congé.

L’excitation que nous avons vécue au printemps 2015 est typique de ce qui se passe chaque fois qu’il est question de Vladimir Poutine. Il ne se passe pas un jour sans que nous ne lisions quelque chose sur lui et, en règle générale, ce n’est rien de positif. Si, par exception, il ne s’agit pas d’une remarque désobligeante, c’est pour dire que le président a une fois de plus surestimé ses forces, ou s’est comporté de travers, qu’il est de toute évidence incapable de reconnaître les signes des temps, mais qu’il est si puissant que l’on ne peut s’empêcher d’écrire sur lui et que nos politiciens sont forcés de lui parler à leur corps défendant. Il n’est autant écrit sur aucun autre politicien étranger que sur Vladimir Vladimirovitch Poutine. Pourtant, rien n’a changé depuis l’ancienne Union soviétique : des devins lisant le marc de café et des kremlinologues présentant chaque jour de nouvelles théories sans avoir leurs entrées dans les sphères du pouvoir. Ce qui, il faut bien l’avouer, n’est pas si simple.

Poutine livra une explication banale de sa disparition soudaine en mars 2015 : « J’avais un fort refroidissement et de la fièvre. J’ai donc pris un peu de repos pendant quelques jours », répondit-il quelques semaines plus tard au sujet de sa surprenante absence. « J’ai manifestement sous-estimé l’intérêt porté à ma personne », ajouta-t-il ironiquement avec un plaisir évident.

De toutes les spéculations me concernant, ce qui m’a le plus réjoui est celle avec la Suisse et mon rejeton – car ce n’est pas si mal pour un homme de mon âge.

La suite ici: Poutine, une vision du pouvoir  de Hubert Seipel, Éditions des Syrtes, 2016

C’est un document rare qui est proposé ici: le rapport minutieux d’un témoin des événements qui allaient bouleverser le XXe siècle, écrit à vif, sans désir de ménager qui que ce soit puisqu’il n’était pas destiné à être publié et que c’est la première fois qu’il est offert aux lecteurs. (suite…)

Le texte ici traduit est une réflexion profonde du père Seraphim Rose sur le Livre de la Genèse, structurée par sa fidélité aux Pères de l’Église. Cette étude développe une critique raisonnée et inspirée de la fameuse théorie de l’évolution que Charles Darwin, reprenant l’idée de son grand-père Erasme, répandra dans les sphères pensantes de son siècle. Dès lors, l’évolutionnisme allait connaître en Occident le succès que nous lui connaissons et qui prime encore aujourd’hui sur toute autre explication de l’origine de l’Homme. (suite…)

On sait peu de choses de la vie du moine Hilarion (Domratchev) : il naquit vers 1845 dans la région de Viatka, fut enseignant avant de partir pour l’Athos où il vécut plus de vingt ans au monastère russe de Saint-Pantéléimon. Dans les années 1880, il s’en fut au Caucase, où on le rattacha au monastère Saint-Simon-le-Cananéen du Nouvel Athos. Dans ce livre, il narre sa rencontre avec un ermite du Caucase, qui lui enseigna la Prière de Jésus.

L’ouvrage est un classique de la littérature orthodoxe. Une controverse fut cependant créée au Mont Athos par l’utilisation abusive qu’en fit un moine, entraînant d’autres frères dans une bataille stérile et parfois violente qui entraîna l’expulsion de nombreux moines russes de la Sainte Montagne, et qui, surtout, dénatura l’objectif initial poursuivi par l’auteur :

« Ce livre, écrit avec l’aide de Dieu, n’a qu’un but : expliquer aussi complètement que possible en quoi consiste la Prière de Jésus, elle qui, suivant l’enseignement unanime des saints Pères, est la racine et le fondement en même temps que le sommet et la perfection de la vie spirituelle. Toute l’insistance de nos paroles ne vise qu’à cela. Nous mettons toujours cette Prière au-dessus de toutes les autres vertus, dont aucune ne l’égale lorsque la Prière atteint les degrés les plus élevés. »

Dans la lignée des Récits d’un pèlerin russe, cet ouvrage offre une excellente introduction à la Philocalie des Pères neptiques. Il dresse le portrait d’une nature exubérante, de moines retirés du monde par amour de la solitude en Dieu et de la Prière de Jésus. Il résume à lui seul un aspect méconnu mais essentiel de la religion orthodoxe.

 


 

Extrait (chapitre I)
Sur les monts du Caucase, dialogue de deux solitaires sur la prière de Jésus du hiéromoine Hilarion Domratchev, Éditions des Syrtes, 2016

Montée de l’ermite sur les montagnes et description poétique de la beauté des montagnes qui s’offre à son regard.

À l’époque où je vivais dans les forêts du Kouban, en amont de la rivière Ouroup – une région inhabitée, tranquille et éloignée de tout –, le désir me vint un jour de quitter mon coin perdu, les denses fourrés et les précipices au milieu desquels j’avais coutume de mener ma vie d’ermite, et de grimper sur les sommets de la chaîne de montagnes qui entoure notre site, bien modeste en comparaison d’elles. Les gens du pays les appellent les « montagnes chauves », parce que rien n’y pousse et qu’on n’y trouve que des pierres, des roches, des falaises et des aiguilles de montagne ; par endroits, l’on rencontre certes quelques étendues de plaine, mais elles sont également parsemées de cailloux.

J’y étais poussé par un sentiment d’acédie1 qui s’était emparé de moi, cette redoutable maladie spirituelle que seuls connaissent les hésychastes qui, pour l’amour du Christ, passent leur vie dans les montagnes et les grottes, entièrement séparés de tout commerce avec les hommes.

En outre, un secret espoir habitait mon cœur : peut-être y ferions-nous quelque singulière rencontre, par exemple celle d’un véritable serviteur de Dieu, d’un ermite qui, comme nous, se serait consacré à l’œuvre du Nom du Seigneur en ces lieux inhospitaliers, où même les chasseurs ne se risquent pratiquement jamais. Des rumeurs nous étaient parvenues à propos d’ermites vivant là-bas en petites communautés, avec leurs églises, leurs prêtres et leurs modestes exploitations. De temps à autre, l’un des ermites se rendait au village pour se procurer ce dont il avait besoin et, ses courses effectuées, retournait sans perdre de temps vers sa solitude bien-aimée, où régnaient la paix spirituelle et la joie céleste. Leur chemin les conduisait souvent en haut des montagnes, dans des endroits difficiles et à peine accessibles. Le pressentiment mystérieux d’une telle rencontre habitait notre cœur, qui n’allait pas nous tromper comme la suite le montrera. Ayant emporté des morceaux de pain sec, je montai tôt le matin, avec mon novice, le long des pentes raides et des terrasses de la montagne, m’accrochant, là où c’était possible, aux branches des arbres, aux racines et aux pierres, traversant des ravins et des gouffres, et montant toujours plus haut.

En raison de notre faiblesse, ce n’est que vers le soir que nous atteignîmes, avec beaucoup de peine, la limite où cesse la végétation et où ne subsistent plus que les falaises et les aiguilles pointues de la montagne, qui s’élèvent de toute leur hauteur et dominent la région, tels des gardiens vigilants contemplant inlassablement le paysage. Plusieurs pics s’avèrent totalement inaccessibles, tant leur escarpement est abrupt, et seuls quelques-uns peuvent être escaladés par des terrasses ou des pentes plus douces.

Ayant trouvé un endroit approprié, nous nous assîmes pour nous reposer, ou plutôt pour y passer la nuit. Nous inspectâmes les environs : nous étions installés à une hauteur vertigineuse, dominant tout ce qui était visible, et le pays environnant était étalé à nos pieds.

Aussi loin que notre regard portait, jusqu’à l’horizon, une vue impressionnante de la chaîne de montagnes s’offrait à nos yeux, d’une splendeur admirablement pittoresque. Le panorama était indescriptible, tel qu’il n’en existe nulle part ailleurs, car la nature au Caucase est exceptionnelle et ses formes sont sans doute uniques au monde. Le soleil descendait à l’ouest et dorait de ses rayons tout le paysage : les sommets des montagnes, les ravins profonds à l’obscurité béante et redoutable, et les minuscules plaines, toutes verdoyantes, que l’on pouvait apercevoir ici ou là entre les montagnes.

Il est impossible de décrire ces montagnes : leur étendue, leur beauté et leurs formes si variées et étonnantes remplissent le spectateur d’une admiration indicible. Les montagnes se présentaient comme des colonnes multiformes, de grande beauté et souverainement imposantes, qui formaient une longue file, brusquement interrompue de temps à autre par quelque gouffre impressionnant, puis un deuxième ou un troisième ; elle reprenait ensuite jusqu’au ravin suivant, avant de disparaître au loin derrière de nouveaux sommets. Ailleurs, les montagnes prenaient des formes mutilées, extrêmement diverses et se mélangeant les unes aux autres, de sorte que leur apparence était impossible à décrire. On aurait dit qu’un violent tremblement de terre les avait soudain bouleversées et laissées telles quelles. Comme elles étaient étranges, les silhouettes qui s’offraient au regard !… Sur une petite surface plane sous un escarpement, voici deux rochers qui se tiennent affectueusement enlacés, comme deux frères. Là, on dirait une bagarre où le vainqueur a posé le pied sur la poitrine de son adversaire : un rocher domine tellement l’autre que son attitude guerrière semble indiquer qu’il a terrassé un ennemi. Là-bas, un roc ressemble à un chasseur incliné qui vise un animal pour en faire sa proie. Plus loin, on voit un ensemble de petits tumuli, serrés les uns contre les autres, qui rappelle une famille de poussins que leur mère rassemble sous ses ailes. À côté, se dresse une montagne impressionnante dont la hauteur énorme et au-delà de toute mesure attire l’attention. Son tracé régulier et harmonieux s’élève au milieu de tout ce qui l’entoure et, victorieuse et majestueuse, sa taille de géant semble toucher les nuages de sa tête puissante, et domine, telle une reine ou une mère, sur tous les sommets environnants. D’autres montagnes ressemblent à d’imposantes cathédrales couronnées de dômes. Tel rocher pointe vers les hauteurs comme une flèche, voulant sans doute indiquer aux hommes le chemin du ciel. Ailleurs, la falaise prend la forme d’un ours ou d’une tortue, à moins qu’elle ne s’élève, informe, ressemblant plutôt à un simple tas de pierres.

Un peu plus bas, en quelque sorte à l’écart de la montagne, on pouvait voir des étendues plus paisibles, verdoyantes, sur lesquelles s’éparpillaient et paissaient les troupeaux des Asiatiques, ressemblant de loin à des points noirs se déplaçant lentement sur le fond de verdure. À leur lisière se trouvaient des rangées harmonieuses de beaux arbres, que l’on aurait dites plantées là par les mains d’un artiste. Elles ressemblaient à des régiments qui, à la guerre, se préparent au combat en se faisant face. Le faible murmure de la rivière Ouroup, coulant au pied de la montagne, arrivait à peine jusqu’à nous.

Sur toute cette étendue régnait un calme de mort et un silence absolu, signe d’absence de toute agitation mondaine. La nature, à l’écart du monde, y célébrait sa quiétude protégée de tout trouble, et laissait entrevoir le mystère du monde à venir. En un mot : ici se trouvait le royaume du monde spirituel et de la sérénité, le monde nouveau qui est bien meilleur et sans exemple dans celui où nous vivons. L’âme y est dégagée de tout ce qui est matériel, terrestre ou charnel, et l’esprit y retrouve la liberté et la vie qui sont le propre de sa nature immatérielle. La nature est le temple du Dieu vivant, « non fait de main d’homme1 », où chaque chose proclame sa gloire, célèbre une divine liturgie, par une parole muette et cependant pleinement intelligible, et confesse sa toute-puissance, sa force éternelle et sa divinité2. Jetant un regard en arrière, nous fûmes frappés par un nouveau panorama extraordinaire : une chaîne de montagnes enneigées s’étendait tout au long de l’horizon et, caressée par les rayons du soleil, semblait en flammes.

 

La suite ici: Sur les monts du Caucase, dialogue de deux solitaires sur la prière de Jésus du hiéromoine Hilarion Domratchev, Éditions des Syrtes, 2016 [su_divider]

Alexandre Latsa, Français, réside et travaille en Russie comme chef d’entreprise. Dans cet ouvrage, son premier en langue française, il témoigne, chiffres à l’appui, sur la réalité de la Russie d’aujourd’hui, bien éloignée des clichés habituels véhiculés par les médias français.

Et s’il insiste sur une meilleure compréhension de la Russie, c’est pour en appeler surtout à la réconciliation continentale et au renouveau de l’amitié franco-russe : (suite…)

Le combat des Russes blancs 1930-1940

Le 26 janvier 1930, enlevé en plein Paris par des agents soviétiques, disparut à jamais le général Koutiepov, chef de l’Union militaire générale russe (ou ROVS), la plus importante des organisations d’anciens combattants russes émigrés. Il fut remplacé par le général Miller. La même année, le 10 septembre, fut recruté par les services secrets soviétiques le plus brillant de leurs agents infiltrés chez les Russes blancs, le général Skobline – aux yeux de beaucoup exemple idéal du chef blanc héroïque. Skobline reçut pour mission d’accéder à des fonctions de responsabilité dans la ROVS et d’amplifier en sous-main les conflits entre ses principaux responsables.

Le 22 septembre 1937, avec la participation de Skobline, le général Miller était à son tour enlevé à Paris. Il a ensuite été détenu à la prison du NKVD à Moscou avant d’être exécuté le 11 mai 1939.

Ce livre de Nicolas Ross, rédigé à la manière d’un roman, fait suite à son Koutiepov, publié en 2016. Il décrit les dernières péripéties du combat des Russes blancs en ces années d’avant-guerre. Alors qu’ils avaient encore l’espoir de combattre l’ennemi bolchevique et de revenir un jour, vainqueurs, dans leur patrie bien-aimée.

 


 

Trois générations de femmes russes parlent à bâtons rompus, se confient et racontent leur pays…

En toile de fond de leurs récits de vies ordinaires, c’est l’histoire de la Russie qui défile : l’immense Union soviétique, le chaos libéral des années 1990 et la Russie de Poutine.

Plus concrètement, elles parlent de petites filles, de femmes et de grands-mères qui ont vécu dans différentes Russies. Et au-delà, ce sont des hommes dont elles parlent le plus, et le regard qu’elles posent sur eux, que ce soit un mari, un père, est révélateur et sans appel. Pour citer l’une d’elles : « L’homme est la tête, et la femme est le cou, la tête ne bouge que grâce au cou qui la commande. »

Voici des portraits intimes qui révèlent des héroïnes aux vies bigarrées mais qui se ressemblent : des femmes fortes, battantes, féminines et maternelles, qui s’opposent tristement à un modèle masculin souvent trop dégradé à leurs yeux… Le mot « Amour » n’apparaissant nulle part… Leur donner la parole a semblé important à l’auteur, à cause de la place prégnante de la femme en Russie, pilier autant de la famille que de la société, et surtout parce qu’elles n’ont jamais été entendues.

 


 

Extrait (chapitre I)
La Tête et le cou, Portraits de femmes russes de Maureen Demidoff, Éditions des Syrtes, 2017

Ludmila

J’avais 11 ans quand Staline est mort1. Je me rappelle très bien de cette époque, elle ressemblait à un long hiver froid et sombre. Je suis née au mois de mai 1941, au début de la Grande Guerre patriotique. Cette année, la guerre a progressé si rapidement qu’au mois de novembre les Allemands étaient déjà aux environs de notre capitale. La bataille de Moscou était en vue, et toute la population qui n’était pas utile pour la défense de la ville fut déplacée par les autorités. Les jeunes mères et leurs enfants ont été envoyés à deux cents kilomètres de là. Je suis partie avec maman chez une parente de mon père, dans un petit village à la campagne, et nous y sommes restées durant toute l’occupation allemande. Lorsque nous sommes revenues à Moscou, les Allemands commençaient leur descente vers le sud, sur Stalingrad. Mon père n’a jamais été soldat. Il n’a pas pu intégrer l’armée car sa vue était très mauvaise. Mes parents étaient tous les deux des ouvriers, et mon père qui avait la fâcheuse habitude d’arriver en retard à l’usine avait reçu un volitchiï bilet 2. À l’époque soviétique, c’était un blâme très sévère car la mention de manque de civisme inscrite dans le livret de travail excluait pratiquement de toutes embauches. Il ne restait alors que les emplois ingrats comme la manutention. Donc en 1942, à 26 ans, mon père a décidé de s’engager comme bénévole dans l’Armée rouge. Il a été envoyé sur le front de guerre à Leningrad ; la ville était assiégée depuis l’automne 1941.

 

 

La suite ici: Latêteetlecouportraitsdefemmesrusses de Maureen Demidoff, Éditions des Syrtes, 2017

L’oeuvre et la vie de Boris Pasternak (1890-1960) s’entrelacent avec les tumultes d’un pays en pleine mutation: trop poétique pour le pouvoir soviétique, Pasternak échappe de peu au goulag mais la publication de son oeuvre, elle, est mise à l’index. (suite…)

Au début du XXe siècle, le mont Athos vit une querelle théologique dégénérer en un violent conflit hiérarchique: un mouvement de moines, appelé « glorificateurs du nom » ou « onomatodoxes », se heurta à l’hostilité des autorités religieuses en place. Cette querelle déborda des limites du Mont Athos et prit une tournure politique lorsque le gouvernement tsariste décida d’intervenir dans cette situation qu’il jugeait dangereuse pour ses intérêts dans la région. (suite…)

Il partage avec Gengis Khan et Alexandre le Grand le fait de n’avoir jamais perdu une bataille. Il a traversé les Alpes lors de la seconde Guerre de coalition (1799-1801) qui transforma la Suisse en terrain de guerre pour les grandes puissances de l’époque, et un monument lui est dédié au-dessus d’Andermatt. Il connut la gloire et la disgrâce, la vie à la Cour et des champs de bataille dont l’horreur poussera plus tard Henri Dunant à créer la Croix-Rouge. (suite…)

Place aux lignes de l’un des premiers lecteurs de la « Théologie de la provocation« , le journaliste François Bousquet: (suite…)

Nicolas Ross se penche sur l’une des figures marquantes de l’émigration russe en France, le général Koutiepov, enlevé à Paris en janvier 1930 par les services secrets soviétiques et mort quelques jours plus tard, sans que les détails de son décès ne soient jamais connus. (suite…)

Raspoutine… le nom évoque l’intrigue, le meurtre, la trahison, la luxure, les forces du mal et un regard incomparable. Vivant, il était pour ses partisans le bienfaiteur vénéré, le guérisseur aux immenses pouvoirs, le conseiller spirituel en lien direct avec le Très-Haut, et pour ses ennemis le pire mal de la Russie, traître à son clergé, à son tsar et à son peuple. Mort, il reste la créature sulfureuse qui aura causé la perte de tant de femmes et celle de la Russie.   (suite…)

Une vie de roman et une oeuvre poétique parmi les plus belles de Russie, l’amour des hommes et des femmes, l’amitié et le respect de ses pairs, des souffrances inouïes, la perte des siens, l’opprobre de son pays, Marina Tsvetaeva a connu tous les extrêmes – et surtout les pires – avant de se suicider en 1941, réduite à la misère. (suite…)

Détester la Russie, vous, moi? On en admire la culture, on en déplore les exodes touristiques massifs, on se souvient qu’elle avait incarné pour beaucoup l’espoir d’un monde plus juste avant de devenir le spectre de la terreur, on se rappelle la conquête de l’espace, les maillots siglés CCCP, et le front de Gorbatchev aussi célèbre que le torse nu de Poutine.   (suite…)